L’Inde va finir par regretter l’annexion faite aujourd’hui de la province de Jammu-et-Cachemire


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 5 aout 2019

Le gouvernement formé par la droite nationaliste Hindutva et dirigé par le président Narendra Damodardas Modi vient de révoquer l’autonomie du Jammu-et-Cachemire. Cela va entraîner une guerre civile qui pourrait facilement dégénérer en nouveau conflit entre l’Inde et le Pakistan, tous deux dotés d’armes nucléaires.


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Un peu d’histoire est nécessaire pour comprendre le problème :

Au moment du retrait britannique de l'Inde, le maharaja Hari Singh, qui dirigeait l'État du Cachemire, préféra devenir indépendant et rester neutre entre l'Inde et le Pakistan. Cependant, un soulèvement dans les districts de l’ouest de l’État suivi d’une attaque par des pillards de la province voisine de la frontière nord-ouest, attaque appuyée par le Pakistan, mit fin à ses projets d’indépendance. Le 26 octobre 1947, le Maharaja signait le protocole d’adhésion au Dominion de l’Inde en échange d’une aide militaire. Les districts de l'ouest et du nord actuellement connus comme Azad Cachemire et Gilgit-Baltistan sont passés sous le contrôle du Pakistan, tandis que le territoire restant est devenu l'État indien de Jammu-et-Cachemire.

Le protocole d’adhésion était limité à certains sujets. Il n’a pas été décidé de la dissolution de l’État autonome :

Le protocole d'adhésion, signé en octobre 1947 par le maharaja de l'époque, Hari Singh du Cachemire, ne précisait que trois domaines pour lesquels l'État transférerait ses pouvoirs au gouvernement indien : les affaires étrangères, la défense et les communications. En mars 1948, le Maharaja nomma un gouvernement intérimaire dans l'État, avec Cheikh Abdullah comme Premier ministre. Le gouvernement intérimaire était également chargé de convoquer une assemblée constituante pour élaborer une constitution pour l'État. Entre-temps, l'Assemblée constituante de l'Inde menait ses délibérations. En juillet 1949, Cheikh Abdullah et trois de ses collègues ont rejoint l’Assemblée constituante indienne et ont négocié le statut spécial de J & C, qui a conduit à l’adoption de l’article 370.

Cet article limitait le pouvoir législatif de l’Union sur le Cachemire à ces trois sujets. Si le gouvernement de l'Union souhaitait étendre d'autres dispositions de la Constitution indienne, il devait d’abord émettre un décret présidentiel en vertu de l'article 370. Le gouvernement de l'État devait donner son accord préalable à ce décret. De plus, l’assemblée constituante de J & C devait accepter ces dispositions et les incorporer dans la constitution de l’État. Une fois que la constitution du Cachemire a été formulée, le pouvoir législatif de l’Union ne pouvait plus être étendu à l’État. Cela garantissait l’autonomie de J & C.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les dispositions de l’article 370 ont été inscrites comme «temporaires» dans la Constitution indienne : les contours finaux des relations constitutionnelles de l’État avec l’Union devaient être déterminés par l’assemblée constituante de J & C.

Aujourd’hui, Amit Shah, président de la Chambre haute indienne, a annoncé la révocation unilatérale de l’article 370 (et de l’article 35a correspondant).

Le ministre de l'Intérieur, Amit Shah, a annoncé que le gouvernement avait publié une notification supprimant l'article 370 de la Constitution indienne. L’article 370 de la constitution est une «disposition temporaire» accordant un statut autonome spécial au Jammu-et-Cachemire.

En outre, le gouvernement a également ordonné la division du Jammu-et-Cachemire en deux territoires. Alors que le territoire de l’Union du Ladakh sera dépourvu de législature, le territoire de l’Union du Jammu-et-Cachemire sera doté d’une législature. «Nous avons quatre projets de loi sur le Cachemire. Nous sommes prêts à tout discuter et à donner des réponses sur tout », a déclaré Shah, au milieu du chaos à Rajya Sabha.

Le mouvement a créé un esclandre (vidéo) au parlement.

La province de J & C est majoritairement musulmane. Elle est stratégiquement importante car les sources du principal approvisionnement en eau du Pakistan, le système hydrographique de l’Indus, sont situées dans les montagnes de J & C. Les nationalistes pakistanais estiment que cela devrait faire partie de leur État.


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Lorsque les États-Unis ont incité et soutenu des extrémistes musulmans à attaquer l’Union soviétique en Afghanistan, le mouvement s’est étendu au Pakistan et à J & C. Au cours des années 1980 et 90, une insurrection musulmane, soutenue par le Pakistan musulman, s’est battue contre des soldats indiens. Les habitants hindous de J & C ont été chassés. Les 12,5 millions d’habitants de J & C sont depuis lors sous occupation indienne. Entre 500 000 et 700 000 soldats indiens sont stationnés dans cet État. Au cours des dernières décennies, le conflit a en grande partie cessé et il n’y a pas eu récemment d’incidents graves. Jusqu’à présent, le Pakistan n’avait aucun intérêt à aggraver le problème.

Mais le gouvernement fasciste de Modi, récemment réélu, doit nourrir sa base radicale Hindutva. Le statut spécial de J & C protégeait ses habitants contre la migration accablante des hindous venant d’Inde. Modi va maintenant pousser ses partisans à s’installer dans cet État. Son objectif final est de créer un État majoritairement hindou dans un État actuellement majoritairement musulman.

La semaine dernière, l’Inde a ordonné à tous les touristes de quitter J & C. Depuis hier, toutes les lignes de communication avec J & C sont coupées. Les dirigeants locaux ont été assignés à domicile et toutes les écoles et institutions publiques ont été fermées. Des milliers de troupes y ont également été envoyées.

Il est inévitable que les actions d’aujourd’hui conduisent à une nouvelle insurrection dans la province et au-delà. Même si le président pakistanais, Imran Khan, ne tient pas à soutenir une nouvelle guérilla à cause de J & C, l’armée et les autres nationalistes pakistanais feront de leur mieux pour fournir tout le nécessaire.

Cette prédiction est susceptible de se réaliser :

1. [..] Je me sens assez confiant pour faire la prédiction suivante : strictement considéré du point de vue du maintien du statu quo territorial actuel au Cachemire, l'État indien va regretter cette décision d’ici une décennie. Même s'il peut tenir l'ensemble de l'État, cela sera beaucoup plus dur et coûteux. Je pense aussi que cela a donné une marge de manœuvre - diplomatique et juridique - qui n'existait pas auparavant.

2. De même, je pense qu'aucune institution n'est plus heureuse aujourd'hui que [le quartier général de l'armée pakistanaise]. Non, pas même RSS, Times Now ou Republic TV. Félicitations à Modi et Amit Shah pour avoir fait plus pour la position du Pakistan que quiconque à Pindi n'aurait pu l'espérer. Il y a une thèse et demie qui attend d'être écrite sur le nationalisme populaire domestique de droite qui produit une merde stupide et démesurée à l'étranger (je peux penser à certains cas récents).

3. Quiconque à Delhi ou DC ou n'importe où ailleurs essaie d'associer cela à une "menace externe" ne devrait plus jamais faire l'objet d'attention. Croyez-moi, je suis plus que conscient des moments où le comportement du Pakistan a été déterminant dans le comportement de l'Inde au Cachemire, mais cette fois ce n'est pas le cas.

L’Indian Express a publié une mise à jour en direct de la situation. The Dawn pakistanais fournit également une couverture en direct.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

 

 

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