Censure d’Alex Jones


Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 14 août 2018 – Source Club Orlov

Il s’est passé récemment quelque chose qui m’a donné l’impression d’être une espèce en voie de disparition. Un ensemble de sociétés Internet transnationales, y compris Google, Facebook, Apple et plusieurs autres, ont toutes supprimé, de manière synchrone, les contenus  appartenant à infowars.com, le site web qui est géré par Alex Jones. Une telle synchronicité est un signe certain de conspiration – un sujet sur lequel Alex Jones surfe beaucoup.

Une fois, j’ai participé à une émission de radio dirigée par Alex Jones, et il a réussi à résumer ce que j’avais dit : « les États-Unis vont s’effondrer comme l’URSS », ce qui était plutôt pas mal, vu que nous avons mal réussi à nous comprendre, ayant si peu de choses en commun. C’est un conservateur et un libertarien alors que je pense que les conservateurs n’existent pas aux États-Unis. Dernièrement, qu’ont-ils « conservé » d’autre que le droit de porter des armes légères ? En ce qui concerne le libertarianisme, je considère le véritable libertarianisme historique comme une souche du socialisme alors que sa cooptation américaine est tout simplement drôle : ceux-ci ne restent libertariens que jusqu’à ce qu’ils aient besoin des services d’une ambulance ou d’un camion de pompiers, à partir de là ils deviennent socialistes. De plus, les libertariens américains comme Ayn Rand, sont pour moi, implacablement, de mauvais écrivains, pleins de pensées erronées. Cependant, je la trouve utile comme test décisif pour les esprits médiocres.

De plus, Jones s’occupe de politique alors que je reste convaincu que la politique nationale aux États-Unis est une perte de temps. Il a été statistiquement prouvé que les États-Unis ne sont pas une démocratie : la volonté populaire n’a précisément aucun effet sur la politique publique. Peu importe qui est président, la différence est une question de style. Trump est un taureau dans un magasin de porcelaine alors que Clinton serait plus un cerf pris dans les phares. Le résultat est le même : les États-Unis sont en faillite et leur empire est terminé.

Il y a aussi le décalage de genre entre Jones et moi. Je suis avant tout un expérimentateur et un essayiste, et pour moi, l’expérience personnelle et la forme littéraire sont d’une importance vitale, tandis que Jones est très léger dans ses recherches et heureux de travailler avec de simples ouï-dire. Il est aussi plutôt éculé et répétitif, mais il a cependant de bons instincts pour réveiller la populace. Il s’inspire d’une longue tradition américaine de prédicateurs itinérants crachant des jérémiades, frappant la bible et lançant du feu et du soufre. Le contenu de son discours est séculier, mais ses techniques rhétoriques sont revivalistes. Il est un prêcheur criard jouant sur l’émotion. Il y a aussi une forme carnavalesque dans son habillage culturel, et il n’est pas au-dessus du vendeur d’huile de serpent à des survivalistes ou des « preppers ».

Cela dit, nous partageons certaines similitudes importantes. Ni l’un ni l’autre, nous n’achetons comptant le récit officiel que les médias américains ne cessent de marteler avec des résultats de plus en plus médiocres. Nous pensons que les Américains ne sont plus assez crédules. Jones a exploité ce manque de crédulité dans le grand public avec tout ce que cela comporte, en s’attaquant à toutes les théories de conspiration, alors que je suis comme vous, crédule. Bien sûr, quelques touristes arabes armés de cutter ont détruit trois gratte-ciel en acier en y balançant deux avions en aluminium. Faites vos propres calculs, mais 2/3 d’un avion par gratte-ciel, cela devrait suffire, n’est-ce pas ? Le carburéacteur, qui brûle entre 420°C et 815°C, a fait fondre des colonnes d’acier. (L’acier fond à 1510°C). Deux canettes d’aluminium remplies de kérosène, de viande et de bagages ont détruit trois structures d’acier. Je trouve cette explication parfaitement satisfaisante ; et vous ? Si vous avez besoin d’en savoir plus, c’est sûrement facile à trouver, mais ne me demandez pas plus parce que, étant si crédule, je suis parfaitement satisfait.

Jones et moi sommes également différents en ce qu’il est extrêmement populaire alors que je suis bien assez populaire en ce qui me concerne et généralement dépourvu d’ambition mondaine. J’aime écrire, mes lecteurs aiment ce que j’écris, et tout le monde est heureux, sauf les enfants, parce que pendant que j’écris, je ne joue pas avec eux. Mais Jones est en train de devenir suffisamment populaire pour supplanter les médias de masse, qui perdent continuellement des parts de marché. C’est en partie de leur propre faute : combien de temps pensent-ils pouvoir continuer à fouetter les chevaux morts de la « collusion russe » et de l’« ingérence russe » avant que les gens ne commencent à secouer la tête et à s’éloigner ? En partie, la diarrhée verbale que nous entendons sur CNN ou que nous lisons sur le site nytimes.com est conçue comme un écran de fumée parce que la vérité est devenue toxique pour les intérêts des responsables des médias de masse aux États-Unis. Je reviendrai sur ce sujet jeudi. La décision politique de censurer Jones était un signe de désespoir : la diarrhée verbale ne fonctionne pas, et c’est donc l’heure du Plan B, qui consiste simplement à crier « Taisez-vous ! » aussi fort que possible.

