Les Houthis lancent de nouvelles attaques de missiles et de drones contre les installations pétrolières de l’Etat saoudien


Par Ahmed Abdulkareem − le 21 février 2020 − Source Mint Press News

Al-JAWF, YEMEN – Les forces armées du Yémen, alliées aux Houthis, ont lancé une attaque contre des installations vitales, appartenant à Saudi Aramco, situées dans la province occidentale de Médine, Arabie Saoudite, à environ 165 kilomètres à l’ouest de la ville de Médine. L’attaque a eu lieu vendredi avec le lancement de missiles balistiques et de drones. Il s’agit de représailles contre les attaques saoudiennes meurtrières qu’a subi la province d’al-Jawf, au Yémen, vendredi dernier.

Le porte-parole de l’armée yéménite, le général de brigade Yahya Saree, a déclaré lors d’une conférence de presse vendredi que l’armée yéménite avait frappé des installations pétrolières, en plus de sites sensibles, dans la ville portuaire saoudienne de Yanbu dans le cadre de l’opération nommée « The Third Balance of Deterrence « . Saree a révélé que les forces yéménites ont utilisé un escadron de 12 drones de combat Sammad-3 (Invincible-3) ainsi que des missiles balistiques ailés et à longue portée pour mener les attaques. Il a ajouté que c’était pour se venger des attaques saoudiennes, notamment celle de vendredi dernier sur la province d’al-Jawf, et a confirmé que l’Arabie saoudite subira des frappes douloureuses si elle continue son assaut contre le Yémen.

Le 18 septembre 2019, l’Armée yéménite annonçait le début de l’opération « Second Balance of Deterrence » qui a frappé les usines de traitement du pétrole et du gaz de Saudi Aramco à Abqaiq et Khurais dans les provinces orientales riches en pétrole du Royaume. Les États-Unis et certains de leurs alliés ont accusé l’Iran de cette attaque.

L’Arabie Saoudite, pour sa part, affirme avoir « abattu des missiles tirés du Yémen ». Le porte-parole de la coalition saoudienne, Turki al-Maliki, a déclaré : « Les missiles ont été tirés par le groupe militant Houthi, allié à l’Iran », ajoutant : « ils ont été lancés de manière systématique et délibérée pour cibler les villes et les civils, ce qui constitue un défi flagrant au droit humanitaire international ». Il n’y a pas encore eu de commentaire officiel de l’Arabie Saoudite sur les attaques contre ses installations pétrolières et le nombre de victimes n’a pas non plus été révélé.

Le week-end dernier, environ 35 personnes ont été tuées et 23 autres blessées lorsque la coalition dirigée par les Saoudiens a frappé la zone d’al-Hayjah dans le quartier d’al-Jawf de cinq bombardements aériens, y compris des attaques à double frappe, qui ont causé d’énormes dégâts dans le quartier. Les attaques à double frappe, largement pratiquées par l’Arabie Saoudite, sont des attaques au cours desquelles des avions militaires retournent sur les lieux d’un raid aérien pour cibler les premiers intervenants et les civils qui se rassemblent sur les lieux.

Au moins 10 civils ont été tués dans les attaques à double frappe d’al-Hayjah alors qu’ils se rassemblaient près de l’épave d’un avion de guerre saoudien qui a été abattu pendant l’attaque, ont déclaré à MintPress des témoins sur place.
Le ministère de la santé yémenite, basé à Sanaa, a déclaré dans un communiqué que les bombardements aériens saoudiens ont tué 35 civils au total, dont 26 enfants, et que 23 civils ont été blessés, dont 18 enfants. Le bureau du coordinateur humanitaire de l’ONU pour le Yémen a donné un chiffre plus bas, déclarant que « les rapports de terrain indiquent que, le 15 février, 31 civils ont été tués et 12 autres blessés au cours de bombardements qui ont touché une zone du gouvernorat d’Al-Jawf ».

Lise Grande, coordinatrice des Nations unies, a dénoncé ces bombardements, déclarant : « En vertu du droit humanitaire international, les parties qui ont recours à la force sont tenues de protéger les civils. Cinq ans après le début de ce conflit, les belligérants n’assument toujours pas cette responsabilité. C’est choquant ».

Le groupe humanitaire international, Save the Children, qui est très actif au Yémen, a déclaré : « Cette dernière attaque doit faire l’objet d’une enquête urgente et indépendante, et les auteurs doivent rendre des comptes ». Xavier Joubert, le directeur du groupe au Yémen, a ajouté : « Ceux qui continuent à vendre des armes aux parties en guerre doivent se rendre compte qu’en fournissant des armes pour cette guerre ils contribuent à rendre des atrocités comme [celle-ci] bien trop courantes. »

De grands rassemblements ont également eu lieu dans de nombreux districts du Yémen pour dénoncer les attaques, notamment à Sana’a, Ibb, Reimah, Dhamar, Hajjah et Hodeida. Les manifestants portaient des banderoles arborant des messages de vengeance, des promesses de représailles envers la coalition dirigée par les Saoudiens et des promesses de résistance contre les forces étrangères au Yémen. Les manifestants ont également appelé les gouvernements occidentaux à respecter les droits de l’homme et à cesser de fournir des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Les pays de la coalition, dirigée par l’Arabie saoudite, mènent une guerre meurtrière contre le Yémen depuis mars 2015, en utilisant des armes et des renseignements fournis par des pays occidentaux, notamment les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Canada.

