Noir et blanc dans l’Amérique marxiste culturelle


Par Boyd D. Cathey – Le 8 décembre 2017 – Source The Unz Review

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Les mots race et racisme sont devenus des « termes diaboliques » dans la politique et la culture américaines – des concepts idéologiquement armés pour faire avancer un programme marxiste culturel et, fondamentalement, repousser et réduire au silence toute opposition à ce projet.

 Prof. Ekow N. Yankah, Benjamin N. Cardozo School of Law, Yeshiva University
Ekow N. Yankah

Dans une tribune libre largement commentée, publiée récemment dans The New York Times (le 11 novembre 2017), le professeur de droit noir Ekow N. Yankah écrit que lorsqu’il instruit ses enfants sur « les manières du monde », il leur enseigne qu’on ne peut pas faire confiance aux Blancs et que les Noirs ne peuvent pas se lier d’amitié avec eux. Bref, les personnes blanches sont des oppresseurs maléfiques et suprémacistes, non seulement par leurs traditions et leur histoire mais également en raison même de leur nature intrinsèque.

Ensuite, l’autre jour, je suis tombé sur plusieurs articles qui racontent comment un rédacteur du journal des étudiants de l’Université de l’État du Texas, à San Marcos, un certain Rudy Martinez (un Latino), a exigé que les Blancs « meurent ». « Votre ADN est une abomination » a-t-il déclaré dans ce journal, l’University Star [« Whiteness : Your DNA is an Abomination » November 29, 2017] :

« Vous n’êtes pas nés blancs, vous êtes devenus blancs… Vous avez été été séparés de vous-même et, dans cette absence, on vous a inculqué l’allégeance à un pays qui n’a jamais été grand. Un pays qui a continuellement tenté de contraindre les non-Blancs à la non-existence, par des croisades qui ont été défendues par la loi. »

Martinez, qui est un philosophe important (!) continuait son laïus confus en accusant les Européens blancs de posséder injustement des privilèges et d’avoir activement « construit (…) un monde oppressif ». « Je considère les gens blancs comme une aberration », écrit-il, et il promet « une lutte idéologique permanente (…) pour déconstruire la blancheur. » Martinez a déclaré que lui et ses alliés « gagneraient » cette bataille et que « les progressistes généreux, les nihilistes apathiques et les extrémistes de droite » accepteraient « la mort de la blancheur comme une libération pour tous ».

Il y a évidemment eu une réaction de l’administration universitaire et du président de l’association des étudiants, Connor Clegg, qui ont condamné l’article de Martinez. Mais cela n’a fait que susciter − de la part de groupes comme le Pan African Action Committee [PAAC] et d’autres puissantes organisations sur le campus − la revendication que Clegg démissionne de la présidence des étudiants parce qu’il était « ouvertement partial et raciste ». [« Texas State Student President Will Not Resign After Condemning Campus Newspaper Article Calling for ‘White Death’ » Free Beacon, Déc. 5, 2017].

Il serait réconfortant de penser que de tels incidents sont rares et non caractéristiques des campus des universités américaines – et de l’enseignement américain. Mais le fait est que ce qui est arrivé à l’Université de l’État du Texas est beaucoup plus représentatif du vernis idéologique marxiste – ou, plus précisément, de la camisole de force marxiste – dominant qui, de fait, étrangle ce qui passe ces jours-ci pour de « l’enseignement supérieur ». Les exemples qu’on peut citer sont littéralement innombrables et rempliraient des volumes.

Une caractéristique singulière et saillante de cette situation est qu’elle a autant à voir avec le professorat et la classe académique supérieure qu’avec les étudiants. Le fait terrifiant est que depuis la fin des années 1960, la plupart des doctorants – les futurs professeurs, enseignants et administrateurs à l’université – sont devenus nos collègues et que les universités ont été imprégnées d’une vision et d’une philosophie marxistes qui imprègnent aujourd’hui presque toutes les disciplines académiques, mais plus spécialement l’histoire ; la sociologie ; la philosophie ; l’anglais ; l’anthropologie et la science politique, autrement dit les « arts libéraux ou humanités ».

Quand j’étais étudiant dans le programme Jefferson Fellow à l’Université de Virginie dans les années 1970, j’ai observé ce processus se métastaser au galop. L’Université de Virginie était encore une des universités du Sud assez conservatrice à cette époque. En effet, lorsque j’y étais, nous avions un certain nombre de ce que j’appellerais des étudiants « réfugiés » qui étaient transférés dans notre université à partir d’endroits comme Columbia, Berkeley et Hunter College-City University de New York pour échapper aux flambées précoces de violence et de révolution marxistes sur ces campus. Certains étaient carrément « conservateurs », d’autres seulement des étudiants qui voulaient éviter les bouleversements. Une amie m’a raconté comment elle avait été physiquement agressée à Hunter ; elle a arrêté après ça.

