Un été long, chaud et violent


L’idéologie de l’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale qui sont réprouvés et exilés de la pleine participation à leurs sociétés.


Par Alastair Crooke – Le 16 août 2021 – Source Strategic Culture

Quelque chose de « grand » se prépare-t-il ? On a l’impression que c’est possible. De graves problèmes se préparent dans les sociétés occidentales et les élites commencent à s’impatienter. Nous pouvons l’observer dans la manière dont l’Establishment tente de préserver la narration relative au virus (« tout le monde doit être vacciné »), tout en agissant simultanément pour la modifier, en imputant toute faille narrative au variant Delta. Sir Andrew Pollard, professeur d’infectiologie et d’immunologie pédiatriques à l’Université d’Oxford, affirme catégoriquement qu’il est « impossible » d’atteindre l’immunité collective, maintenant que le variant Delta circule.

En fait, il affirme que le vaccin ne peut pas faire ce qui a été promis, c’est-à-dire instaurer une immunité collective ; pourtant, le professeur continue d’exhorter tout le monde à se faire vacciner. De même, un conseiller principal du SAGE (Scientific Advisory Group for Emergencies) auprès du gouvernement britannique déclare sans ambages que les mesures d’isolement contre le Covid ne peuvent plus être justifiées.

En bref, leurs arguments vont dans tous les sens. La directrice du CDC, Walensky, a déclaré la semaine dernière que le vaccin ne prévient pas l’infection par le Covid et n’empêche pas non plus la personne vaccinée de transmettre l’infection par le Covid, y compris par le variant Delta ; les données montrent un taux d’infection également réparti, indépendamment du statut vaccinal, ce que reconnaît la directrice Walensky. En tant que tel, c’est un aveu qui sape l’ensemble de l’argument en faveur des vaccins obligatoires. Selon la directrice, le seul avantage du vaccin à l’heure actuelle est vraisemblablement qu’il pourrait réduire la gravité des symptômes.

Si une personne vaccinée et une personne non vaccinée ont la même capacité à porter, excréter et transmettre le virus – avec ou sans symptômes – alors quelle différence un passeport ou une carte de vaccination font-ils ? Selon le CDC, les personnes vaccinées et non vaccinées qui entrent dans un restaurant, un magasin, au sein d’un groupe, un lieu de réunion ou un lieu de travail présentent exactement le même risque pour les autres personnes présentes, alors en quoi la présentation d’une preuve de vaccination fait-elle la différence ?

Les infections (que le récit, encore une fois, attribue au variant Delta) montent en flèche : Israël en est un bon exemple. Il s’agit de la société la plus vaccinée (et, selon l’éminent commentateur israélien Nadav Eyal, elle aurait reçu des vaccins Pfizer de « meilleure qualité » que ceux du Royaume-Uni), et pourtant elle connaît une augmentation spectaculaire des nouveaux cas – les cas graves ont bondi de 70 % en une semaine seulement. Le nombre de cas graves a été multiplié par 10 environ depuis le début du mois de juillet : 90% des cas graves sont des personnes de plus de 50 ans ; et 95% des personnes de plus de 50 ans sont vaccinées.

Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, prévient que les cas pourraient quadrupler en trois semaines et que les autorités se préparent à de nouveaux confinements (même si les confinements se sont avérés inefficaces pour arrêter le virus). La plupart des Israéliens ont pris le vaccin Pfizer à ARNm.

Là encore, les contradictions flagrantes dans le récit établi sont frappantes : les confinements sont-ils justifiés, ou non ? Antony Fauci a déclaré que la récente flambée d’infections était une « pandémie de personnes non vaccinées » et que 99 % des décès concernaient des personnes non vaccinées. Mais ce n’est qu’un mensonge. Les propres données du CDC indiquent que seulement 15% des personnes décédées n’avaient pas été vaccinées.

Il n’est pas surprenant que le public se méfie de plus en plus des affirmations de la « science ».

Que se passe-t-il ? Eh bien, nous ne sommes pas des scientifiques. Cependant, c’est au printemps 2021 que l’on a commencé à entendre dire que les vaccins à ARN messager avaient un sérieux problème d’ADE (facilitation de l’infection par les anticorps). Une fois que la protection initiale des vaccins s’est dissipée (un processus qui dure quelques mois), les personnes qui ont été vaccinées sont beaucoup plus susceptibles de tomber gravement malades en cas de nouvelle exposition au Covid que les personnes qui ne l’ont pas été.

