Les banques internationales contre les États


Par Valérie Bugault − Avril 2018

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Une analyse de la question monétaire permet d’atteindre très rapidement la question, essentielle, de la souveraineté, elle-même liée à la notion d’État. La privatisation de la monnaie est la cause première de la perte de souveraineté de l’État car celui qui finance est toujours en position de force par rapport à celui qui a besoin d’être financé. Cause première de la dégradation politique, cette privatisation n’est néanmoins pas la seule cause de la déchéance étatique, laquelle répond à une chaîne de causalité de nature institutionnelle.

Nous allons distinguer les deux étapes essentielles de la privatisation de la monnaie (I) avant de considérer pourquoi (II) et comment (III) cette privatisation a pris le contrôle du phénomène politique.

Privatisation de la monnaie

Si l’État a peu à peu perdu toute consistance politique, c’est essentiellement dû à l’accaparement par les orfèvres, à la fois banquiers et commerçants, des richesses au niveau national, puis au niveau international. Cet accaparement s’est fait à la faveur de deux phénomènes : l’installation progressive d’une confusion dans la compréhension du phénomène monétaire et l’instauration du concept de « banque centrale » qui a permis un contrôle, par les banquiers, des masses monétaires en circulation.

La distorsion dans la compréhension du phénomène monétaire est due à la confusion, sinon créée du moins entretenue par les banquiers commerçants, entre l’institution monétaire et le vecteur − matériel ou non − de la monnaie. Alors que la monnaie a été conçue comme une institution politique chargée de favoriser la circulation des biens et services, sa conception a peu à peu dérivé en une conception purement matérialiste consistant à assimiler la fonction monétaire à son vecteur matériel. Cette confusion a été réalisée à la faveur de la conjonction de la pratique quotidienne des orfèvres – qui sont à la fois banquiers et commerçants – et de l’intervention de la papauté laquelle s’est historiquement prononcée contre le droit de seigneuriage des princes et pour une assimilation de la valeur de la monnaie à son poids de métal précieux. Il s’agissait alors de faire passer l’idée selon laquelle la monnaie était, par nature, indépendante du pouvoir politique temporel.

La seconde atteinte au pouvoir politique par les banquiers commerçants a été introduite par l’apparition du phénomène nouveau appelé « banque centrale ». Ces institutions sont nées sous le signe de l’imposture : présentées comme des banques d’État, elles disposaient à ce titre de la garantie de l’État − c’est-à-dire des contribuables de l’État − alors que ses capitaux restaient dans des mains privées. L’appropriation par des intérêts privés est le vice initial du concept de banques centrales. C’est ainsi que la banque d’Angleterre (1694), la Banque de France (1800), la Fed (1913), la Banque des règlements internationaux (BRI/BIS 1930) le système européen de banques centrales (dit SEBC, décidé par le Traité de Maastricht en 1992 et entré en vigueur en 1999) reflètent toutes un désengagement des instances politiques de l’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

Aujourd’hui, la distinction institutionnelle fallacieuse entre gestion monétaire et gestion politique est entrée dans l’inconscient collectif comme une « normalité » ; tout le monde estime normal que les banques centrales soient « indépendantes » du pouvoir politique. Personne ne se pose plus la question de savoir « indépendantes » vis-à-vis de qui et surtout pourquoi ?

Dès que vous évoquez le problème politique généré par l’indépendance de la banque centrale vis-à-vis du gouvernement, les âmes qui se croient éclairées vous répondent immanquablement : souvenez-vous de Weimar ! Mais à la vérité, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même sous domination capitalistique.

Certains rétorqueront que la banque de France a été « nationalisée » mais là encore, il faut s’entendre sur les termes : que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État lui-même entièrement sous dépendance des principaux propriétaires de capitaux… ?

Monnaie, apanage de la souveraineté

Pour avoir les moyens d’exercer sa mission, un gouvernement doit disposer intégralement des moyens monétaires. Ainsi, Napoléon lui-même reconnaissait que « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit ».

Lorsque la gestion monétaire échappe au gouvernement, celui-ci est soumis, par construction, à la volonté de ceux qui détiennent la monnaie, ces derniers pouvant lui imposer des contreparties personnelles ou collectives en échange de son soutien monétaire.

Mais, plus grave, l’histoire nous apprend que ceux qui contrôlent la monnaie prennent aussi le contrôle des institutions étatiques, essentiellement au moyen de la corruption, qu’il est aujourd’hui de bon ton d’appeler « lobbying » et qui domine toute activité législative. Ce phénomène avait été parfaitement anticipé par le premier grand banquier moderne, Mayer Amschel Rothschild (1743 – 1812), qui s’est clairement prononcé comme suit : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une Nation, et je me moque de qui fait les lois ! ».

Il est intéressant de constater que l’accroissement du pouvoir des banquiers commerçants est allé historiquement de pair avec la perte de substance du concept politique et la captation du pouvoir qui l’accompagne par des intérêts privés.

La séparation des pouvoirs et le parlementarisme ont été les éléments institutionnels permettant la future domination du fait économique sur le fait politique

Par souveraineté étatique, il faut entendre, la capacité plénière, pour un État, matérialisé par un gouvernement, de rendre justice, ce qui suppose la maîtrise des lois qui s’appliquent sur son territoire et la capacité d’assurer la sécurité intérieure et extérieure du groupe formé par ses ressortissants. Il faut comprendre qu’un État est, par hypothèse, une émanation institutionnelle de ses ressortissants, une sorte de mandataire chargé de mettre en œuvre, le mieux possible, l’intérêt commun à tous ses habitants.

