Par Ian Proud – Le 14 juillet 2026 – Source Blog de l’auteur
Une paix durable en Ukraine : diplomatie, neutralité et limites de l’ordre actuel
Je ne vois aucun moyen fonctionnel de mettre fin à la guerre en Ukraine, au motif que l’OTAN et l’UE ont volé la souveraineté de leurs membres, refusent de parler à la Russie et voient que peu de leurs citoyens sont intéressés à faire la paix.
Dans un monde parfait, l’OTAN et la politique étrangère commune de l’UE cesseraient d’exister, mais cela n’arrivera pas dans la prochaine décennie.
Donc je prédis, qu’à un moment donné au cours de l’année prochaine, Zelensky sera évincé et, qu’à partir de 2027, le soutien aux partis traditionnels globalistes commencera à s’effriter à travers l’Europe quand les citoyens se rendront de plus en plus compte que leur prospérité et leur sécurité ont été vendues pour prolonger une guerre éternelle dont plus personne ne voudra.
La paix en Ukraine ne peut se produire que si l’Ukraine et la Russie acceptent de coexister sans guerre sous le système des Nations Unies. Cela ne signifie pas un état d’amitié entre les deux pays. Il est impossible d’imaginer cela de sitôt et il faudra une génération pour rétablir toute normalité dans leurs relations.
Cela signifierait plutôt un accord des deux parties pour régler les différends futurs par le dialogue et la diplomatie – une situation qui n’existe plus en Ukraine depuis 2015.
Les conditions fondamentales de la Russie pour la paix
Pour la Russie, il n’y aura pas d’accord de paix avec l’Ukraine jusqu’à ce que la question de son adhésion à l’OTAN soit définitivement et irrévocablement retirée de la table, avec une résolution sur le statut du Donbass et des protections pour l’utilisation de la langue russe pour ceux qui, en Ukraine, l’utilise comme première langue.
Le point de vue de l’Ukraine sur la sécurité
Pour l’Ukraine, la paix nécessiterait une assurance contre une future attaque russe et le soutien de l’Occident dans sa reconstruction économique.
La vision occidentale d’un accord potentiel
Le problème est que pour les dirigeants européens, un accord de paix [aux conditions russes] représenterait une défaite catastrophique. Après avoir passé des années à présenter l’Ukraine comme un élément central et essentiel de la famille de l’OTAN, un tel accord confirmerait que les efforts européens ont échoué, malgré des années à affirmer que les milliards investis dans la guerre finiront par aboutir.
Préoccupation stratégique fondamentale de la Russie
La neutralité ukrainienne va bien au-delà du rejet par l’Ukraine de son adhésion au bloc militaire.
Pour la Russie, le conflit ukrainien – et maintenant la guerre à grande échelle – a toujours consisté à nier le droit que s’octroie l’Occident d’imposer sa volonté par la force et la pression économique. Plus précisément, il s’agit d’empêcher l’expansion de l’OTAN jusqu’à la frontière russe, confirmant la position mainte fois répétée par la Russie qu’une telle expansion était inacceptable.
Beaucoup soutiennent que la Russie n’a pas le droit de décider quel pays peut ou ne peut pas rejoindre l’OTAN. Strictement parlant, c’est correct. Cependant, la Russie a le droit, en tant que nation souveraine, de déterminer ce qui constitue ses intérêts stratégiques fondamentaux.
Elle a décidé il y a des décennies que l’expansion de l’OTAN allait directement à l’encontre de ces intérêts et qu’elle serait prêt à se battre pour l’empêcher.
Bien entendu, l’Ukraine a également le droit souverain de choisir ses alliances, bien que la relation de la plupart des Ukrainiens avec l’OTAN ait été, au mieux, ambivalente. Même si chaque Ukrainien avait considéré l’adhésion à l’OTAN comme une priorité absolue – une situation qui n’a jamais existé – les préoccupations de sécurité de la Russie demeurent.
