Par Kautilya The Contemplator – Le 16 août 2026 – Source Blog de l’auteur
Depuis le début de la campagne de la Russie en Ukraine, il y a plus de quatre ans et demi, une grande partie des commentaires quotidiens sur le conflit se sont concentrés sur les développements sur le champ de bataille, les armes “qui changent la donne”, les tactiques de combat, les frappes, les contre-frappes, les déclarations et tous les reportages habituels qui accompagnent chaque conflit dans le monde. À la base de tout cela se trouve une question fondamentale : que signifie une victoire russe ? Plus précisément, quelles perspectives l’histoire présente-t-elle sur ce que la victoire signifie réellement pour l’État russe et que peut-elle nous dire sur la manière dont le conflit actuel sera réellement réglé ?
Les forces russes avancent lentement mais régulièrement sur les lignes de front, démantelant des fortifications clés qui formaient des nœuds critiques dans les lignes défensives ukrainiennes le long du Donbass. Si la trajectoire actuelle se poursuit, la Russie est en passe de remporter une victoire militaire décisive qui pourrait s’étendre à la capture des villes clés d’Odessa, Mykolayiv ou Kharkiv. La question demeure : alors quoi ? Moscou aura capturé un territoire stratégique mais l’OTAN existera toujours, un État ukrainien, même croupion, pourra continuer à être hostile à la Russie et l’Europe pourra continuer à se réarmer.
Poutine fait la distinction entre la colonisation de l’Ukraine et l’objectif politique plus large. Dans un discours de juin 2024, il déclarait :
« Après avoir résolu la crise ukrainienne, nous pourrons passer à la tâche fondamentale…à savoir, créer un système de sécurité pour toute l’Eurasie ».1,” President of Russia, Moscow, June 14, 2024.]
Dans les objectifs de victoire des dirigeants russes, annoncés par Poutine le 24 février 2022 et réitérés au cours des quatre dernières années, on distingue trois niveaux : la victoire militaire qui implique la destruction de la capacité de l’Ukraine à faire la guerre. La victoire politique qui signifie une Ukraine d’après-guerre qui ne soit plus un avant-poste occidental à la frontière de la Russie. Pour aller plus loin, une victoire systémique signifierait une réorganisation de l’architecture de sécurité européenne sur les principes d’une sécurité pour tous que la Russie a constamment articulés. La Russie pourrait être en mesure de réaliser la première, peut-être la deuxième, mais pourrait ne pas pouvoir réaliser la troisième. Le pari de Poutine sur le temps commence quelque part entre ces trois objectifs.
Étant donné que les dernières années ont réduit les possibilités d’une solution politique pour mettre fin à la guerre, que se passe-t-il si Poutine ne s’attend plus à ce que le champ de bataille réduise cette distance ? La possibilité d’une escalade incontrôlée menant à une guerre nucléaire est l’une des raisons pour lesquelles Moscou fait preuve de retenue en ripostant contre les pays de l’OTAN car cela risquerait de déclencher une guerre directe contre l’OTAN. L’Histoire, cependant, suggère une autre explication : Poutine essaie peut-être de gagner du temps. Il parie peut-être que la Russie peut consolider ses gains militaires pendant que l’ordre politique soutenant l’Ukraine s’avère moins durable que ces gains. L’histoire russe présente à plusieurs reprises la même proposition stratégique : l’ordre politique d’aujourd’hui ne peut être confondu avec celui de demain. Il y a cependant un avertissement, ainsi qu’un précédent, que l’Histoire montre. La patience stratégique ne réussit que lorsque le temps joue en votre faveur. La vraie question est donc de savoir si Poutine a correctement jugé quel camp le temps favorise.
La victoire est politique et pas territoriale
La victoire de l’État russe a rarement découlé uniquement de succès sur le champ de bataille. La victoire n’était considérée comme durable que lorsque la puissance militaire produisait un ordre politique empêchant la réapparition de la menace stratégique à l’origine de la guerre. En 1709, Pierre le Grand a vaincu Charles XII de Suède à la bataille de Poltava. Cette bataille historique a transformé l’équilibre des forces dans la Grande Guerre du Nord. Cependant, les combats se sont poursuivis pendant encore douze ans. La victoire n’a été vraiment remportée que lorsque le traité de Nystad a été conclu en 1721, obligeant la Suède à céder des territoires baltes à la Russie. Peter a ainsi pu sécuriser la position de la Russie dans un nouvel équilibre des forces européen modifié.
