Les Américains évoquent de prétendues attaques sur leurs navires pour justifier la poursuite de la guerre au Yémen


Moon of Alabama

Le 13 octobre 2016 – Source Moon of Alabama

Hier soir [12 octobre, NdT], les États-Unis ont lancé des missiles de croisière contre trois stations de radar de la côte yéménite occidentale. La région est formellement sous le contrôle du gouvernement de Sanaa, une alliance de groupes tribaux Houthis du nord du Yémen et de pans de l’armée yéménite contrôlés par l’ex-président Saleh. Mais en réalité leur contrôle de la région est inégal et al-Qaïda et les combattants locaux pour l’indépendance du sud du Yémen y prédominent, surtout autour de Taiz et plus au sud.

Cette attaque serait une riposte à la soi-disant attaque de navires américains par des missiles tirés depuis la côte. Tous ces missiles «sont tombés à courte distance du destroyer, qui se trouvait dans les eaux internationales de la mer Rouge». (Ces missiles étaient-ils tout simplement les RPG-36 de courte portée qu’al-Qaïda avait reçus ?) Les Houthis, ainsi que l’armée yéménite (deux fois) ont officiellement nié avoir tiré des missiles et avoir attaqué quoi que ce soit qui appartienne aux États-Unis. L’ancien président Saleh a accusé les Saoudiens et leurs mercenaires d’al-Qaïda et a demandé une enquête. Personne au Yémen n’a entendu parler de la préparation, ni de l’exécution, de pareilles attaques. Il n’y a aucune preuve que cette attaque se soit jamais produite. Toutes ces accusations sont fondées uniquement sur la parole de l’armée américaine. Le gouvernement Houthi / Saleh de Sanaa a demandé une enquête officielle des Nations Unies sur la question.

Il y a deux semaines, les Houthis ont attaqué et détruit un navire rapide de ravitaillement des Émirats arabes unis (EAU). Le missile utilisé était un missile anti-navire de moyenne portée, probablement d’origine chinoise. Le navire transportait des armes et des troupes anti-Houthi entre Assab, en Erythrée, et Aden, au sud du Yémen. Ils avaient fièrement revendiqué l’attaque et publié la vidéo. Auparavant, de petits navires saoudiens qui verrouillaient la côte avaient été attaqués par les pêcheurs locaux et coulés. Les EAU occupent certains endroits du sud du Yémen (Dubai Port international voudrait prendre le contrôle du port d’Aden) et les troupes des EAU et leurs forces par procuration sont les ennemis les plus directs des forces yéménites. Mais il est clair que toute attaque contre un navire américain ne ferait qu’augmenter la difficulté pour les forces des Houthis. Ils n’avaient et n’ont aucune bonne raison de se livrer à une telle attaque.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Après quelques soulèvements tribaux en 2011-2012, on a contraint le président Saleh à laisser la place à son vice-président Hadi qui a été fait président avec un mandat de deux ans. L’installation d’un nouveau gouvernement national a échoué lorsque Hadi et ses sponsors ont refusé d’y laisser participer les grandes tribus des Houthis du Nord (environ 45% de la population totale). Ces tribus se sont révoltées et ont occupé la capitale Sanaa. Hadi, qui était alors dans la troisième année de son mandat de deux ans, a démissionné, puis s’est rétracté et plus tard a de nouveau démissionné verbalement. L’ONU a tenté de négocier un accord, mais l’envoyé de l’ONU a été évincé au profit des Saoudiens et l’accord sur le cabinet d’unité n’a pas été mis en place :

«Les factions politiques combattantes du Yémen étaient sur le point de parvenir à un accord sur le partage du pouvoir quand les frappes aériennes dirigées par l’Arabie saoudite ont commencé il y a un mois, ce qui a fait dérailler les négociations», a déclaré l’envoyé des Nations unies qui faisait office de médiateur pour les pourparlers.

