L’Arabie Saoudite se prend encore une grosse claque


Des attaques contre les principaux champs de pétrole saoudiens montrent l’urgente nécessité d’une paix avec le Yémen.


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 septembre 2019

Dix drones contrôlés par les forces yéménites houthis ont frappé deux des plus importantes installations pétrolières saoudiennes la nuit dernière et ont causé plusieurs gros incendies.

Arabie en feu
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La raffinerie de pétrole d’Abqaiq, également dénommé Babqaiq, est située à 60 km (37 milles) au sud-ouest du siège social d’Aramco à Dhahran.

Cette raffinerie traite le pétrole brut provenant du plus grand champ pétrolier conventionnel au monde, le super géant Ghawar, et l'envoie vers les terminaux de Ras Tanura - la plus grande installation de chargement de pétrole offshore au monde - et Juaymah. Elle l’envoie également vers l'ouest, en traversant le royaume, jusqu'aux terminaux d'exportation de la Mer Rouge.

L’usine de conditionnement de pétrole et de gaz d’Abqaiq est la plus grande au monde. Elle est le centre de l’infrastructure pétrolière et gazière de l’Arabie saoudite.


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Abqaiq traite 6,8 millions de barils de pétrole brut par jour. Plus des deux tiers de toute la production saoudienne de pétrole et de gaz y transitent. On ne sait pas encore en quelle proportion cet immense endroit a été détruit.


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La deuxième cible fut une raffinerie près de Khurais, à 190 km (118 milles) plus loin au sud-ouest. Elle se situe dans le deuxième plus grand champ pétrolier du pays. Les deux installations se trouvent à plus de 1 000 km (600 miles) du Yémen.

L’Arabie saoudite n’a pas de défense aérienne qui protège ses installations pétrolières contre les attaques venant du sud.


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Aᴍɪʀ @AmirIGM - 11:34 UTC - 14 sept 2019

Ce graphique montre les défenses aériennes saoudiennes autour des installations pétrolières d'Abqaiq, qui ont été touchées dans la matinée de samedi. Les drones étaient situés à portée de tir des PAC-2, mais en dehors de celle des Hawk. Il est possible que le vol à basse altitude ou la petite taille des drones et les matériaux composites dont ils sont faits leur aient permis d'éviter d'être détecté.

Les PAC-2 sont d’anciens systèmes de défense aérienne de fabrication américaine qui ne peuvent pas « voir » les petits drones ou les missiles de croisière.

Les images satellitaires montrent une quantité importante de fumée provenant d’Abqaiq.


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Il y a de la fumée provenant de quatre autres installations pétrolières, mais c’est peut-être du au brûlage à la torche fait en urgence, maintenant nécessaire parce que les installations de traitement plus en aval sont bloquées ou détruites.

L’Arabie saoudite a déclaré que les incendies sont maîtrisés mais la vidéo tournée ce matin montre qu’ils continuent.

Dans une vidéo prise hier soir au sol près de l’installation, on peut entendre le bruit aigu d’un moteur de drone suivi d’une explosion. Dans d’autres vidéos, on peut entendre des coups de feu d’armes automatiques. Il s’agissait probablement des gardes tentant d’abattre les drones.

Mais les drones n’ont peut-être pas été la seule cause de l’incident. Hier soir, un pêcheur koweïtien a enregistré le bruit d’un missile de croisière ou d’un avion à réaction, avec ou sans pilote, en provenance d’Irak. Les débris trouvés au sol en Arabie saoudite semblent provenir d’un missile de croisière KH-55 de l’ère soviétique ou d’un Soumar, une copie iranienne de ce modèle. Les Houthis ont montré des missiles de croisière, probablement en provenance d’Iran, de conception similaire – voir ci-dessous. Après une attaque contre des installations pétrolières saoudiennes en août, des accusations ont été portées selon lesquelles au moins une partie des attaques provenaient d’Irak. L’Iran a été accusé d’être impliqué dans cette attaque. Bien que cela semble peu probable, ce n’est pas inconcevable.

Cette attaque du mois d’août a été le coup mettant la guerre saoudienne au Yémen en échec et mat. Comme nous l’avons écrit à l’époque :

L'Arabie saoudite a finalement perdu la guerre contre le Yémen. Elle n'a aucune défense contre les nouvelles armes que les Houthis du Yémen ont acquises. Ces armes menacent la vie économique des Saoudiens.