Ainsi conçu, les représentants de l’État sont « responsables » c’est-à-dire qu’ils peuvent être sanctionnés s’ils sont pris en grave défaut, c’est-à-dire essentiellement s’il est avéré qu’ils n’ont pas mis en œuvre « l’intérêt commun » des ressortissants en privilégiant certains intérêts particuliers au détriment de l’intérêt commun.

Or, depuis l’instauration de la séparation des pouvoirs, assortie du système parlementaire, la situation politique se présente de la manière suivante : le gouvernement est formellement dépourvu de toute autorité politique car le principe de séparation des pouvoirs lui a officiellement retiré les attributs législatif et judiciaire. Il est par ailleurs dépourvu de toute capacité décisionnelle de long terme qui appartient structurellement aux partis politiques et aux hauts fonctionnaires inamovibles.

Le problème politique généré par le principe de « séparation des pouvoirs »

La « séparation des pouvoirs » est, à tort, présentée comme une limitation du pouvoir alors qu’elle est réellement une dissolution du pouvoir politique.

Car le pouvoir politique consiste, par essence, à organiser « la vie de la Cité » ; il ne peut s’entendre que d’un pouvoir capable de rendre la justice (ce qui suppose la maîtrise entière des règles qui s’appliquent sur son territoire) et d’assurer la sécurité de ses ressortissants. Ainsi compris, le pouvoir politique a pour fonction essentielle de gérer les intérêts antagonistes qui peuvent exister dans une société déterminée, dans le sens bien compris de l’intérêt commun à tous ses membres.

La séparation des pouvoirs, en imposant un séquençage du pouvoir entre différents organismes prétendûment indépendants – législatif, exécutif et judiciaire − a opéré une véritable dissolution du pouvoir politique car ce dernier perdait, de facto, les moyens concrets d’exercer le pouvoir souverainement c’est-à-dire en pleine capacité et en pleine responsabilité. Ainsi dissout, le pouvoir devient un ersatz de pouvoir, il est une entité apparente qui a perdu les attributs du véritable pouvoir ; l’État a perdu dans les faits toute autorité sur ses décisions.

Puisque le pouvoir réel n’est plus conforme au pouvoir apparent, il n’y a donc plus moyen, pour les populations vivant sous son joug, de l’atteindre réellement et de le sanctionner. La séparation des pouvoirs a ainsi été le principal artisan de la disparition du lien juridique entre « pouvoir » et « responsabilité ».

Nous retrouvons ici la méthodologie de l’asymétrie, utilisée de tout temps par les banquiers pour atteindre leur résultat qui est la prise de pouvoir total. C’est précisément par l’organisation de l’asymétrie dans la détention d’informations que les principaux banquiers ont fait leur richesse, c’est également par la mise en place de l’asymétrie entre pouvoir et responsabilité, autrement dit par la mise en place d’une dichotomie entre pouvoir apparent et pouvoir réel, qu’ils ont assuré leur impunité politique.

La nature ayant horreur du vide, la dissolution institutionnellement programmée du pouvoir politique réel s’est accompagnée de l’émergence, dans l’ombre, d’un autre pouvoir c’est-à-dire d’un autre acteur ayant la capacité de décider pour tous : le pouvoir économique, celui dont disposent les principaux détenteurs de capitaux.

Le problème politique généré par le régime représentatif (régime parlementaire)

L’institution du régime parlementaire a pour conséquence directe que le gouvernement, devenu « pouvoir exécutif » ainsi que le pouvoir dit « législatif » sont en réalité dépendants des partis politiques. Or les partis politiques ne sont réellement responsables que devant les instances qui les financent : les apporteurs de capitaux qui feront fonctionner la machine à élections. Au surplus, l’alternance permanente des partis politiques au pouvoir, liée au système dit représentatif, est par essence incompatible avec la pérennité du pouvoir politique nécessité par des prises de décisions de long, voire très long, terme. Ces dernières sont donc captées par les hauts fonctionnaires inamovibles et formatés dans des écoles « de pouvoir ».

S’agissant du « pouvoir de faire des lois » il faut comprendre que la mise en œuvre concrète du pouvoir législatif par un organisme dédié, le parlement, est, à plus d’un titre, une imposture.

D’une part, un État n’a nul besoin d’un organisme dont la seule fonction est de créer des lois. L’existence même d’une telle institution est le gage, sur le long terme, d’une profusion de textes qui, fatalement, générera une insécurité juridique endémique nuisible aux ressortissants dudit État.

D’autre part, la démocratie dite « représentative » mise en œuvre par l’intermédiaire d’un parlement est l’antithèse exacte du principe démocratique. En effet, les « élus » du peuple se voient accorder, à chaque élection, un blanc-seing total leur permettant de voter sur tout type de sujet, de n’importe quelle façon. Aucun contrôle populaire n’existe a posteriori à l’exception du « tout ou rien » consistant à ne pas reconduire l’élu à la prochaine élection.

Or, justement, apparaît ici une deuxième supercherie : celle consistant à laisser croire que le peuple vote pour l’élu de son choix. Rien n’est plus faux : les élus sont proposés à l’élection par des partis politiques et les électeurs n’ont d’autres choix, au niveau national, que de voter pour des candidats présélectionnés. C’est justement à cette occasion qu’apparaît le véritable pouvoir, celui que les partis politiques respectent : le pouvoir de l’argent permettant auxdits partis, qui sont des armes de conquête du pouvoir politique formel, de financer les perpétuelles élections qui les maintiendront au pouvoir.

Par le blanc-seing général donné à des « représentants » sans aucun contrôle politique a priori et sans aucun contrôle technique a posteriori, le