Le Washington Post ouvre ses colonnes au principal sponsor d’État Islamique


Celui qui emprisonne plus de journalistes que quiconque


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 20 mars 2019

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se sert du récent attentat terroriste de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pour augmenter ses chances aux prochaines élections locales en Turquie :

Cela commence par une musique dramatique, pour augmenter l'effet.
Puis des photos du manifeste posté par le tireur en Nouvelle-Zélande avant son attaque terroriste, soulignant et traduisant les sections ciblant la Turquie.

La vidéo diffusée en direct par l'agresseur vient ensuite, quand il se fraie un chemin dans une mosquée de Christchurch, avant de brouiller les images au son d'une fusillade à l'arme automatique.

S’ensuit une coupure et l’apparition du chef de l'opposition turque, Kemal Kilicdaroglu, qui parle de "terrorisme enraciné dans le monde islamique".
La foule est en délire, galvanisée par le président Recep Tayyip Erdogan, qui vient de montrer les images au cours d'au moins huit rassemblements électoraux.

Dans un éditorial du Washington Post publié aujourd’hui, Erdogan va plus loin.


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Erdogan compare le terroriste australien qui a tué 50 personnes dans une mosquée à Christchurch à État islamique :

L'auteur présumé du massacre de Christchurch a tenté de légitimer ses vues tordues en déformant l'histoire mondiale et la foi chrétienne. Il cherchait à semer des graines de haine parmi ses semblables. ...

À cet égard, nous devons établir qu'il n'y a absolument aucune différence entre le meurtrier qui a tué des innocents en Nouvelle-Zélande et ceux qui ont commis des actes terroristes en Turquie, en France, en Indonésie et ailleurs.

Il y a bien sûr une grande différence. Alors que le meurtrier néo-zélandais, Brenton Harrison Tarrant, a rendu visite à des groupes fascistes dans de nombreux pays, dont la Turquie, il ne faisait pas partie d’une organisation plus importante ni même d’un État terroriste. Rien ne prouve jusqu’à présent qu’il avait de gros sponsors.

État islamique et les dix mille fanatiques qui l’ont créé avaient en revanche un grand commanditaire qui a permis ses assassinats.

Il s’appelle Recep Tayyip Erdogan.

Des chercheurs du Centre international pour l’étude de l’extrémisme violent (ICSVE) ont récemment interviewé un émir de État islamique, Abu Mansour al Maghrebi, qui a essentiellement été ambassadeur de EI en Turquie. Abu Mansour, un ingénieur électricien marocain, a été capturé il y a un an et demi et est détenu en Irak :

"Mon travail à Raqqa était de m'occuper des affaires internationales", se souvient Abu Mansour al Maghrebi à propos de ses trois années passées avec État Islamique. "Mon travail, c'était notre relation avec les services secrets turcs. En fait, cela a commencé lorsque je travaillais aux frontières", explique-t-il, revenant au premier poste qu'il a occupé pour EI avant d’en devenir un émir et, apparemment, leur ambassadeur en Turquie.  ...

"Mon travail consistait à garder les frontières entre la Syrie et la Turquie et à recevoir les combattants ", explique Abu Mansour, souriant d'être reconnu comme étant plus puissant qu'il ne l'était au départ. "J'en supervisais la réception à Tal Abyad, Alep, Idlib, toutes leurs frontières,» répond-il.

Quelque 40 000 combattants étrangers ont débarqué en Syrie via la Turquie. La plupart d’entre eux ont rejoint État islamique. C’est aussi la Turquie qui a soigné les combattants de EI blessés :

"Il y a eu des accords et des ententes entre les services de renseignement turcs et EI au sujet des postes frontière, pour les personnes qui étaient blessées," poursuit Abu Mansour."J'ai eu des réunions directes avec le MIT [l'Organisation nationale turque du renseignement], de nombreuses réunions avec eux." ...
Quand on lui demande qui exactement dans le gouvernement turc rencontrait les membres de EI, il répond : "Il y avait des équipes. Certains représentaient les renseignements turcs, d'autres l'armée turque. Il y avait des équipes de 3 à 5 groupes différents. La plupart des réunions ont eu lieu en Turquie dans des postes militaires ou dans leurs bureaux. Cela dépendait du sujet. Parfois, nous nous rencontrions chaque semaine. Cela dépendait de ce qui se passait. La plupart des réunions ont eu lieu près des frontières, certaines à Ankara, d'autres à Gaziantep."

Les services de renseignement turcs envoyaient des voitures à la frontière pour accompagner l’ambassadeur de EI aux différentes réunions en Turquie. Ces réunions ont rassemblé des personnalités de haut niveau :

Alors qu'il poursuit, nous apprenons que sa portée "diplomatique" au nom de État islamique s'étendait au président de la Turquie lui-même. "J’ai failli le rencontrer, mais cela ne s’est pas fait. Un de ses agents a dit qu'Erdogan voulait me voir en privé, mais ça n'a pas marché."

Pour la Turquie, EI était utile pour supprimer les Kurdes et pour atteindre l’objectif plus important d’Erdogan d’annexer le nord de la Syrie à la Turquie.

Il y a beaucoup plus de détails dans l’interview concernant le soutien turc à EI. Certains d’entre eux peuvent être erronés, mais la plupart sont étayés par un grand nombre d’autres rapports. Les étrangers rejoignaient État islamique en passant par la Turquie. Elle lui fournissait des armes et diverses fournitures. La principale source de revenus d’EI était le pétrole, acheté par la Turquie. Il y a eu coordination directe entre la Turquie et EI dans plusieurs grandes opérations contre l’État syrien.

Sans le soutien de la Turquie, État islamique en Syrie n’aurait pas pu être formé ou exister.

Le journal de Jeff Bezos, le Washington Post, permet à Erdogan de proférer des mensonges sur les relations entre la Turquie et État islamique.

Le fait que le journal le fasse peu de temps avant des élections fortement disputées en Turquie est encore pire. Pourquoi fait-il la promotion d’un fanatique des Frères musulmans face à une opposition laïque ?

L’an dernier, le Comité pour la protection des journalistes a constaté que la Turquie en incarcérait plus que tout autre État :

Même si le président turc Recep Tayyip Erdoğan a été le critique le plus féroce de l'Arabie saoudite pour le meurtre de Khashoggi, son gouvernement a continué à emprisonner plus de journalistes que tout autre sur la planète. (...) Pour la troisième année consécutive, tous ceux emprisonnés en Turquie font face à des accusations de s’en être pris à l'État.

Le slogan du Washington Post, placé au-dessus de l’éditorial d’Erdogan, est « Democracy Dies in Darkness » [la démocratie meurt dans l’obscurité]. Quelle hypocrisie !

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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