May et Merkel : concerto pour deux violons quand l’UE flambe


Par Tom Luongo – Le 16 mars 2019 – Source Strategic Culture

Tom LuongoQuand John Petley du Bruges Group a annoncé que la chancelière allemande Angela Merkel avait en fait écrit l’accord de retrait du Brexit, que Theresa May a maintenant présenté à deux reprises au refus de son parlement, cela n’aurait dû choquer personne suivant de près le drame du Brexit.

Information non corroborée ? Certainement. Très probablement vrai donc. 

May and Merkel Fiddle While Their Unions Burn

L’Union européenne ne veut pas du Brexit. Et si cela se produisait, cela ne serait acceptable pour elle que s’il ressemble à l’accord que Mme May a présenté à la Chambre des communes à deux reprises, et qui a été retoqué à chaque fois par une majorité historique.

Ce n’était pas une version du Brexit que les gens avaient en tête. Pas l’électeur travailliste d’esprit simple et surtout pas l’électeur d’esprit souverain à la Nigel Farage.

En bref, c’était une trahison de toute chose fondamentalement nationaliste.

La semaine dernière, j’ai regardé beaucoup de débats du parlement britannique, et j’utilise ce mot très librement, la situation dans laquelle Mme May et les députés ont mis le pays est, en un mot, honteuse.

May et Merkel ont toutes deux mal calculé ce que le peuple britannique accepterait. Il est évident que les deux dirigeantes n’ont pensé qu’au type d’influence politique qu’elles pourraient exercer sur la Chambre des communes, ce qui la forcerait finalement à céder au prétendu film d’horreur d’un « Brexit sans accord ».

Ne vous y méprenez pas, le scénario du film d’horreur est principalement écrit par l’Allemagne, dont le système bancaire, déjà bouleversé par d’autres divisions au sein du bloc monétaire, et l’économie, axée sur les exportations, pâtiraient du fait que les Britanniques contrôleraient davantage le taux de change de leur monnaie, livre contre l’euro.

Une livre dévaluée serait le premier résultat d’un Brexit sans accord. Bon pour le secteur manufacturier britannique qui souffre depuis longtemps et mauvais pour l’Allemagne, le Royaume-Uni étant le principal marché d’exportation de l’Allemagne.

Sur le plan économique et philosophique, l’absence d’accord est le meilleur accord pour le Royaume-Uni. Mais ne le dites pas aux députés qui en ont très peur.

Mais ce qui importe le plus, c’est que tout cela n’est que le symptôme d’un problème beaucoup plus profond, la lourdeur de l’Union européenne elle-même.

L’Allemagne et les élites qui ont poussé ce projet, les financiers non élus que j’aime appeler La foule de Davos, sont opposés à tout ce qui empêche l’achèvement de l’Union.

La vague de ferveur politique nationaliste qui traverse le continent est toutefois une conséquence de leur tentative de former une union politique et fiscale qui dépasse de loin le mandat original vendu aux électeurs lors de leur adhésion.

Et cela menace de déchirer l’Union de Mme Merkel. C’est la raison pour laquelle elle et son groupe à Bruxelles s’engagent si fermement à mater le peuple britannique. Ils doivent envoyer le bon message en Italie et en Hongrie. C’est pourquoi ils veulent $39 milliards.

C’est la raison pour laquelle ils utilisent la non-question de la frontière irlandaise pour lier le Royaume-Uni à l’union douanière et au marché unique. Mais, ne vous méprenez pas, tout comme le traitement horrible que Merkel a infligé à la Grèce a été considéré comme inacceptable par les Européens en 2015, ils voient la façon dont les Britanniques sont traités, et ils sont tous aussi consternés.

Merkel, Juncker et Cie, tous ont vu les divisions au sein des partis travailliste et conservateur qui résultent de leur planification alors qu’ils étaient considérés comme des atouts. Mais ils ne le sont pas. Peut-être qu’à court terme, ils obtiendront ce qu’ils veulent, un autre prétexte pour botter la canette un peu plus loin sur le chemin.

Mais à long terme, tout cela ne fait que préparer le nouveau tour de Brexit à venir, avec un ensemble de circonstances beaucoup moins souples. Parce que, comme je l’ai dit plus tôt, ils ont mal calculé. Les Britanniques en ont marre des élites de l’Union et de leur propre gouvernement.

Le parti travailliste crie à tue-tête pour essayer de se sortir du coin dans lequel il s’est enfermé. Parce qu’il sait lire les sondages. Et ce qui était une solide avance des travaillistes en hiver est devenu une solide avance des conservateurs au printemps.

Car, aussi divisés que soient les conservateurs, les électeurs comprennent qu’ils sont plus nombreux à vouloir mettre en œuvre leur volonté que les députés travaillistes. Et cela compte pour quelque chose.

Mme May a fait tout un tas de choses en pensant qu’elle pourrait faire signer un accord aux forceps au Parlement, qui satisferait l’Union tout en détruisant le système traditionnel à deux partis de la Chambre des communes.

Et c’est la raison pour laquelle je dis aux cyniques endurcis qui pensent que ces gens sont tout-puissants, qu’en vérité, ils ne le sont pas. Ils sont malins mais ils ne sont pas intelligents. Ils font la même chose que ce qui a fonctionné auparavant et exécutent le même script. Le Brexit ressemble exactement aux discussions sur la dette grecque.

Merkel n’a pas mis à jour son script pour 2018. Cette fois-ci ce n’était pas une brève négociation à court terme. C’était un processus de trois ans qui a mis à l’épreuve la patience de 66 millions de Britanniques. Et ils ont vu le vrai visage de l’UE et de plus en plus de gens ne veulent pas en faire partie.

Merkel et Juncker tentent de conserver leur position dominante sur les Britanniques et, à leur tour, de conserver une Union en train de faillir. May et son cabinet essaient de conserver une relation avec l’UE alors que le Royaume-Uni lui-même risque maintenant d’échouer.

Les Écossais font pression pour l’indépendance afin de rester dans l’UE. Le Pays de Galles commence à y réfléchir. L’Irlande du Nord n’aime pas être le cheval de Troie de qui que ce soit.

Ils ont complètement sous-estimé la volonté du peuple et cela leur coûtera le peu de crédit qu’il leur reste auprès des électeurs. N’oubliez pas que la confiance perdue dans les institutions gouvernementales engendre une perte de confiance dans l’argent et leur capacité à le gérer.

Si vous voulez un catalyseur pour une crise de la dette souveraine en Europe, ne cherchez pas plus loin que le Brexit maintenant, ou, plus tard, les effets en aval d’un Brexit retardé.

Si une prolongation est approuvée par l’UE et accordée aux Britanniques, les eurosceptiques passeront de 32 à 33% du Parlement européen sur 705 sièges, à probablement 35 à 36% d’un plus grand Parlement incluant les Britanniques.

Parce que si le Brexit est retardé et trahi, pensez-vous que les députés restants seront élus en masse ? Ou pensez-vous que Farage, et ses semblables, ne vont pas envahir Bruxelles fous furieux ?

Merkel et May ont peut-être gagné cette bataille en utilisant leurs idiots utiles comme Anna Soubry et Ian Blackford, mais elles vont perdre la guerre parce que le reste de l’Europe en a marre d’être poussé comme du bétail vers un avenir dont il ne veut pas,  pour lequel il n’a jamais signé, et qu’il ne veut plus payer les violons du bal des élites.

Pas étonnant que les Gilets jaunes continuent de manifester chaque week-end.

Tom Luongo

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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