Les Saoudiens, qui se sont battus dans des guerres précédentes contre les Houthis, ne veulent pas qu’ils participent à une structure de pouvoir. Ils prétendent que les Houthis sont des mercenaires iraniens. Il n’y a pas la moindre preuve de cela et l’accusation est tout simplement fausse. Pendant les quelques 18 mois de guerre, on n’a constaté aucun signe d’aide iranienne, ni en armement ni en personnel. Même le NYT le reconnait aujourd’hui :

Les responsables du renseignement américains croient que les Houthis reçoivent beaucoup moins de soutien de l’Iran que l’ont prétendu les Saoudiens et d’autres pays du golfe Persique.

Les Saoudiens veulent que Hadi, leur homme de paille, redevienne le président avec un pouvoir absolu. Ils veulent pouvoir tirer les ficelles. Mais même si les Saoudiens sont beaucoup plus riches, ils ne sont pas beaucoup plus nombreux que les Yéménites. Le Yémen a environ 26 millions d’habitants tandis que l’Arabie saoudite en a environ 29. Chaque attaque saoudienne contre le Yémen pousse toujours plus de Yéménites à se lever contre l’Arabie saoudite.

Les États-Unis soutiennent les attaques menées par les Saoudiens et les Émirats arabes unis. Ils envoient des avions et des munitions, leurs avions ravitailleurs rechargent les jets saoudiens – au total plus de 5500 fois depuis le début des bombardements. Les Saoudiens utilisent le renseignement américain pour planifier leurs attaques. Les officiers américains consultent les cellules de planification saoudiennes et il y a des forces spéciales américaines sur le terrain. Leurs navires aident à bloquer la côte yéménite. Malgré ce soutien massif, les États-Unis ne considèrent pas qu’ils font partie du conflit et ils ont même essayé de négocier un accord sur le partage du pouvoir comme s’ils étaient «neutres». Cela n’a trompé personne au Yémen, mais le public américain a cru tout ce qu’on lui racontait comme d’habitude.

Cette tentative a pris fin quand le public mondial a commencé à se rendre compte de l’atrocité des attaques saoudiennes sur les hôpitaux, les écoles, les marchés et les infrastructures importantes. Après la récente attaque saoudienne (vidéo) sur une salle funéraire remplie de gens qui présentaient leurs condoléances, les États-Unis se sont trouvés à court de justifications idiotes. Les bombes utilisées étaient des bombes fabriquées aux États-Unis. L’attaque a tué plus de 200 personnes et en a grièvement blessé beaucoup d’autres. Les hôpitaux locaux sont débordés et les Saoudiens empêchent toute évacuation. Beaucoup de victimes sont des élites tribales et des généraux.

Le choléra se répand au Yémen et les gens meurent de faim. Cela, et les attaques saoudiennes, mettent les États-Unis sous pression. Le porte-parole du département d’État a désespérément tenté d’expliquer pourquoi l’attaque de l’enterrement était «en défense de l’Arabie saoudite», et différente des attaques moins importantes en Syrie, que les États-Unis condamnent. Un bon nombre de sénateurs font pression pour mettre fin à l’appui étasunien de la campagne saoudienne. MoveOn a lancé une pétition contre le soutien des États-Unis et l’administration Obama elle-même redoute des conséquences juridiques.

Une «attaque» sur des biens américains qui met les États-Unis dans une position justifiée de «légitime défense» contre les Houthis règle tous ces problèmes d’un seul coup.

Au cours des dernières semaines, les Saoudiens ont fait venir en Arabie saoudite des combattants du sud du Yémen, qu’ils paient et qui sont alignés sur al-Qaïda au Yémen. Ces derniers ont commencé à attaquer les zones Houthis du nord depuis le côté saoudien de la frontière. Toutes les tentatives antérieures de ce genre ont lamentablement échoué.

On entend dire que l’attaque des États-Unis sur les stations radar prépare l’atterrissage massif de mercenaires des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite, qui se rassemblent actuellement dans le port d’Assab en Érythrée loué et contrôlé par les EAU. C’est tout à fait possible, à mon avis.

Traduction : Marie Staels

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