Rencontrez l’ancien blogueur de mode et un médecin bien louche qui sont derrière l’opération psychologique « 30 000 morts en Iran »


Par Wyatt Reed et Max Blumenthal – Le 2 février 2026 – Source The Grayzone

L’affirmation de “30 000 tués“ au cours de deux jours de manifestations et d’émeutes à travers l’Iran semble reposer en grande partie sur une seule source anonyme, qui a admis avoir extrapolé ce chiffre en supposant sans preuve que “les décès officiellement enregistrés liés à la répression représentent probablement moins de 10% du nombre réel de décès.”

Cette citation a été attribuée par le Guardian à un prétendu médecin dont le journal a refusé de publier le vrai nom, mais dont il prétend avoir vérifié l’identité.

Originaire du magazine TIME du 25 janvier, le douteux chiffre de « 30 000 » a été rapidement amplifiée par le Guardian, un média clé de la respectabilité londonienne libérale de gauche. À partir de là, les responsables européens se sont emparés de ce nombre de morts pour justifier la désignation du CGRI iranien comme organisation terroriste – donnant essentiellement le feu vert à une autre attaque militaire américano-israélienne contre l’Iran.

L’auteur de l’article du Guardian est une ancienne blogueuse de mode nommée Deepa Parent, qui est devenue la source incontournable du journal pour la propagande de guerre visant l’Iran, produisant plus d’une douzaine d’articles pour le Guardian qui ont formé le récit d’un changement de régime en Iran depuis que de violentes émeutes ont englouti le pays, les 8 et 9 janvier.

Parent est devenu le visage des attaques du Guardian contre l’Iran bien qu’elle n’ait aucun lien apparent avec le pays et qu’elle ne semble pas en parler la langue. Le farsi ne figure pas parmi la demi-douzaine de langues qu’elle prétend maitriser ou parler à titre professionnel.

Avant d’adopter le nom de famille Parent vers 2019, la journaliste incontournable du Guardian au sujet de l’Iran écrivait sous le nom de Deepa Kalukuri. Sa production journalistique se limitait en grande partie aux critiques de mode dans les médias indiens. Un article typique publié dans le magazine indien Just For Women en 2016 titrait “Samantha se fixe de sérieux objectifs en matière de mode ! Vérifiez-les !

Quoi de mieux qu’une petite robe noire pour une soirée le week-end ? Samantha associe son LBD à ces talons aiguilles tueurs ! On adore ça !!! Passez un week-end à suivre la mode !!!!

Ailleurs, dans un article informant les ménagères indiennes que « comprendre les actions n’est pas [aussi] difficile que le suggèrent les infos”, elle y expliquait qu’investir était en fait assez simple : “comme jouer à un jeu vidéo, mais votre batman préféré est remplacé par ce courtier en valeurs mobilières qui vous donne les bons conseils pour investir quand la cloche sonne.”

Publié par le Guardian, parrainé par Omidyar

Lorsque les manifestations “Femmes, Vie, Liberté“ ont débuté en septembre 2022 à la suite du décès d’une jeune femme détenue en Iran, l’improbable Parent s’est soudainement matérialisée en tant que femme de référence du Guardian au sujet des troubles civiques dans une nation avec laquelle elle n’avait aucune expérience professionnelle ou personnelle apparente.

Une grande partie du travail de Parent à la soi-disant section “Droits et liberté” du Guardian a été financée par une ONG appelée Humanity United, qui a été fondée par le milliardaire de la technologie Pierre Omidyar et sa femme, Pam.

Comme l’a rapporté The Grayzone, Omidyar s’est associé à des agences de renseignement américaines comme l’USAID et le National Endowment for Democracy pour promouvoir des changements de régime, de l’Ukraine aux Philippines, tout en faisant progresser divers efforts de “contre-désinformation” visant à supprimer les points de vue anti-establishment.

