Un autre regard sur l’équipe de politique étrangère de Joe Biden


Par Moon of Alabama − Le 24 novembre 2020

Les choix que le nouveau président Joe Biden a faits jusqu’à présent ne sont pas du tout formidables. Les personnes qu’il a choisies pour l’instant sont des interventionnistes convaincus qui voudront continuer les guerres qu’ils ont commencées lors de leurs précédent mandats.

Tony Blinken deviendra secrétaire d’État. On a probablement pensé qu’il était trop difficile d’obtenir la confirmation du Sénat pour la tout aussi nullissime Susan Rice. En 2013, le Washington Post a décrit son pedigree de haut vol :

Blinken est le conseiller adjoint à la sécurité nationale du président Obama, qui a également invoqué l’Holocauste alors que son administration se débat, souvent douloureusement, pour savoir comment réagir à l’utilisation présumée d’armes chimiques par le président syrien Bashar al-Assad. L’un des acteurs clés du gouvernement dans l’élaboration de la politique syrienne, Blinken, 51 ans, a des références de l’administration Clinton et des liens étroits avec le vice-président Biden et l’establishment de la politique étrangère et de la sécurité nationale à Washington. Il a attiré l'attention sur lui dans des photos de la salle de situation de crises, y compris celle emblématique lors du raid de mai 2011 dans la résidence d'Oussama ben Laden, pour ses cheveux sel et poivre élégamment ondulés.

Mais ce qui le distingue des autres puissances intellectuelles du sanctuaire du cercle intérieur, c'est une biographie qui se lit comme un scénario sur la haute société juive, que l'ancien producteur de films en herbe avait peut-être déjà rêvé d'écrire. Il y a son père, un géant du capital-risque ; sa mère, une patronne des arts ; et son beau-père, qui a survécu à l'Holocauste pour devenir l'un des avocats les plus influents sur la scène mondiale. C'est un roman-photo pour le jeune Blinken - jouant dans un groupe de jazz parisien, débattant de politique avec des hommes d'État - avec un casting de personnages autour de lui, entre autres, Leonard Bernstein, John Lennon, Mark Rothko, Valéry Giscard d'Estaing, Abel Ferrara et Christo.

Cet homme est un psychopathe belliciste :

Blinken en a surpris certains dans la salle des situations de crise en s'opposant à Biden pour soutenir une action militaire en Libye, ont déclaré des responsables de l'administration, et il a plaidé pour une action américaine en Syrie après la réélection d'Obama. Ces sources ont déclaré que Blinken était moins enthousiaste que Biden à propos de la décision d'Obama de demander l'approbation du Congrès pour une frappe en Syrie, mais qu'il est maintenant à bord - peut-être par nécessité - et partisan de négociations diplomatiques avec la Russie. Bien que moins idéologue que Samantha Power, l'ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies - un poste pour lequel il était considéré - il n'est pas surprenant qu'il partage sa conviction que les puissances mondiales telles que les États-Unis ont la «responsabilité de protéger» contre les atrocités.

Il n’a depuis montré aucun remords à propos de ces échecs de politique étrangère :

Blinken soutient que l'échec de la politique américaine en Syrie est que notre gouvernement n'a pas employé assez de forces. Il soutient le faux argument selon lequel le vote de Biden pour autoriser l'invasion de l'Irak était un «vote pour une diplomatie dure». Il aurait été en faveur de l'intervention libyenne, à laquelle Biden s'est opposé, et il était initialement un défenseur du soutien américain à la guerre de la coalition saoudienne contre le Yémen. En bref, Blinken a accepté certaines des plus grandes erreurs de politique étrangère que Biden et Obama ont commises, et il a eu tendance à être plus interventionniste que les deux.

Jake Sullivan deviendra conseiller à la sécurité nationale. Il est une réplique d’Hillary Clinton :

Si vous ne pouvez pas tout à fait placer Jake Sullivan, il a été un assistant de longue date d'Hillary Clinton, à commencer par sa compétition de 2008 contre Barack Obama, puis en tant que chef de cabinet adjoint et directeur du Bureau de la planification politique du département d'État lorsque Clinton était secrétaire d'État d'Obama. (...) En 2016, lors de l'échec de sa campagne présidentielle, Sullivan a de nouveau fait équipe avec Clinton, et il était largement attendu qu'il soit nommé pour servir de conseiller à la sécurité nationale ou même de secrétaire d'État si elle avait gagné.

Depuis 2016, et depuis la création de la NSA, Sullivan est apparu comme une sorte de réprimandeur de la politique étrangère, critiquant doucement - et parfois pas si doucement que ça - ceux qui s'opposent par réflexe à l'intervention américaine à l'étranger et qui dénigrent l'idée de «l'exceptionnalisme» américain. En effet, dans un article du numéro de janvier-février de The Atlantic, «What Donald Trump et Dick Cheney Got Wrong About America», Sullivan dit explicitement qu'il a l'intention de «sauver l'idée de l'exceptionnalisme américain» et présente des arguments pour un "nouvel exceptionnalisme américaine".

Sullivan a envoyé des documents classifiés au serveur de messagerie privé d’Hillary Clinton. Il lui a écrit qu’Al Qaida est «de notre côté en Syrie». Il a également lancé de fausses allégations de collusion entre Trump et la Russie.

On ne sait pas encore qui deviendra secrétaire à la Défense. Michèle Flournoy est l’option la plus nommée mais il y a une certaine opposition à sa nomination :

Les soutiens  de Michèle Flournoy, son choix probable pour le poste de secrétaire à la défense, tentent de contenir une initiative de dernière minute menée par certains Démocrates de gauche essayant de faire dérailler sa sélection, car de nombreux progressistes voient sa nomination comme une continuation de ce que les critiques appellent les “guerres éternelles de l'Amérique.”

Je m’attends à ce que les progressistes perdent le combat et que Flournoy ou une autre figure belliciste obtienne cette position de lobbyiste des fabricants d’armes.

Les progressistes ont également perdu le poste pour le Trésor. Biden a nommé Janet Yellen qui est connue pour être un faucon inflationniste.

Il est peu probable qu’elle soutienne des dépenses importantes pour les priorités des progressistes.

Comme d’habitude avec une victoire électorale du parti Démocrate, les gens qui ont apporté les votes et l’engagement décisifs, c’est à dire ceux qui plaident pour des politiques plus socialistes et pacifiques, n’auront aucun accès aux leviers du pouvoir.

Dans trois ans, ils seront à nouveau appelés à se mobiliser pour un autre miroir aux alouettes.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

   Envoyer l'article en PDF