Amérique latine, le pendule bascule vers la droite


Par James Petras – Le 19 décembre 2017 – Source Unz Review

Il est clair que le pendule a basculé vers la droite ces dernières années. De nombreuses questions se posent alors. Quel genre de droite ?  À droite jusqu’où ? Comment ont-ils pris le pouvoir ? Quel est son attrait ? Dans quelle mesure les régimes de droite sont-ils viables ? Qui sont leurs alliés et adversaires au plan international ? Après avoir pris le pouvoir, comment les régimes de droite fonctionnent-ils et selon quels critères mesurer leurs succès ou leurs échecs ?

Bien que la gauche ait battu en retraite, elle conserve encore le pouvoir dans certains États. De nombreuses questions se posent alors. Quelle est la nature de la gauche d’aujourd’hui ? Pourquoi certains régimes ont-ils continué alors que d’autres ont décliné ou ont été vaincus ? La gauche peut-elle recouvrer son influence, dans quelles conditions et avec quel programme attrayant ?

Nous allons poursuivre en discutant du caractère et des politiques de la droite et de la gauche et de leur orientation. Nous conclurons en analysant la dynamique des politiques de droite et de gauche, les alignements et les perspectives d’avenir.

La droite radicale : le Visage du pouvoir

Les régimes de droite sont motivés par l’intention de mettre en œuvre des changements structurels : ils cherchent à réorganiser la nature de l’État, les relations économiques et sociales et les alignements politiques et économiques internationaux.

Des gouvernements de la droite radicale régissent le Brésil, l’Argentine, le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Paraguay, le Guatemala, le Honduras et le Chili.

Dans plusieurs pays, les régimes d’extrême-droite provoquent des changements abrupts, tandis que dans d’autres ils s’appuient sur des changements progressifs mis en place au fil du temps.

Les changements en Argentine et au Brésil sont des exemples de transformations régressives extrêmes visant à renverser la répartition des revenus, les relations foncières, les alignements internationaux et les stratégies militaires. L’objectif est de rediriger les revenus vers le haut, reconcentrer la richesse, la propriété foncière vers l’élite et vers l’extérieur et de souscrire à la doctrine impériale. Ces régimes ploutocrates-populistes sont dirigés par des dirigeants qui parlent ouvertement au nom d’investisseurs nationaux et étrangers très puissants et sont généreux dans leur redistribution des subventions et des ressources d’État, une sorte de « populisme pour les ploutocrates ».

La montée et la consolidation des régimes d’extrême-droite en Argentine et au Brésil reposent sur plusieurs interventions décisives, combinant élections et violences, purges et cooptations, propagande médiatique et corruption profonde.

Mauricio Macri a bénéficié du soutien des grands médias, notamment ceux du conglomérat Clarin, ainsi que de la presse financière internationale (Financial Times, Wall Street Journal, etc.). Les spéculateurs de Wall Street et le corps diplomatique de Washington ont subventionné sa campagne électorale.

Macri, sa famille, ses amis et complices financiers, ont transféré des ressources publiques vers des comptes privés. Les chefs politiques provinciaux et leurs opérations de patronage se sont unis aux riches secteurs financiers de Buenos Aires pour amasser des votes dans la capitale.

À la suite de son élection, le régime de Mauricio Macri a transféré cinq milliards de dollars à Paul Singer, le célèbre spéculateur de Wall Street, a contracté des prêts de plusieurs milliards de dollars à taux d’intérêt élevés, a multiplié par six les frais de services publics, privatisé le pétrole, le gaz et les terres publiques et a congédié des dizaines de milliers d’employés du secteur public.

Macri a organisé une purge politique et l’arrestation de dirigeants politiques de l’opposition, dont l’ancienne présidente Cristina Fernandez Kirchner. Plusieurs militants provinciaux ont été emprisonnés, voire assassinés.

Macri est un succès du point de vue de Wall Street, Washington et de l’élite du business de Porteño. Les salaires ont baissé pour les travailleurs argentins. Les entreprises de services publics ont obtenu leurs profits les plus élevés jamais enregistrés. Les banquiers ont doublé les taux d’intérêt. Les importateurs sont devenus millionnaires. Les revenus des agro-entreprises ont grimpé en flèche à mesure que leurs impôts diminuaient.