Catherine II a suivi la même logique lorsque la Russie a annexé la Crimée en 1783. Le territoire a modifié l’environnement politique et stratégique de l’État russe en lui donnant accès à la mer Noire, permettant le développement de Sébastopol en tant que base navale et projetant la puissance russe dans une région auparavant dominée par l’Empire ottoman.
Le temps comme profondeur stratégique
L’histoire russe présente également un autre problème difficile. Et si un État ne pouvait vaincre un adversaire plus puissant sur le champ de bataille sans risquer la destruction de la puissance militaire même dont dépend sa survie ? En 1812, le tsar Alexandre Ier fut confronté précisément à ce dilemme lorsque Napoléon s’approcha de Moscou après que les armées russes eurent subies une bataille dévastatrice à Borodino. Alors que la reddition de Moscou était envisagée, il découvrit que la Russie possédait une autre ressource stratégique en plus du territoire : le temps. Napoléon avait besoin de vaincre rapidement. Alexandre Ier avait simplement besoin de ne pas perdre rapidement.
De semaines en semaines, la valeur politique des victoires de Napoléon diminuait car Alexandre Ier refusait de négocier. Les lignes d’approvisionnement françaises s’étendaient sur une distance énorme. Pendant ce temps, les forces russes se régénéraient. L’hiver approchait. Ce qui semblait être une profondeur stratégique mesurée en géographie était de plus en plus mesuré dans le temps à mesure que l’équilibre commençait à basculer en faveur de la Russie. La profondeur géographique crée une distance entre un ennemi et le centre politique. La profondeur stratégique temporelle crée une distance entre un présent défavorable et un futur potentiellement plus favorable.
Les déclarations d’Alexandre à l’ambassadeur de France, Armand de Caulaincourt, en mai 1811 font allusion à ce principe :
“Nous ne nous compromettrons pas ; nous avons de l’espace derrière nous, et nous conservons une armée bien organisée. Avec cela, quels que soient les revers que l’on subisse, on n’est jamais obligé d’accepter la paix ; on force son vainqueur à l’accepter. L’empereur [Napoléon] a besoin de résultats aussi prompts que ses pensées sont rapides ; il ne les obtiendra pas de nous”.2
Mikhaïl Koutouzov renforce cette logique lorsqu’il écrit à Alexandre Ier, le 4 septembre 1812 :
« Bien que je ne nie pas que l’occupation de la capitale soit une blessure des plus graves, je n’hésite pas entre cet événement et ceux qui, avec la préservation de l’armée, peuvent par la suite se développer à notre avantage…”3, reproduced in «Клятву верности сдержали»: 1812 год в русской литературе (Moscow: Moskovskii rabochii, 1987).]
Plus mordant encore :
« tant que l’armée de sa majesté impériale est intacte…jusqu’à présent, la perte de Moscou n’est pas la perte de la patrie.»4
Plus tard, Tolstoï reprendra cette idée de Kutuzov dans l’une des formulations les plus mémorables de Guerre et paix :
« La patience et le temps sont mes guerriers »5
Ces mots sont une reconstruction littéraire de Tolstoï et pas une reprise documentée des mots de Kutuzov mais la stratégie qu’ils décrivent est la même.
Quand la Russie frise la défaite : le temps pour se régénérer
Les défaites russes montrent une autre dimension du temps comme ressource stratégique. La Guerre de Crimée a fait perdre à la Russie ses privilèges en Mer Noire. La réponse du ministre russe des affaires étrangères fut :
« La Russie boude, dit-on. Non, la Russie ne boude pas, elle se recueille. »6
Plus tard, il expliqua que « se recueillir » voulait dire que la Russie devait éviter les complications étrangères qui la détournaient de son « développement interne », et utiliser la pause pour « soigner ses blessures, se renforcer et restaurer ses ressources ». Quinze ans plus tard, la défaite de la France face à la Prusse a rompu l’équilibre soutenant l’accord de Crimée, permettant ainsi à Gorchakov de se libérer des conditions de l’accord de Paris de 1856. Ainsi, la défaite n’avait pas terminé la guerre, elle en avait juste changé la chronologie.
Lénine a poussé ce principe encore plus loin. En 1918, faisant face à une défaite face à l’Allemagne, la Russie bolchévique fut obligée d’accepter les conditions de l’humiliant Traité de Brest-Litosvsk. Il expliqua plus tard :
« Nous avons abandonné beaucoup de terrain, mais nous avons gagné un temps pendant lequel nous pouvions nous renforcer…Nous n’avons pas sacrifié les intérêts fondamentaux, nous avons sacrifié des intérêts secondaires et préservé les intérêts fondamentaux.»7
Du territoire a pu être échangé contre du temps car cela a permis de préserver l’État, qui pourra exploiter un futur déséquilibre de l’ennemi. Huit mois plus tard, l’Allemagne impériale s’est effondrée et le règlement imposé à Brest fut annulé.
