Syrie. La fracture de la ligne de front marque le début de la bataille décisive pour Idlib.


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 15 aout 2019

Au cours des derniers mois, le gouvernement syrien a un peu progressé dans la partie nord du gouvernorat d’Hama, à la frontière du gouvernorat djihadiste d’Idlib. La brèche ainsi créée dans les lignes de défense djihadistes doit maintenant être utilisée pour lancer une vaste campagne.

Les cartes montrent les progrès réalisés entre le 15 mai 2019 et aujourd’hui (rouge – contrôle gouvernemental ; vert – contrôle djihadiste).

Front au nord de Hama – 15 mai 2019

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Front au nord de Hama – 15 août 2019


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L’opération actuelle est un mouvement de pinces sur les côtés ouest et est de Khan Shaykhun. Elle est faite pour encercler les villes djihadistes d’Al Lataminah, Kafr Zayta, Khan Shaykhun et Morek.

Le nord des gouvernorats de Hama et d’Idlib est occupé par Hayat Tahrir al Sham (HTS), un groupe aligné sur Al-Qaida. Le HTS a vaincu plusieurs groupes « rebelles » soutenus par les Turcs et les a chassés de la zone qu’il dirige. Du côté syrien, la Force du Tigre et la 4ème division sont les unités principales impliquées dans le combat actuel.

La première phase de l’opération, qui a débuté il y a trois mois et a été interrompue par plusieurs cessez-le-feu, s’est avérée difficile. Les djihadistes disposent d’un bon équipement incluant un grand nombre de missiles antichars TOW, fournis par les États-Unis, d’une portée de 5 000 mètres. Ils disposent également d’un nombre important de lance-missiles d’artillerie. Leurs attaques étaient bien préparées et ils ont défendu chaque maison avec acharnement. Ils ont aussi contre-attaqué avec un certain succès en utilisant des véhicules conduits par des kamikazes.

Les pertes de l’armée syrienne au cours de la première phase ont été inacceptables. Cela a conduit à un changement de tactique. Les forces aériennes syriennes et russes ont lancé une vaste campagne de bombardement avec des centaines de frappes aériennes et d’artillerie par jour contre les positions djihadistes. Des drones ont été utilisés pour trouver les lance-missiles mobiles cachés dans des plantations fruitières et pour diriger l’artillerie et les bombardiers vers ces objectifs. ANNA News a publié plusieurs vidéos de cette vaste campagne (1, 2, 3 – sous titres en anglais). La campagne aérienne a coûté aux djihadistes une quantité importante de matériel et de combattants. Un seul avion de l’armée, un SU-22 syrien, a été perdu au combat.

L’armée syrienne a également commencé à mener des attaques nocturnes d’envergure. Ses nouveaux chars T-90 et T-72 modernisés ont une excellente vision thermique nocturne et peuvent détruire des cibles à longue distance. L’infanterie peut avancer sous leur protection. Au lieu de se battre le long des routes d’une ville à l’autre, l’armée s’est d’abord déplacée sur les hauteurs et a poursuivi son avance à partir de là. Grâce à des opérations d’attaque aux flancs, les troupes ont franchi plusieurs lignes de défense pourtant bien préparées. Les djihadistes sont maintenant en fuite. Cette vidéo de l’ANNA (sous titres en anglais) montre l’opération de libération de la ville d’Al Habit (Al Hobeit), menée la semaine dernière, et donne une bonne impression des nouvelles tactiques. L’armée s’est depuis déplacée plus au nord-est d’Al Habit et a pris Kafr Ayn et Tell As.

L’approche au nord de Khan Shaykhun encerclera l’endroit dans les prochains jours. Les djihadistes qui seront restés dans cette poche auront peu de chances de survivre. Il est plus probable qu’ils s’enfuient vers le nord, le long de l’autoroute M5.

La situation actuelle


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Cette zone bientôt encerclée abrite également l’un des postes d’observation du cessez-le-feu tenus par les Turcs. Bien que ces postes soient censés superviser ce cessez-le-feu sans cesse rompu, ils servent en fait de centres d’approvisionnement et de renseignements pour les forces djihadistes. Il sera intéressant de voir la réaction turque lorsque l’armée syrienne frappera à la porte de ce poste d’observation.

