Par Moon of Alabama – Le 20 octobre 2026
Les mois derniers, l’administration Trump affirmait haut et fort que l’Iran avait perdu le contrôle du détroit d’Ormuz. Certains « experts » ont même affirmé que le flux de pétrole était revenu à son niveau d’avant-guerre.
Ces deux affirmations n’étaient pas vraies, mais ont eu des effets à court terme sur des prix volatiles. Les attaques contre les navires traversant le détroit augmentent. Le flux de pétrole brut continue d’être inférieur au niveau d’avant-guerre. Le prélèvement sur des réserves, déjà presque vides, continue. Le prix du pétrole continue d’augmenter :
Les contrats à terme sur le brut Brent pour livraison en décembre, la référence mondiale des prix, ont augmenté de 1,6% à 111,30 dollars le baril mardi, soit un gain de 13,7% sur un mois et s’orientent vers un cours de clôture le plus élevé depuis le 19 mai.
Ce n’est plus un problème temporaire car les prix à long terme augmentent également :
Les négociants en pétrole considèrent de plus en plus la bataille dans le détroit d’Ormuz comme étant devenue une nouvelle norme. Les contrats Brent à terme sur le brut pour décembre 2027 sont maintenant proches de 90 dollars le baril, le plus haut jamais atteint et une forte différence par rapport à il y a encore un mois.
Les coûts élevés du transport maritime augmentent encore le cout du pétrole. Les Très Gros Transporteurs de brut (VLCC), utilisés pour le transport longue distance, sont devenus très chers à louer :
Les couts des VLCC, du Golfe vers la Chine, étaient initialement passés d’environ 4$/baril à 17$/baril, avant de se détendre à 11-12$/baril d’avril à juillet. L’expiration du cessez-le-feu américano-iranien en août a déclenché une autre forte augmentation, portant le fret à 33$/baril fin septembre et poussant les coûts totaux de transport actuels, en provenance du Moyen-Orient, à environ 140$/baril en Chine. Pour le fret japonais et sud-coréen, les coûts au débarquement relevés étaient encore plus élevés, à environ 145$/baril.
Des points de chargement alternatifs ont offert un soulagement inégal. Le fret du terminal saoudien de Yanbu vers la Chine tournait autour de 6-7 $/baril après le pic initial de la guerre, mais les restrictions Houthies sur les cargaisons saoudiennes via Bab el-Mandeb l’ont porté à 28$/baril à la mi-octobre, et les coûts au débarquement à environ 140$/baril. Les chargements saoudiens à Yanbu ont depuis ralenti pour atteindre 1,6 à 1,8 million de barils par jour (la moitié de la moyenne de mars à juillet) à la suite de l’intensification des attaques Houthies contre les infrastructures énergétiques le long de la côte de la mer Rouge, le Golfe gérant l’essentiel des exportations.
Environ 15% de la flotte mondiale de VLCC, forte de 1 000 navires, se trouve dans le golfe d’Oman, où elle attend d’être remplie, par des transbordements de navire à navire avec du pétrole qui a transité sur de plus petits pétroliers traversant le détroit d’Ormuz. Tout retard dans le détroit a donc une influence directe sur la disponibilité des VLCC ailleurs. Le trafic pétrolier VLCC du Brésil ou de l’Afrique de l’Ouest vers la Chine ou l’Inde connaît des taux élevés similaires.
Les produits hydrocarbonés sont encore plus touchés par la situation au Moyen-Orient. Le diesel et le carburéacteur se font rares.
Après les dommages de guerre à leurs raffineries, les pays du Moyen-Orient ont cessé d’en exporter. La Russie et la Chine ont bloqué leurs exportations pour pouvoir alimenter leur demande locale. Les raffineries aux États-Unis et en Europe sont à la limite de leurs capacités. Au total, il manque environ 5 millions de baril/j.
La situation pour le gaz naturel et les engrais est encore pire :
Le Qatar, deuxième exportateur de gaz naturel liquéfié, a expédié 18 cargaisons de gaz naturel liquéfié au cours des six premiers mois de la guerre, contre 509 un an plus tôt, et les dommages à Ras Laffan ont réduit environ 17% de sa capacité, une diminution qui continuerait après tout cessez-le-feu. Le Golfe fournit normalement environ un tiers de l’urée commercialisée dans le monde, et les économistes agricoles préviennent que la saison d’achat d’engrais de l’année prochaine pourrait s’avérer plus difficile que que celle-ci.
Des prix de l’énergie plus élevés pendant une période plus longue augmenteront l’inflation dans les pays occidentaux. Les banques centrales, entravées par leur idéologie, augmenteront les taux d’intérêt. (Ceci même s’il est peu probable que cela provoque un choc de l’offre sur les prix.) Les entreprises, les consommateurs et les États déjà surendettés devront réduire leurs dépenses. Une récession mondiale s’installera.
Il n’y aura aucun soulagement sur aucun de ces marchés tant que le conflit au Moyen-Orient ne sera pas résolu :
La normalisation n’aura pas lieu tant qu’il n’y aura pas d’accord diplomatique durable qui permette le retour de la confiance. Ce point a été exposé récemment par le PDG de la société pétrolière d’État saoudienne. Les nouvelles initiatives de l’administration Trump, telles que l’assouplissement des sanctions sur le diesel russe ou sa flotte fantôme, fournissent trop peu de volume ou de capacité réels pour avoir un impact significatif sur la dynamique.
Il est donc de plus en plus évident que la réussite des États-Unis dans cette guerre ne peut être mesurée par les transits quotidiens des pétroliers. L’augmentation des flux à travers le détroit pourrait raisonnablement être considérée comme une victoire tactique qui réduit l’effet de levier immédiat de l’Iran et réduit même la possibilité d’une augmentation majeure des prix du pétrole par rapport à leur niveau de référence actuel. Ce serait une mauvaise interprétation de la situation, cependant, de voir cela comme une victoire stratégique qui rendrait inutile une diplomatie sérieuse ou permettrait aux États-Unis de dicter leurs conditions.
Il est peu probable que les États-Unis soient capables ou désireux de demander la paix dans le Golfe. Je trouve plus probable que l’administration Trump, en coopération avec Israël, lance une autre attaque violente pour mettre l’Iran (et les Houthis au Yémen ?) à genoux.
Mais les chances qu’elle réussisse sont minuscules.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.