Un canal pour les militants pro-guerre pour le changement de régime à Téhéran

Alors que la violence en Iran continue de faire la une des journaux, Parent a presque admis fonctionner comme un canal pour les militants du changement de régime soutenus par l’étranger en Iran. Le 30 janvier, elle s’est rendue sur Twitter/X pour annoncer qu’elle avait reçu la “permission” de publier un message d’un “étudiant” à Téhéran qui déclarait : “Nous nous préparons tous à descendre dans la rue et à nous emparer de centres importants dès que l’Amérique attaquera.”

En 2025, après que l’Iran et Israël ont conclu un cessez-le-feu à la suite de la guerre de 12 jours initiée par Israël, Parent a annoncé qu’elle avait reçu la permission d’une autre source anonyme de partager “un premier message et une réaction” de Téhéran. La source déplorait que la guerre d’Israël contre l’Iran ait pris fin : “C’est la pire chose qu’ils puissent faire. S’ils font cela, la République islamique rendra la vie infernale au peuple iranien.”

Nous n’avons besoin de convaincre personne“ avec des preuves réelles

Alors que des observateurs critiques commençaient à suggérer que le bilan de 30 000 morts était probablement gonflé, Parent s’est rendue sur les réseaux sociaux pour déclarer qu’en dépit d’être journaliste, elle n’était pas obligée de prouver les affirmations qu’elle avait imprimées. La seule chose qui importait, a-t-elle insisté, était que les “décideurs” soient incités à agir.

Nous n’avons besoin de convaincre personne du massacre perpétré par la République islamique sur des civils innocents en Iran”, a-t-elle écrit, car “les décideurs ne voient pas les tweets publiés par des trolls, ils voient des comptes et des rapports vérifiés”. Elle admet donc ainsi que sa production visait à manipuler les représentants du gouvernement occidental, pas informer ses lecteurs.

Le lendemain, cependant, Parent a apparemment changé d’avis et a retransmis les dires d’un “médecin anonyme” qui, selon elle, confirmait le chiffre. Cette personne, que Parent désigne par le pseudonyme « Dr Ahmadi« , avait en quelque sorte ”rassemblé un réseau de plus de 80 professionnels de la santé dans 12 des 31 provinces iraniennes pour partager des observations et des données“, a-t-elle insisté. Comme par hasard, le nombre calculé par ce réseau obscur coïncidait parfaitement avec l’estimation avancée par un agent monarchiste iranien en Allemagne qui était la seule source du chiffre de 30 000 morts.

Le “gros mensonge

Depuis que le magazine TIME a publié son article du 25 janvier affirmant sans preuves claires que l’Iran avait tué 30 000 manifestants en deux jours, ce chiffre est devenu un article de foi parmi les militants du changement de régime et leurs soutiens journalistiques. Co-écrit par un collaborateur persan du Times of Israel, Kay Armin Serjoie, les données douteuses de l’article du TIME se sont répercutées dans tous les médias grand public. TIME a affirmé avoir reçu ce chiffre de “deux hauts fonctionnaires du ministère [iranien] de la Santé.

Bien que le média ait admis qu’il ne pouvait pas vérifier le chiffre, TIME a affirmé avoir confirmé le nombre de morts en insistant sur le fait qu’il “correspond à peu près” à un décompte préparé par un chirurgien ophtalmologiste allemand nommé Amir Parasta.

TIME n’a cependant pas informé ses lecteurs qu’Amir Parasta est une source désespérément compromise. En effet, Parasta est un proche collaborateur et lobbyiste du soi-disant “prince héritier Reza Pahlavi, le fils du Shah déchu d’Iran. Basé à Potomac, Maryland, Pahlavi a exhorté les Iraniens à commettre des actes de violence dans tout leur pays en janvier. Lorsque cette campagne a échoué, il a réclamé que “n’importe qui” lance un assaut militaire contre le pays qu’il a quitté jeune garçon avec des millions de dollars de richesses volées.

