Le terrorisme comme outil de l’État profond: La politique intérieure [3/5]


Par Franck Pengam − Mai 2016

56 - Tome 1Dans une optique de compréhension globale du phénomène terroriste, nous allons approfondir les profils établis dans les deux parties précédentes, pour rechercher dans quel environnement évoluent les acteurs du terrorisme spectaculaire étatique. Nous allons démontrer que les fragilités psycho-sociologiques, bien étudiées par les sciences humaines et exacerbées par le monde moderne, peuvent tout à fait être instrumentalisées pour amener des individus dans une direction nihiliste précise.


Réflexions sociologiques

Au fait, est-ce que les terroristes que nous avons étudiés sont musulmans ? Ils se
réclament de l’islam en tout cas, mais lequel ? Si l’on considère que les pratiquants de l’islam forment une communauté avec des valeurs communes, il est bon de rappeler que tout groupe sociologique est hétérogène et qu’il existe en effet des visions très différentes de l’islam, notamment selon les zones géographiques et selon le substrat anthropologique des populations.

Les courants de l’islam ne sont pas forcément en concurrence, mais il peut exister des lignes de fracture interne au sein de l’islam global, dirons-nous, tout comme au sein même de courants plus précis. Ici, nous traiterons d’un islam particulier que nous appellerons le wahhabo-takfirisme.

Le wahhabisme est une idéologie politico-religieuse principalement basée en Arabie saoudite et au Qatar. Ce courant, né au XVIIIe siècle, s’est affirmé comme le seul islam authentique et a considéré comme hérétique l’islam traditionnel (chiisme compris), tel qu’il a existé durant les onze siècles précédents. Est mécréant celui qui ne lit pas le Coran de façon rigoureusement littérale, c’est-à-dire tout le monde sauf eux-mêmes. Le takfirisme n’est que le prolongement
de cette pensée. Il est né en Égypte dans les années 1970 et prône l’excommunication des supposés mauvais musulmans et le recours à la violence pour les combattre. Il est à noter qu’à l’époque de la naissance du wahhabisme, il y a eu un consensus entre les grands savants des quatre écoles juridiques sunnites pour désavouer Ibn Abd al-Wahhab et le courant wahhabo-takfiriste qu’il a enfanté. Les autorités juridiques islamiques ont réfuté une à une ses thèses et l’ont considéré comme hérétique et inculte, quant aux fondements-mêmes de la théologie islamique. Ceci n’a pas empêché cette mouvance de s’étatiser durablement à travers l’Arabie saoudite, avec l’aide de l’Empire britannique pendant la Première Guerre mondiale, et de s’exporter ensuite dans de nombreuses zones géographiques après la Seconde Guerre mondiale, avec l’appui de l’empire étasunien. En effet, des milliers de Corans à la sauce wahhabite ont été distribués dans les pays satellites de l’Union soviétique, notamment par les services secrets étasuniens (CIA), pakistanais (ISI) et par l’organisation caritative saoudienne International Islamic Relief Organization, en suivant une stratégie de déstabilisation de l’URSS imaginée dès 1978 par le Conseiller à la Sécurité nationale étasunienne de l’époque, Zbigniew Bzezinski 1. En caricaturant à peine, les idiots utiles agissant partout dans le monde, ne connaissent cet islam que depuis quelques mois ou quelques années à peine, avant de s’engager pleinement dans une cause dont les conséquences stratégiques leur sont peu perceptibles. Ceci témoigne du caractère opérationnel de l’idéologie wahhabo-takfirisme, qui ne nécessite pas le recul de l’apprentissage et de la réflexion. Il semble essentiel et justifié de considérer ce courant spécifique dans sa double dimension actuelle d’appartenance et de dérive de l’islam.

Approfondissons sur le cas français. Selon une étude faite sur 160 familles en France par le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), le djihadiste serait majoritairement issu de classe moyenne ou supérieure et de famille athée ou peu pratiquante. 17 % à 20 % des jeunes personnes arrêtées récemment à la frontière syrienne auraient grandi dans une famille de culture musulmane, au sein desquelles quelques rares ont reçu une éducation religieuse rigoureuse et régulière. Les 80 % restants viennent de familles totalement athées ou de cultures chrétiennes non pratiquantes. Le psychiatre Marc Sageman a également confirmé cette thèse, en passant 400 entretiens avec des terroristes d’al-Qaïda. Il constate qu’ils sont souvent issus de la classe moyenne ou supérieure et qu’ils ont fait des études en Occident, où ils se sont retrouvés isolés socialement. Ils se sont resocialisés dans les mosquées, massivement financées par des pays étrangers, notamment les monarchies du Golfe.

