Par Moon of Alabama – Le 31 octobre 2026
Vendredi soir, le gouvernement néolibéral-centriste de Pologne dirigé par le Premier ministre Donald Tusk a tenté un coup d’État contre le Tribunal constitutionnel de Pologne. Les deux principaux juges du tribunal ont été suspendus et la police a encerclé le bâtiment du tribunal :
La Pologne a fait un pas vers la destitution du président de la plus haute juridiction du pays, donnant le coup d’envoi d’une confrontation avec l’opposition nationaliste avant les élections législatives de l’année prochaine.
La police est entrée dans les locaux du Tribunal constitutionnel tard vendredi alors que son président, Bogdan Swieczkowski, et son adjoint se voyaient infliger une suspension d’un mois. Le président polonais, Karol Nawrocki, est rentré à Varsovie après avoir ordonné que son avion, qui étant en route pour le Sénégal, retourne à son point de départ, a-t-il déclaré dans un message sur la plateforme de médias sociaux X.
Nawrocki, qui a été élu en 2025, est du côté du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS).
Les années précédentes, lorsque le PiS contrôlait le gouvernement, il avait modifié les procédures d’installation des nouveaux juges :
[Cela] remonte à la prise de contrôle politique du Conseil national de la magistrature (KRS) par le PiS en 2018. Le PiS a groupé l’organe de nomination des juges avec des juges élus par le Parlement, que le parti contrôlait à l’époque, tandis que les membres précédents du KRS avaient été en grande partie choisis par les juges eux-mêmes.
La commission européenne à Bruxelles n’avait pas aimé le processus et avait puni la Pologne, à l’époque dirigé par le PiS, pour avoir « entravé l’indépendance » de son pouvoir judiciaire.
Le coup d’État actuel est une tentative de Bruxelles et du gouvernement Tusk, actuellement au pouvoir, d’inverser le processus.
Le Tribunal constitutionnel de Pologne est chargé de vérifier si les lois sont conformes à la Constitution. Ses juges sont élus par le Parlement mais ont besoin de la confirmation du président. Le président Nawrocki a rejeté cinq des huit juges du tribunal proposés par le gouvernement Tusk.
Le gouvernement Tusk a émis des « requêtes en levée d’immunité » pour cinq juges du tribunal. Il ne semble y avoir aucune base légale pour émettre de telles « requêtes« . Le gouvernement Tusk a également déclaré qu’un juge, qui n’avait pas été confirmé par le président, dirigerait désormais le tribunal. Le site Web du tribunal a été supprimé et la police a encerclé le bâtiment.
Le Premier ministre Tusk a tweeté :
Restaurer l’État de droit est notre devoir. Après des années d’anarchie menée par le PiS, il s’agit d’un processus difficile, parfois douloureux, qui nécessite une action décisive. Il n’y a pas d’autre moyen.
De retour en Pologne, le Président Nawrocki a rejoint le premier président du Tribunal en se frayant un chemin à travers les cordons de policiers, jusqu’au bâtiment du Tribunal constitutionnel.
Le coup d’État semble maintenant bloqué. Le PiS est susceptible d’activer ses partisans pour protester contre le gouvernement.
On prétend que le gouvernement appelle plus de forces de police :
FUITE : La police polonaise avait ordonné aux unités anti-émeutes du pays de se préparer au combat, la veille de la prise de contrôle du Tribunal ?
Un document prétendument signé par le chef adjoint de la police polonaise, Tomasz Michułka, a été publié par le média aligné sur le PiS, wPolsce24, et partagé par son journaliste Samuel Pereira. Le chef de la Confédération Sławomir Mentzen l’a également publié.
La lettre, marquée « TRÈS URGENT » et datée du 29 octobre, ordonnerait à tous les commandants de la police régionale et au chef de la police de Varsovie de tenir les unités anti-émeutes prêtes pour un déploiement immédiat du 2 au 8 novembre, citant “la situation opérationnelle dans le pays”.
…
Si elle est authentique, l’ordonnance a été rendue la veille du jour où le camp de Tusk s’est emparé du Tribunal constitutionnel.
Je trouve douteux que Tusk s’en tire comme ça :
Le mois dernier, le Parlement a nommé Maciej Berek, principal conseiller juridique du gouvernement de Tusk, en tant qu’autre juge du Tribunal dans le but de sortir de l’impasse. Nawrocki a refusé de lui faire prêter serment.
”Je dois être sûr que nos juges entreront dans ce bâtiment et que tout sera conforme à la loi« , a déclaré Tusk le mois dernier. « Peut-être que ce ne sera pas très élégant.”
Si Tusk veut vraiment un pouvoir judiciaire indépendant, il devrait s’abstenir d’y pousser « nos juges ».
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.