Rien que le mois dernier, au moins 30 civils ont été tués et blessés suite aux frappes aériennes de la coalition saoudienne au Yémen, selon le Centre des droits de l’homme du gouvernement yéménite. Un nouveau rapport de ce centre montre que les avions de combat de la coalition ont lancé 164 frappes aériennes et largué 1 258 obus et missiles sur 18 immeubles résidentiels, 71 zones résidentielles, sept fermes, un aéroport, une école et une université.

L’association américaine à but non lucratif Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), une organisation de recherche sur les conflits, estime que cette guerre a fait plus de 100 000 morts au cours des cinq dernières années. De plus, le blocus de la coalition en matière de nourriture et de médicaments a plongé le pays dans une famine sans précédent et a déclenché une épidémie mortelle de maladies évitables qui ont coûté la vie à des milliers d’autres personnes.

L’étincelle qui a allumé la mèche

En fin de semaine dernière, les unités de défense aérienne houthi ont réussi à cibler et à abattre un avion de combat Tornado multi-rôle au-dessus du ciel d’al-Jawf avec un missile sol-air avancé, un revers pour une alliance militaire connue pour sa suprématie aérienne et signalant un nouveau degré atteint par l’arsenal militaire de plus en plus puissant des Houthis.

L’armée yéménite, alliée aux Houthis, a diffusé des images du lancement de leur missile sol-air avancé et du moment où il a frappé l’avion de chasse dans le ciel nocturne, l’envoyant s’écraser en une boule de feu.

Samedi dernier, la coalition saoudienne a publié une déclaration confirmant le crash et affirmant que « deux officiers se sont éjectés de l’avion avant qu’il ne s’écrase », que les Houthis leur ont tiré dessus en « violation du droit international humanitaire ». « La vie et le bien-être de l’équipage sont sous la responsabilité des Houthis », ajoute la déclaration.

Une source Houthi qui souhaite garder l’anonymat car elle n’est pas autorisé à parler sur le sujet, a déclaré à MintPress qu’après l’écrasement de l’avion, les avions de guerre de la coalition saoudienne ont lancé des frappes aériennes dans l’espoir de tuer l’équipage de l’avion avant qu’il ne puisse être capturé, il a ajouté que les membres d’équipage capturés n’étaient pas des ressortissants saoudiens, mais il a refusé de dire d’où ils venaient, disant seulement d’un « pays occidental ». Les Houthis ont finalement réussi à capturer l’équipage et à le déplacer vers un endroit sûr. L’un d’entre eux est gravement blessé, selon la source Houthi, qui a déclaré que ces faits révèlent que d’autres pays sont directement impliqués dans la guerre, non seulement en fournissant à l’Arabie saoudite des armes interdites au niveau international, mais aussi des pilotes militaires.

Ces derniers développements surviennent alors que de violents combats enflamment al-Jawf, où les forces houthies avancent sur plusieurs fronts vers Al-Hazm, la capitale régionale de la province. Al-Jawf est désormais principalement contrôlée par les forces houthies, mais sa capitale reste aux mains des forces de la coalition dirigée par les Saoudiens.

Auparavant, le général de brigade Yahya Saree, porte-parole des forces armées alliées houthies du Yémen, avait annoncé que 2020 serait l’année de l’aviation et que les forces yéménites s’emploieraient à développer leurs industries militaires et à améliorer leur capacités en défense aérienne.

Les Houthis, la principale force combattant la coalition dirigée par les Saoudiens au Yémen, ont appelé le régime saoudien à mettre fin à la guerre et au siège de leur pays, avertissant qu’il y aurait des risques et des conséquences pour le Royaume s’il continuait ses attaques.

Cette guerre a commencé le 26 mars 2015, lorsque l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis et d’autres alliés régionaux, a lancé une attaque à grande échelle contre le Yémen sous prétexte de rétablir l’ancien président évincé, Abdrabbuh Mansur Hadi. Le véritable objectif de la guerre était de vaincre les Houthis, qui ont obtenu un soutien populaire à la suite du printemps arabe et qui gagnent en puissance depuis le début de la guerre.

Après la capture des pilotes du Tornado de l’armée de l’air saoudienne, les Nations unies ont déclaré que la coalition saoudienne et les Houthis avaient conclu un accord sur le premier échange de prisonniers à grande échelle depuis le début de la guerre. Des milliers de prisonniers, dont des ressortissants saoudiens et soudanais, devraient être libérés en vertu d’un accord négocié en Suède en 2018.

Ahmed AbdulKareem

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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