L’exigence de solutions négociées
La seule voie à suivre dans ces circonstances aurait été que l’Ukraine et la Russie négocient une résolution qui réponde aux préoccupations des deux parties, comme l’exige la Charte des Nations Unies. Sur cette base, la Russie et l’Ukraine ont eu des entretiens sur les aspirations de l’Ukraine à intégrer l’OTAN à plusieurs reprises après l’arrivée au pouvoir de Poutine. À chaque fois, la Russie a exprimé ses fortes objections.
Lorsque le président Poutine a rencontré le président ukrainien Iouchtchenko en février 2008, il a décrit l’escalade militaire potentielle entre la Russie et l’Ukraine dans le cadre d’un scénario d’adhésion à l’OTAN comme “horrible à dire et terrifiante à envisager”.
Puis les aspirations de l’Ukraine à intégrer l’OTAN ont en grande partie disparu sous la présidence de Ianoukovitch.
L’expansion de l’OTAN fut principalement motivée par les puissances occidentales, surtout les États-Unis, ce qui signifie que ce que l’Ukraine voulait ou ne voulait pas était largement accessoire. Même le président Porochenko fut initialement très prudent quant à l’adhésion à l’OTAN, notant qu’une majorité de citoyens ukrainiens n’y était pas favorable. Il n’a d’ailleurs pas mentionné l’OTAN lors de son discours d’investiture.
Ce n’est qu’à la fin du mois de novembre 2014 – près de trois mois après avoir assisté au sommet de l’OTAN au Pays de Galles et avec sa campagne militaire dans le Donbass qui s’est retournée contre lui et a entraîné la Russie plus profondément dans la lutte – qu’il a déclaré que l’Ukraine “allait reprendre de manière décisive son cours politique d’intégration dans le système de sécurité euro-atlantique”.
Un mois plus tard, Porochenko promulguait l’abrogation du statut de pays non-aligné de l’Ukraine, mettant en branle un programme de cinq à six ans pour que l’Ukraine respecte les normes de l’OTAN et promettant un référendum sur l’adhésion.
Zelensky a été élu en 2019 sur la promesse de ramener la paix avec la Russie. Il a également indiqué que toute future candidature à l’adhésion à l’OTAN nécessiterait un référendum.
À ce jour, aucun vote n’a jamais été soumis au peuple ukrainien sur l’adhésion à l’OTAN, bien qu’une majorité significative de la population restante en Ukraine inoccupée la soutiendrait probablement aujourd’hui.
L’abandon de la diplomatie bilatérale
Avant 2014, l’Ukraine et la Russie avaient régulièrement cherché à résoudre leurs différends par le dialogue et la diplomatie. À partir de 2014, cependant, l’Occident a adopté l’idée que tant qu’il pouvait soutenir un leadership en Ukraine favorable à l’intégration à l’OTAN, les préférences du peuple ukrainien ordinaire devenaient secondaires. Cette position est restée inchangée depuis.
En ce sens, l’Ukraine a effectivement subordonné son droit souverain en faveur des intérêts stratégiques occidentaux. Alors que l’Ukraine conserve l’apparence d’un président démocratiquement élu — bien que Zelensky n’ait pas été confronté à une élection depuis plus de sept ans — les dirigeants ukrainiens élus doivent suivre la directive occidentale sur la question spécifique de l’OTAN.
Même si l’on accepte la proposition selon laquelle l’Ukraine est une nation pleinement souveraine faisant des choix indépendamment de l’influence occidentale, elle n’a pas, depuis 2014, été autorisée à régler son désaccord avec la Russie par le dialogue et la diplomatie. La stratégie des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Europe a consisté à nier que la Russie ait légitimement son mot à dire en la matière et à exiger qu’elle recule sans condition.
Cette approche nie que les préoccupations de la Russie concernant l’expansion de l’OTAN – exprimées de manière cohérente tout au long de la présidence de Poutine – aient une quelconque légitimité. Elle nie également la validité de l’argument selon lequel l’expansion de l’OTAN a intensifié les tensions et finalement contribué à la guerre.