Au cours de ces trois périodes historiques, trois dirigeants furent confrontés à des adversaires plus puissants et en conclure que l’ordre politique du moment ne pouvait laisser imposer une défaite durable à la Russie. La stratégie fut la même : échanger du territoire contre du temps, sauvegarder l’État, attendre que l’environnement stratégique change. Alexandre Ier a utilisé le temps pour épuiser Napoléon. Gorchakov l’a utilisé pour régénérer les forces de la Russie. Lénine a échangé du territoire contre du temps pour consolider l’État révolutionnaire.
On pourrait être tenté de considérer ces épisodes comme des caractéristiques d’une autre Russie. Pourtant, la pensée de Poutine lui-même révèle un long horizon temporel qui est similaire. En mars 2018, au cours d’un discours à l’Assemblée fédérale, il déclara :
« …l’importance de nos choix, l’importance de chaque étape, de chaque acte est exceptionnellement élevée, car ils déterminent le destin de notre pays pour les décennies à venir.»8, Moscow, March 1, 2018, President of Russia.]
Cette remarque est importante car elle montre que Poutine conçoit les décisions gouvernementales d’une manière séquentielles, sur un horizon temporel qui se conçoit en décennies. Poutine et les dirigeants qui l’ont précédé ont dirigé des systèmes politiques radicalement différents et ont fait face à des épreuves toutes aussi radicalement différentes. La continuité que nous observons ne repose donc pas sur une idéologie ou une personnalité mais sur problème stratégique auquel est confronté l’État russe : qu’est ce qui doit être sécurisé aujourd’hui, ce qui peut être différé et comment l’État peut garder suffisamment de puissance pour exploiter un avenir plus favorable.
Poutine gagne du temps
Comparé aux précédents dirigeants russe, Poutine fait face à un challenge différent dans sa confrontation à l’Occident. Alexandre Ier eut besoin de temps car la Russie n’était pas prête à vaincre Napoléon. Poutine a besoin de temps car vaincre l’Ukraine n’est pas synonyme de victoire. Moscou pourrait accepter un armistice sans dissoudre l’OTAN ni pousser l’Occident à accepter la vision russe d’une architecture de sécurité pour tous.
Poutine serait donc en train de jouer avec deux horloges. La première est l’horloge militaire où la Russie dégrade la capacité de l’ennemi et établit des faits stratégiques. La deuxième est l’horloge politique portant sur l’architecture de sécurité européenne où le contrôle russe est plus faible. Si l’horloge ukrainienne compte en années, l’horloge européenne pourrait compter en dizaines d’années.
Une déclaration de Poutine confirme sa croyance que l’architecture actuelle de sécurité européenne est temporaire. En juin 2024 il déclarait :
« De toute évidence, nous assistons à l’effondrement du système de sécurité Euro-Atlantique. Aujourd’hui, elle n’est tout simplement plus là. Il faut le recréer.»9,” President of Russia, Moscow, June 14, 2024.]
Il rajouta :
« Nous comprenons, bien sûr, que dans la situation actuelle cette thèse peut sembler irréaliste, mais cela va changer.»10
En même temps, ce n’est pas un signe que Poutine attend patiemment que l’Occident se fragmente. Après tout, le temps n’a de valeur stratégique que s’il peut être utilisé pour améliorer sa position sur l’échiquier stratégique. Alexandre Ier a utilisé ce temps pour régénérer son armée. Gorchakov l’a utilisé pour reconstruire la puissance russe, Lénine pour consolider la révolution. La stratégie de Poutine repose sur a) le fait que la coalition occidentale s’affaiblisse b) que la Russie utilise ce temps pour renforcer sa propre position.
Les indices indiquent actuellement que c’est ce qu’elle fait. Elle a réorienté son économie vers l’Asie et le monde non occidental et a réussi à se protéger dans une large mesure des sanctions occidentales. Sa base industrielle de défense s’est élargie et elle a approfondi avec succès ses partenariats avec les principales puissances émergentes, notamment les BRICS+ et l’OCS. Le vrai pari est de savoir si la Russie peut améliorer sa position relative plus rapidement que ses adversaires ne peuvent améliorer la leur.