En effet, si cela s’avère exact, les gouvernements américain et européen se retrouvent avec un désastre auto-infligé sur les bras. Le discours a donc, sans surprise, pris une autre tournure : il ne suffisait plus de vacciner 70 % de la population (pour obtenir une « immunité collective »). Non, désormais, tout le monde, sans exception, y compris les personnes ayant une immunité naturelle, devait être vacciné. Après tout, si tout le monde se fait vacciner, il est plus facile de prétendre que ce qui se passe est un nouveau variant désagréable plutôt qu’une ADE induite par le vaccin, puisque personne ne serait en mesure de désigner un groupe témoin non vacciné qui s’avérerait nettement moins vulnérable.

Certains vaccins Covid introduisent de l’ARNm (ARN messager) dans les cellules musculaires. Ces cellules (autrefois saines) sont ainsi conduites par l’action de cet ADN synthétique à fabriquer des protéines synthétiques spike qui constituent la principale arme d’attaque du virus. Il s’agit d’une forme de thérapie génique. Si ces cellules créaient une réponse immunitaire contre la protéine (qu’elles ont elles-mêmes contribué à créer), cela empêcherait en théorie le virus d’infecter l’organisme. La réalité semble toutefois être que les problèmes du système cardiovasculaire, les saignements et la formation de caillots, sont tous associés à la protéine spike du Covid, qui, au lieu de rester dans le tissu musculaire, circule dans tout le système cardio-vasculaire.

Certains scientifiques affirment qu’il est clairement prouvé que les vaccins font que les cellules des muscles du bras fabriquent des protéines spike, qui passent ensuite dans la circulation sanguine, et que cette protéine spike, à elle seule, est presque entièrement responsable des dommages causés au système cardiovasculaire. D’autres scientifiques ne sont pas d’accord.

Un chercheur a observé que le problème central est constitué de caillots microscopiques dans les plus petits capillaires de ses patients. Il a déclaré : « Les caillots sanguins se forment au niveau des capillaires. Cela n’a jamais été observé auparavant. Il ne s’agit pas d’une maladie rare. C’est un phénomène absolument nouveau ». Le Dr Hoffe a surtout souligné que ces micro-caillots sont trop petits pour être visibles sur les tomodensitométries, les IRM et les autres tests conventionnels, et qu’ils ne peuvent être détectés qu’à l’aide du dosage sanguin des D-dimères : « Et donc, nous comprenons finalement que la raison pour laquelle les poumons ne fonctionnent pas, n’est pas due à la présence du virus. C’est parce que des micro-caillots de sang sont là… ».

C’est compliqué ! Le fait est que les « infections post-vaccinales » sont de plus en plus fréquentes et que, vraisemblablement, plus le pourcentage de la population de la région vaccinée avec l’ARNm est élevé, plus elles seront graves. Les variants, bien sûr, seront accusés. Et les médias grand public essaieront de dire que les variants sont entièrement la faute des non-vaccinés, même si la question ne peut pas être aussi facilement réduite à un mème manichéen pro ou anti-vaxx.

Pourquoi alors les élites s’accrochent-elles autant à leur récit explicitement contradictoire ? Il est clair qu’elles craignent une réaction populaire brutale s’il s’avère que certains vaccins sont préjudiciables à la santé. Mais la raison la plus profonde est que les élites américaines et européennes sont enfermées dans un échange intérieur mortel de « missiles » narratifs intelligents. L’argumentation ou la stratégie rationnelles sont exclues. Quiconque sort la tête de la « tranchée narrative » sera éliminé. Le boycott, la honte et l’exclusion des plateformes fonctionnent et sont les outils de prédilection actuels.

Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que cette idéologie d’exclusion est en train de se retourner contre elle-même. Au sein des sociétés occidentales, et pas seulement vis-à-vis des adversaires étrangers de l’Occident. Désormais, ce sont des segments clés de la société nationale (et pas seulement les dirigeants étrangers) qui sont humiliés et exclus de la pleine participation à leurs sociétés – et menacés de sanctions – qui, si elles sont appliquées, pourraient détruire leurs moyens de subsistance.

