Par Dmitry Orlov − Le 16 janvier 2026 − Source Club Orlov

Les Européens sont tous en ébullition à cause du désir de Trump de s’emparer du Groenland, ce qui les détourne de ce qui devrait être leur priorité : trouver comment éviter d’être bombardés par la Russie pour avoir été si pénibles. L’Angleterre est en tête de liste des cibles pour avoir été particulièrement méchante envers la Russie et constitue une cible nucléaire pratique car elle est compacte et isolée du continent. Un seul missile Sarmat suffirait à la rendre inhabitables pendant une période géologique. Trump ne lèverait pas le petit doigt pour riposter : il ne veut pas de cette île, surtout si elle a été bombardée.
En parlant d’îles, le Groenland est la plus grande île de la planète et l’une des plus inutiles, car elle est en grande partie recouverte d’un gigantesque glacier. Néanmoins, l’ajouter comme un atout au bilan national des États-Unis, avec le pétrole vénézuélien, devrait permettre de prolonger un peu plus longtemps l’agonie de la dette fédérale américaine galopante, au-delà de la fin du mandat présidentiel de Trump.
Ce qui se passera après cela n’a aucune importance pour lui. « Après moi, le déluge ! » On attribue cette phrase au roi Louis XV de France, et Trump pense probablement la même chose. « L’État, c’est moi. » C’est une autre phrase française lapidaire attribuée à un Louis antérieur, Louis XIV, et Trump semble également penser de la même manière. Il fait de son mieux pour ignorer le Congrès américain, les tribunaux et les accords internationaux, se retirant d’une centaine d’agences internationales et tentant de gouverner par décret (alias « ordre présidentiel »).
Trump est un homme très limité intellectuellement qui n’aurait jamais lu un seul livre (mais prétend en avoir écrit un). Trump ne connaît que deux choses : l’immobilier, la finance en fait… trois choses : l’immobilier, la finance et les relations sexuelles avec des mineures. À ma connaissance, il n’a jamais déclaré publiquement ne rien savoir des relations sexuelles avec des mineures ; si c’est le cas, je m’en excuse. Quoi qu’il en soit, les femmes mineures ne constituent pas une bonne garantie pour des prêts fédéraux de plusieurs milliards de dollars. Les réserves de pétrole du Venezuela, considérées comme les plus importantes au monde, constituent quant à elles une bonne garantie. Il ne s’agit pas de pétrole (mais de sables bitumineux souterrains) ni de réserves (mais de ressources dont l’extraction peut être techniquement impossible ou économiquement irréalisable), mais ce sont là des détails techniques dont Trump ne veut pas entendre parler. Revenons à l’immobilier : la plus grande île de la Terre (il s’agit du Groenland, au cas où vous n’auriez pas suivi) constitue également une bonne garantie, surtout si Trump fait des déclarations fallacieuses mais séduisantes sur un Eldorado virtuel de richesses caché sous 1,6 km de glace. Mais la glace est facile à forer, n’est-ce pas ? « Creuse, bébé, creuse ! » s’exclame le roi Donald Zéro.
Mais qu’est-ce qu’une île (même la plus grande de la Terre) quand il y a tout un continent à conquérir ? Il s’agit de l’Antarctique, régi par le Traité sur l’Antarctique signé à Washington le 1er décembre 1959. Mais Trump ne croit pas aux accords internationaux stupides et aurait techniquement raison de penser que l’Antarctique n’appartient à aucun pays, alors pourquoi ne pas le revendiquer pour lui-même ? Il lui suffirait de déclarer que l’Antarctique est à lui et à lui seul, puis d’accorder gracieusement des chartes présidentielles aux dix stations de recherche permanentes situées sur ce continent inhospitalier. Ensuite, tout le continent, pingouins compris, pourrait être inscrit comme garantie pour obtenir davantage de prêts fédéraux. Quelle aubaine !
Note du Saker Francophone
Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.
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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.
Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.
Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone
Pourquoi Trump doit-il générer autant de dettes si rapidement ? Le pétrodollar est mort et les pays se débarrassent de la dette américaine aussi vite qu’ils le peuvent sans provoquer de panique et transfèrent progressivement leurs réserves vers l’or (et maintenant l’argent). Sans nouvelles garanties, l’émission de nouvelles dettes serait problématique. Et sans nouvelles dettes, le Trésor américain serait rapidement à court de liquidités, car d’énormes paiements arrivent à échéance. Il y a 1 000 milliards de dollars d’intérêts à payer sur la dette fédérale américaine déjà accumulée. À cela s’ajoute un déficit budgétaire de 1 700 milliards de dollars. Arrondissons un peu et nous obtenons 3 000 milliards de dollars, une somme colossale ! 500 milliards seront utilisé pour gonfler le budget de la défense à 1 500 milliards de dollars et ira immédiatement aux amis de Trump dans diverses entreprises de haute technologie afin de maintenir la bulle de l’IA. Trump ne veut pas qu’elle éclate pendant son mandat, car cela entraînerait l’ensemble du marché boursier américain dans sa chute et lui ferait mauvaise presse.
Mais Trump veut faire bonne figure, et « l’Amérique antarctique » serait certainement utile à cette fin. Imaginez un peu ! Les États-Unis ajouteraient non seulement une île, mais aussi le cinquième plus grand continent, avec une superficie de 14 200 000 km2. Quelle glorieuse réussite ce serait ! Se reposant sur ses lauriers, Trump surferait en toute sécurité vers sa retraite. Il attend sans doute avec impatience les deux événements marquants de cet été. Il y a son 80e anniversaire, qui sera célébré le 14 juin dans la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche, actuellement en cours de dorure. Il sera suivi de la célébration du 250e anniversaire de la signature de la Déclaration d’indépendance, le 4 juillet. Il convient de noter que la plupart des empires, dynasties et républiques ont tendance à ne pas survivre au-delà de 250 ans, ce qui en fait une occasion propice pour que la vieille république disparaisse. Le but prédestiné de Trump dans la vie est peut-être de rendre la fin des États-Unis mémorable en les faisant disparaître dans un grand fracas, et non dans un murmure.
Quelque temps après ces deux exploits, Trump pourrait souffrir d’un léger anévrisme et déménager définitivement dans son palais en Floride, laissant JD Vance prendre les rênes de la Maison Blanche. Conformément à la tradition, à la suite des élections de mi-mandat en novembre, son parti risque de perdre la majorité dans les deux chambres du Congrès, le rendant largement inutile pour le reste de son mandat. Pourquoi ne pas laisser son vice-président JD Vance jouer le rôle de Lame Duck (potiche en chef) ? Trump préférerait probablement jouer au golf à sa guise plutôt que de regarder impuissant ses vetos être annulés.
Comme projet final, je suggérerais à Trump de commander une très grande statue dorée de lui-même qui serait installée au sommet d’une gigantesque ziggourat de style babylonien érigée au pôle Sud : contemplez, ô pingouins, l’empereur de l’Antarctique !