Les humains sont en train de s’échapper de la relation abusive avec leur État policier


Par Caitlin Johnstone – Le 11 juin 2020

Les relations abusives dans lesquelles l’agresseur est un monstre d’une horreur évidente ne durent généralement pas longtemps, car il devient très vite évident pour la victime qu’elle doit trouver la sortie. Celles qui durent sont celles où l’agresseur est également un manipulateur habile, capable de susciter la sympathie et l’attachement de la victime tout en construisant une prison faite de récits dans sa tête.

Il est plus difficile d’échapper à un « gentil » agresseur, le genre d’agresseur dont les manipulations consistent à se présenter comme bon et vertueux tout en serrant de plus en plus fort le nœud psychologique autour de la victime. Il est difficile d’y échapper parce qu’ils sont intentionnellement difficiles à reconnaître comme abusifs tant qu’on est dedans, même si on est vidé de sa vie, de sa liberté et de son bonheur au profit de l’abuseur.

Pour échapper à un gentil agresseur, il est utile de faire activement pression pour obtenir des choses qu’il ne peut pas refuser sans faire tomber sa couverture. S’il se présente comme un féministe éveillé et sexuellement libéré, par exemple, vous pouvez commencer à perturber la toile de récits de ce gentil garçon en disant que vous aimeriez arrêter de coucher avec lui, ou que vous voulez être financièrement indépendant. Tout ce qu’il veut désespérément contrôler mais qu’il ne peut pas refuser sans que le masque ne tombe. Ses tentatives désespérées de vous manipuler pour vous remettre dans la position dans laquelle vous étiez auparavant le mettra à nu et cela vous permettra de trouver plus facilement votre chemin vers la porte à travers le brouillard de la manipulation.

La voie d’évasion du gentil fascisme mis en place par les créateurs de récits libéraux fonctionne à peu près de la même manière.

J'appelle la marque particulière de flagornerie de l'establishment d'Obama le fascisme du gentil gars. C'est tout comme le fascisme ordinaire, qui permet la domination brutale de quelques tyrans dépravés et sanguinaires, sauf que vous ressemblez à un gentil garçon mais que vous y participez quand même. 

https://t.co/TLwfYl1izK - Caitlin Johnstone ⏳ (@caitoz) 11 avril 2019

Depuis des lustres, le Parti Démocrate et ses alliés manipulent activement les Américains de gauche pour les éloigner des questions qui pourraient gêner les puissants – des questions comme la justice économique, l’anti-impérialisme, la réduction du budget militaire, l’arrêt de la surveillance gouvernementale et de la militarisation de la police, et même l’argent en politique. Au lieu de cela, ils ont été encouragés à ne s’intéresser qu’aux questions dont les structures de pouvoir ne se soucient pas, comme l’avortement, la misogynie, les droits des LGBT, le contrôle des armes et le racisme.

Les puissants s’en foutent que vous avortiez. Ils se fichent du nombre de balles que votre arme peut contenir, ils se fichent que deux hommes se marient ou des pronoms de genre que vous utilisez, et ils se fichent que tout le monde soit raciste ou que personne ne le soit. Ils se soucient de maintenir et d’étendre leur capacité à exercer un contrôle sur les autres. S’ils peuvent utiliser les préjugés ou la menace de révocation des droits pour faire avancer ces programmes, ils les utiliseront certainement, mais au-delà de cela, ils s’en moquent.

Pour cette raison, beaucoup de ceux qui voient la nature abusive de l’empire oligarchique en sont venus à considérer ces questions avec un certain dédain, considérant les questions de justice sociale comme une distraction au service du pouvoir par rapport aux questions réelles sur lesquelles ils ne veulent pas que nous insistions, comme le démantèlement de la machine de guerre, la fin de la ploutocratie et l’assurance que chacun a ce dont il a besoin. C’est en grande partie pour cette raison que, lorsque le racisme est soudainement devenu le sujet d’actualité numéro un pendant plusieurs jours, au milieu des protestations contre la brutalité policière, de nombreux «anti-systèmes» ont considéré cela avec suspicion.

