Pour en finir avec la dernière dictature du XXe siècle


Par Emmanuel Leroy − Novembre 2016

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Le XXe siècle a été le théâtre d’une confrontation entre trois idéologies totalitaires, étroitement imbriquées entre elles, nazisme, communisme et libéralisme. Elles ont des points communs et des divergences, mais toutes visaient à l’asservissement des hommes. Les deux premières ont heureusement disparu, mais il en reste une dont les ravages se font toujours sentir. Elle est probablement la plus dangereuse, d’abord parce qu’elle a vaincu successivement les deux autres en démontrant par là sa supériorité, ensuite parce qu’à la différence des deux premières, elle avance masquée sous la bannière attrayante des droits de l’homme, de l’abondance et de la liberté.

Toutes trois ont en commun d’être des idéologies du passé totalement inadaptées aux problématiques de notre temps. Par ordre d’apparition, on a assisté d’abord à la naissance du libéralisme au XVIIIe siècle, puis du communisme au XIXe et enfin du nazisme au début du XXe. D’une certaine manière, les deux dernières peuvent s’analyser comme des réactions aux excès d’inégalités que suscitait déjà le libéralisme. Réaction au libéralisme, mais aussi au communisme, le nazisme devait sombrer dans ce qui restera comme une des plus abominables dictatures de tous les temps.

Avec le recul du temps, on mesure mieux le rôle que les Anglo-Saxons ont joué dans l’avènement au pouvoir et le soutien discret mais tangible à ces deux systèmes totalitaires destinés à s’affronter l’un l’autre pour laisser la place au «libéralisme» triomphant après leur épuisement mutuel. Ce qui objectivement, sur le temps long, s’est bien déroulé ainsi.

Les points communs de ces trois systèmes, outre leur commune origine puisée dans l’idéologie des Lumières, reposent d’abord sur l’utilisation des masses à la fois comme objet de pouvoir et comme instrument de domination. Une distinction toutefois entre le libéralisme et les idéologies militaristes est que la première atomise les individus pour mieux les massifier dans l’indifférencié, alors que les deux autres tentaient d’obtenir l’adhésion des masses sur la foi en la suprématie d’une race ou d’une classe.

Une fois que la masse est circonvenue et adhère à l’idéologie, par la persuasion et/ou la terreur, elle devient l’esclave de l’oligarchie au pouvoir et les individus qui la composent deviennent des militants actifs au service exclusif du système en place, quel qu’il soit. On a pu observer ce phénomène après la Seconde Guerre mondiale avec la transformation rapide, en République démocratique allemande, des militants nazis qui se sont transformés sans état d’âme en militants communistes du jour au lendemain, et on a vu également, dans les ex-pays communistes d’Europe de l’Est, la nomenklatura communiste se transformer en oligarchie libérale avec une simplicité et une rapidité déconcertantes.

Autre point commun, la domination d’une caste de privilégiés sur les masses : parti nazi ou parti communiste pour les deux idéologies que l’on peut qualifier de dictatures manifestes, mais plus grande subtilité de la part de l’idéologie libérale dont les véritables dirigeants, invisibles aux yeux des assujettis, sont beaucoup plus discrets, ne portent pas d’uniformes ou de vêtements de cérémonie (pas en public en tout cas) et ne paradent pas sur des tribunes officielles devant des armées défilant au pas de l’oie.

Les militants de base du Système, de l’idéologie «libérale» anglo-saxonne, véritables supplétifs de la grande finance, sont les hommes politiques, y compris chefs d’État, journalistes, hommes d’affaires, syndicalistes, universitaires, «experts»… qui ne sont placés là que pour veiller à ce que les masses adhèrent sans broncher au but final – à savoir la mise en esclavage dans le projet de «gouvernance mondiale» – en valorisant tout ce qui divise, affaiblit,  avilit et annihile le peuple (immigration de masse, avortement, mariage pour tous, promotion de toutes les déviances…) et en stigmatisant les derniers défenseurs des véritables libertés et des valeurs traditionnelles.