Pour les petites et moyennes entreprises argentines, le régime du président Macri a été un désastre : des milliers de personnes ont fait faillite en raison du coût élevé des services publics et de la rude concurrence des importations chinoises bon marché. Outre la baisse des salaires, le chômage et le sous-emploi ont doublé et le taux de pauvreté extrême a triplé.

L’économie dans son ensemble a fléchi. Ce financement par la dette n’a pas réussi à promouvoir la croissance, la productivité, l’innovation et les exportations. L’investissement étranger a, par contre, profité de facilités d’entrée, de gros profits et d’un démarrage rapide. La promesse de prospérité n’a concerné qu’environ un quart de la population. Pour amoindrir le prévisible mécontentement public, le régime a fait taire les voix des médias indépendants, lâché des voyous contre les critiques et coopté des patrons de syndicats pourris et malléables pour briser les grèves.

Les protestations publiques et les grèves se multiplient mais sont ignorées et réprimées. Les leaders et activistes populaires sont stigmatisés par des campagnes médiatiques financés par Macri.

Sauf en cas de bouleversement social majeur ou d’effondrement économique, Macri exploitera les divisions de l’opposition pour obtenir une réélection et deviendra un modèle pour Wall Street. Macri est prêt à accepter l’implantation de bases militaires américaines, à signer des accords de libre-échange avec l’Union européenne et une liaison renforcée avec la sinistre police secrète israélienne, le Mossad.

Le Brésil a suivi les mêmes politiques d’extrême droite que Macri.

En s’emparant du pouvoir par le biais d’une manœuvre politique de destitution, le méga-escroc Michel Temer a immédiatement procédé au démantèlement de l’ensemble du secteur public, au gel des salaires pendant vingt ans et à l’allongement de l’âge de la retraite des retraités de cinq à dix ans. Temer a entraîné plus d’un millier d’élus corrompus dans le vol de plusieurs milliards de dollars à la compagnie pétrolière d’État et dans tous les grands projets d’infrastructure publique.

Coup d’État, corruption et mépris ont été dissimulés par un système accordant l’impunité au Congrès jusqu’à ce que des procureurs indépendants enquêtent, inculpent et emprisonnent plusieurs dizaines de politiciens, mais pas Temer. Malgré 95% de désapprobation publique, le Président Temer reste au pouvoir avec le soutien total de Wall Street, du Pentagone et des banquiers de Sao Paolo.

Le Mexique, l’État narco-assassin bien connu, continue d’élire en alternance l’un des deux partis, aussi voleur l’un que l’autre, du modèle bipartisan PRI/PAN. Des milliards de dollars de profits illicites sont versés dans les paradis fiscaux des banquiers blanchisseurs, ou dans les coffres des propriétaires de mines américains et canadiens, qui se livrent aussi au blanchiment d’argent. Les grosses entreprises mexicaines et internationales ont fait des bénéfices à deux chiffres qui ont été déposés sur des comptes à l’étranger et dans les paradis fiscaux. Le Mexique a battu son propre misérable record en matière d’évasion fiscale de l’élite, tout en étendant les « zones franches » à faible taux d’imposition et bas salaires. Des millions de Mexicains ont fui et passé la frontière pour échapper au capitalisme prédateur de ces gangsters. L’afflux de centaines de millions de dollars de profits pour les multinationales américaines et canadiennes est le résultat d’un « échange inégal » entre le capital américain et la main-d’œuvre mexicaine, tenu en place grâce au frauduleux système électoral mexicain.

Dans au moins deux élections présidentielles bien connues, en 1988 et 2006, les candidats de centre gauche, Cuahtemoc Cardenas et Manuel Lopez Obrador, ont gagné avec de saines marges de victoire, mais se sont fait voler leurs victoires à cause d’un décompte frauduleux des votes.

Les régimes miniers de la droite péruvienne alternent entre la dictature sanglante et ouverte de Fujimori et les régimes électoraux corrompus. Ce qui est cohérent dans la politique péruvienne, c’est le transfert des ressources minérales à des capitaux étrangers, la corruption généralisée et l’exploitation brutale des ressources naturelles par les sociétés minières et de forage américaines et canadiennes dans les régions habitées par les communautés indiennes.