Ce sont principalement les « non-vaxxés » qui sont jugés moralement inadéquats, mais le champ d’application de la nouvelle idéologie morale s’étend plus largement, et inclut ceux qui n’adhèrent pas sans réserve à l’agenda vert et aux droits des LBGTQ. Les médias de l’Establishment insistent sur le fait que ces récits politiquement orientés sur la vaccination, l’« urgence » climatique et les droits des LBGTQ représentent la nouvelle « ligne de démarcation », qui définit la majorité par rapport à la minorité.

Pourquoi le maintien de la « ligne de démarcation » est-il plus important que la clarification de l’approche politique du virus ? La plupart des membres de l’élite savent que le Covid n’est pas la menace que leur propagande véhicule ; mais le récit leur donne l’occasion d’exercer leur pouvoir par le biais d’un « jugement moral », et donc ils mentent – et ils continuent de mentir sur les données, parce qu’ils pensent que le mensonge sera accepté comme une réalité.

Le « revers de la médaille » de cette approche du mensonge utile n’est pas seulement la protection de la narration, mais plutôt la possibilité pour la « majorité » de se sentir pieuse et supérieure à ceux qu’elle est déterminée à blesser.

Une épidémie persistante, combinée à des pertes d’emplois importantes, à une récession prolongée et à un endettement sans précédent, créera inévitablement des tensions sociales qui se transformeront probablement en une réaction politique brutale – un été long, chaud et furieux. L’implosion de la confiance dans le leadership et la crainte d’un bouleversement social peuvent toutefois implanter une pathologie plus profonde. Elle peut produire l’état spirituel qu’Emile Durkheim appelait « l’anomie » ; le sentiment d’être déconnecté de la société ; la conviction que le monde qui nous entoure est illégitime et corrompu ; que nous sommes invisibles : un « numéro » ; l’objet impuissant d’une répression hostile, imposée par « le système », le sentiment qu’il ne faut faire confiance à personne.

Et pourtant, cela ne s’arrête pas là. L’Establishment, qui sent le désespoir, a réagi à la crise des vaccins en déplaçant ses efforts sur un autre flanc du front de la guerre culturelle : l’idéologie moralisatrice est montée en puissance. Le code rouge de l’« urgence » climatique a été lancé, promettant des conséquences vraiment effrayantes si les nouvelles restrictions de l’utilisation de l’énergie et les « confinements » n’étaient pas acceptés par le public. Le Washington Post a clairement exprimé le sous-texte : le nationalisme et le populisme trumpiste ne peuvent être tolérés dans le cadre de la confrontation avec une urgence climatique mondiale. Le message est truffé de propos empreints de supériorité morale et de piété.

Voilà donc les sujets de tension qui préoccupent la « rue », mais qu’en est-il de ceux de l’élite ? Que se passera-t-il s’ils deviennent encore plus désespérés alors que leurs plans de rééquilibrage s’effondrent, que leurs économies sombrent, que leurs chaînes d’approvisionnement sont perturbées, que les pénuries se répandent et que l’inflation monte en flèche ? Vont-ils « faire le dos rond » et déclencher un nouveau Lehman Brothers ?

Est-ce le moment pour eux d’abandonner le système bancaire commercial existant au profit d’un système de banque centrale centré sur les monnaies numériques émises par la banque centrale, les applications de paiement remplissant la plupart des fonctions des anciennes banques commerciales ? Est-ce la façon de sécuriser les oligarques ? Il est beaucoup plus facile de bloquer d’éventuelles faillites et crises financières lorsque la BC contrôle une monnaie numérique : elle détermine si le déposant peut ou non puiser dans son portefeuille, elle peut bloquer ou même déduire des fonds de celui-ci, et elle peut autoriser ou interdire des dépenses à partir de celui-ci, en appuyant sur un bouton numérique.

Cela fonctionnera-t-il, ou cela risque-t-il de provoquer un retour de bâton intolérable ? Le moment est-il donc venu de faire diversion ? L’Iran s’approche-t-il du seuil nucléaire (il l’a peut-être déjà atteint) ? La Russie menace-t-elle l’Ukraine ? La Chine se prépare-t-elle à envahir Taïwan ? Il existe une panoplie de possibilités de diversion déjà préparées dans la cuisine narrative et qui peuvent être facilement utilisées en cas de besoin.

Alastair Crooke

Traduit par Zineb, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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