Syrie – Un bombardement meurtrier pour avertir la Turquie de mettre fin à ses escapades


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 28 février 2020

Les trois derniers jours de la campagne Idleb ont été assez mouvementés.

Les djihadistes soutenus par la Turquie ont mis toute leur force pour reprendre Saraqib, le lieu où se rejoignent les autoroutes M4 et M5. Cela a permis à l’armée syrienne de prendre une quarantaine de villes sur le front sud. Toute la plaine de Ghab est désormais libérée et la ligne de front a été massivement raccourcie.

Gouvernorat d’Idleb 25 fév 2020

Agrandir

Gouvernorat d’Idleb 28 fév 2020

Agrandir

Saraqib est retombée aux mains des djihadistes, mais ils ont payé le prix fort alors que les forces aériennes syriennes et russes continuaient de bombarder intensivement les approches de la ville. Une nouvelle ligne défensive a été établie autour de Saraqib et l’armée syrienne se prépare à la récupérer.

Prendre la grande surface du sud en terrain difficile, et contre peu de résistance, était plus important que la perte temporaire de Saraqib.

Hier a vu une escalade extraordinaire alors que l’armée de l’air russe bombardait un bataillon d’infanterie turc qui se dirigeait au sud de l’autoroute M4 et s’approchait de la ligne de front sud. Metin Gurcan a analysé l’événement :

Qu'est-ce qui s'est passé exactement le 27 février ? Vers 17 heures, un bataillon d'infanterie mécanisé turc, composé d'environ 400 soldats, est devenu la cible d'une frappe aérienne sur une route entre al-Bara et Balyun, à environ 5 kilomètres (3 miles) au nord de Kafr Nabl dans le sud d'Idlib. Selon des sources locales contactées par Al-Monitor, deux avions de combat Sukhoi Su-34 russes et deux avions de chasse syriens Su-22 ont intensivement bombardé des cibles de l'Armée nationale syrienne (SNA) soutenue par la Turquie dans le sud d'Idlib vers 11 heures ce jour-là. Les mêmes avions ont frappé le convoi turc dans une action coordonnée, ont indiqué les sources. Une première frappe relativement légère des Su-22, a forcé le convoi à s'arrêter, après quoi les coups se sont intensifiés, forçant les soldats à se réfugier dans plusieurs bâtiments en bordure de route. Ce qui a suivi ensuite a probablement été le largage de bombes KAB-1500L - une variante des bombes avancées de bunker-buster guidées par laser capables de pénétrer jusqu'à des profondeurs de 20 mètres (65 pieds) - par les jets russes. Deux des bâtiments se sont effondrés lors de l'attaque, laissant les soldats turcs sous les décombres.

Au moins 35 soldats turcs, certains disent 55, ont été tués et quelque 60, ou plus ont été blessés.

L’incident a été un signal envoyé à la Turquie pour que cesse ses escapades.

Au cours des dernières semaines, la Turquie a utilisé de gros drones armés pour attaquer l’armée syrienne. Les troupes turques du gouvernorat d’Idleb avaient en outre utilisé des missiles de défense aérienne portables (MANPAD) contre des hélicoptères syriens et des bombardiers russes. Ça suffisait comme ça.

La Turquie n’est pas autorisée à utiliser des drones dans l’espace aérien syrien. Mercredi, la défense aérienne syrienne a détruit l’un d’eux.

Utiliser des MANPAD contre des avions russes est un acte de guerre. La frappe russe a rappelé aux Turcs qu’elle est tout à fait en mesure de répliquer.

La Russie a nié que ses avions avaient lancé l’attaque et la Turquie a accusé la Syrie de l’avoir fait. Mais ces déclarations visent à désamorcer la tension et à permettre la poursuite des relations pacifiques entre la Russie et la Turquie. Les deux parties savent très bien ce qui s’est réellement passé.

Erdogan menace toujours de lancer une attaque de grande envergure contre l’armée syrienne le 1er mars. Il a menacé de la repousser aux anciennes lignes de cessez-le-feu du mémorandum de Sotchi. La Russie a déplacé deux frégates en mer Méditerranée qui sont armées de missiles de croisière, qui seront utilisés si la Turquie tente réellement de mettre en œuvre son plan idiot.

L’OTAN et les États-Unis ont tous deux refusé de s’impliquer dans l’affaire d’Idleb. La Turquie est seule et Erdogan devra faire attention. Il ne perd pas seulement en Syrie mais aussi en Libye et il ne peut pas risquer d’énerver la Russie car l’économie turque en dépend.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

   Envoyer l'article en PDF   

Une réflexion au sujet de « Syrie – Un bombardement meurtrier pour avertir la Turquie de mettre fin à ses escapades »

Les commentaires sont fermés.