Méthodes comparables encore de ces trois idéologies dans l’utilisation de la propagande, ou de la publicité, qui vise à conditionner les foules pour les faire obéir à des réflexes pavloviens, supériorité d’une race, supériorité d’une classe, ou plus subtil de la part de l’idéologie anglo-saxonne, à savoir la fabrique du consentement en insufflant un besoin artificiel de consommation irrépressible et un désir d’individualisme forcené comme la forme la plus aboutie de la liberté.

Autre parallèle que l’on peut établir entre ces trois idéologies est celui de la notion d’enfermement. Le nazisme et le communisme resteront dans l’histoire comme les deux dictatures les plus sanguinaires qui aient jamais existé et au-delà des guerres qu’elles ont suscitées, c’est dans l’emmurement et l’extermination de leurs opposants qu’elles étaient contraintes d’agir pour assurer leur pérennité.

Mais là encore, la dictature libérale est plus habile : pas de camp de concentration, pas d’extermination de masse (pas encore ?), mais utilisation massive des médias pour intoxiquer quotidiennement les peuples, grâce notamment à l’instrument majeur de contrôle des esprits que constituent la télévision et maintenant Internet et les réseaux sociaux. Si l’enfermement est plus subtil, il est néanmoins présent par l’omniprésence et l’omnipotence de l’argent, et surtout de l’argent-dette qui enchaîne l’individu dans une frénésie de consommation stérile qui ne sert qu’à enrichir les commanditaires du Système et à asseoir leur domination par le processus d’économie de rente qu’ils ont mis en place et que protègent les agents stipendiés du Système.

Autre raison de la pérennité du plus vieux système d’oppression des peuples, est qu’il a l’habileté de se cacher derrière ce qu’il appelle «la main invisible du marché». De ce fait, ceux qui accaparent les plus grandes richesses deviennent les véritables maîtres de cette main invisible par leur capacité à orienter ce marché dans le sens qui leur convient (cf L’étude scientifique la plus aboutie et la plus indiscutable sur cette question).

Ensuite, et c’est là que se situe le véritable nœud gordien du libéralisme, l’habileté suprême de Big Brother, c’est que nous sommes tous partie prenante de ce système, quand bien même nous le combattons, dès lors que nous consommons à travers les circuits qu’il a organisés, nous alimentons la machine destinée à nous asservir, car tout le processus de consommation converge in fine vers les banques centrales que le Système contrôle (cf. Valérie Bugault).

Le seul moyen de trancher le nœud est de redonner au politique toute sa place et à l’économie rien que sa place, L’économie n’est pas une science, mais un simple moyen destiné à être au service de l’homme et ne doit pas être un vecteur utilisé pour mettre l’homme au service de l’économie.

Dernier élément de comparaison entre ces trois dictatures, apparemment si dissemblables, le manque total de respect pour l’être humain. Face à ces trois visions totalitaires du monde, une seule attitude est possible, c’est celle de la résistance à l’oppression. Tout autre choix relèverait de l’esprit de collaboration. Il n’est plus nécessaire, et c’est heureux, de lutter contre le fascisme et le communisme sur notre continent, mais il est du devoir de tous les patriotes, de tous ceux qui aiment leur pays et leur culture, de tous ceux pour qui le mot de liberté a encore du sens, de marcher ensemble pour abattre la dernière vieille dictature encore debout en ce début de IIIe millénaire, la dictature de l’argent.

Pour mettre quoi à la place me direz-vous ? Eh bien, peut-être est-il temps de se pencher vers une véritable révolution conservatrice, sachant marier dans une dialectique fructueuse le passé et l’avenir et étudier peut-être de plus près ceux qui prônent une Quatrième théorie politique (cf. A. Douguine). Ex oriente lux ? Je le crois !

Emmanuel Leroy

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