Le cadre des Nations Unies et de “l’Ordre fondé sur des règles”
Aucun pays ne peut retirer à la Russie le droit de protéger ses intérêts. La Charte des Nations Unies appelle à plusieurs reprises les États à régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques de manière à ce que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas menacées.
La stratégie de l’Occident a été de nier le droit souverain de la Russie d’exprimer ses préoccupations et de résoudre ces préoccupations par la diplomatie. Ce faisant, l’Occident a choisi d’agir en dehors de l’esprit de la Charte des Nations Unies, subordonnant les intérêts souverains de l’Ukraine et de la Russie afin de faire progresser l’expansion de l’OTAN.
L’OTAN ne jouit pas d’un statut juridique d’État. Il s’agit d’un ensemble d’États souverains qui ont choisi d’aligner leurs intérêts nationaux sur l’institution comme condition d’adhésion. À l’instar des institutions de l’UE, l’OTAN est une entité bureaucratique qui a son propre intérêt institutionnel pour sa survie et sa croissance et dont le dirigeant ne fait l’objet d’aucun vote public. Elle ne possède pas de souveraineté.
Pourtant, elle a acquis ou assumé la souveraineté de ses membres. Sa politique a effectivement permis aux États membres de faire pression sur la Russie pour qu’elle accepte leur objectif collectif d’expansion en Ukraine malgré les objections expressément formulées par la Russie.
L’OTAN s’est placée dans une position analogue à celle de l’ONU pour fixer les règles du jeu. Contrairement à l’ONU cependant, l’OTAN ne dispose d’aucun mécanisme dédié à la résolution pacifique des différends avec les nations qui sont fondamentalement en désaccord avec son objectif ou ses plans d’expansion.
Le système juridique international construit sur l’ONU a donc été mis de côté au profit de ce que les puissances occidentales décrivent comme « l’ordre international fondé sur des règles » ; une phrase qui, dans la pratique, signifie souvent « nos règles, pas les vôtres ». Pour mémoire, je n’avais jamais entendu l’expression “ordre international fondé sur des règles” utilisée au Ministère britannique des Affaires étrangères avant le début de la crise ukrainienne. Ce slogan est apparu comme une phrase confectionnée dans un nouveau lexique pour décrire les règles auxquelles les autres États devraient obéir.
La nature de la guerre
La guerre en Ukraine n’a jamais été principalement une question de conquête territoriale. Elle est surtout une bataille entre deux systèmes : un système onusien favorisé par la Russie dans lequel les différends doivent être traités par la diplomatie, et un système centré sur l’OTAN dans lequel la Russie n’a pas eu son mot à dire et devait accepter les conditions de l’OTAN. À cet égard, la Russie ne considère pas l’actuel président de l’Ukraine comme un acteur indépendant, mais plutôt comme la figure de proue d’un système aligné sur l’OTAN – quelqu’un élu sur un programme de paix mais qui s’est par la suite aligné sur les préférences occidentales, contre les intérêts des citoyens qui l’ont élu au pouvoir, et qui n’ont plus le droit de vote à cause de la guerre.
Il est peu contesté qu’au départ, l’objectif de la Russie était de renverser le gouvernement Zelensky et d’en installer un qui adopterait une posture moins conflictuelle envers la Russie. Cette tentative a échoué, enfermant les deux camps dans plus de quatre ans d’une guerre sanglante au cours de laquelle la ligne de front n’a évolué que lentement.
Ce serait néanmoins une erreur de décrire la guerre comme une guerre de conquête territoriale, même si l’effondrement du projet d’Accord d’Istanbul, en avril 2022, a conduit la Russie à revendiquer quatre oblasts supplémentaires.
Pour la Russie, la guerre est devenue une lutte existentielle pour empêcher l’expansion du bloc de l’OTAN à ses frontières et pour résister à l’imposition d’un système de pouvoir qui va à l’encontre du cadre de l’ONU.