De la retenue à l’égard de l’OTAN
Ce pari sur le temps pourrait être une autre explication de la raison pour laquelle Moscou fait preuve d’une retenue remarquable en ne ripostant pas contre les pays de l’OTAN en réponse aux attaques à longue portée parrainées par l’Occident. Alors que Poutine fait face à des pressions pour riposter au nombre croissant de frappes contre des infrastructures civiles et (dans des cas antérieurs) militaires critiques, le champ de bataille ukrainien permet à la Russie de concentrer sa confrontation avec l’Occident dans un espace délimité. Le soutien militaire et financier occidental est exclusivement axé sur le soutien de Zelensky et de l’armée ukrainienne. Les militaires de l’OTAN ne sont pas directement entrés dans le combat.
Une guerre à grande échelle contre l’OTAN briserait ce confinement. La Russie ne dominerait plus l’escalade comme elle le fait actuellement en Ukraine. Elle serait obligée de combattre les forces de l’OTAN directement sur une très longue ligne de front, allant jusqu’aux régions de l’Arctique, de la Baltique et de la mer Noire, tout en défendant simultanément Kaliningrad, l’ouest de la Russie et des infrastructures stratégiques critiques au plus profond du pays. Ses forces armées, ses lignes d’approvisionnement et ses formations de réserve devraient faire face à champ de bataille beaucoup plus vaste, avec la menace d’une escalade incontrôlée et d’une guerre nucléaire. Pourquoi échanger un conflit géographiquement contraint où la Russie pense pouvoir l’emporter contre une guerre totale où elle pourrait perdre le contrôle de l’escalade ? Une guerre contre l’OTAN fusionnerait les deux horloges de Poutine en une seule.
Pour l’Occident, une frappe russe sur le territoire de l’OTAN transformerait la politique européenne du jour au lendemain. Des gouvernements européens très impopulaires verraient cela comme un cadeau stratégique extraordinaire. Cela justifierait des années d’avertissements contre la Russie, légitimerait son engagement envers l’Ukraine, rehausserait sa cote, accélérerait le réarmement et permettrait de réprimer l’opposition intérieure en utilisant les impératifs de sécurité nationale. De plus, l’objectif de l’OTAN deviendrait soudainement évident. La coalition que Poutine espère que le temps affaiblira risquerait d’être renforcée par une escalade russe.
C’est là que l’histoire a une résonance contemporaine. Koutouzov a abandonné Moscou parce que la préservation de l’armée préservait la capacité de la Russie à continuer à se battre. Gorchakov a évité les enchevêtrements lors de la reconstruction du pouvoir russe. Lénine a renoncé à la terre au lieu risquer la survie de l’État qui pourra la récupérer plus tard. Poutine applique peut-être cette logique dans le contexte actuel. Une guerre directe avec l’OTAN pourrait transformer une guerre que la Russie pense pouvoir soutenir en une guerre dont l’escalade pourrait menacer l’État lui-même. Bien que les conditions diffèrent d’un dirigeant à l’autre, le principe sous-jacent reste cohérent : ne gaspillez pas les instruments du pouvoir politique et militaire dont dépendent toutes les options futures. La préservation de l’armée préserve l’autonomie stratégique de l’État. Les représailles les plus satisfaisantes pour l’honneur pourraient être les plus dommageables sur le plan stratégique. En tant que telle, la Russie doit éviter de tomber dans la provocation et perdre sa mise sur le temps.
L’Occident comprend le pari de Poutine
Il existe de nombreuses preuves que les adversaires de Poutine comprennent cette stratégie. Victoria Nuland a déclaré que Poutine pensait qu’il pouvait « attendre que l’Ukraine soit hors-jeu » et même que « nous soyons tous hors-jeu »11 L’ancien Premier ministre britannique Rishi Sunak a explicité le souhait de déjouer ce pari :
« Poutine ne nous survivra jamais. Nous serons là pour l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra ».12
L’Occident considère ce combat comme un combat d’endurance politique et a mis en place sur des mécanismes institutionnels pour garantir que le soutien à l’Ukraine résistera aux changements de gouvernement. L’arme de Poutine est le temps politique. Il parie que les gouvernements changeront plus vite que les objectifs stratégiques russes.
Quand le temps devient un piège
L’histoire russe, cependant, fournit également un avertissement sévère. Staline a montré les conséquences d’une mauvaise lecture du temps. De la signature du Pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 au lancement de l’opération Barbarossa le 22 juin 1941, l’Union soviétique avait vingt-deux mois pour se préparer à une guerre contre l’Allemagne. Dans les mois et les semaines précédant l’invasion allemande, malgré les nombreux renseignements fournis à Staline pour l’avertir d’une attaque imminente, il refusa de conclure qu’Hitler se préparait à envahir. Les conséquences ont été désastreuses. L’erreur ne fut pas d’acheter du temps, mais de mal juger la quantité restante.
En fait, l’expérience soviétique offre un avertissement supplémentaire de ce genre de mauvais jugement. Les dirigeants soviétiques croyaient que le capitalisme, avec toutes ses contradictions inhérentes, finirait par se détruire de lui-même. Nikita Khrouchtchev est connu pour sa déclaration selon laquelle « Que cela vous plaise ou non, l’histoire est de notre côté. On va vous enterrer ».13 Le communisme survivra peut-être au capitalisme au sens historique mais l’Union soviétique a disparu en premier.
La stratégie de Poutine dépend donc de quatre facteurs : combien de temps la Russie peut-elle continuer cette guerre sans se dégrader de manière inacceptable ? L’unité occidentale s’affaiblira-t-elle plus vite que l’unité russe ? Les victoires russes diviseront-elles l’Europe ou la rendront-elle plus unie contre la Russie ? Et enfin, quand la Russie devra-t-elle transformer ses gains militaires en un règlement politique ?
Quand l’horloge tourne
La Russie peut déterminer que l’horloge a tourné si un changement significatif, qui favorise Moscou, se produit dans l’équilibre européen des pouvoirs. Cela peut inclure n’importe quelle combinaison de reconnaissance de la neutralité de l’Ukraine, de changement géopolitique tectonique qui nécessiterait la participation de la Russie à la sécurité européenne, une érosion du régime de sanctions ou un retrait américain d’Europe. Aucun de ces résultats ne peut être prédit pour l’instant.
Moscou parie que ses objectifs peuvent survivre à l’unité occidentale. L’Occident parie que ses institutions peuvent survivre à la capacité de la Russie à soutenir la guerre. Ni l’un ni l’autre ne sait quel côté aura raison. Penser en décennies n’est pas en soi une sagesse stratégique. La sagesse réside dans la compréhension de ce que ces décennies peuvent changer. La question n’est pas de savoir si Poutine possède une patience stratégique, il s’agit de savoir s’il a correctement identifié pour quel camp joue le temps.
Kautilya The Contemplator
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
Notes
- Vladimir Putin, “Встреча с руководством Министерства иностранных дел [Meeting with the Leadership of the Ministry of Foreign Affairs ↩
- Albert Vandal, Napoléon et Alexandre Ier: L’Alliance russe sous le Premier Empire, vol. III, La Rupture (Paris: Plon, 1896), recounting Caulaincourt’s June 5, 1811 conversation with Napoleon, in which Caulaincourt reported Alexander I’s earlier remarks to him. ↩
- М. И. Кутузов, “Рапорт М. И. Кутузова Александру I о причинах оставления Москвы 1812 г. сентября 4” [Report of M. I. Kutuzov to Alexander I on the Reasons for Abandoning Moscow, September 4, 1812 ↩
- М. И. Кутузов: Сборник документов, vol. 4, part 1, July–October 1812, ed. L. G. Beskrovny (Moscow, 1954), p. 234. ↩
- Л. Н. Толстой, Война и мир, Том IV, Часть II, Глава XVII, in Полное собрание сочинений в 90 томах, т. 12 (Москва: Художественная литература, 1940), с. 120. ↩
- Alexander M. Gorchakov, circular dispatch to Russian diplomatic missions abroad, August 21 (September 2), 1856. ↩
- В. И. Ленин, «Доклад о концессиях», 6 декабря 1920 г., in Полное собрание сочинений, 5th ed., vol. 42 (Moscow: Издательство политической литературы), p. 58. ↩
- Vladimir Putin, «Послание Президента Федеральному Собранию» [Address to the Federal Assembly ↩
- Vladimir Putin, “Встреча с руководством Министерства иностранных дел [Meeting with the Leadership of the Ministry of Foreign Affairs ↩
- Ibid. ↩
- Victoria Nuland, “The Two-Year Anniversary of Russia’s Full-Scale Invasion of Ukraine,” remarks at the Center for Strategic and International Studies, Washington, D.C., February 22, 2024. ↩
- Rishi Sunak, “Prime Minister Rishi Sunak’s Address to the Ukrainian Parliament,” Verkhovna Rada, Kyiv, January 12, 2024, Prime Minister’s Office, 10 Downing Street. ↩
- Nikita S. Khrushchev, remarks to Western diplomats at a reception for Władysław Gomułka, Polish Embassy, Moscow, November 18, 1956; contemporary account in “Foreign News: We Will Bury You!,” Time, November 26, 1956; see also Memoirs of Nikita Khrushchev: Statesman, 1953–1964 (Penn State University Press, 2007), 893. ↩