L’extrême-droite a évincé les gouvernements élus de gauche, dont le président Fernando Lugo au Paraguay (2008-2012) et Manuel Zelaya au Honduras (2006-2009), avec l’approbation et le soutien actif du département d’État américain. Ces narco-présidents exercent maintenant le pouvoir par la répression, y compris la violence contre les mouvements populaires et le meurtre de dizaines d’activistes paysans et urbains. Cette année, des élections truquées au Honduras ont assuré la continuité du narco-régime et des bases militaires américaines.

L’expansion de l’extrême-droite allant de l’Amérique centrale et du Mexique au cône sud constitue le fondement qui permet de réaffirmer des alliances militaires centrées sur les États-Unis et des pactes commerciaux régionaux.

La montée de l’extrême-droite assure les privatisations les plus lucratives et les taux de rendement les plus élevés sur les prêts bancaires étrangers. L’extrême-droite est prompte à réprimer avec violence les dissidences populaires et les contestations électorales. Tout au plus, l’extrême-droite permet à quelques élites aux prétentions nationalistes de fournir une façade de démocratie électorale.

Le glissement du centre-gauche vers le centre-droit

Les basculements politiques vers l’extrême droite ont eu des effets collatéraux importants, les régimes de centre-gauche ayant basculé vers le centre-droit.

Deux régimes se sont résolument déplacés du centre-gauche vers le centre-droite : l’Uruguay sous Tabare Vazquez du Broad Front et l’Équateur avec la récente élection de Lénine Moreno de l’Alliance PAIS. Dans les deux cas, le travail préparatoire a été effectué grâce à des accommodements avec les oligarques des partis traditionnels de droite. Les anciens régimes de centre-gauche du président équatorien Rafael Correa et du président uruguayen José Mujica ont réussi à promouvoir les investissements publics et les réformes sociales. Ils ont tiré parti des prix élevés mondiaux et de la forte demande d’exportations agro-minérales pour financer leurs réformes. À cause de la baisse des prix mondiaux et l’exposition publique de la corruption, les partis de centre-gauche nouvellement élus ont nommé et élu des candidats de centre-droit qui ont transformé les campagnes anti-corruption en véhicules pour adopter des politiques économiques néolibérales. Les présidents de centre-droit ont rejeté le nationalisme économique, encouragé l’investissement étranger à grande échelle et mis en œuvre des programmes d’austérité fiscale pour attirer la classe moyenne supérieure et la classe dirigeante.

Les régimes de centre-droit ont marginalisé les secteurs gauchistes de leurs partis. Dans le cas de l’Équateur, ils ont scindé le parti, le président nouvellement élu réorientant les politiques internationales de gauche (Bolivie, Venezuela) vers les États-Unis et l’extrême-droite, tout en éliminant l’héritage de leur prédécesseur en termes de programmes sociaux populaires.

Avec la baisse des prix à l’exportation, les régimes de centre-droit ont offert des subventions généreuses aux investisseurs étrangers dans l’agriculture et la foresterie en Uruguay, ainsi qu’aux propriétaires de mines et aux exportateurs en Équateur.

Les régimes de centre-droit nouvellement convertis se sont joints à leurs homologues établis au Chili et ont rejoint le Partenariat Transpacifique [le TTP] avec des nations asiatiques, l’UE et les États-Unis.

Le centre-droite a cherché à manipuler la rhétorique sociale des régimes précédents de centre-gauche afin de retenir les électeurs du peuple tout en honorant son soutien à l’élite économique.

La gauche se déplace vers le centre-gauche

La Bolivie, sous l’égide d’Evo Morales, a fait preuve d’une capacité exceptionnelle à soutenir la croissance, assurer sa réélection et neutraliser l’opposition en combinant une politique étrangère radicale de gauche avec une économie d’exportation mixte et modérée. Même si la Bolivie condamne l’impérialisme américain, les grandes multinationales du pétrole, du gaz, des métaux et du lithium ont investi massivement en Bolivie. Evo Morales a modéré sa position idéologique en passant d’un socialisme révolutionnaire à une version locale de politique culturelle démocratique libérale.

