Ne dites plus armée mexicaine…


Vingt-et-un généraux US conduisent la guerre contre ISIS alors que les États-Unis ne les combattent pas !


Nancy A. YoussefPar Nancy A. Youssef – Le 3 mars 2016 – Source The Daily Beast

Il n’y a que cinq mille soldats américains en Irak, c’est habituellement l’effectif commandé par un colonel. Mais pour cette guerre contre ISIS, vingt-et-un généraux ont été désignés. Pourquoi?

Dans la guerre contre l’État islamique auto-proclamé, l’armée américaine est notamment à court de soldats, mais apparemment pas de généraux.

Il y a au moins douze généraux américains en Irak, un nombre étonnamment élevé pour une guerre qui, si vous croyez le porte-parole de la Maison Blanche, ne comporte pas de troupes américaines au combat. Et ce nombre est, au mieux, une estimation prudente, ne tenant pas compte des officiers généraux exécutant la guerre aérienne [fictive, NdT] des États-Unis, les amiraux apportant leur aide à partir de la mer, ou leurs supérieurs au Pentagone.

Au quartier général des États-Unis en Irak, dans la zone verte fortifiée de Bagdad, les majors et colonels se trouvent souvent à saluer des supérieurs à un rythme qui surpasse le Pentagone et certainement toute installation militaire normale. Avec environ 5 000 soldats déployés pour la guerre contre ISIS en Irak et en Syrie, cela signifie qu’il y a un général pour 416 hommes de troupes, grosso modo. Pour comparer, il y a dans l’armée américaine des capitaines en charge de cet effectif.

En outre, beaucoup de ces généraux viennent avec le personnel et la bureaucratie dont certains soutiennent qu’elle ralentit la prise de décision contre un groupe terroriste agile.

L’administration Obama a souvent fait valoir que les États-Unis maintiennent une empreinte légère en Irak, pour rassurer le public américain que son armée n’est pas de retour là-bas. En effet, à certains moments, les États-Unis n’ont pas reconnu où ils avaient déployé des soldats, jusqu’à ce que l’un d’entre eux soit tué.

Mais si l’empreinte américaine est si petite, pourquoi la guerre demande-t-elle autant de généraux ?

Il y a le général trois étoiles en charge de la guerre, le général d’armée Sean MacFarland, et ses deux adjoints, dont l’un est en Irak en permanence. Il y a le général deux étoiles en charge de la guerre au sol, le major général Gary Volesky, et ses deux adjoints, qui voyagent aussi entre l’Irak et le Koweït. Il y a le général à deux étoiles en charge de la coopération sécuritaire, des choses comme les ventes de matériel militaire, et son adjoint.

Ensuite, il y a les généraux une étoile en charge du renseignement, des opérations en cours, des opérations futures, du ciblage et du soutien au théâtre d’opération.

Il y a aussi un nombre non défini de commandants des Forces spéciales sur le champ de bataille, dont l’armée ne parle pas publiquement ; on suppose qu’il y a au moins un général à une étoile par douzaine de commandants des Forces Spéciales.

Et ce n’est que le début,  le contact difficile de la guerre au plus près. Ce chiffre ne comprend pas la foule des généraux en poste dans des endroits comme Bahreïn, le Koweït et le Qatar pour soutenir la mission. Pas plus qu’il ne compte le général trois étoiles de l’US Air Force et son adjoint deux étoiles en charge du Commandement central des forces aériennes, dont le siège est à Shaw Air Force Base, Caroline du Sud. Ensuite, il y a un général trois étoiles des Marines en charge du Commandement central des forces du Corps, basé à MacDill Air Force, en Floride, et son adjoint et leurs homologues des Marines. Les trois commandements sont en charge du Moyen-Orient.

Pour finir, il y a un certain nombre de généraux des autres pays de la coalition, environ soixante. Le Daily Beast en connaît trois qui soutiennent les généraux US – en Australie et au Royaume-Uni.

Une fois que tous ces généraux supplémentaires sont inclus, il y a au moins vingt-et-un officiers supérieurs en Irak, un nombre que même des responsables militaires reconnaissent sous-estimé, car il est probable qu’il y a d’autres généraux de la coalition et éventuellement d’autres commandants des Forces spéciales.

Officiellement, il n’y a que 3 870 hommes de troupe américains, soit l’équivalent d’une brigade lourde, qui est généralement dirigée par un colonel. Un colonel.

