Les meurtres de masse birmans sont soutenus par les Occidentaux


Par Joseph Thomas – Le 31 janvier 2016 – Source New Eastern Outlook

Le Myanmar (ex-Birmanie) est un État d’Asie du Sud-Est récemment devenu l’épicentre d’une crise humanitaire qui prend de l’ampleur. Mais parce que le gouvernement actuel du Myanmar est dirigé par un régime favorisé par les intérêts américains et européens, peu d’attention a été accordée au conflit, et encore moins d’action.

Un article du Guardian du 10 janvier 2017, intitulé « ONU: 65 000 Rohingyas fuient le Myanmar pour se réfugier au Bangladesh suite à la répression », rapporte que:

« Au moins 65 000 Rohingyas venant du Myanmar ont fui vers le Bangladesh – un tiers d’entre eux rien qu’au cours de la dernière semaine – depuis que l’armée exerce une féroce répression dans le nord de l’État de Rakhine. » [Les rohingyas forment une minorité musulmane dans un pays majoritairement bouddhiste, NdT]

Le chiffre, publié par l’ONU, montre une forte escalade du nombre de personnes fuyant cette offensive militaire, que des groupes de défense des droits de l’homme affirment entachée par des abus si graves qu’ils pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Le même article affirme :

« Ces histoires ont jeté une ombre sur le jeune gouvernement d’Aung San Suu Kyi [un autre prix Nobel de la paix bien politisé, NdT], la Malaisie, majoritairement musulmane, étant particulièrement critique. »

Le gouvernement du Myanmar a déclaré que les accusations d’abus sont fausses et a lancé une commission spéciale pour enquêter sur ces allégations.

Cependant, quiconque connaît l’histoire récente du Myanmar et la nature du soutien du gouvernement actuel sait que la tragédie qui se déroule parmi la minorité rohingya était non seulement prévisible mais, avec Aung San Suu Kyi au pouvoir, inévitable.

Aung San Suu Kyi

Le fait que le parti politique de Suu Kyi soit arrivé au pouvoir grâce à une déferlante, sur plusieurs décennies, de soutien financier et politique de la part des États-Unis et de l’Europe, en dépit du fait que les supporteurs de Suu Kyi arborent des objectifs racistes et même génocidaires envers les Rohingyas, rend l’Occident au moins partiellement responsable de la crise actuelle.

Les signes d’avertissement sont visibles depuis des années

Le Guardian relie cette violence contre les Rohingyas à « Wirathu, un moine bouddhiste extrémiste », dans le dernier paragraphe de son article, en donnant aux lecteurs peu d’explication sur le rôle prééminent que Wirathu et ses partisans en robes safran ont joué, à la fois en amenant Suu Kyi au pouvoir et en persécutant les Rohingyas de leur violence génocidaire.

Ces mensonges par omission sont fréquents dans les médias occidentaux et montrent une tentative systématique de dissimuler la véritable nature de Suu Kyi et de ses adeptes. En fait, l’image que les médias occidentaux ont donnée de Suu Kyi, prix Nobel de la paix, et la réalité de la violence de son mouvement politique, sont tellement contradictoires que beaucoup sont incapables d’accepter cette vérité, même lorsque les preuves sont finalement largement exposées.

En 2007, les médias occidentaux ont rapporté avec ferveur ce que l’on appelait la « Révolution de safran », une série de manifestations menées par les alliés politiques de Suu Kyi, dont des milliers de moines portant leurs robes de couleur safran.

Mais ces mêmes groupes d’activistes, y compris diverses « associations » de moines, étaient déjà systématiquement impliqués dans la persécution et la violence contre la minorité rohingya du Myanmar.

Des articles occasionnels, tels qu’un article de The Independent intitulé « Les moines de Birmanie appellent à l’éviction de la communauté musulmane », révèlent que les « bouddhistes extrémistes » du Myanmar et même les groupes activistes célébrés en Occident pour « promouvoir la démocratie » sont impliqués dans la persécution des Rohingyas.

Le rapport précisait :

« Les moines qui ont joué un rôle vital dans la récente lutte pour la démocratie en Birmanie ont été accusés d’alimenter les tensions ethniques dans le pays, en appelant les gens à bannir une communauté musulmane qui a subi des décennies d’abus. »

 « Dans une initiative qui a choqué de nombreux observateurs, certaines organisations de moines ont publié des brochures disant aux gens de ne pas s’associer avec la communauté rohingya. Ils ont bloqué l’aide humanitaire qui leur était destinée. Un dépliant qualifiait les Rohingyas de « cruels par nature» et prétendait avoir « l’intention d’exterminer » d’autres groupes ethniques. »

The Independent admettait également que :

Ko Ko Gyi, un militant démocratique du groupe des Étudiants de la 88e génération et ancien prisonnier politique, a déclaré : «Les Rohingyas ne sont pas un groupe ethnique birman. La cause profonde de la violence […] vient de l’autre côté de la frontière. »[Le Bangladesh, situé à l’ouest du Myanmar NdT]

Il est difficile de discerner ce que les médias occidentaux entendent par « militant démocratique » lorsque ces « militants » font ouvertement preuve de racisme, d’intolérance, de discrimination et provoquent un conflit qui implique à la fois des appels au génocide et des violences visant à commettre ce génocide. Le groupe des Étudiants de la 88e génération a, depuis plusieurs années, pesé sur le conflit rohingya, soutenant les appels à leur refuser la citoyenneté, le droit de vote et même les droits humains fondamentaux.