L’adhésion d’Evo Morales à une économie mixte a neutralisé toute hostilité manifeste de la part des États-Unis et des nouveaux régimes d’extrême-droite de la région.

Tout en restant politiquement indépendante, la Bolivie n’hésite pas à exporter vers les pays de la région ayant un régime néolibéral d’extrême-droite. Les politiques économiques modérées du président Evo Morales, la diversité des exportations minérales, la responsabilité fiscale, les réformes sociales incrémentales et le soutien de mouvements sociaux bien organisés ont permis d’assurer la stabilité politique et la continuité sociale malgré la volatilité des prix des produits de base.

Les régimes de gauche du Venezuela, présidés par les présidents Hugo Chavez puis Maduro, ont suivi une trajectoire divergente, avec de lourdes conséquences. Totalement tributaire des prix mondiaux du pétrole, le Venezuela a commencé à financer de généreux programmes d’aide sociale au pays et à l’étranger. Sous la direction du président Chavez, le Venezuela a adopté une politique anti-impérialiste conséquente qui lui a permis de s’opposer avec succès à un accord de libre-échange centré sur les États-Unis (LAFTA) et de lancer une alternative anti-impérialiste, l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA).

L’amélioration du bien-être social et le financement d’alliés à l’étranger, sans diversification de l’économie et des marchés et sans augmentation de la production, reposaient sur le rendement élevé et continu d’une seule exportation volatile – le pétrole.

Contrairement à la Bolivie sous la présidence d’Evo Morales, qui a construit son pouvoir avec l’appui d’une base populaire organisée, consciente de sa classe et disciplinée, le Venezuela repose sur une alliance électorale amorphe, qui comprend des habitants des bidonvilles, des transfuges des partis traditionnels corrompus (toutes catégories confondues) et des opportunistes désireux de s’emparer de postes et d’avantages sociaux. L’éducation politique a été réduite à répéter des slogans, encenser le Président et distribuer des biens de consommation.

Les technocrates et les politiciens vénézuéliens loyaux occupent des postes très lucratifs, en particulier dans le secteur pétrolier, et sont pas tenus de rendre des comptes aux conseils ouvriers ou aux auditeurs d’État compétents. La corruption est omniprésente et des milliards de dollars de richesse pétrolière ont été volés. Ce pillage a été toléré en raison de l’énorme afflux de pétrodollars dû aux prix historiquement élevés et à la forte demande. Cela a mené à une situation bizarre où le régime parlait de socialisme et finançait des programmes sociaux massifs, tandis que les grandes banques, les distributeurs de denrées alimentaires, les importateurs et les opérateurs de transport étaient contrôlés par des oligarques privés hostiles qui empochaient d’énormes profits tout en produisant des pénuries et en favorisant l’inflation. En dépit de ces problèmes, les électeurs vénézuéliens ont offert au régime une série de victoires électorales face à des marionnettes américaines et des oligarques politiciens. Cela  a eu tendance à créer une confiance excessive dans le fait que le modèle socialiste bolivarien était irrévocable.

La chute abrupte des prix du pétrole, de la demande mondiale et des recettes dues aux exportations a entraîné un recul des importations et de la consommation. Contrairement à la Bolivie, les réserves de change ont diminué, le vol effréné de milliards de dollars a été découvert tardivement et l’opposition de droite soutenue par les États-Unis est revenue à une « action directe » violente et au sabotage, tout en confisquant des denrées alimentaires, des biens de consommation et des médicaments essentiels. Les pénuries ont entraîné un marché noir généralisé. La corruption du secteur public et le contrôle hostile de l’opposition sur les secteurs de la banque privée, du commerce de détail et de l’industrie, soutenus par les États-Unis, ont paralysé l’économie. Celle ci est entrée en chute libre et le soutien électoral s’est érodé. Malgré les graves problèmes du régime, la majorité des électeurs à faible revenu ont correctement compris que leurs chances de survie sous l’opposition oligarchique soutenue par les État -Unis seraient pires et la gauche en difficulté a continué de gagner des élections municipales et gouvernementales jusqu’en 2017.