Mais ce qui semble réellement se passer ici est bien plus intéressant qu’une distraction sans valeur et sans intérêt. Parce que les gens ne se contentent pas de protester contre le racisme, ils demandent le démantèlement complet de l’État policier tout entier, alors qu’il est une partie essentielle du ciment qui maintient l’empire centralisé des États-Unis en place.

Et les gentils abuseurs se mettent en quatre pour les manipuler et tenter de les remettre dans leur cage.

Les Démocrates prônent des réformes qui ne changeront pas fondamentalement le maintien de l'ordre aux États-Unis 

https://t.co/k7QcFlORUu - Kevin Gosztola (@kgosztola) 10 juin 2020

Dans un article intitulé « Les Démocrates proposent des réformes qui ne changeront pas fondamentalement la police », Kevin Gosztola de Shadowproof explique comment les Démocrates de la Chambre des représentants, dirigés par Mme Pelosi, présentent une loi « justice dans la police » qui est fonctionnellement la même que les précédentes réformes de la police qui ont été essayées sans succès pendant des générations. Comme toute autre initiative populaire de base qui perturbe les institutions du pouvoir réel, la réponse du Parti Démocrate a été de mettre un pansement en tissu africain sur une blessure à la poitrine et de mettre en scène une campagne de contrôle narratif pour dire « on est guéri ». En effet, comme nous en avons discuté récemment, la fonction première du Parti Démocrate est de coopter et de tuer dans l’œuf les véritables tentatives de changement.

Le problème est que, comme le dit Gosztola, « contrairement à la plupart des Démocrates, les militants qui font pression pour le « débudgétisation » de la police comprennent que le problème est le maintien de l’ordre ». Les tentatives désespérées de les manipuler pour que cela ne n’arrive montrent les Démocrates sous leur vrai jour.

Les créateurs de récits libéraux ont manipulé les gens pour leur faire comprendre qu’ils ne peuvent s’intéresser qu’à des questions comme le sexisme, les droits des LGBT et le racisme. Les gens ont répondu en disant : « D’accord, alors nous exigeons que vous démanteliez tout l’État policier parce qu’il est raciste ».

Malgré toute la confusion et le brouillard dus à l’intense propagande de l’establishment, les gens ont réussi à trouver un solide « non » qu’ils savent que le gentil agresseur ne peut pas leur refuser, le saisissent d’une main de fer et courent vers la porte de sortie.

Pour citer la célèbre phrase de Jeff Goldblum tirée de Jurassic Park, la vie trouve toujours un chemin.

La vie a trouvé un chemin. Apparemment par instinct, l’humanité trouve de plus en plus de moyens de sortir de l’épais voile d’abus psychologiques tenu par les propagandistes et sortir de la matrice de contrôle narratif. L’Homo sapiens sera bientôt libéré, il se déchaînera dans le parc d’attractions et mangera l’avocat suceur de sang qui sort des toilettes.

Comme je le dis depuis l’année dernière, les choses ne feront qu’empirer pour eux. Notre espèce se dérègle à un rythme de plus en plus rapide, et les personnes dont le travail consiste à nous manipuler pour nous endormir y parviennent de moins en moins. Ne gaspillez pas votre énergie émotionnelle dans l’espoir que les choses finiront par revenir à la normale, car ce ne sera pas le cas. La bonne nouvelle, c’est que ce que nous considérons comme « normal » est en fait aussi fou et autodestructeur que peut l’être une espèce en dégénérescence, et la vie essaye maladroitement, lentement, de retrouver une vraie santé mentale. Trébuchant vers la porte de sortie.

« S’il y a une chose que l’histoire de l’évolution nous a appris, c’est que la vie ne peut être contenue. La vie se libère, elle s’étend vers de nouveaux territoires et écrase les barrières, douloureusement, peut-être même dangereusement, mais, euh… eh bien, la voilà de nouveau. »

Caitlin Johnstone

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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