Les nouvelles armes et les nouvelles tactiques qu’elles rendent possibles


Par The Saker − Le 2 octobre 2019 − Source thesaker.is via Unz Review

2015-09-15_13h17_31-150x112Il existe probablement des centaines de livres sur la prétendue «Révolution dans les affaires militaires», dont certains sont plutôt bons, la plupart très mauvais et quelques autres très bons – en particulier celui-ci. Pour une discussion plutôt ennuyeuse et traditionnelle, vous pouvez consulter l’article de Wikipedia sur la RMA [Révolution dans les affaires militaires]. Aujourd’hui, je ne veux pas vraiment parler de mots à la mode ou similaires, comme «guerre hybride», par exemple. Franchement, selon mon expérience, ces mots à la mode ont deux objectifs : d’abord vendre des livres, articles, interviews, etc. et ensuite masquer leur manque de compréhension de la tactique, de l’art opérationnel et de la stratégie.

Cela étant dit, il y a de nouvelles choses qui se passent dans le domaine de la guerre, des nouvelles technologies sont développées, testées et déployées, certaines avec un succès réel.

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Sukhoi S-70 Hunter-B UAV

Dans son discours désormais célèbre, Poutine a révélé certains de ces nouveaux systèmes d’armes, bien qu’il n’ait pas beaucoup parlé de la manière dont ils seraient engagés – ce qui est tout à fait logique, étant donné qu’il faisait un discours politique et non un rapport technico-militaire. Pour ceux qui seraient intéressés par ce sujet, vous pouvez vous informer ici, ici, ici, ici, ici et ici.

La récente frappe de drones et de missiles houthis sur les installations pétrolières saoudiennes a montré au monde une chose que les Russes savent depuis plusieurs années : même des drones assez primitifs peuvent constituer une menace réelle. Les drones sophistiqués constituent une menace majeure pour toutes les forces armées, bien que la Russie ait développé des capacités anti-drones vraiment efficaces – et peu coûteuses, ce qui est absolument crucial. Nous en parlerons plus loin.

Tout d’abord, regardons les moins cher de la gamme : les drones

Commençons par les drones primitifs. Selon un expert militaire russe, il s’agit de dispositifs nécessitant, en gros, un processeur 486, environ 1 Mo de RAM, 1 Go d’espace disque dur et certains capteurs – maintenant extrêmement économiques – pour recevoir les signaux du GPS américain, du GLONASS russe ou des deux – appelé «GNSS». En fait, les «bons terroristes» en Syrie, financés, assistés et entraînés par «L’Axe de la bienveillance» – USA / Arabie Saoudite / Israël – attaquent la base russe de Khmeimim avec des essaims de drones depuis des années. Selon le commandant des défenses anti-aériennes de Khmeimin, plus de 120 drones (!) ont été abattus ou neutralisés par des défenses anti-aériennes russes ces deux dernières années. De toute évidence, les Russes savent faire quelque chose que «L’Axe de la bienveillance» ne sait pas.

Le plus gros problème : les systèmes de missiles ne devraient pas être utilisés contre les drones

Certains «spécialistes» auto-proclamés se sont demandé pourquoi les missiles Patriot n’avaient pas abattu les drones houthis. Cela pose la mauvaise question parce que les missiles sont totalement inefficaces pour engager des essaims de drones agressifs. Et, pour une fois, il ne s’agit même pas de la piètre performance des SAM Patriot. Même les S-400 russes sont des mauvais systèmes pour contrer des drones individuels ou des essaims de drones. Pourquoi ? En raison des caractéristiques suivantes des drones :

  1. Ils sont généralement petits, très discrets, extrêmement légers et composés de matériaux ne réfléchissant que très peu les signaux radar.
  2. Ils sont très lents, ce qui ne facilite pas leur ciblage, mais le rend, paradoxalement, beaucoup plus difficile, d’autant plus que la plupart des radars sont conçus pour suivre et engager des cibles très rapides –  aéronefs, missiles balistiques, etc.
  3. Ils peuvent voler très bas, ce qui leur permet de se cacher dans le relief, ils évoluent encore plus bas que les missiles de croisière NOE[qui suivent la topographie des lieux survolés]
  4. Ils sont très bon marché, et gaspiller des missiles de plusieurs millions de dollars pour contrer des drones coûtant peut-être 10 à 20 dollars – ou même jusqu’à 30 000 dollars pour le très haut de gamme – n’a aucun sens.
  5. Ils peuvent attaquer en essaims importants, beaucoup plus nombreux que le nombre de missiles qu’une batterie peut tirer.