Le ministre de l’Information birman a été formé par les États-Unis

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont non seulement financé et soutenu le parti politique de Suu Kyi, mais des ministres au sein de son gouvernement ont été formés par des programmes financés par les États-Unis, y compris l’actuel ministre birman de l’Information, Pe Myint.

L’article du Myanmar Times, « Qui est qui : la composition du nouveau cabinet ministériel du Myanmar », fournit les antécédents de Pe Myint, en rapportant (mis en gras par l’auteur) :

 « Ancien médecin titulaire d’un diplôme de l’Institut de médecine, U Pe Myint a changé de carrière après 11 ans d’exercice et a reçu une formation de journaliste à la Indochina Media Memorial Foundation, à Bangkok [Thaïlande, situé sur la frontière est du Myanmar, NdT]. Il a ensuite entrepris une carrière d’écrivain et écrit des dizaines de romans. Il a participé au programme international d’écriture à l’Université de l’Iowa en 1998 et a également été rédacteur en chef du journal The People’s Age. Il est né dans l’État de Rakhine en 1949. »

La Fondation Indochina Media Memorial (IMMF) à Bangkok est gérée par le Club des correspondants étrangers de Thaïlande (FCCT), un groupe de représentants des médias américains et européens. Un document de Wikileaks intitulé « Un aperçu des organisations birmanes du Nord de la Thaïlande », révèle le financement de l’IMMF (mis en gras par l’auteur):

 « D’autres organisations, dont certaines ont une portée qui va au-delà de la Birmanie, proposent aussi d’autres possibilités de formation pour les journalistes birmans. La Fondation basée à Chang Maï [Nord de la Thailande, NdT] Indochina Media Memorial Foundation, par exemple, a fourni l’année dernière des cours de formation pour les journalistes d’Asie du Sud-Est auxquels participaient des Birmans. Les principaux bailleurs de fonds pour les programmes de formation en journalisme dans la région sont la NED, l’Open Society Institute (OSI), et d’autres gouvernements et ONG européennes. »

La NED (National Endowment for Democracy) est financé et dirigé par le Congrès des États-Unis et le Département d’État américain. En substance, le ministre actuel de l’Information du Myanmar et les mensonges que son ministère raconte quotidiennement, en particulier en ce qui concerne la brutalité de son gouvernement envers les Rohingyas, a été rendue possible en partie par le financement et le soutien du gouvernement américain.

Le fait que les médias occidentaux continuent d’éviter de parler de Suu Kyi et du rôle de ses partisans dans la violence contre les Rohingyas, indique que l’appui est toujours là.

Il semble que le sort des Rohingyas ne sera, pour ainsi dire, que davantage utilisé comme outil de marchandage pour accentuer l’influence de l’Occident sur le gouvernement actuel du Myanmar. Alors que les violations des droits de l’homme, réelles ou imaginaires, ont été utilisées pour justifier des guerres entières menées par les forces militaires occidentales dans le monde, de véritables abus au Myanmar sont soigneusement oubliés, pour protéger le gouvernement et sa base de soutien chargée de les exécuter.

Une telle hypocrisie montre que la politique étrangère occidentale est entièrement fondée sur l’opportunisme et l’intérêt personnel, plutôt que sur de réels principes. Souvent, comme c’est le cas au Myanmar, un tel opportunisme et un tel intérêt font que les Occidentaux piétinent les mêmes principes qu’ils prétendent défendre ailleurs.

Joseph Thomas est le rédacteur en chef de la revue géopolitique The New Atlas, basée en Thaïlande.

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone

Au delà de montrer, une fois de plus, l’hypocrisie des droits de l’homme occidentaux, ce texte a peut être aussi bouleversé quelques préjugés sur le pacifisme que de nombreux occidentaux prêtent à la religion bouddhiste. Le terrorisme bouddhiste montre que ce n’est pas une religion particulière, l’islam, ni même les religions en général, qui créent la violence et le terrorisme mais l’être humain dont la perversité mentale arrive à transformer les messages religieux de paix, d’amour et d’harmonie en un alibi pour tuer tout ce qui représente l’Autre, la différence.