En raison de son énorme et florissante popularité (que ces dernières attaques contre lui vont encore améliorer), Jones est une cible énorme, alors que je ne suis qu’une toute petite. Pourtant, d’abord ils sont venus pour Alex Jones, et ensuite ils pourraient très bien venir pour moi, et c’est maintenant qu’il est temps de commencer à faire attention et à les repousser. Ces entités Internet – Google ; Facebook ; Apple ; Google Podcast ; Spotify ; iHeartRadio ; MailChimp ; Disqus ; LinkedIn ; Flickr ; Pinterest et plusieurs autres – n’ont pas plus le droit de le censurer que votre compagnie de téléphone de filtrer vos appels ou de déterminer quel numéro vous devez composer. Ce qui a été fait à Jones était manifestement illégal en vertu du droit américain et du droit international, et bien que ces entreprises n’aient pas grand-chose à craindre aux États-Unis, où elles sont politiquement protégées, elles ont beaucoup plus à craindre à l’échelle internationale.

Jones n’a pas, autant que l’on puisse en juger, violé les conditions d’utilisation de l’un de ces services Internet, mais ils l’ont censuré. Dans les discussions publiques qui ont précédé cet événement, y compris au Congrès américain, des termes tels que « discours de haine » et « incitation à la violence » ont été lancés. Ces termes sont définis de façon suffisamment vague pour qu’ils soient utiles pour être lancés arbitrairement sur des ennemis alors que leurs amis jouissent d’une immunité totale, le tout sans contexte et sans faits. Par exemple, il y a deux ans, sur PBS, l’échange suivant a eu lieu entre l’ancien directeur par intérim de la CIA Michael Morell et Charlie Rose :

Morell : « Nous devons faire payer un prix aux Russes en Syrie. »
Rose : « On leur fait payer le prix en tuant des Russes ? »
Morell : « Oui. »

Le contexte et les faits sont les suivants : les Russes se trouvaient en Syrie à l’invitation officielle du gouvernement syrien internationalement reconnu pour vaincre les terroristes et les mercenaires étrangers et rétablir le contrôle de la Syrie sur son territoire souverain. Les forces américaines ne faisaient pas grand-chose d’utile en Syrie, mais quoi qu’elles faisaient, c’était illégal : c’était une force d’invasion. Et voici Morrell qui propose de tuer les troupes russes qui combattent les terroristes, juste pour envoyer un message. Si ce n’est pas « inciter à la violence », il est vraiment difficile d’imaginer ce que c’est. Et pourtant, deux ans après cet outrage, PBS reste à l’antenne ; N’est-ce pas ?

Outre les allégations fallacieuses de « discours de haine » et d’« incitation à la violence », ce qui s’est passé, c’est qu’un ordre de censure de Jones a été émis par Washington, DC. En réponse, un groupe impressionnant d’entreprises transnationales de l’Internet s’est incliné et mis en marche pour exécuter l’ordre, rendant ainsi parfaitement évident pour qui elles travaillent. Et cela risque de devenir un gros problème pour eux.

Premièrement, ces sociétés transnationales sont autorisées à fournir des services dans le monde entier sur la base du droit international. L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme défend le droit à la liberté d’opinion et d’expression : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, recevoir et répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Jones devrait poursuivre les États-Unis et les entreprises qui l’ont censuré devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, en France, et demander réparation à la fois contre les entités du gouvernement américain qui a émis l’ordre illégal (en furetant, ça devrait être facile à découvrir) et contre les entreprises transnationales qui l’ont exécuté.

Deuxièmement, ces sociétés transnationales opèrent dans le monde entier sur la base du droit local, ce qui, dans de nombreux cas, les empêche d’agir en tant qu’agents de gouvernements étrangers sans d’abord s’enregistrer en tant que tels. Si Google et Facebook exécutent les ordres du gouvernement américain, ils n’agissent pas comme des entreprises, mais comme des représentants clandestins d’une puissance étrangère. Le fait d’être reconnu comme tel réduirait considérablement la portée internationale, le potentiel de croissance et les évaluations de ces sociétés.

Et comme Google, Facebook et Apple sont des entreprises commerciales engagées dans la recherche d’une valeur actionnariale, il serait temps que leurs actionnaires s’impliquent et remplacent les équipes de direction. Après tout, qu’est-ce qui serait plus profitable pour eux : conspirer illégalement avec le gouvernement américain tout en devenant des parias et en perdant le marché mondial, ou maintenir scrupuleusement des relations d’indépendance avec tous les gouvernements tout en travaillant à faire respecter le droit international ? Ils ont encore la possibilité de désamorcer la situation : appeler cela une erreur, rétablir les services, compenser Jones pour la perte de revenus et promettre de ne plus jamais recommencer.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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