Quand « pas d’accord » est le meilleur accord possible


Par Dmitry Orlov − Le 4 février 2026 − Source Club Orlov

Le nouveau traité START, dernier accord restant qui limite les armes nucléaires russes et américaines, expire aujourd’hui, le 4 février 2026. Aucune négociation n’est en cours pour prolonger les termes du traité. La Russie a proposé de le prolonger simplement, mais Trump a répondu : « s’il expire, il expire ». Eh bien, maintenant, ils ont tous expiré : le traité SALT II a expiré en 1986 sous Ronald Reagan ; le traité START II a été effectivement mis en veilleuse à la suite du retrait des États-Unis du traité ABM en 2002 ; et maintenant, le nouveau traité START a expiré. Il n’existe plus aucun traité entre les États-Unis et la Russie limitant l’accumulation d’armes nucléaires.

C’est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que le secteur des armes nucléaires aux États-Unis (tout est un secteur aux États-Unis, même les armes nucléaires) est, à l’heure actuelle, plutôt confidentiel. Les États-Unis auraient de la chance s’ils parvenaient à maintenir en état de fonctionnement leur stock actuel d’armes nucléaires, sans parler d’en fabriquer de nouvelles. La plupart de ses silos de missiles Minuteman ne sont plus utilisables et doivent simplement être remplis de ciment et abandonnés. Les missiles Trident lancés à partir de sous-marins ne sont pas très fiables (l’un d’entre eux a failli tuer le ministre britannique de la Défense lors d’un essai, un autre a été lancé en direction de la Floride, mais heureusement, il n’est pas arrivé à destination). De plus, les sous-marins nucléaires d’attaque américains sont plutôt vieux et ne peuvent pas être remplacés aussi rapidement que les anciens doivent être mis hors service. Et puis il y a les anciens B-52, ainsi qu’un petit assortiment de bombardiers plus récents, qui peuvent lancer des missiles Tomahawk que même les anciens systèmes de défense aérienne de l’ère soviétique peuvent abattre sans trop de difficulté, sans parler des plus récents.

Les forces stratégiques russes, en revanche, sont entièrement réarmées, suivant une stratégie complètement différente : construire une arme, la maintenir en service jusqu’à la fin de sa durée de vie certifiée, puis la mettre au rebut et la remplacer par une nouvelle. (Les Américains se contentent de prolonger la durée de vie et espèrent que tout ira pour le mieux.) La Russie dispose également de nouveaux systèmes de lancement : par exemple, le missile balistique intercontinental Sarmat, qui suit une trajectoire sub-balistique arbitraire, passant par exemple au-dessus du pôle Sud, et qui est équipé de véhicules de rentrée hypersoniques Avangard. Il y a aussi les torpilles nucléaires Poséidon qui peuvent rester en attente au fond de l’océan pendant des années, puis attaquer et provoquer un tsunami. Et puis il y a le missile de croisière nucléaire Burevestnik (« pétrel tempête ») qui a une portée infinie et peut voler pendant des semaines avant de détruire sa cible. Les États-Unis ne peuvent espérer intercepter de manière fiable aucun de ces missiles, et dans le cas de l’Avangard, cela est tout à fait impossible. D’autre part, la Russie dispose d’un système de défense aérienne et spatiale très avancé, capable d’intercepter à peu près tout ce que les États-Unis peuvent lui lancer. Les grandes villes russes sont particulièrement bien défendues.

Ainsi, un duel nucléaire entre les États-Unis et la Russie pourrait se terminer plutôt mal pour la Russie, mais mettrait très certainement fin à l’existence des États-Unis et de tous ses habitants. Cela devrait tenir les Américains à distance. Et si les États-Unis ont une doctrine de « défense » qui autorise une première frappe nucléaire, ce n’est pas le cas de la Russie. Ainsi, aucune des deux parties n’a de raison de se sentir particulièrement menacée : les États-Unis ne peuvent pas attaquer la Russie, tandis que la Russie n’attaquera pas les États-Unis à moins que ceux-ci ne les attaquent en premier, ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Note du Saker Francophone

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Dmitry Orlov

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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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