Les objectifs de l’opération
« Bouclier de l’Euphrate »


Le 30 août 2016 – Source dedefensa

Notes de présentation

Quelques notes sans commentaire structuré pour présenter ce texte et compléter nos textes précédents des 27 et 29 août : venu du site Katehon.com (Alexander Douguine), il s’oppose avec vigueur à la thèse très souvent rencontrée chez les antiSystème, selon laquelle Erdogan a « grugé » Poutine à Saint-Pétersbourg, ou bien à la variante Mercouris selon laquelle rien de fondamental ne s’est passé entre Russes et Turcs, que Poutine n’attend rien d’Erdogan qui reste un allié très-obéissant des USA. Katehon.com s’oppose à cette thèse de plus en plus clairement, tout comme il s’oppose à l’idée de la « faiblesse » de Poutine (Paul Craig Roberts notamment) ; c’est une position intéressante dans la mesure où les nationalistes-souverainistes (Douguine) sont les premiers à dénoncer l’aile « Intégrationnistes-Atlanticistes » de la direction russe alors que, dans ce cas, ils défendent Poutine accusé par nombre d’antiSystèmes (PCG) de justement céder à ces « Intégrationnistes-Atlanticistes » russes.

L’auteur de ce texte du 29 août 2016, Soner Polat, est un contre-amiral à la retraite de la marine turque. Son analyse militaire de l’opération Euphrates Shield rencontre totalement, sans surprise bien évidemment, les thèses de Katehon.com. Sa conclusion générale, qui rencontre de ce point de vue effectivement général notre propre appréciation, est que la dérive de la Turquie vers l’Eurasie et la Russie est irrésistiblement en marche, tandis que l’administration Obama ne fait que tenter de protéger sans grand succès un statu quo ante lupanar (plutôt que ante tout court) des positions US dans la région, pour refiler ce bordel régional à l’élu(e) du 8 novembre. (On notera qu’un article du 30 août de l’excellent commentateur du Moyen-Orient Elijah J. Magnier va dans ce même sens du point de vue de la configuration générale de l’opération turque et d’une certaine entente Erdogan-Poutine à ce propos : « Poutine et Erdogan se sont mis d’accord sur un objectif restreint en Syrie : les Kurdes et Nusra seront les principaux perdants ».

dde.org

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Les objectifs de l’opération « Bouclier de l’Euphrate »

Comme c’est bien connu, toutes les opérations militaires ont des objectifs politiques. Les principales données chiffrées me conduisent à penser que l’objectif politique de l’opération Bouclier de l’Euphrate est de garantir l’intégrité territoriale de la Syrie et de créer une zone tampon ou une ceinture de sécurité le long de la frontière turco-syrienne entre Jarablus et d’autres provinces qui sont à moins de 100 km de la Turquie. Il y a trois catégories d’objectifs à cette opération : tactiques, opérationnels et stratégiques.

L’objectif tactique est de nettoyer la zone des terroristes de l’État islamique ainsi que des YPG (Les Unités kurdes de protection du peuple).

L’objectif opérationnel est de mettre en place une ceinture de sécurité s’étirant depuis la frontière turco-syrienne vers l’intérieur de la Syrie, sur 10-15 km de profondeur afin d’empêcher les terroristes de toucher des cibles turques.

Enfin, l’objectif stratégique est d’exercer un contrôle total sur les régions fédérales comme Kobane et autres, sur une superficie de 100 km de long et 45 km de profondeur à partir la frontière turque. Voilà, à mon avis, les objectifs politiques et militaires de cette opération turque transfrontalière.

La prochaine étape sera sans doute de nettoyer Manbij et la région environnante de tous les terroristes, y compris des filiales des YPG. Pour le moment, les troupes turques sont entre Jarablus et Manbij, et je crois qu’elles se déplacent vers le sud.

La composition de l’Armée syrienne libre est la question la plus sensible en ce moment parce que notre position par rapport à eux a été très périlleuse. Je pense que ces troupes sont assez contrôlables, mais on ne peut pas savoir si elles le resteront. L’expérience montre que, au bout du compte, ces types de groupes tombent sous le contrôle de forces d’envergure internationale. La Turquie considère ces groupes comme des opposants modérés au régime, mais nous savons que la Syrie et les pays qui la soutiennent comme la Russie considèrent ces groupes comme des organisations terroristes. Donc, je crois que c’est la question la plus difficile à traiter pour la Turquie en coopération avec les pays voisins et la Russie. Je pense que dans les prochaines étapes de l’opération en Syrie, cette question fera l’objet d’une coordination définie avec les pays de la région et la Russie. Il faudra résoudre ce problème si nous voulons créer un front uni contre les groupes terroristes et les pays qui les soutiennent.

Très honnêtement, je crois que cette opération va aussi contre les intérêts américains. Les États-Unis n’avaient pas d’autre choix que de lui donner le feu vert parce qu’ils sont dans une situation sensible. La Turquie était très déterminée à mener à bien cette opération du fait que trop de bombes ont explosé en Turquie et pris trop de vies. En outre, il est largement admis que les États-Unis étaient derrière le coup d’État manqué. La Turquie se tourne lentement mais sûrement vers l’Eurasie, et la rencontre Poutine-Erdogan a alarmé l’Occident. Si la Turquie reste dans le camp occidental, l’équilibre géopolitique mondial est paralysé. Les Américains vont poursuivre leur politique actuelle jusqu’aux élections présidentielles. En ce moment, ils essaient de revenir au statu quo. Il est très important pour la Turquie d’établir des relations amicales avec la Russie et tous ses voisins. Mais l’Occident ne veut pas perdre la Turquie. Voilà pourquoi les États-Unis ont eu une attitude hésitante concernant l’opération transfrontalière turque.

Traduction des parties en anglais : Marie Staels

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