Le caractère de l’OTAN et la dynamique d’escalade
L’OTAN est un bloc militaire créé à l’origine pour contrer l’Union soviétique. Aujourd’hui, son objectif principal reste la Russie – la seule grande puissance militaire qui borde directement l’alliance. L’affirmation selon laquelle l’OTAN est purement défensive devient difficile à soutenir si l’on considère qu’elle représente environ 53% des dépenses mondiales de défense, un pourcentage qui augmentera considérablement à mesure que les nations européennes se réarmeront. Au cours de la prochaine décennie, l’OTAN pourrait représenter les deux tiers des dépenses mondiales de défense.
Et pourtant, elle prétend être une alliance défensive. La crise ukrainienne a commencé parce que la Russie a vu que l’OTAN cherchait à déterminer qui gouvernait l’Ukraine en interférant dans son système politique et en soutenant un changement de gouvernement qui installait un régime favorable à l’OTAN.
En 2014, la Russie a réagi en annexant la Crimée – en partie pour sécuriser sa base navale sur la mer Noire à Sébastopol – et en soutenant les séparatistes du Donbass. Cela a permis aux dirigeants occidentaux de renforcer le récit selon lequel l’OTAN devait se renforcer face à une Russie revancharde.
L’annexion de la Crimée a été présentée, par la Russie, à la fois comme une mesure défensive et une correction de la décision administrative de l’ère soviétique de transférer la péninsule à l’Ukraine. Avant 2014, il y a peu d’indices montrant que la Russie ait eu des desseins impériaux actifs sur la Crimée, que les citoyens russes pouvaient visiter sans visa.
Pendant des années, la Russie a fourni un soutien militaire aux séparatistes du Donbass en réponse aux opérations militaires ukrainiennes, pour protéger la population russophone. Il y a peu de preuves, cependant, que la Russie ait sérieusement envisagé d’absorber la région jusqu’au moment où la guerre à grande échelle a commencé.
Le point clé est que chaque escalade a permis aux dirigeants et commentateurs occidentaux de renforcer le récit selon lequel l’Ukraine avait besoin de protection contre la Russie et que la meilleure forme de protection était son adhésion à l’OTAN. Cela a créé un cycle d’auto-renforcement dans lequel les deux parties attribuent chaque détérioration à l’autre, tandis que l’absence de dialogue entre la Russie et l’OTAN empêche toute résolution significative des différends.
Pourquoi le conflit n’est toujours pas résolu
La guerre en Ukraine n’est actuellement pas résolvable par les mécanismes existants. La Russie n’abandonnera pas ses objections à l’élargissement de l’OTAN. L’OTAN continue de soutenir que l’expansion est le seul moyen fiable de protéger l’Ukraine. Les dirigeants ukrainiens amplifient la position de l’OTAN et montrent peu d’intérêt pour un dialogue réaliste avec la Russie.
Les dirigeants occidentaux continuent d’appeler la Russie à adopter un cessez-le-feu.
Et pourtant, un cessez-le-feu seul ne sera jamais acceptable pour la Russie car, s’il mettrait fin aux combats, il laisserait sans solution la préoccupation sous-jacente de l’expansion de l’OTAN tandis que l’Ukraine se réarmera et cherchera à s’intégrer plus profondément dans une Europe militarisée.
Enfermé dans un cycle narratif de l’OTAN
Pour l’instant, la guerre reste enfermée dans un cycle narratif dirigé par l’OTAN qui empêche toute possibilité de résolution par des moyens pacifiques. L’un des plus grands arguments narratifs est que Poutine ne veut pas la paix et que, par conséquent, nous devrions éviter toute diplomatie avec lui car il ne servirait à rien de parler à quelqu’un qui ne veut pas la paix.
Cependant, c’est un mensonge pur et simple. De plus, la paix ne sera possible que par la diplomatie. Nier la diplomatie, c’est donc nier la possibilité de la paix. Comme la paix exigerait de tenir compte de la cause sous-jacente de cette guerre – le rôle de l’OTAN en tant qu’agent déstabilisateur – mais que peu de dirigeants européens sont prêt à accepter une quelconque concession par l’OTAN, alors la meilleure excuse est de dire que Poutine ne veut pas la paix.
Cependant, les conditions de Poutine pour la paix ont toujours été claires : neutralité ukrainienne, reconnaissance des réalités actuelles au Donbass et droits linguistiques. Il n’y a aucune preuve à l’appui de l’allégation selon laquelle il rejetterait la diplomatie avec les dirigeants européens. Poutine a bien engagé des pourparlers de paix directs avec Donald Trump en Alaska et ils se sont parlé au téléphone à plusieurs reprises. Malgré cela, les dirigeants de l’OTAN et de l’Europe ont répété à maintes reprises qu’ils ne voyaient aucun intérêt à engager des pourparlers directs avec Poutine parce qu’il ne veut pas la paix.
Pourtant, Poutine a toujours dit qu’il était prêt à entamer des négociations directes. Zelensky a fait plusieurs efforts performatifs pour suggérer des pourparlers de paix, mais pas d’une manière qui suggérerait qu’il est prêt à aller jusqu’au bout.
Par exemple, sa récente lettre a entassé insulte après insulte sur Poutine avant de demander une rencontre avec lui. Zelensky a été l’un des plus virulents à dire que Poutine devrait être forcé à négocier, même si Poutine a toujours dit qu’il était prêt à négocier, mais sans y être forcé.
Il ne peut donc y avoir de paix sans diplomatie, et il est clair que l’OTAN et les dirigeants européens ont rejeté la diplomatie parce que cela nécessiterait de prendre en compte les facteurs sous-jacents de cette guerre.
Prétendre que la Russie est en train de perdre comme moyen pour éviter la diplomatie
Cela nous amène aux dirigeants européens qui claironnent des signes de succès dans la stratégie occidentale, en particulier la preuve que la Russie commence à perdre et finira par perdre. Aucune de ces stratégies de communication ne repose sur une réalité, mais elles aident à maintenir la position d’absence de diplomatie.
La première affirmation médiatique est que l’Ukraine est en train de renverser la vapeur sur le champ de bataille. Rien ne suggère que cela soit vrai. Même l’ancien chef d’État-major de la Défense ukrainien, aujourd’hui ambassadeur à Londres, Valerii Zaluzhnyi, a récemment admis que la guerre était bloquée dans une phase d’attrition, et dépendra du pays qui aura le plus de résilience – dans des circonstances où la Russie a plus de troupes, plus d’argent, plus d’énergie, et une base industrielle solide pour soutenir la guerre.
L’Ukraine connaît une pénurie chronique de main-d’œuvre et recrute ses citoyens de manière de plus en plus violente. Elle est totalement dépendante de l’Occident pour son aide financière et pour une partie importante de ses besoins militaires. Elle est dépendante de l’énergie et une grande partie de son industrie lourde a été dégradée. Au mieux, la guerre est coincée dans un goulot étranglement dans lequel la Russie, ne voulant pas engager plus de troupes par une mobilisation générale, cherche à saigner l’Ukraine à sec d’hommes et à saigner l’Europe à sec des moyens économiques de soutenir la guerre.
L’Ukraine ne gagnera pas sur le champ de bataille et la plupart des gens, y compris beaucoup maintenant en Ukraine, l’acceptent. Et pourtant, les médias occidentaux traditionnels continuent de colporter cette ligne régulièrement.
La deuxième affirmation est que l’économie russe est sur le point d’imploser. Encore une fois, rien ne suggère que c’est vrai. La Russie a sans aucun doute souffert de problèmes d’approvisionnement en carburant dus aux frappes ukrainiennes sur son infrastructure de raffinage du pétrole. Cela cause des désagréments à la population et affecte les opinions des Russes sur la guerre. Cependant, ce n’est pas la même chose que de suggérer que l’économie russe est en difficulté. Elle enregistre encore d’importants excédents d’exportation, n’a pratiquement pas de chômage, une industrie fonctionnant à pleine capacité et d’importantes réserves financières d’or pour gérer les chocs externes.