Il y a toujours de profondes divisions sur le front anti-syrien. Le HTS a repoussé les tentatives turques de contrôler la zone qu’il détient. Il a rejeté les différents cessez-le-feu auxquels la Turquie, la Russie et l’Iran sont parvenus dans le cadre du processus d’Astana. Lorsque ses lignes de défense se sont brisées, il a refusé les offres d’aide faites par les gangs de l' »Armée nationale », sous contrôle turc.

Ömer Özkizilcik @OmerOzkizilcik - 10:32 UTC - 15 août 2019

Lorsque les factions de l'armée nationale ont récemment tenté d'envoyer des combattants à Idlib, le HTS a repoussé tout le monde, du sultan Murad à Firka Hamza, Sultan Suleyman Shah et Jaysh al Islam. Une délégation de 20 personnes de Jaysh al Islam venant négocier un droit de passage a été emprisonnée par HTS

La Russie et la Syrie continueront d’utiliser cette division entre les différents groupes que la Turquie soutient officiellement ou officieusement pour inciter à davantage de luttes intestines dans la zone « rebelle« . Cela s’est avéré être l’une de leurs meilleures armes.

La récupération de la zone et de Khan Shaykhun, une ville qui comptait 35 000 habitants avant la guerre, sera une victoire significative. Mais cette opération n’est que le début d’une plus vaste campagne. La brèche, d’abord assez lente, du front va maintenant se transformer en une campagne dynamique. Le plan plus vaste qui sous-tend ce projet est probablement d’origine russe :

Les Soviétiques ont développé le concept de bataille en profondeur et, en 1936, c’était devenu partie intégrante du Règlement de campagne de l'Armée rouge. Les opérations en profondeur comportaient deux phases : une bataille tactique en profondeur, suivie de l'exploitation de ce succès tactique, connue sous le nom de Conduite des opérations de bataille en profondeur. Une bataille en profondeur envisage de briser les défenses avancées de l'ennemi, ou zones tactiques, par des assauts d'armes combinées, qui seraient suivis par de nouvelles réserves opérationnelles mobiles non engagées, envoyées pour exploiter la profondeur stratégique d'un front ennemi. Le but d'une opération en profondeur est d'infliger une défaite stratégique décisive aux capacités logistiques de l'ennemi et de rendre la défense de son front plus difficile, impossible, voire inutile. Contrairement à la plupart des autres doctrines, la bataille en profondeur met l'accent sur la coopération en matière d'armement à tous les niveaux : stratégique, opérationnel et tactique.

L’armée syrienne poursuivra les djihadistes en fuite le long de l’autoroute M5 avec de fortes forces blindées à l’avant et sous le couvert des bombardements de l’aviation. Les villes défendues le long de la route peuvent être enveloppées d’est en ouest, encerclées et laissées à l’infanterie suivante pour le nettoyage. Cette avancée ne doit pas s’arrêter avant que les forces n’atteignent Saraquib, à la jonction de l’autoroute M4 et M5. La bataille tactique en profondeur peut alors être utilisée davantage pour récupérer tout le gouvernorat d’Idlib.

Le gouvernorat d’Idlib – 15 août 2019


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Pour soutenir l’avancée venant du sud, des fronts supplémentaires doivent être ouverts à l’ouest d’Alep, le long de la M5, et de Latakia, à l’ouest, le long de l’autoroute M4 à travers Jish ash Shugur et jusqu’à Saraqib. La bataille pour percer la ligne de front à Lattaquié se poursuit depuis un certain temps, mais aucune percée décisive n’a encore été réalisée.

La réappropriation des autoroutes M4 et M5 est d’une importance capitale pour l’économie syrienne. La Syrie, la Russie et l’Iran devraient résister à tous les appels lancés par les États-Unis et la Turquie pour qu’ils cessent leur campagne avant que ce travail ne soit fini.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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