Russophobie européenne ? Attention danger !


Par Emmanuel Leroy − Le 15 Décembre 2025

Le 15 décembre dernier le Conseil de l’Union européenne a mis à jour sa liste de personnes et d’organisations sous sanctions « eu égard à leurs activités déstabilisatrices menées par la Russie ».

Pour la première fois dans l’histoire de ce conflit ravivé entre l’Occident et la Russie, sont ainsi désignées à la vindicte publique deux citoyens européens, le Français Xavier Moreau et le Suisse Jacques Baud. Je ne sais pas qui est à l’origine de ce « plan com’ » fabuleux, mais il faut reconnaître que l’abruti de service (ce n’est pas Jean-Noël Barrot qui est visé) ou plus vraisemblablement le génial communiquant qui a lancé cette opération ne pouvait faire mieux pour leur assurer une célébrité universelle. Bravo ! bien joué ! travail de pro !

Mais si le rôle de Xavier Moreau comme relai de la propagande du Kremlin est bien connu notamment à travers ses émissions sur RT – rôle qu’il assume d’ailleurs avec efficience et dont il ne s’est jamais caché – la mise en cause de Jacques Baud, citoyen helvétique et donc non-ressortissant de l’UE, pose beaucoup plus de questions. Et tout d’abord sur quel fondement juridique le Conseil de l’Union européenne sanctionne t-il un citoyen suisse ? Ensuite si X. Moreau est objectivement un « agent de Moscou » de par ses prises de position et son engagement constant en faveur de la Russie, on ne peut en dire autant de Jacques Baud, ancien officier de l’OTAN, expert renommé en matière militaire et de géopolitique, qui n’a jamais versé dans la propagande mais qui s’est au contraire toujours contenté d’exprimer son expertise là où les médias voulaient bien l’inviter. Ce n’est pas de sa faute s’il n’avait pas son rond de serviette chez LCI ou BFMTV et ce n’est pas sa faute non plus si au fil des mois ses analyses et ses prédictions annonçant la défaite inéluctable du régime de Kiev se sont avérées exactes.
Par ailleurs, les analyses géopolitiques de J. Baud aboutissant au constat que l’OTAN a perdu cette guerre d’Ukraine ne diffèrent en rien de celles d’experts étatsuniens renommés comme John Mearsheimer ou Jeffrey Sachs qui répètent à l’envi à peu près la même chose y compris pour ce dernier devant le Parlement européen.

Est-ce que Cassandre annonçant la chute de Troie était une propagandiste grecque travaillant secrètement pour Ulysse ou Agamemnon ?

Je passerai rapidement sur la liste d’une dizaine de noms de citoyens russes également cités dans cette nouvelle liste de sanctions, parmi lesquels figurent quelques sommités intellectuelles comme des recteurs d’université ou des personnalités politiques ayant eu l’audace de défendre publiquement les positions de leur pays, mais on y trouve aussi – restez bien assis – un lieutenant supérieur et un brave sergent accusés par Bruxelles de s’amuser avec les ondes électromagnétiques du côté de Kaliningrad et qui seraient susceptibles d’avoir gêné les déplacements aériens de Mme von der Leyen. Là on peut dire que les juristes de l’UE ont touché le fond.
Mais derrière ce coup de pub phénoménal pour les deux experts cités plus haut et l’aspect ridicule des sanctions visant deux soldats de l’armée russe se cache une autre décision autrement plus grave et visant elle, toute la sphère russophile européenne.

En effet, dans cette décision du Conseil européen du 15 décembre dernier, figure une autre entité sanctionnée, à savoir le Mouvement International Russophile (MIR). Lancé en mars 2023 à Moscou et visant à fédérer tous les mouvements russophiles du monde, le MIR s’est donné pour tâche de lutter contre la désinformation et la propagande occidentale à travers une myriade d’associations et de personnalités médiatiques. Le MIR a aussi pour vocation de montrer aux citoyens russes que derrière les discours de haine que véhiculent les Macron, Merz et autres Starmer, il y a des millions d’hommes libres dans le monde entier qui non seulement ne considèrent pas la Russie comme leur ennemie, mais qui la voient plutôt comme un facteur d’espérance pour mettre un terme à la mondialisation anglo-saxonne et au fonctionnement d’un monde « régi par des règles » que personne ne connait.

Mais concrètement que signifie la mise sous sanctions de ce mouvement ? Eh bien tout simplement que désormais les polices d’Europe auront quartier libre pour poursuivre et inquiéter toute personne ayant fait montre de russophilie sur la Toile par ses articles, ses commentaires, ses tweets et demain, soyez en sûrs, dans sa correspondance privée. Vous avez vu ce qui est arrivé récemment aux dirigeants de SOS Donbass emprisonnés pour avoir réalisé deux missions humanitaires et une manif pacifique devant un fabriquant de canons ? J’ai moi-même été condamné en 2024 à 6 mois de prison avec sursis pour une mission humanitaire dans le Donbass et il est évident que désormais avec cette décision du Conseil européen, les chiens vont être lâchés et que la police de Macron ne fera aucun cadeau à ceux qu’elle considère comme ses ennemis mortels.

Il faut ajouter aussi à la panoplie des mesures coercitives exercées dans l’Union européenne contre les dissidents, les pouvoirs exorbitants accordés aux banques pour sanctionner leurs clients en dehors de tout cadre légal. En effet une disposition interbancaire plus qu’opaque appelée LAB 4 (Loi Anti Blanchiment) permet à votre banque de vous sanctionner (fermeture de compte, blocage d’opération, refus de réponse…) si vous entrez dans cette catégorie suspectée d’être en rapport avec « l’empire du Mal », comme c’est mon cas, vous êtes considéré à peu près comme un pédophile récidiviste non repenti et digne d’être cloué au pilori.

Toutes ces mesures liberticides montrent que nous assistons en direct à l’agonie de l’Union européenne et au-delà de la république française, et la défaite inéluctable de l’OTAN en Ukraine va entrainer la remise en question de cette politique suicidaire qui a consisté à verser aux corrompus de Kiev des centaines de milliards d’euros au détriment de nos citoyens. La saisie des avoirs russes, le déchainement de haine contre les russophiles, les désordres sociaux dans nos campagnes ou ailleurs, tout cela est le signe d’un effondrement prochain. Les derniers mois du deuxième quinquennat de Macron vont être agités. Accrochez-vous car ça va tanguer !

Emmanuel Leroy

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