Pourtant, de nombreux candidats au doctorat à l’Université de Virginie s’étaient déjà imprégnés d’une vision et d’une narration marxistes. Le président du corps des étudiants, si je me souviens bien, était un ancien séminariste, mais il avait été « converti » par sa lecture de textes comme « Les Damnés de la Terre et Peau noire, Masques blancs » de l’écrivain révolutionnaire et anti-colonialiste français Frantz Fanon, et d’œuvres de l’idéologue déconstructiviste Jacques Derrida. Finalement, il s’est tourné vers la Chine de Mao, dont il soutenait qu’elle était l’ultime « paradis des peuples » sur la terre, quelque chose qu’il fallait imiter ici, aux États-Unis et en Europe.

Ce qui m’impressionnait chez ces étudiants marxistes n’était pas seulement leur zèle fanatique et leur sérieux, mais qu’ils étaient beaucoup plus « radicaux » et révolutionnaires que n’importe lequel de ces communistes soviétiques barbants qui dirigeaient alors la Russie et contrôlaient l’Europe de l’Est. J’avais rencontré certains de ces types lors d’un échange entre étudiants en Angleterre quelques années auparavant – ils répétaient comme des perroquets la « ligne » communiste de Moscou, mais on ne les aurait jamais vus défendre la « libération sexuelle » ou le mariage entre personnes de même sexe, certainement pas comme ceux que je rencontrais à l’Université de Virginie dans les années 1970 ou ceux que nous rencontrons aujourd’hui.

Cette variante du marxisme était et est une tendance beaucoup plus virulente, une conception mondialiste bigote qui tient beaucoup plus de Léon Trotsky que de Joseph Staline, et qui comprend l’importance de souligner la « libération raciale » ainsi que la « libération sexuelle » dans la lutte contre l’Occident. L’Occident chrétien doit être détruit non seulement en raison de ses « injustices économiques » et de son « système capitaliste oppressif », mais à cause de sa « suprématie blanche et son oppression coloniale » des minorités (surtout noires) et de son « oppression et exploitation sexuelles » des femmes.

Ironie de l’histoire, exactement au moment où le système communiste soviétique a fini par s’effondrer (en août 1991), après 70 ans de régime totalitaire et où l’Europe de l’Est s’est libérée de ses quarante-cinq années sous la botte de Moscou, ce que le Dr. Paul Gottfried avait appelé assez correctement le « marxisme culturel » triomphait en Europe occidentale et aux États-Unis. En fait, le marxisme n’a pas disparu avec la sortie de scène des commissaires soviétiques octogénaires, mais il a resurgi dans une formulation beaucoup plus dangereuse et infectieuse, une forme en grande partie domestique, ici en Amérique, dominant bientôt nos campus, notre industrie du divertissement, nos chaires, nos médias et maintenant notre politique.

Ses principales armes idéologiques de choix sont : l’imposition d’un récit culturellement et politiquement basé sur la race et la revendication de la libération sexuelle, en particulier concernant le rôle des femmes dans la société.

Il y a quelques semaines, la station locale de PBS (WUNC-TV) a diffusé une émission sous le titre Focus, présentant un débat sur les monuments historiques en l’honneur des anciens combattants confédérés et « ce qu’il faudrait faire à leur sujet ». Sur les quelque dix-sept participants à ce « dialogue » devant la caméra, seulement deux représentaient ce que je nommerai l’opposition au démontage de ces monuments. Parmi les partisans de leur suppression, une jeune femme noire a révélé l’ensemble du récit et du plan : l’histoire américaine, a-t-elle expliqué, était totalement infectée, fondée dans et basée sur le « racisme » (ainsi que le « sexisme »). Par conséquent cette histoire devait être « nettoyée » et purifiée et cela doit commencer par la suppression de ces rappels manifestement « racistes » de la Confédération du Sud puisque, comme « nous le savons tous », la « guerre était à propos de l’esclavage… et c’était pour cela que le Sud combattait. »

C’était, mais maintenant cela est généralisé, la théorisation excitée mais puérile que j’avais entendue pour la première fois quarante-cinq ans plus tôt dans des séminaires de troisième cycle à l’Université de Virginie, puis débitée par de jeunes doctorants qui occuperaient quelques décennies plus tard les chaires subventionnées d’histoire, de philosophie, d’anglais et d’autres disciplines dans nos grandes universités. C’est le récit qui avait aussi infecté la pensée des administrateurs de l’université et qui a fondamentalement transformé nos institutions académiques en « communes » marxistes dédiées à l’endoctrinement de ces étudiants expulsés, malgré des frais de scolarité exorbitants, par des parents qui croyaient au « mythe » que tout ce que vous avez à faire dans la vie pour réussir est d’aller à l’université.

C’était et c’est encore un dogme, un nouveau canon de la foi qui accuse les chrétiens blancs (lire : européens), la plupart du temps (mais pas toujours) mâles, faisant d’eux les coupables et les responsables de la presque totalité des « maladies du monde » (selon la théorie marxiste). Des termes tels que « suprématisme blanc », « racisme blanc » (il n’y en a pas d’autre), « oppression blanche », « privilège blanc », et la « nécessité de déconstruire la ‘blancheur’ » sont entrés dans notre vocabulaire. En tant que dogme, cela doit être imposé, sans poser de questions… la soi-disant « liberté académique » traditionnelle étant mise au rebut si elle y fait obstacle.

Le groupe le plus important responsable de la destruction violente du monument aux vétérans Confédérés à Durham, Caroline du Nord, il y a trois mois (le 14 août) est une organisation marxiste qui a pris le nom de Workers World Party, dont la plate-forme de base comprend les points suivants : « Abolition du capitalisme – Désarmement de la police et des agents de l’ICE [police des frontières, NdT] – Lutte pour la révolution socialiste – Soutien à Black Lives Matter. » Et leur modèle principal est : « Détruire la suprématie blanche. »

Il y a toujours eu des groupes marginaux à l’extrême-gauche, mais ce qui donne au Workers World Party et à des groupes comme Black Lives Matter, Antifa, et à d’autres semblables plus de cachet et de notoriété dans l ‘Amérique de 2017 est que l’un des plus grands partis du pays, le Parti démocrate, accepte fondamentalement leur narration, du moins politiquement, et que le parti d’opposition, les Républicains – la plus grande partie de sa direction – est mort de peur à l’idée d’entrer dans n’importe quel genre de discussion négative impliquant la « race », de peur d’être accusé de ce péché absolument impardonnable et indéracinable qu’est le racisme – de loin le pire délit dont tout politicien ou personnage public peut se rendre coupable dans notre société moderne (sauf peut-être pour les prédateurs mâles, auteurs d’agressions sexuelles sur des femmes).

La création d’un récit standard et incontestable sur la race a indubitablement été la stratégie la plus réussie de la théorie marxiste culturelle et de ses théoriciens. Il a d’abord capté l’université, à partir de laquelle il a été en mesure de dicter l’éducation de plusieurs générations d’Américains. Il a modelé et limité le débat, il a défini ses paramètres qui continuent à évoluer, et toujours vers plus de « déconstruction » et de « libération ». Ce qui, en fait, signifie la marginalisation et la destruction permanentes de notre civilisation européenne et chrétienne historique.

Ce qui était en train de se passer aurait dû être clair il y a des dizaines d’années – il y avait des signes et des marqueurs visibles. Nous avions vu les expériences désastreuses de la « dé-colonisation » en Afrique et de la révolution en Amérique latine (Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, etc.), largement inspirées par une pensée laïque et religieuse dominée par le marxisme.

Aux États-Unis, quelques conservateurs clairvoyants critiques du « mouvement des droits civiques » et de la folle ruée pour adhérer à l’égalitarisme ont compris que les résultats pourraient être aussi graves qu’une révolution. L’idée de l’égalité – que le défunt érudit Mel Bradford appelait « l’hérésie de l’égalité » 1 – est à la base du modèle du marxiste culturel. Cette idée a violé les caractéristiques et les lois de la Nature elle-même, pour ne rien dire de la compréhension fondamentale de la fondation de la république américaine et de la vision des auteurs de la Constitution 2

Mais dans les années 1980, ces appels à la prudence ont été largement réduits au silence lorsque ceux qui se nommaient eux-mêmes des « néoconservateurs » se sont emparé du contrôle sur le « mouvement conservateur », servant bientôt de groupe d’experts intellectuels pour la classe politique du Parti républicain. Comme les néocons partageaient les mêmes origines philosophiques – le mondialisme trotskyste – que les marxistes culturels de « la gauche plus extrême », leurs paramètres intellectuels et leur capacité à développer leurs principes fondamentaux ont été gravement limités. Ils étaient et sont toujours intrinsèquement incapables – et fondamentalement réticents – à faire le nécessaire et ils finissent généralement comme moteurs de la révolution permanente de gauche.

Jusqu’à ce que le caractère frauduleux du modèle de l’« égalité » soit reconnu – jusqu’à ce que le modèle marxiste de « la race et du racisme », comme élément essentiel sous-jacent à toute l’histoire américaine et l’impérieuse nécessité d’effacer, de corriger et de réparer l’« injustice » raciste – la « culpabilité blanche » – soit renversé et rejeté – jusqu’à ce que notre langage pour communiquer sur ce thème soit réformé, jusque là, nous serons à la merci de cette « construction » culturelle autoritaire qui nous dépouille de notre héritage, pervertit notre histoire, infecte et déforme notre existence même en tant que peuple.

Boyd D. Cathey

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

Notes

  1. Voir son long article, « The Heresy of Equality », Modern Age, Winter 1976, vol. 20, no.1
  2. cf. Barry Alan Shain’s massive study, « The Declaration of Independence in Historical Context : American State Papers, Petitions, Proclamations & Letters of the Delegates to the First National Congress » pour l’importante documentation de l’exposition de Bradford.
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