Cependant, comme The Daily Beast l’a d’abord rapporté, il y a effectivement plus de 5 000 soldats, mais c’est encore loin d’une présence qui exige une telle quantité de généraux.

Les responsables de la défense ont justifié le déploiement de tant de généraux à The Daily Beast. Ils ont dit que dans une guerre où il y a tellement de types différents de combattants, vous avez besoin de généraux pour coordonner. Le combattant d’aujourd’hui est plus efficace et plus meurtrier, grâce à l’amélioration de la technologie; il a donc besoin d’un commandant disposant de l’autorité appropriée pour l’autoriser à utiliser ce pouvoir. Le renseignement nécessaire pour atteindre la ligne de front est si complexe qu’il exige les talents d’un général une étoile, voilà les arguments que les responsables de la défense ont fait valoir à The Daily Beast.

Bien sûr, il est étrange de se vanter de la létalité de ses armes lorsque le Département de la Défense a dit à plusieurs reprises que les troupes américaines «n’étaient pas dans une mission de combat actif» en Irak.

Ces fonctionnaires disent aussi qu’il est normal que les chefs militaires irakiens s’engagent avec un homologue américain de même rang.

«Quand vous regardez ce qu’ils font, ce dont ils ont la charge et comment ils fournissent un appui, je pense que c’est justifié», a expliqué un fonctionnaire de la défense à The Daily Beast.

Certains défenseurs offrent une réponse plus simpliste – l’armée US a toujours utilisé cette structure pour déployer des généraux dans des endroits comme l’Irak.

Il existe en règle générale deux types de généraux dans l’armée des États-Unis, ceux qui commandent les troupes et ceux qui soutiennent la lutte. L’armée fait valoir que, en Irak, les États-Unis ont besoin de beaucoup plus de ces derniers que des premiers. Les troupes irakiennes, dirigées par des généraux irakiens, devraient façonner les lignes de front, disent-ils.

Mais les critiques font valoir que cette dépendance à l’égard de généraux américains situés dans les zones éloignées du champ de bataille suggère non seulement un manque de compétences irakiennes, mais obscurcit aussi l’effort des États-Unis.

«Avoir ce nombre de généraux et d’officiers, donne l’apparence d’un engagement sans la substance de l’engagement», a expliqué à The Daily Beast Christopher Harmer, un analyste de la marine à l’Institut basé à Washington pour l’étude de la guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre du Vietnam et la Guerre froide, l’armée américaine a réduit le format de ses troupes d’hommes du rang, mais n’a pas réduit proportionnellement la taille de son corps de généraux et d’officiers supérieurs. Le résultat est une critique de longue date d’un outil militaire trop lourd que certains trouvent trop coûteux et pas aussi efficace que souhaité.

En mai 2013, le rapport du Gouvernement Accountability Office [une sorte de cour des comptes, NdT],  a conclu, par exemple, que «les coûts de mission et de soutien au commandement combattant du quartier général ont plus que doublé entre les exercices 2007 à 2012, à environ $1,1 milliard».

Dans le passé, plusieurs secrétaires à la Défense ont essayé de réduire le nombre de généraux. L’ancien secrétaire à la Défense Chuck Hagel a tenté de réduire le nombre d’officiers généraux et de civils de 20 %, mais n’a pas été en poste assez longtemps pour y arriver. Robert Gates, le secrétaire à la Défense pendant le pic des guerres en Irak et en Afghanistan, a proposé de supprimer 50 généraux et amiraux.

Il n’est pas évident que les efforts de Gates aient réussi dans l’armée d’aujourd’hui. En plus de tous ces généraux au Moyen-Orient, il y en a des dizaines d’autres au commandement central américain à Tampa, qui est en charge du Moyen-Orient, et au Pentagone, qui soutiennent également les efforts des États-Unis en Irak et en Syrie, à tel point qu’il est impossible de dire combien de généraux font partie de l’effort de guerre des États-Unis.

Mercredi, deux des principaux généraux quatre étoiles dirigeant la guerre, ont pris de nouveaux postes de commandement dans le pays. Le général d’armée Joseph Votel, quittant le commandement des opérations spéciales, est devenu le nouveau chef du Commandement central américain, qui supervise le Moyen-Orient. Le général d’armée Raymond Tony Thomas remplaçant Votel aux opérations spéciales.

Bientôt, ils vont visiter les lignes de front en Irak en s’ajoutant au nombre des généraux américains sur le terrain dans la guerre contre ISIS.

Nancy A. Youssef

Traduit et édité par jj, relu par Diane pour le Saker francophone

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