L’Arabie saoudite n’a rien qui puisse arrêter les attaques massives de ces drones. Il faudrait des centaines de systèmes de défense aérienne Pantsyr-S1 et BUK de fabrication russe pour protéger les installations pétrolières saoudiennes. Il n’y aurait toujours aucune garantie qu’ils ne puissent pas être submergés.

Les nouveaux drones et missiles exposés en juillet 2019 par les forces armées houthis du Yémen

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Le porte-parole des forces armées houthis a revendiqué l’attaque d’aujourd’hui :

Cette opération est l'une des plus importantes menées par nos forces dans les profondeurs de l'Arabie saoudite, après une opération de renseignement précise, une surveillance pointue et la coopération d'hommes honorables et libres dans le Royaume.

Cette information que des Saoudiens en Arabie saoudite puissent coopérer rendra les dirigeants saoudiens encore plus paranoïaques qu’ils ne le sont habituellement. Il se peut bien que les drones aient été lancés de l’intérieur de l’Arabie Saoudite et que leur point de lancement fût beaucoup plus près de la cible qu’on ne le pense.

Le porte-parole a continué ainsi :

Nous promettons au régime saoudien que nos futures opérations se poursuivront et seront plus douloureuses que jamais tant qu'il poursuivra son agression et son siège.

Nous affirmons que notre liste d'objectifs s'allonge de jour en jour et qu'il n'y a pas de solution pour le régime saoudien si ce n'est d'arrêter l'agression et le siège de notre pays.

La guerre contre le Yémen, lancée par le prince saoudien Mohammad bin Salman en 2015, coûte plusieurs milliards de dollars par mois à l’Arabie saoudite. Le déficit budgétaire saoudien s’est encore creusé cette année et devrait atteindre 7% de son PIB. Le pays a besoin d’argent frais ou d’un prix du pétrole beaucoup plus élevés.

L’Arabie saoudite a récemment renouvelé son intention de vendre une part de son conglomérat pétrolier public Aramco. Au début du mois, le ministre saoudien de l’énergie, Kalid al-Falih, a d’abord été rétrogradé, puis démis de ses fonctions et remplacé par Abdulaziz bin Salman, un demi-frère du prince en place :

"La longue tradition de choisir un ministre du pétrole technocrate et non royal a été rompue, et la meilleure théorie est que le ministre sortant Khalid Al Falih résistait trop au rythme du changement poursuivi par le prince héritier Mohammed Bin Salman", a écrit Paul Sankey, analyste énergétique chez Mizuho.

L’éviction de Kalid al-Falih a mis fin à la résistance nationaliste contre la vente d’Aramco et des richesses du pays.

Mais qui achètera des actions de cette entreprise tant que ses principales installations ne sont pas sécurisées et subissent des attaques sévères ?

Le prince saoudien devra faire la paix avec le Yémen avant de pouvoir vendre les actions d’Aramco à un prix décent. Il devra cracher des milliards de dollars en réparations au Yémen et à son peuple avant que les Houthis ne soient prêts à faire la paix.

Les premières tentatives saoudiennes de paix ont été faites il y a deux semaines. Il semble qu’ils aient demandé à l’administration Trump d’élaborer un accord avec les Houthis :

L'administration Trump s'apprête à entamer des négociations avec les rebelles Houthis soutenus par l'Iran afin de mettre un terme à la guerre civile de quatre ans au Yémen, informait mercredi le Wall Street Journal.

Cet effort viserait à convaincre l'Arabie saoudite de prendre part à des pourparlers secrets avec les rebelles d'Oman pour aider à négocier un cessez-le-feu dans le conflit, qui est apparu comme un élément prioritaire dans la guerre régionale par procuration entre Riyad et Téhéran.

Depuis, on n’a plus entendu parler de cette initiative. Les Saoudiens doivent agir vite pour mettre fin à la guerre. À moins que cela ne se produise bientôt, nous pouvons nous attendre à d’autres escalades et à d’autres attaques comme celles qui ont eu lieu aujourd’hui.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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