La propagande de soutien au coup d’État vénézuélien prétend que les gangs des bidonvilles le soutiennent


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 1 février 2019

Pour diaboliser le président du Venezuela, Nicolás Maduro, et les forces gouvernementales vénézuéliennes, un effort concerté et visible cherche à faire croire que la violence des gangs et la réaction de la police à celle-ci, est de même nature que celle entre ceux qui soutiennent le coup d’État et le gouvernement Maduro.

La violence des gangs dans les différents bidonvilles de Caracas, et ailleurs, est un problème depuis des décennies. Ce phénomène n’est pas exclusif au Venezuela. Les gangs se disputent surtout des territoires, mais se heurtent parfois à la police qui tente de maintenir le niveau de violence le plus bas possible. Cette violence n’a rien à voir avec la récente tentative de coup d’État ou les manifestations antigouvernementales menées par les personnes plus aisées.

Le 29 janvier, le Washington Post, le média préféré de la CIA, lançait cette campagne. Comme nous l’avons expliqué en détail hier, un incident violent entre des gangs et la police a été transformé en une histoire de protestation anti-gouvernementale.

Les trois premiers paragraphes de l’histoire parlent de prétendues manifestations anti-gouvernementales dans un bidonville de Caracas, dont l’incendie criminel d’un centre culturel. Le lendemain, la police a arrêté quelques coupables, ce qui a conduit à plus de violence. Une vingtaine de paragraphes de propagande sur la tentative de coup d’État suivent. Ce n’est qu’à la fin de l’article du Washington Post que l’on apprend ce qui s’est réellement passé. L’incendie criminel a eu lieu le 22 janvier, un jour avant la tentative de coup d’État. C’était une simple attaque de gang :

Les voisins disent que, vers minuit, un groupe de garçons à capuche a lancé des cocktails Molotov sur le centre culturel.

Le lendemain la police a arrêté certains des incendiaires. D’autres émeutes ont suivi :

Un groupe a mis le feu à des barricades, jeté des pierres et attaqué un avant-poste de la Garde nationale….. Les voisins ont dit que les gangs criminels étaient parmi la foule et ont créé des ravages en affrontant violemment la police.

Ce genre de représailles est typique de la violence des gangs. Elles n’ont probablement rien à voir avec la tentative de coup d’État.

Le 30 janvier, le New York Times en rajoutait dans la propagande :

Les agents ont fait irruption dans la maison de Yonaiker Ordóñez, 18 ans, le dimanche matin alors qu’il dormait. Vêtus de casques et armés de fusils, les hommes ont saisi l’adolescent et l’ont forcé à se rendre dans une autre pièce sans expliquer pourquoi ils étaient venus, a dit sa famille.

L’opération ressemblait à l’une des nombreuses descentes policières contre les gangs qui terrorisent les quartiers pauvres du Venezuela. Mais le seul crime de M. Ordóñez, selon sa famille, c’est qu’il avait assisté à une manifestation contre le gouvernement quelques jours auparavant.

Le Times poursuit en affirmant qu’une force de police spéciale, la FAES, a remplacé la Garde nationale comme force anti-protestataire. Elle cite un « député de l’opposition », une « organisation des droits de l’homme », un « ancien général militaire qui a rompu avec M. Maduro », un « criminologue de Caracas qui enseigne à l’Université centrale du Venezuela » et un « activiste de l’opposition » à l’appui de cette affirmation. Aucune tentative n’est faite pour citer quelqu’un du côté de la police ou du gouvernement. Comment la FAES, une force de police spéciale comptant environ 1 000 policiers à Caracas, pourrait-elle remplacer les 70 000 membres de la Garde nationale militarisée, reste inexpliquée ?

Le 31 janvier, un éditorial écrit par le type que les États-Unis veulent transformer en président du Venezuela, Juan Guaidó, est publié dans le NYT. Il y mentionne (pas par hasard) le même incident décrit dans le Washington Post. Il affirme également que cet incident est motivé par un sentiment anti-Maduro :

La semaine dernière, à Caracas, des citoyens des quartiers les plus pauvres, qui étaient pourtant des bastions du Chavisme dans le passé, sont descendus dans la rue lors de manifestations sans précédent. Ils sont sortis de nouveau le 23 janvier en sachant pertinemment qu’ils pourraient être brutalement réprimés, et ils continuent d’assister à des assemblées publiques.

La phrase « ils sont sortis de nouveau le 23 janvier » confirme que l’incident s’est produit avant la tentative de coup d’État du 23 janvier et les manifestations qui ont suivies.

Aujourd’hui, Bloomberg rapporte le même incident que WaPo et NYT. Il affirme aussi faussement que les descentes de police de la FAES contre les gangs font partie d’une réaction du gouvernement à un prétendu sentiment anti-Maduro :

Depuis le début des manifestations contre Maduro la semaine dernière, le régime socialiste a régulièrement envoyé l’élite des forces d’action spéciales de la police dans les bidonvilles de Caracas à bord de véhicules de transport de troupes et de motocyclettes. Ses membres masqués, tous en noir, attaquent les manifestants avec des armes telles que des gaz lacrymogènes, des fusils et même des grenades. Ils règlent de vieux comptes et cambriolent les maisons des résidents, disent des témoins oculaires. Au moins 35 personnes sont mortes au cours de ces actions, qui s’ajoutent aux dizaines de morts en deux ans de troubles.

Le gouvernement envoie la FAES pour arrêter les criminels des gangs dans les bidonvilles de Caracas depuis que cette force a été créée à cette fin. Dire qu’elle le fait « depuis que les manifestations contre Maduro ont commencé la semaine dernière » n’a absolument aucun sens.

Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, un homme sans scrupules, a mis en évidence cette prétendue protestation antigouvernementale lors d’une interview à la radio aujourd’hui :

Ce que nous avons vu, la violence dont vous avez déjà parlé, qui a touché en grande partie les quartiers les plus pauvres de Caracas, c’est-à-dire été dirigée contre les habitants les plus pauvres de la ville, les anciens partisans de Chavez, par des gangs essentiellement armés, appelés collectivos [sic !] en espagnol, formés et équipés par Cuba. Ce sont des voyous et des tueurs qui ont été envoyés ces derniers jours, comme ils avaient été envoyés contre les précédentes manifestations d’opposition à Maduro. Et ces gens, ils sont absolument impitoyables. C’est un meurtre de sang-froid, ils sont capables de tuer de sang-froid, et ils s’y sont déjà livrés.

« Les bidonvilles se soulèvent ! ; Ils sont brutalement réprimés ! » C’est la même histoire qui se répète encore et encore. Elle est fausse.

La violence des gangs est un énorme problème au Venezuela. Comme dans d’autres pays, c’est un effet secondaire de l’urbanisation rapide et de la croissance incontrôlée de nouveaux quartiers ou bidonvilles. Les autres facteurs sont la drogue et la disponibilité en armes. On estime que quelque six millions d’armes à feu sont entre les mains des civils et que le trafic de drogue y est endémique. Le chômage des jeunes aggrave le problème. Le même problème de gangs existe au Brésil, au Honduras, en Colombie et au Mexique. À Los Angeles, 60 p. 100 des homicides sont liés à des gangs.

Le problème n’est pas nouveau. En mars 2011, le Guardian publiait un article sur la drogue, le meurtre et la rédemption : les gangs de Caracas. En octobre 2012, Time Magazine publiait un photoreportage sur les gangs de rue de Caracas. En juin 2015, le gouvernement a créé une force de police et une force militaire conjointes pour s’attaquer au problème. Cela n’a pas été couronné de succès : La controverse se poursuit au sujet des nouvelles opérations sécuritaires au Venezuela. En juin 2016, le Daily Mail publiait un article typiquement à sensations sur la violence des gangs à Caracas : le chef d’un gang de kidnapping se vante d’avoir assassiné des CENTAINES de personnes – et la police admet qu’elle est impuissante à l’arrêter. En août 2016, Reuters sonnait l’alarme : malgré la répression, des gangs ultra-violents prospèrent dans un Venezuela chaotique. En mai 2017, le LA Times, toujours à la une de l’actualité vénézuélienne, faisait ses gros titres sur l’épidémie d’homicide sans précédent qui sévit au Venezuela.

Depuis la fin des années 1980, le taux d’homicides au Venezuela (et ailleurs) a constamment augmenté. La violence des gangs existait au Venezuela bien avant 2002, lorsque les socialistes d’Hugo Chavez sont arrivés au pouvoir. Plusieurs grands programmes ont été créés pour l’apaiser, avec plus ou moins de succès. Des forces spéciales antigang ont été créées, puis abandonnées. Le problème ne disparaît toujours pas. Il y a beaucoup d’idées sur la façon de combattre la violence des gangs. Certaines peuvent marcher, d’autres pas. Elles demandent toutes beaucoup d’argent et de temps.

En 2017, le gouvernement vénézuélien a créé les Forces spéciales de la Police nationale bolivarienne (« FAES » en espagnol). Elles ont remplacé une force militaire et policière conjointe, l’Opération Libérer le peuple, qui a été critiquée à la suite de quelques incidents sanglants. Les FAES sont équipés comme des équipes SWAT typiques et ont une fonction similaire. Voici des photos d’elles lors d’un récent raid contre des groupes criminels. Il n’y a que 1 000 agents de la FAES à Caracas, une ville de 3 millions d’habitants. Leur travail consiste à réagir aux crimes violents commis par les gangs. La force est trop petite pour être chargée de contrôler les activités antigouvernementales. C’est le travail de la police régulière et de la garde nationale.

L’activité criminelle des gangs dans les bidonvilles et la réaction de la police à ce phénomène dure depuis des décennies. Il est absurde de prétendre aujourd’hui qu’elle est liée d’une manière ou d’une autre à la récente tentative de coup d’État et aux activités anti-Maduro.

C’est de la propagande typiquement faite pour diaboliser. Dès que le gouvernement américain déclare qu’un chef d’État est un « ennemi », les médias américains commencent à diaboliser cette personne. Les mêmes histoires ont été écrites sur la cruauté présumée de Saddam Hussein, Muhammad Kadhafi, Kim Jong-Il et Bachar al-Assad. Elles sont désormais recyclées pour Nicolas Maduro. En Syrie, la shabiha, formée de jeunes soutenant le parti Baas, était considérée comme étant une force meurtrière secrète du gouvernement. La même affirmation est maintenant faite au sujet des colectivos du Venezuela. Il s’agit de groupes civils de quartier qui font du travail social pour soutenir le Parti socialiste unifié. C’est faire mousser, rincer, répéter le même style de « reportage » au service de la propagande de guerre.

Les habitants des bidonvilles de Caracas ont le plus profité de la politique socialiste d’Hugo Chavez et de Nicolas Maduro. Ce sont les chavistes les plus déterminés. Ce sont ces personnes qui sont descendues dans la rue et sont venues en aide à Chavez lors de l’échec du coup d’Etat en 2002. Si elles se révoltaient vraiment contre le gouvernement, Maduro serait fini.

Prétendre qu’elles s’engagent maintenant dans les manifestations anti-gouvernementales est au mieux un vœu pieux des partisans de la tentative de coup d’État. C’est plus probablement de la simple propagande pour préparer à une guerre.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF