Venezuela : non, la responsabilité de protéger ne s’applique pas.


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Par Moon of Alabama – Le 25 février 2018

Richard Haass est président du Conseil des relations extérieures. Vendredi, avant l’échec de la livraison d’une fausse « aide humanitaire » au Venezuela, il estimait que le rejet de cette « aide » justifierait une intervention fondée sur la douteuse doctrine de la responsabilité de protéger (R2P) :

Richard N. Haass @RichardHaass – 19:26 utc – 22 fév 2019

Ce que le régime Maduro fait au peuple vénézuélien est incompatible avec les obligations qui découlent de la souveraineté de l’État. Le moment est venu pour l’ONU, l’OEA ou le Groupe de Lima d’examiner comment appliquer la doctrine de la responsabilité de protéger (R2P). bit.ly/2TZaoZvv

Haass y joint un lien vers un rapport du Crisis Group qui résumait la situation à l’époque : « Le moment décisif de l’aide humanitaire à la frontière vénézuélienne ».

Se référer à cet article de Crisis Group est un bon exemple montrant la stupidité totale de Richard Haass. Parce que le rapport contredit complètement son argument. Le principe de la responsabilité de protéger

... repose sur la prémisse sous-jacente que la souveraineté implique la responsabilité de protéger toutes les populations contre les crimes atroces de masse et les violations des droits de la personne. Ce principe est fondé sur le respect des normes et principes du droit international, en particulier les principes fondamentaux du droit relatifs à la souveraineté, à la paix et à la sécurité, aux droits humains et aux conflits armés.

Le rapport du Crisis Group soutient, à juste titre, que le gouvernement vénézuélien est juridiquement justifié de rejeter cette « aide ». Ainsi, la responsabilité de protéger, qui présuppose qu’un État ne s’acquitte pas de ses obligations juridiques, ne peut s’appliquer à l’affaire :

En vertu du droit international, les gouvernements doivent donner leur consentement à la distribution de nourriture et de fournitures médicales lorsque la survie d'une population est menacée, seulement si l'aide est de nature exclusivement humanitaire et impartiale. Mais cette opération d'aide est avant tout politique, dans la mesure où elle vise à saper Maduro et à provoquer un changement de gouvernement.

Les actes du gouvernement vénézuélien étaient donc tout à fait compatibles avec « les obligations qui découlent de la souveraineté de l’État ».

Recommander une procédure légale en établissant un lien avec un rapport qui contredit ce raisonnement est tout à fait stupide.

En outre, Haass veut que « l’ONU, l’OEA ou le Groupe de Lima réfléchissent à la manière d’appliquer la responsabilité de protéger ».

Mais ni l’Organisation des États américains, ni le Groupe de Lima, une conjuration conçue selon un plan canadien avec certains États d’Amérique centrale et d’Amérique du sud pour attaquer le Venezuela, ne peuvent appliquer la responsabilité de protéger au-delà des mesures de sanction déjà prises :

La responsabilité de protéger fournit un cadre pour l'utilisation de mesures qui existent déjà (c'est-à-dire la médiation, les mécanismes d'alerte rapide, les sanctions économiques et les pouvoirs prévus au chapitre VII) pour prévenir les crimes atroces et protéger les civils contre leur perpétration. Le pouvoir de recourir à la force dans le cadre de la responsabilité de protéger incombe exclusivement au Conseil de sécurité des Nations Unies et est considéré comme une mesure de dernier recours.

Le Conseil de sécurité de l’ONU rejettera bien entendu toute tentative des États-Unis d’appliquer la responsabilité de protéger à l’égard du Venezuela.
La seule et dernière fois que le Conseil de sécurité a adopté une résolution fondée sur la responsabilité de protéger en vertu du chapitre VII concerne la Libye. Cette résolution permettait à d’autres États de protéger par la force la population civile libyenne. Les États-Unis et d’autres pays en ont abusé pour renverser le gouvernement libyen et détruire complètement le pays. La Chine et la Russie l’ont certainement remarqué. Ils ne laisseront plus jamais passer une telle résolution.

Le fait que le sénateur Marco Rubio, l’un des moteurs de la campagne contre le Venezuela, ait explicitement affiché ces photos de Muhammad Kadhafi avant et après l’application de la responsabilité de protéger, ne fait que renforcer les arguments contre.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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