Vu ce qui précède, il est évident que les drones doivent être contrés avec des canons anti-aériens [DCA] ou des systèmes de guerre électronique.

Aparté 

En théorie, ils pourraient également être détruits par des lasers, mais cela nécessiterait beaucoup de puissance, ils peuvent engager des drones bon marché, mais ce n’est pas optimal [en terme de coûts].

Il se trouve que les Russes ont les deux, d’où leur succès à Khmeimim.

Une arme anti-drone idéale est le formidable Pantsir, qui associe détection et poursuite multicanaux – optique électronique, radar, infrarouge, visuels, liaisons avec des tiers pour la localisation, etc. – à un puissant canon. Et, mieux encore, le Pantsir dispose également de puissants missiles à moyenne portée qui peuvent engager des cibles soutenant l’attaque de drones.

L’autre système anti-drone non moins formidable est composé des divers systèmes de guerre électronique déployés en Syrie.

Pourquoi sont-ils si efficaces ?

Regardons les faiblesses majeures des drones

Premièrement, les drones sont, soit contrôlés à distance, soit dotés de systèmes de navigation embarqués. Évidemment, comme tout signal, le signal distant peut être bloqué et, comme les brouilleurs sont généralement plus proches de la cible que la station de contrôle distante, il est plus facile pour elle de produire un signal beaucoup plus puissant, car la force du signal diminue selon la loi dite «du carré inverse» de la distance. Ainsi, en termes de puissance d’émission, même un puissant émetteur éloigné voit son signal s’affaiblir lorsque le drone s’approche de la cible visée le long de l’axe d’attaque probable. Bien sûr, en théorie, on pourrait utiliser toutes sortes de techniques sophistiquées pour tenter d’éviter cela – par exemple, sauts de fréquence, etc. – mais celles-ci augmentent très rapidement de façon spectaculaire le poids et le coût du drone. Vous devez également tenir compte du fait que plus le signal du drone est puissant, plus les batteries à bord doivent être lourdes.

Deuxièmement, certains drones dépendent des signaux satellites (GPS / GLONASS) ou du guidage inertiel. Le problème est que d’une part les signaux satellites peuvent être piratés et d’autre part, le guidage par inertie n’est pas très précis et, encore une fois, plus lourd et plus coûteux.

Certains missiles de croisière très coûteux et perfectionnés utilisent TERCOM, l’ajustement aux contours du terrain, mais c’est trop cher pour les drones légers et bon marché – les S-3/400 ont été conçus pour contrer de tels missiles de croisière perfectionnés et leurs lanceurs, cela a financièrement un sens. Il existe des technologies de guidage des missiles de croisière encore plus sophistiquées et extrêmement coûteuses, mais elles ne sont tout simplement pas destinées à cibler des armes comme les drones, dont le principal avantage est une technologie rustique et un coût faible.

La vérité est que même un type non spécialisé, comme moi, pourrait, en commandant toutes les pièces sur des sites tels qu’Amazon, AliBaba, Banggood et bien d’autres, construire des drones assez efficaces pour, par exemple, larguer une grenade ou un autre explosif sur une position ennemie. Une personne ayant une formation en ingénierie pourrait facilement construire le type de drones que les «bons terroristes» ont utilisés contre les Russes en Syrie. Un pays, même pauvre et dévasté par une guerre génocidaire, comme le Yémen, peut très facilement construire le type de drones utilisé par les Houthis, notamment avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah – ces deux derniers ont déjà appris, avec succès, à contrôler à distance des drones des forces américaines et israéliennes, respectivement.

Enfin, je peux vous assurer qu’aujourd’hui, dans des pays comme la Corée du Nord, la Chine, la Russie, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Yémen, le Venezuela, Cuba, etc., des équipes d’ingénieurs travaillent au développement de drones à très faible coût, tout comme des équipes d’analystes militaires développent de nouvelles tactiques d’engagement.

C’est, à mon avis, la première révolution non encore notée dans les affaires militaires.

Maintenant, regardons le très haut de gamme : les avions de 5ème génération et plus, ainsi que les drones de 5ème et 6ème génération

Alors que certains en Inde ont déclaré – pour des raisons politiques et pour plaire aux États-Unis – que le Su-57 russe n’était pas «vraiment» un avion de 5e génération, sous prétexte que les premiers avions étaient déployés avec des moteurs de 4e génération et parce que le Su-57 n’avait pas toutes les caractéristiques du radar RCS du F-22 américain. En Russie et en Chine, le débat porte maintenant sur le fait de savoir si le Su-57 n’est en réalité qu’un avion de 5e génération ou bien un avion de 5e génération amélioré, ou même de 6e. Pourquoi ?

D’une part, les rumeurs émanant du Sukhoi KB [en Malaisie] et de l’armée russe disent que le pilote du Su-57 est vraiment une «option», ce qui signifie que le Su-57 a été conçu dès le départ pour fonctionner sans aucun pilote. Ma conviction personnelle est que le Su-57 a une conception extrêmement modulaire qui nécessite actuellement un pilote humain et que le premier lot de S-57 ne volera probablement pas tout seul, mais que la possibilité de retirer le pilote humain et le remplacer par un certain nombre de systèmes avancés ont été intégrés, et les Russes déploieront des Su-57 sans pilotes à l’avenir.

Aparté

Cette terminologie 3e, 4e, 5e et maintenant même 6e génération est un peu trop floue à mon goût, donc j’évite plutôt ces catégories et je ne vois pas l’intérêt de s’y attarder. Ce qui est important, c’est ce que les systèmes d’armes peuvent faire, et non comment nous les définissons, en particulier pour un article non technique comme celui-ci.

Entre-temps, les Russes ont pour la première fois montré ceci :

Ce que vous voyez ici est un Su-57 qui vole avec le nouveau drone russe à longue portée : le drone Heavy Strike UAV S-70 Hunter et voici ce que le Ministère russe de la défense a récemment révélé à propos de ce drone :

Portée : 6 000 km
Plafond : 18 000 m (60 000 pieds)
Vitesse maximale : 1 400 km / h
Charge maximale : 6 000 kg (12 000 lb)

En outre, les experts russes affirment maintenant que cet UAV peut voler seul, en essaim ou en vol commun avec un Su-57 habité. Je crois aussi que dans le futur, un Su-57 contrôlera probablement plusieurs drones de frappe aussi lourds.

Aparté

les patriotes agitant des drapeaux déclareront immédiatement que le drone S-70 est une copie du B-2. En apparence, c'est tout à fait vrai. Mais considérez ceci : la vitesse maximale du B-2 est, selon Wikipédia, de 900 km/h (560 mph). Comparez cela avec les 1400 km/h du S-70 et réalisez qu’une conception d’aile volante supersonique est complètement différente - les contraintes supersoniques nécessitent une structure adaptée.

Que peut un Su-57 volant avec le S-70 ?

Eh bien, pour une chose, puisque le S-70 a un radar moins performant que celui du Su-57 –  selon des sources russes – le Su-57 utilise le S-70 comme un pénétrateur de défense antiaérienne à longue portée, chargé de collecter le renseignement et de le relayer au Su-57. Mais ce n’est pas tout. Le Su-57 peut également utiliser le S-70 pour attaquer des cibles au sol – y compris les systèmes SEAD de défense aérienne – et même exécuter des attaques air-air. Ici, la vitesse élevée et l’importante charge maximale de 6 tonnes du S-70 offrent des capacités vraiment exceptionnelles, y compris le déploiement de capacités air-air, air-sol et air-navire.

Aparté

Des analystes russes ont émis l'hypothèse que pour pouvoir fonctionner avec le S-70, le Su-57 devait être transformé en un véhicule à deux places, avec un WSO [officier responsable des armements] gérant le S-70 depuis le siège arrière. Eh bien, personne ne le sait encore, tout cela est top secret pour le moment, mais je pense que cette idée est en contradiction avec la philosophie de Sukhoi qui consiste à réduire au maximum la charge de travail du pilote. Certes, le formidable MiG-31 a un WSO, même le nouveau MiG-31BM, mais la philosophie de conception du bureau d'étude de MiG est souvent très différente de ce que les gens de Sukhoi développent et, en outre, quatre décennies séparent les deux, le MIG-31 le Su-57. Je suppose personnellement que les opérations du S-70 seront pour la plupart entièrement automatisées et même réparties le long du réseau reliant tous les systèmes de défense antiaériens intégrés au sol et aériens. Si un ingénieur lit ces lignes, j'apprécierais tout commentaire ou toute correction ! Après tout, ce n’est que ma meilleure hypothèse.

Le gang habituel de trolls objectera probablement que l’industrie russe des ordinateurs et des puces est si loin derrière l’électronique prétendument bien supérieure à l’étranger, que tout cela n’a aucun sens, qu’il y avait un être humain assis à l’intérieur du S-70,  que cette chose ne vole pas, que le Su-57 est un avion de 4e génération très inférieur aux F-22 / F-35 étonnamment superbes, etc. etc. Surtout pour eux, je tiens à rappeler à tous que la Russie a été le premier pays à déployer, sur ses MiG-31, des antennes radar à commande de phase, qui, pour commencer, étaient capables d’échanger des données de ciblage, par des liaisons de données chiffrées, avec quatre (!) autres aéronefs conservant un silence électromagnétique en utilisant leur optoélectronique pour relayer ces données. En outre, ces MiG-31 pouvaient également échanger des données avec des radars aéroportés (AWACS) et au sol (SAM). Et c’était au début des années 1980, il y a presque 40 ans !

La vérité est que les forces armées soviétiques ont déployé de nombreux systèmes centrés sur les réseaux bien avant l’Occident, en particulier dans l’aviation et la marine soviétique, alors que les Forces terrestres soviétiques étaient les pionnières de l’utilisation des «complexes de frappe de reconnaissance» [SRC] cauchemar de l’OTAN pendant la guerre froide. De nos jours, tout ce que nous avons à faire est d’écouter les geignements de l’OTAN au sujet des capacités anti-accès (A2 / AD) de la Russie pour constater qu’ils sont toujours les pionniers des capacités militaro-techniques de pointe, auxquelles l’Occident ne peut que rêver.

Revenons maintenant aux critiques récentes du Su-57.

Qu’en est-il du fait que le Su-57 ne possède pas un radar tous azimuts de détection des très faibles signatures [RCS] ? Et si le Su-57 n’avait jamais été conçu pour affronter des systèmes de défense anti-aérienne avancés et intégrés ? Et si, dès le premier jour, les concepteurs de Sukhoi avaient été avertis par leurs collègues d’Almaz-Antey, de Novator, de KRET ou même par ces bons gars de l’OSNAZ (SIGINT) et de la 6ème direction du GRU que la «furtivité» était grandement surestimée ? Et si, dès le premier jour, il était clair pour les Russes qu’un radar frontal plus faible ne compromettait pas autant les autres capacités qu’une confiance quasi total dans le fait qu’un aéronef muni du radar tous azimuts de détection des très faibles signatures ne serait jamais lui-même détecté ?

Il est essentiel de garder à l’esprit que les nouvelles capacités technologiques génèrent également de nouvelles tactiques. En passant, les analystes occidentaux comprennent cela, d’où les nouvelles capacités réseau du F-35. Cela est d’autant plus vrai que le F-35 sera pathétique dans un combat aérien, alors que le Su-57 pourrait bien être le plus capable au monde : saviez-vous que le Su-57 possède plusieurs radars, en plus du principal, couvrant plusieurs directions, ce qui lui donne une vision à 360 degrés du champ de bataille, même sans utiliser les signaux radars des S-70, AWACS ou SAM basés au sol ? Et en termes de maniabilité, je vais simplement montrer cela et passer à autre chose :

Pour finir, le cas du conteneur de missile invisible 

Rappelez-vous le missile de croisière Kalibr récemment vu lors de la guerre en Syrie. Saviez-vous qu’il peut être tiré à partir d’un conteneur commercial typique, comme ceux que vous trouverez sur les semi-remorques, les trains ou les navires ? Regardez cette excellente vidéo qui l’explique :

Rappelez-vous que le Kalibr a une portée de 50 km à 4 000 km et qu’il peut transporter une tête nucléaire. Dans quelle mesure serait-il difficile pour la Russie de déployer ces missiles de croisière au large des côtes américaines dans des porte-conteneurs ordinaires ? Ou simplement garder quelques conteneurs à Cuba ou au Venezuela ? C’est un système tellement indétectable que les Russes pourraient le déployer au large des côtes australiennes pour atteindre les objectifs de la NSA à Alice Springs s’ils le voulaient, et personne ne le verrait même venir. En fait, les Russes pourraient déployer un tel système sur n’importe quel navire marchand civil, naviguer sous n’importe quel pavillon, et le placer non seulement au large des côtes américaines, mais même dans un port américain, car la plupart des conteneurs ne sont jamais examinés – et quand ils le sont c’est généralement pour des affaires de drogues ou de contrebande. Dés lors que l’on comprend ça, tous les propos alarmistes stupides sur les sous-marins russes au large des côtes de la Floride deviennent complètement idiots, n’est-ce pas ?

Regardons maintenant quelques images très intéressantes de récentes manœuvres en Russie :

Voici ce que la personne qui a posté cette vidéo – Max Fisher, ici sa chaîne Youtube – a écrit sur ce système de défense côtière et l’a très bien expliqué :

Pour la première fois, lors des exercices tactiques du groupe de la flotte du Nord chargée de combattre sur l'île de Kotelny, le système de missile côtier «Bastion» a été utilisé. La BRK a réussi à tirer un missile de croisière anti-navire supersonique Onyx sur une cible maritime située à plus de 60 kilomètres dans la mer de Laptev, ce qui a confirmé sa volonté d’assumer efficacement ses fonctions de combat dans l’Arctique et de protéger la zone insulaire et la côte russe. Onyx est un missile de croisière anti-navire universel. Il est conçu pour lutter contre les groupes navals de surface et les navires individuels face aux tirs nourris et aux contre-mesures électroniques. Sur la base de cette fusée, il existe deux options d’exportation apparemment absolument identiques : le russe Yakhont et l'Indien BrahMos, mais avec des caractéristiques de combat considérablement réduites. Ces missiles sont capables de démarrer sous l’eau : ils ont une vitesse de vol de 750 mètres par seconde et transportent une ogive à haute capacité explosive d’un poids d’une demi-tonne. La portée de leur vol est de plus de 600 kilomètres. Auparavant, Rubezh BRK était utilisé comme principal système de missiles côtiers du groupe tactique de la flotte du Nord. À la fin du mois d'août, il a réussi à frapper deux cibles de missiles Termit installées dans la mer de Laptev à une distance de plus de 50 kilomètres de la côte.

Permettez-moi maintenant de vous poser la question suivante : jusqu’à quel point penseriez-vous qu’il serait difficile pour la Russie de développer un système de défense côtière de la taille d’un conteneur utilisant les technologies des missiles Bastion / Yakhont / BrahMos ? Depuis que les Anglosionistes ont renié le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire, les Russes ont déjà développé une version terrestre de leur missile Kalibr, qui est prête à être déployée dès que les États-Unis installeront un tel missile en Europe.

Le fait est que la Russie a mis au point toute une famille de missiles balistiques et de missiles de croisière qui peuvent être complètement à l’abri de la détection et qui peuvent être utilisés littéralement n’importe où sur la planète. Même avec des ogives nucléaires.

Cette capacité change complètement toutes les stratégies précédentes de dissuasion / confinement américaines – qui sont toujours à moitié embourbées dans la guerre froide et à moitié paralysées par des opérations de faible intensité / contre-insurrection, comme ce qui s’était passé – sans aucun succès ! – en Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen, Libye, Amérique latine et en Afrique.

À la lumière de ce qui précède, que pensez-vous du flux constant de navires de l’OTAN déployés en mer Noire pour «dissuader» la Russie ? Si vous trouvez ça complètement suicidaire, je suis d’accord. En fait, tout ce que font ces navires permet aux Russes de former leurs équipages à la « vraie chose ». Mais si jamais il y avait une vraie guerre, la durée de vie de tout navire de l’OTAN dans la mer Noire serait mesurée en minutes. Littéralement !

Pensons maintenant à l’Iran. Comme je l’ai dit à maintes reprises, la Russie ne s’engagera pas dans une guerre à grande échelle contre les puissances combinées de «l’Axe de la bienveillance» pour le compte de l’Iran – ou de tout autre pays de la planète. Mais la Russie pourrait très sérieusement se lasser de cet axe et vendre à l’Iran tout missile que les Iraniens seraient disposés à acquérir. Dans le passé, j’ai souvent écrit que le vrai signe que l’Iran était sur le point d’être attaqué ne serait pas la présence de navires américains dans le détroit d’Ormuz ou le long de la côte iranienne, mais plutôt le contraire, une fuite de tous les navires hors du détroit, et un repositionnement soigneux du gros des navires de l’US Navy sous le «parapluie» américain des défenses anti-aériennes maritimes et terrestres disponibles à ce moment-là.  Je ne peux qu’imaginer le cauchemar du CENTCOM si l’Iran commence à acquérir, même un petit nombre des missiles Bastion Kalibr, Yakhont ou BrahMos.

Conclusion : les pays de «l’axe de la bienfaisance» sont en grande difficulté !

Les États-Unis et Israël ont d’énormes capacités technologiques et, en temps normal, les spécialistes américains pourraient progressivement déployer des systèmes capables de contrer le type de capacités – pas nécessairement russes – actuellement déployées dans divers secteurs d’opérations. Et il y a bien assez d’argent, considérant que les États-Unis dépensent, à eux seuls, plus pour la «promotion de la bienveillance» que le reste de la planète entière ! Alors quel est le problème ?

Simple, le Congrès américain, qui pourrait bien être le parlement le plus corrompu de toute la planète, exerce deux activités essentielles,  d’abord brandir hystériquement le drapeau en déclarant leurs opposants «non américains» et ensuite faire gagner des milliards de dollars à la nomenklatura au pouvoir.

Ainsi, admettre que la «cité lumineuse sur la colline» et les «meilleures forces armées de l’histoire» se déclassent rapidement derrière des ennemis que la propagande américaine a décrits comme «primitifs» et «inférieurs» pendant des décennies est littéralement impensable pour les politiciens américains. Après tout, le public américain pourrait se demander pourquoi tous ces jouets de plusieurs milliards de dollars que le complexe militaro-industriel  américain a fabriqués au cours des dernières décennies n’ont obtenu aucun succès, ni aucune victoire significative ! Trump dans sa campagne a essayé de faire valoir ce point. Il a été immédiatement attaqué par les Démocrates pour ne pas avoir soutenu «la meilleure armée de l’histoire» et il a rapidement changé de ton. Maintenant, dans leur esprit, même les armes dont les États-Unis ne disposent pas encore sont meilleures que celles qui sont déjà testées et, probablement, déployées par la Russie.

L’approche des problèmes militaires qui consiste à «se sentir bien» est très agréable, chaleureuse, mais aussi floue. Cela ne permet certainement pas d’identifier les dangers présents, et encore moins futurs.

Ensuite, bien sûr, il y a la question de l’argent. Au cours de leur brève histoire, les États-Unis ont créé des systèmes d’armes absolument de première classe question technologies. Mes favoris personnels : le Willys MBm, également appelé Jeep, et le superbe F-16. Mais il y en a beaucoup, beaucoup plus. Le problème avec ceux-ci, du moins du point de vue de la nomenklatura américaine, est qu’ils ont été conçus pour la guerre, pour les nombreux et différents champs de bataille du monde réel. Ils n’ont jamais été conçus pour enrichir des milliardaires déjà gavés.

Par conséquent, le pays qui a produit la Jeep produit maintenant principalement des carcasses massives en métal qui se conduisent comme une merde, qui sont en panne constamment, mais qui donnent aux jean-foutre narcissiques, éjaculant aux match de base-ball, des mâles portant lunettes de soleil et casquettes, conduisant sur la voie gauche de l’autoroute, un délicieux sentiment de supériorité machiste. Et, bien sûr, le pays qui a créé et construit le formidable F-16, pourtant économique, par milliers – bien plus de 4 000, me semble-t-il – produit maintenant le F-35 – et c’est une bonne chose que les colonies américaines, comme la Pologne ou le Japon, veuillent bien les acheter pour faire plaisir à leur bien-aimé oncle Shmuel.

Du point de vue de la nomenklatura américaine, le F-35 est un succès renversant, étonnant, pas un fer à repasser volant de haute technologie ! Les coûts de ce système ne sont pas la preuve de l’incompétence des ingénieurs américains, ni du manque de compréhension des analystes militaires américains. Ces coûts sont plutôt la preuve des effets combinés de la cupidité infinie, et de l’adoration de soi, dans les mêmes limites, de la classe dirigeante américaine.

Malheureusement, l’un des meilleurs moyens de tirer les leçons importantes est une défaite douloureuse ou catastrophique. La Russie d’aujourd’hui n’aurait pas été possible sans les horreurs du «régime démocratique» d’Eltsine dans les années 1990. Pensez-y : pendant la première guerre de Tchétchénie en 1994, les Russes ont eu du mal à trouver un régiment capable de combattre et ont dû utiliser des «bataillons combinés» (сводный батальон) à la place. Cela arrivera probablement aussi aux États-Unis.

The Saker

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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