L’Ukraine, en revanche, est devenue un État économiquement défaillant, totalement dépendant du soutien occidental à un moment où l’Europe elle-même est en déclin industriel et économique.
À cela s’ajoute l’appel répété à davantage de sanctions contre la Russie pour aggraver la douleur économique. Comme je l’ai dit d’innombrables fois, l’Occident a depuis longtemps dépassé le point de diminution des rendements marginaux des sanctions. Chaque nouveau paquet ne sert désormais qu’à durcir la détermination de Poutine et à empêcher la possibilité d’un compromis de la part de la Russie.
À cet égard, Zelensky appelle maintenant à des frappes de missiles profondes à l’intérieur de la Russie au lieu des sanctions conçues pour forcer Poutine à s’asseoir à la table des négociations. Des frappes profondes à l’intérieur de la Russie ne feront que précipiter une réponse égale ou plus lourde de la partie russe – un autre point concédé par Zaluzhnyi – que l’Occident utilisera ensuite comme une preuve que Poutine ne veut pas la paix et que nous ne devrions donc pas nous engager dans la diplomatie avec lui.
Partant du principe que les dirigeants européens refusent de s’engager dans la diplomatie, il est malhonnête de parler de forcer Poutine à une table de négociation qui n’existe manifestement pas. Encore une fois, il s’agit d’une autre ligne médiatique pour empêcher la possibilité d’un dialogue direct.
L’affirmation selon laquelle la Russie attaquera ensuite l’Europe
C’est encore un autre argument médiatique fait pour soutenir des intrants massifs d’argent dans le complexe industriel de défense européen et ukrainien au détriment du développement économique productif et des dépenses sociales dans ces pays.
Il est clairement absurde de suggérer qu’après avoir mené une lente guerre d’usure en Ukraine pendant quatre ans et demi, la Russie aurait, d’une manière ou d’une autre, le désir et les ressources d’attaquer ensuite l’Europe.
Premièrement, cela suppose que la Russie puisse subjuguer l’ensemble de l’Ukraine afin qu’elle n’ait pas à se battre sur deux fronts distincts, ce qui est évidemment irréaliste compte tenu des progrès réalisés jusqu’à présent dans le Donbass.
Tout aussi important, cela déplace la conversation sur l’argument que la Russie est une puissance impérialiste déterminée à conquérir et éloigne la conversation de la cause profonde de la guerre en Ukraine, qui est l’OTAN elle-même. La Russie a combattu l’Ukraine précisément pour éviter d’avoir l’OTAN à sa porte. Pourquoi alors attaquer directement le plus grand bloc militaire du monde avec lequel elle veut tant garder ses distances ?
L’affirmation selon laquelle le peuple russe se retourne contre Poutine
Enfin, il y a l’affirmation selon laquelle le peuple russe est en train de se retourner contre Poutine et l’expulsera bientôt du pouvoir, alors nous devons maintenir la pression. Pendant longtemps, la politique occidentale s’est attachée à la tactique de “faire bouillir la grenouille”, dans laquelle une pression sans cesse croissante sur Poutine finira par précipiter une sorte d’effondrement de son règne et inaugurera un changement de pouvoir plus favorable à de bonnes relations avec l’Occident.
Même s’il n’y a aucune preuve qu’une victoire militaire directe puisse être assurée contre la Russie par l’Ukraine combattant seule, prétendre que la légitimité de Poutine est en train de s’effondrer bloque tout intérêt à un dialogue direct, car si Poutine sera bientôt hors-jeu alors attendons simplement qu’il soit parti.
L’aspect le plus troublant de cet argument est son hypothèse selon laquelle tout futur remplaçant de Poutine serait plus favorable à l’Occident. Premièrement, il y a aucune preuve que Poutine veuille vivre dans un état d’hostilité permanent avec l’Europe. Il a été remarquablement prudent dans sa poursuite de la guerre. Militairement, il aurait pu gravir plusieurs échelons, notamment par des frappes en Europe ou l’utilisation d’armes nucléaires tactiques, qu’il a activement évitées.
J’estime que malgré de nombreux partisans de la ligne dure en Russie appelant à une escalade plus marquée, Poutine est motivé par le désir de normaliser un jour les relations avec l’Europe et souhaite éviter tout ce qui creuserait encore plus un fossé déjà béant entre la Russie et l’Occident.
Mais le fait est qu’il est profondément erroné de croire que tout changement futur de leadership en Russie entrainera un changement d’avis de la Russie sur sa perception que l’OTAN est une menace. Un effondrement du régime de Poutine, suppose-t-on, inaugurera l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et donnera l’impression que l’Occident a finalement prévalu.
Pourtant, il est incroyablement insensé de croire que, compte tenu du cout financier et des centaines de milliers de vies russes perdues en Ukraine, un futur dirigeant russe ne résisterait pas aussi farouchement, sinon plus, à l’expansion de l’OTAN. Il y a une présomption de libéralisme dans cette vision occidentale – qu’un futur dirigeant russe pourrait être plus modéré. La réalité est qu’ils pourraient adopter une ligne beaucoup plus dure.
Résumé de la stratégie narrative
En résumé, le battage médiatique constant occidental sur la poursuite de la guerre en Ukraine vise à empêcher toute possibilité de dialogue direct avec la Russie dans l’intérêt de la paix. Dans des circonstances où la guerre est fonctionnellement dans une impasse, la Russie détenant les atouts stratégiques pour attendre, cela nous laisse dans la position de n’avoir aucun moyen de sortir de cette guerre.
La position politique occidentale signifie que les pays européens ont subordonné leur souveraineté à des organes supranationaux, sous la forme de l’OTAN et de l’UE, et qu’ils sont incapables de sortir de l’impasse voulue par ces organisations, qui sont dirigées par des fonctionnaires non élus avec un pouvoir démesuré de décision politique.
L’ironie est que la base sous-jacente de la guerre est et reste l’affirmation de la Russie selon laquelle l’expansion de l’OTAN menaçait la souveraineté russe.
Donc, pour en revenir au début de la discussion, l’OTAN n’a pas seulement supplanté l’ONU en décidant des règles que la Russie devrait accepter sans condition, elle s’est accaparée la souveraineté de ses États membres pour empêcher les types de dialogue bilatéral entre États prévus par la Charte des Nations Unies.
Le moyen évident de mettre fin à la guerre serait de dissoudre l’OTAN et de revenir aux normes d’engagement diplomatique définies par l’ONU. Mais cela n’arrivera tout simplement pas parce que l’OTAN elle-même a le pouvoir de rassembler la souveraineté de ses membres autour d’une raison d’être qu’une bureaucratie, plutôt que des élus, décide.
Même si je crois que la suppression de l’OTAN supprimerait le problème, je juge que ce sera pratiquement et politiquement impossible dans l’Europe moderne avec les dirigeants globalistes que nous avons aux commandes, au niveau national et supranational.
Comment la guerre se terminera-t-elle ?
À ce jour, il n’y a pas de voie fonctionnelle pour sortir de la guerre en Ukraine. Les dirigeants occidentaux se sont enfermés dans un soutien à Zelensky, quoi qu’il en coute, et Poutine ne veut pas reculer. Il y a une résistance absolue à un règlement diplomatique et une victoire militaire pure et simple semble improbable.
La Russie cherchera probablement à prendre le reste du Donbass, bien que cela puisse prendre encore un certain temps. Il y a une possibilité, s’il n’y a pas de changement du côté européen, que la Russie cherche même à occuper Odessa, éventuellement. Mais cela prendrait encore beaucoup plus de temps. Il est loin d’être évident que l’Occident changerait son approche narrative, même si la Russie faisait de nouvelles avancées. La réponse serait presque certainement que la lenteur des progrès de la Russie sera interprétée comme un signe de sa faiblesse et de la force de la détermination ukrainienne et européenne.
Et des gains encore plus importants de la Russie pourraient ne pas permettre une issue négociée si Zelensky et les dirigeants européens continuaient de refuser de s’engager.
Nous risquons donc littéralement d’être dans une guerre sans fin dans laquelle peu de progrès militaires seront réalisés, à un coût énorme pour la Russie, l’Ukraine et l’Europe, en hommes et en matériel, mais sans les moyens diplomatiques d’en sortir.
C’est pourquoi je considère que la guerre ne pourra se terminer que par une résistance populaire à celle-ci, et non par des mouvements politiques des dirigeants occidentaux ou par une victoire militaire décisive. Le plus gros point de faiblesse sera en Ukraine même, avec une lassitude de guerre désormais lourde et une rébellion croissante contre les tactiques brutales de recrutement forcé employées pour consolider la situation précaire des effectifs militaires du pays. Je prédis donc un événement venant de l’intérieur de l’Ukraine, soit l’assassinat de Zelensky – qui passe maintenant délibérément une grande partie de son temps à l’extérieur du pays – soit, plus probablement, un coup d’État interne.
Un coup d’État pourrait avoir lieu à la suite d’un soulèvement populaire contre la poursuite de la guerre et la longue période de Zelensky au pouvoir. Ou ça pourrait être un coup d’État de palais. Il y a des risques de prise de contrôle ultranationaliste de l’État ukrainien. Mais étant donné les allégations selon lesquelles les ethno-nationalistes ukrainiens ont un rôle démesuré dans la politique de guerre, j’estime que les pragmatiques de l’élite politique ukrainienne chercheront à l’évincer, très probablement par le biais d’une destitution sur fond de scandales de corruption.
Du côté européen, je vois des troubles populaires au sujet de la politique de guerre des institutions de l’UE et de l’OTAN conduisant à un changement politique sismique dans les principales puissances – la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Il y aura une campagne médiatique concertée pour empêcher les victoires de l’AfD, du Rassemblement national et de la Réforme, même si je considère que celles-ci s’avéreront finalement infructueuses.
Un sous-produit majeur de la guerre en Ukraine a été de supprimer les droits des citoyens ordinaires de choisir leur avenir. Cela pourrait à terme conduire à une lente érosion de l’OTAN et de l’UE.
Mais en supposant que Zelensky n’ait pas été démis de ses fonctions d’ici 2027, je prédis que l’effondrement du soutien occidental à la guerre éternelle en Ukraine commencera à s’effriter après l’élection présidentielle française, que Marine Le Pen est considérée comme bien placée pour gagner. La France sous Le Pen ne voudra pas que l’Ukraine rejoigne l’UE en raison de la perte d’avantages financiers pour la France qui en résulterait. Je prédis qu’elle ne voudra pas prolonger davantage la guerre en Ukraine étant donné le coût économique indirect important pour la France du déclin de l’Europe que cette guerre a précipité.
Il y aura une énorme campagne juridique et médiatique pour empêcher Le Pen de gagner, tout comme il y aura une campagne similaire en Allemagne en 2029.
Même en Grande-Bretagne, les élites politiques cherchent déjà à défaire le vote sur le Brexit et à nous ramener dans la structure supranationale belliciste de l’Europe.
Mais la simple vérité est la suivante, la seule façon de mettre fin à la guerre en Ukraine est de se débarrasser de Zelensky et des élites globalistes de Londres, Berlin, Bruxelles et Paris.
Je ne vois aucun autre moyen fonctionnel de mettre fin à la guerre en Ukraine, du fait que l’OTAN et l’UE ont volé la souveraineté de leurs membres, refusent de parler à la Russie et voient que peu de leurs citoyens sont intéressés à faire la paix.
Ian Proud
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.