L’Arabie saoudite envisage de se couper du Qatar – au sens propre


L’Arabie saoudite a pour projet de couper le Qatar de ses attaches continentales, en creusant un canal tout au long de leur frontière commune.


andrew-korybkoPar Andrew Korybko − Le 26 avril 2018 − Source orientalreview.org

Le projet saoudien envisage également le dépôt de déchets radioactifs au sud de l‘île que cela fabriquerait, sur des territoires où l’Arabie saoudite est souveraine, et d’y construire en sus une base militaire. Ce projet radical est justifié par le Royaume comme moyen de connectivité entre les deux parties de ses zones côtières sur le Golfe, et est vendu comme un investissement économique « Vision 2030 » sans précédent dans la région ; en réalité, les racines du projet sont probablement des considérations symboliques derrière la suppression du Qatar de la péninsule Arabique et de son groupe d’intégration, le GCC, avec lequel le pays s’est récemment brouillé.

Ce projet semble indiquer que Riyad ne croit pas en une « solution viable » et s’attend plutôt à une « guerre froide du Golfe » prolongée. Cela n’est pas difficile à comprendre, si l’on se souvient que les puissances régionales que constituent l’Iran et la Turquie ont accouru à l’aide du Qatar quand la crise s’est présentée, et qu’à présent la souveraineté du pays conditionne leurs intérêts économiques et stratégiques, chose que l’Arabie saoudite souhaiterait voir disparaître dans sa vision de la « résolution » de cette crise. Le drame estival d’une invasion conjointe saoudo-émirienne du pays, ou de sa déstabilisation par un coup d’État soutenu par le GCC s’est largement dissolu, d’où l’action symbolique, spectaculaire et « sauvant la face ».

L’Arabie Saoudite projette de creuser un canal pour faire du Qatar une île

 

L’Arabie saoudite compte également que la pression psychologique, constituée par la perspective de se voir insularisé, additionnée au stockage de déchets radioactifs à proximité et de la construction d’une base militaire, continuera à constituer une menace pour le Qatar, même si cela pourrait bien provoquer un retour de flamme, déclenchant une « mentalité de siège » dans la population − ce qui concerne aussi bien les Qataris natifs que les travailleurs étrangers − qui pourrait augmenter la résilience du pays face à la guerre hybride, et augmenter encore les sympathies envers les puissances multipolaires que constituent l’Iran et la Turquie. Une autre conséquence à ne pas négliger est que la prolongation dans le temps de la « guerre froide du Golfe » est également au bénéfice de l’Amérique, en ce qu’elle lui permet de continuer à diviser pour mieux régner sur ses alliés arabes, tout en continuant de tirer les bénéfices juteux engendrés par les ventes d’armes à chacun d’entre eux.

Les conséquences géopolitiques du percement de ce canal pourraient donc être mitigées, et leur impact final restera à constater.

Cet article est une retranscription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN, diffusé sur Sputnik News le vendredi 20 avril 2018

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

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