Une question de miséricorde


Par James Howard Kunstler – Le 21 avril 2017 – Source kunstler.com

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Convoquons le magicien d’Oz ! Un patient s’appelant Les États-Unis s’est rendu aux urgences, désorienté, portant des vêtements de sport sales, affirmant que c’était « le plus grand » ceci et cela … mais il n’a pas pu compléter le protocole d’admission de neuf pages ou présenter un numéro d’identité valide. Le patient est devenu de plus en plus violent, menaçant le personnel et d’autres patients …

Les nations développent quelque chose comme un Alzheimer. Peut-être que vous n’avez pas remarqué que depuis quelque temps maintenant rien ne colle dans le cerveau national – si c’est comme ça que nous pouvons appeler les médias et leur analogues sur le Web. Pendant des mois, une obsession de « l’ingérence russe dans l’élection » a traversé le lobe gauche de la conscience nationale. Ensuite, il y a environ une semaine, elle s’est complètement évanouie. Grand-père a souffert d’illusions semblables à propos des Russes qui récoltaient « nos précieux fluides corporels » (appelez le Docteur Folamour).

Pas trop loin l’été dernier, un candidat nommé Trump a ironiquement appelé à « la fin des guerres sans fin au Moyen-Orient ». La politique souvent appliquée de « changement de régime » a-t-il dit, ne fonctionnait pas dans les divers États détruits par les Américains tels que la Libye, l’Irak, la Somalie, le Yémen et l’Ukraine. Il y a environ deux semaines, je me souviens bien, le Département d’État a même déclaré explicitement que nous n’avions aucun plan pour un changement de régime d’un certain Bachar al-Assad en Syrie.

Ensuite, il y eut quelque chose sur les ondes au sujet d’une attaque au gaz toxique. La preuve pour savoir exactement qui avait perpétré l’attaque, comment vous-dire, n’était pas tout à fait convaincante. Cette preuve appartient aux services secrets américains qui, dans leur omniscience globale, ont affirmé que « oui, c’était bien cette fouine d’Assad qui avait bombardé son peuple avec du gaz Sarin ». Wolf Blitzer et Rachel Maddow ont tellement couru avec cette histoire qu’ils ont disparu à l’horizon.

Le patient a eu un rêve après cela : un rêve de missiles de croisière arrosant de feux de l’enfer une base aérienne syrienne. Beaucoup d’entre eux se sont égarés et ont fait sauter des figuiers de barbarie dans le désert et une troupe de tortues de mer migrantes en Méditerranée. (Merci Microsoft Windows.) Ensuite, le secrétaire d’État, M. Tillerson a déclaré que « Assad devait partir ». Le patient était complètement confus quant à savoir qui devait rester ou partir. Ensuite, le patient a oublié le rêve et nous n’avons plus entendu parler de ce pays féerique qu’est la Syrie depuis lors. Bon…

Et voilà maintenant que pas plus tard qu’hier la tête de gondole est revenue à la Corée du Nord – un personnage directement sorti des fantasmes de James Bond avec la coupe de cheveux la plus étrange de l’histoire connue – qui menaçait de faire exploser les États-Unis. Une flotte américaine de porte-avions devait bientôt vaporiser cette moitié de la péninsule coréenne. Une roquette a décollé, quelque part… et a rapidement explosé. Eh bien, au moins quelque chose a explosé. J’ai oublié quoi, exactement…

Et maintenant, je vois sur le fil du matin que ISIS a bougé et a organisé un autre attentat terroriste à Paris – un policier mort, un blessé, dans une fusillade de rue. N’y avait-il pas d’autres incidents avant celui-ci, peut-être même pires ? J’ai oublié. Quoi qu’il en soit, dans ce cas, il était facile de trouver l’identité de l’homme (un certain Karim Cheurfi) parce que ce salaud avait passé 15 ans en prison après avoir été reconnu coupable de trois tentatives de meurtre, dont deux contre des policiers, mais avait été mis en liberté conditionnelle en 2015. Il y a eu un certain bavardage sur cet incident pouvant avoir un effet sur les prochaines élections françaises. Mais j’ai oublié qui concourt. Et quand ce malheur sera dernière nous, je vais probablement oublier qui a gagné, et pourquoi.

C’est ainsi que nous déambulons dans le pavillon de notre Alzheimer national. Une merde se produit, puis elle est rapidement oubliée. Parfois, cette merde qui se passe est oubliée si complètement que c’est comme vivre dans un univers où rien ne se passe. Les responsables qui ont signalé avoir travaillé sur votre cerveau ont quitté leurs postes – sans qu’aucune obligation ne subsiste après l’arrivée des smartphones sur les lieux. Ils font maintenant partie des millions qui « ne cherchent plus de travail » selon ces rapports du Bureau du Travail (BLS).

Peut-être s’agit-il d’une manifestation de ce qu’on appelait « la miséricorde de Dieu ». Maintenant que nous avons presque réussi à rendre la planète inhabitable, il ne faut pas se souvenir de la façon dont cela s’est passé ou de ce qui nous arrivera En attendant, nous sommes encore là.

James Howard Kunstler

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

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