La vulnérabilité économique du Venezuela et son taux de croissance négatif ont entraîné une augmentation de l’endettement. L’opposition des régimes d’extrême-droite d’Amérique latine et les sanctions économiques de Washington ont aggravé les pénuries alimentaires et le chômage.

Par contre, la Bolivie a effectivement empêché les plans de coup d’État de l’élite américaine entre 2008 et 2010. Les oligarques basés à Santa Cruz ont du faire face au choix bien clair de partager les profits et respecter la stabilité sociale en signant des pactes sociaux (travailleurs / paysans, capital et État) avec le gouvernement Morales ou à faire face à une alliance du gouvernement et du mouvement des travailleurs militants prêt à les exproprier de leurs propriétés. Les élites ont choisi la collaboration économique tout en continuant une opposition électorale de faible intensité.

Conclusion

L’opposition de gauche perd le pouvoir étatique. L’opposition à l’extrême-droite risque de s’accentuer, étant donné les attaques sévères et intransigeantes contre le revenu, les pensions, l’augmentation du coût de la vie, les réductions sévères des programmes sociaux et les attaques contre l’emploi dans les secteurs privé et public. L’extrême-droite a plusieurs options, dont aucune n’offre de concessions à la gauche. Ils ont choisi de renforcer l’État policier (solution Macri) ; ils tentent de fragmenter l’opposition en négociant avec les dirigeants opportunistes des syndicats et des partis politiques, et ils retoquent l’image publique de dirigeants corrompus pour poursuivre ces politiques (solution brésilienne).

Les partis, mouvements et leaders de gauche, autrefois révolutionnaires, ont évolué vers une stratégie électorale, des protestations et une action au niveau des entreprises. Jusqu’ à présent, cela ne semblent pas être une stratégie politique efficace au niveau national.

Le centre-gauche, surtout au Brésil et en Équateur, est en position de force avec des dirigeants politiques dynamiques (Lula Da Silva et Correa), mais qui font face à des accusations frauduleuses lancées par des procureurs de droite qui ont l’intention de les exclure de la course à la fonction présidentielle. Si les réformateurs de centre-gauche ne s’engagent pas dans une activité de masse à grande échelle et prolongée, l’extrême-droite compromettra effectivement leur retour politique.

L’État impérial américain a temporairement récupéré des régimes à sa solde, des alliés militaires et des ressources et marchés économiques. La Chine et l’Union européenne profitent des conditions économiques optimales offertes par les régimes d’extrême-droite. Le programme militaire américain a effectivement neutralisé l’opposition radicale en Colombie, et le régime Trump a intensifié et imposé de nouvelles sanctions au Venezuela et à Cuba.

La célébration « triomphaliste » des régimes soutenus par Trump est prématurée – aucune victoire stratégique décisive n’a eu lieu, malgré d’importantes avancées à court terme au Mexique, au Brésil et en Argentine. Cependant, les importantes prises de bénéfices, les transferts importants de propriétés aux investisseurs étrangers, les taux d’imposition favorables, les faibles droits de douane et les politiques commerciales n’ont pas encore généré de nouvelles usines, une croissance durable et de bons fondamentaux économiques. Maximiser les profits tout en ignorant les investissements dans la productivité et l’innovation pour promouvoir les marchés intérieurs et la demande a mis en faillite des dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises commerciales et manufacturières locales. Cela a entraîné une hausse du chômage chronique et du sous-emploi. La marginalisation et la polarisation sociale sans leadership politique s’accentuent. Ces conditions ont entraîné des soulèvements « spontanés » en Argentine en 2001, en Équateur en 2000 et en Bolivie en 2005.

L’extrême-droite au pouvoir n’entraînera peut-être pas une rébellion de l’extrême gauche, mais ses politiques peuvent certainement saper la stabilité et la continuité des régimes actuels. Au minimum, elle peut conduire à un retour d’une certaine version du centre-gauche et à la restauration des politiques d’aide sociale et de l’emploi qui sont en lambeaux.

Pendant ce temps, l’extrême-droite poursuivra son programme pervers qui combine de profonds retours en arrière du bien-être social, à la dégradation de la souveraineté nationale et à la stagnation économique avec un accaparement des profits commerciaux réalisé ainsi.

James Petras

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone