Mueller parie, et botte en touche au Congrès, sur les accusations d’obstruction à la justice


Toute tentative de destitution nuirait aux démocrates


Par Moon of Alabama − Le 29 mai 2019

2015-05-21_11h17_05Le conseil spécial Robert Mueller a clos aujourd’hui son enquête sur la collusion présumée du bureau de campagne de Trump avec la Russie et l’ingérence présumée de cette dernière dans les élections de 2016.

Mueller n’a rien dit qui aille au-delà de son rapport déjà publié. Mais il a souligné que son rapport n’exonérait pas Trump des charges d’entrave au cours de l’enquête :

"Si nous étions sûr que le président n'a clairement pas commis de crime, nous l'aurions dit."

et

"Accuser le Président d'un crime... n'était pas une option envisageable."

C’est une tradition légale qui est dans tous les esprits au ministère de la Justice que celui-ci – en tant que membre de l’exécutif – ne peut pas inculper un président en exercice pour un crime. La seule entité qui puisse le faire est le Congrès par le biais d’un processus de destitution. Mueller devait suivre cette tradition. Il a maintenant laissé la question au Congrès.

Même avant la déclaration de Mueller, certains démocrates soutenaient fermement qu’un tel processus de destitution était justifié. La déclaration faite aujourd’hui par M. Mueller sera considérée comme un soutien à ce processus.

La chef du parti démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, a jusqu’à présent refusé de faire une telle démarche. Elle craint qu’un processus de destitution ne fasse qu’aider Trump au cours de la prochaine campagne électorale. Il essaiera certainement de bloquer le processus. Il jouera la victime et diabolisera les Démocrates. Le bruit médiatique entourant un processus de destitution, pendant la campagne, étoufferait également toute autre question politique que les Démocrates pourraient vouloir mettre en lumière. Ce fut déjà le cas avec le Russiagate au cours des deux dernières années et demie. Ça n’a pas aidé les choses.

Mais il y a aussi des arguments selon lesquels un processus de destitution pourrait nuire à Trump et augmenter les chances qu’il perde les élections de 2020. Le professeur Alan Lichtman, qui a correctement prédit toutes les élections présidentielles depuis 1984, utilise 13 déclarations vrai/faux pour juger si le candidat du parti sortant sera élu. Sa prédiction actuelle :

"Trump l'emportera à nouveau en 2020, à moins que six des 13 facteurs clés ne se retournent contre lui. Je n'ai pas encore de verdict définitif car beaucoup de choses pourraient changer au cours de l'année prochaine. Actuellement, le président n'a perdu que trois éléments clés : le recul des Républicains aux élections de mi-mandat, l'absence de succès en politique étrangère et une attirance limitée du président auprès des électeurs."

L’un des facteurs clés de Lichtman est le neuvième, un scandale, mais l’administration en place n’est pas entachée d’un scandale majeur.

Lichtman pense qu’un processus de destitution serait négatif pour Trump :

"Les Démocrates ont fondamentalement tort en ce qui concerne la politique de destitution et leurs perspectives de victoire en 2020. Une destitution et un procès subséquent coûteraient au président une quatrième clé cruciale - la clé du scandale - tout comme cette clé a coûté aux Démocrates en 2000. L'acte d'accusation et un procès l'exposeraient également à perdre une autre clé en encourageant une contestation sérieuse en cas de nouvelle réélection. D'autres facteurs négatifs potentiels sont l'émergence d'un challenger démocrate charismatique, un défi important lancé par un tiers, un désastre en politique étrangère ou une récession en période électorale. Sans destitution, cependant, les perspectives Démocrates sont sombres."

Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue. Même avec la destitution et une nomination pouvant défier Trump, il gagnerait encore probablement l’élection.

Il n’y a pas de Démocrate charismatique en vue pouvant l’affronter. Biden, Sanders et Warren sont actuellement en tête dans les sondages pour les primaires. Aucun d’eux ne peut rivaliser avec la popularité de Trump. Malgré le Russiagate, il a toujours un taux d’approbation de 41%, ce qui est assez élevé pour une présidence à mi-parcours.

Trump est également un maître dans l’art de jouer avec les médias. Il trouverait sûrement des moyens de transformer le cirque entourant toute destitution à son avantage. Ses arguments seraient très simples :

Si j'avais vraiment voulu, en tant que votre président tout puissant, faire obstruction à l'enquête, j'y serais arrivé.

ou

Pourquoi aurais-je fait obstruction à une enquête qui, j'en étais sûr, allait m’innocenter ; ce qui fut clairement le cas.

Trump transformerait le processus de destitution d’un scandale à son sujet en un scandale pour les Démocrates.

Avec ou sans destitution, les Démocrates ont peu de chances de remporter la présidence. Ils devraient se concentrer sur le maintien de leur majorité à la Chambre et sur l’obtention d’un plus grand nombre de sièges au Sénat. Une destitution serait de toute façon infructueuse parce que les Républicains dominent le Sénat et rejetteront toute accusation de destitution qui pourrait être adoptée par la Chambre.

Les Démocrates ne peuvent remporter les élections de 2020 que s’ils disposent d’un atout politique vraiment fort et soutenu par une large majorité de la population. « L’assurance-maladie pour tous » est un tel atout. Les soins de santé sont le principal enjeu pour les électeurs américains. Environ deux tiers d’entre eux sont favorables à une assurance maladie universelle gérée par le gouvernement qui couvrirait les problèmes de santé de base et les cas catastrophiques. En plus de cela, on pourrait acheter une assurance privée pour les cas plus bénins.

Mais une partie importante de la direction du parti Démocrate est contre un tel système. Ils craignent pour les dons importants et autres pots-de-vin que leur verse l’industrie pharmaceutique et de la santé.

Lors des élections de mi-mandat, Gallup a interrogé les électeurs sur leurs principales préoccupations politiques. Malgré deux années de bruit médiatique important, le Russiagate est le sujet qu’ils ont le moins cité. Un processus de destitution susciterait également beaucoup d’attention dans les médias, mais n’aurait que peu d’importance pour les vrais problèmes auxquels les électeurs s’intéressent. Cela étoufferait les messages politiques que les Démocrates doivent envoyer.

Faire de la publicité pour le Russiagate était déjà une erreur. Les électeurs s’en sont moqué. Poursuivre par des menaces de destitution pour une vague obstruction à la justice serait probablement pire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

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