Parasta est ouvertement conseiller du NUFDI, le principal groupe de lobbying basé aux États-Unis qui œuvre pour réaliser le rêve de Pahlavi de se rétablir, lui et sa famille, en tant que monarques iraniens.

Pour sa part, le gouvernement iranien a rejeté le chiffre de 30 000 comme étant un “gros mensonge à la Hitler”, utilisant le récit d’un « meurtre de masse » en Iran dans le cadre d’une campagne menée par les États-Unis et Israël pour fabriquer le consentement au changement de régime.

Dans une grande partie du monde occidental, le « gros mensonge » semble fonctionner comme prévu. Le 28 janvier, alors que le nouveau nombre de morts présumé était consciencieusement diffusé par les médias grand public, un média européen écrivait qu’il avait été informé que le décompte révisé des corps avait suffi à convaincre l’Italie et l’Espagne d’accepter enfin de sanctionner le CGRI iranien.

La brutalité de ce que nous voyons a amené les ministres et les capitales à reconsidérer leurs positions”, aurait déclaré un diplomate européen anonyme à Euro News.

Le responsable a décrit la décision de l’Italie et de l’Espagne – les deux derniers grands récalcitrants aux sanctions de l’UE contre le CGRI – comme “un signal important envers le gouvernement iranien et une expression de soutien à la diaspora iranienne”, qui, a noté le diplomate, “le demandait depuis longtemps.”

Comme l’a rapporté The Grayzone, les médias grand public se sont appuyés pratiquement exclusivement sur les groupes de la diaspora iranienne étroitement liés au gouvernement américain pour le nombre toujours croissant de morts qu’ils attribuent à Téhéran.

Parent n’est pas différente, citant fréquemment l’une des organisations décrites par The Grayzone, qui opère sous le nom de “Militants des droits de l’homme en Iran.” Le groupe reçoit un financement important de la National Endowment for Democracy, une branche de la CIA créée sous l’administration Reagan pour gérer les efforts secrets de changement de régime de Washington à la place des agences de renseignement américaines discréditées.

Parent s’appuie sur un “vérificateur de faits” financé par le département d’État

Parent s’est appuyée sur une source similaire pour affirmer que l’Iran avait tué “30 000” citoyens lors des troubles de janvier, lorsqu’elle a affirmé que le Guardian avait obtenu des photographies montrant “des corps, avec des blessures par balle tirées à bout portant à la tête, qui avaient été transférés des morgues des hôpitaux alors qu’ils étaient toujours attachés à des cathéters, des sondes nasogastriques ou des sondes endotrachéales“. Bien que Parent ait librement reconnu que le Guardian n’avait “pas vérifié de manière indépendante les photographies”, elle a néanmoins affirmé qu’elles avaient été « vérifiées par [une] organisation iranienne de vérification des faits » connue sous le nom de « Factnameh”.

De son propre aveu, cependant, Factnameh n’est pas iranien. Sur son site Web, Factnameh se décrit comme une filiale de “ASL19, une société privée enregistrée à Toronto, au Canada.”

Plus important encore, Factnameh n’est pas une organisation neutre de vérification des faits, mais plutôt un autre nœud du vaste réseau d’entités parrainées par le gouvernement américain cherchant à destituer le gouvernement iranien. Les archives publiques montrent qu’entre 2022 et 2023 seulement, Factnameh a reçu près de 2,9 millions de dollars du Département d’État américain.

Alors que Parent blanchit son plaidoyer en faveur d’un changement de régime derrière la réputation du Guardian, elle a été plus discrète sur ses opinions sur les réseaux sociaux. Interrogée sur Twitter/X sur la question de savoir si les Iraniens qui ne sont pas d’accord avec leur gouvernement veulent réellement être bombardés par Israël, elle a riposté en disant : “Ils ont choisi d’être libérés de la République islamique mais ils ont déjà été tués par les forces du régime.”

Wyatt Reed et Max Blumenthal

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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