Le chercheur spécialiste de l’islam Olivier Roy a également travaillé sur le profil
psychologique de ces milliers de Français partis rejoindre l’État islamique : «Daech maîtrise parfaitement les codes de communication de la jeunesse. Cette violence a un grand pouvoir de fascination sur une jeunesse acculturée et mondialisée… Daech se distingue par une esthétique de la violence codifiée et scénarisée, qui attire une jeunesse accro aux jeux vidéos et aux films américains» ; «La plupart de ces jeunes n’ont pas de culture familiale religieuse, ils n’ont
jamais étudié l’islam, ils ne vont pas dans les mosquées. Ils ont des parcours classiques, l’alcool, la petite délinquance. En religion, ce sont des autodidactes formés sur Internet. Aucun d’entre eux ne se réclame de l’islam de leurs parents. Ce sont des Born again : un mois avant de passer à l’action terroriste, ils commencent à prier, ils truffent leur discours de mots arabes fraîchement appris».

Le wahhabo-takfirisme n’est finalement qu’une nouvelle idéologie dissidente, préfabriquée par le pouvoir étatique et adaptée principalement à ces jeunes issus de l’immigration des pays arabo-musulmans. Équivalent des punks ou des anarchistes à une autre époque, cette situation relève plus d’une islamisation de la radicalité que d’une radicalisation de l’islam. Ainsi, le romantisme du djihad international supplante le fanatisme pur et dur. De plus, selon le journaliste David Thomson, le djihadisme en France ne serait pas la conséquence du communautarisme, mais exactement l’inverse : l’absence d’insertion dans une communauté.

Avec l’anti-France émasculée au pouvoir et son idéologie dans toutes les sphères de la société, le peuple, issu de l’immigration et même autochtone, ne peut s’approprier fièrement une culture française équilibrée, structurée et assumée. Des idéologies puissantes (wahhabisme, américanisme, etc.) ont eu, en l’absence d’une identité française forte, toutes les chances de s’implanter dans ce terreau fertile. Au vu des cas que nous avons étudiés dans la première partie, les protagonistes semblent loin (très loin) de la piété religieuse, ce qui ne les a pas empêchés d’agir pour punir les impurs. Au point I.2.4. du rapport du CPDSI, il est stipulé que «l’islam radical peut faire basculer des jeunes sans qu’ils n’aient participé à aucune prière. Certains sont partis ou voulaient partir en Syrie sans qu’aucune pratique religieuse ne soit décelée la veille». Ainsi, «leur culture musulmane est sommaire, voire quasiment nulle», selon Peter Harling du groupe de réflexion International Crisis Group. L’islam radical, plus précisément le wahhabo-takfirisme, est le prétexte permettant d’extérioriser une révolte intime. Selon Marc Trévidic, juge d’instruction au Tribunal de grande instance de Paris au pôle antiterroriste, la religion n’est même pas le moteur de ce djihad et les personnes touchées sont à la limite de la psychopathie : elles auraient été dangereuses avec ou sans le wahhabo-takfiriste. Ceux qui partent faire le djihad agiraient à 90 % pour des motifs personnels (pour l’aventure, la vengeance, à cause de leur marginalisation dans la société, etc.) et à 10 % pour des convictions religieuses. Le cas d’un Yassin Salhi est symptomatique : cet individu a décapité son patron en Isère en juin 2015 en invoquant l’État islamique. Il se rétractera ensuite en disant ne pas avoir agi au nom de la religion, en évoquant des problèmes conjugaux en plus d’un différend professionnel avec son patron et finira par se suicider en prison (pas très islamique tout cela). Que dire de plus à part que cette personne avait de très sérieux problèmes mentaux…

Les profils socio-psychologiques des personnes partant faire le djihad à l’étranger sont extrêmement variés. Par contre, les acteurs opérationnels du terrorisme spectaculaire intérieur que nous avons étudiés, sont tous des précaires socio-économiques : ils ont grandi et évolué dans les territoires les plus pauvres de leur agglomération et de leur commune. En France, ils viennent des Zones urbaines sensibles (ZUS), renommées en novlangue Quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV). D’après Libération, Mohammed Merah venait des Izards (un QPV de Toulouse), Amedy Coulibaly de la Grande Borne (un QPV de Grigny dans l’Essonne), Ismaël Omar Mostefaï du quartier du Canal (le QPV de Courcouronnes, également dans l’Essonne), Foued Mohamed-Aggad du quartier HLM de Wissembourg, en passant par la Meinau (QPV Canardière Est de Strasbourg). Et ceux qui ne viennent pas de QPV viennent de communes pauvres dans leur ensemble : à Drancy pour Samy Amimour et au 156 rue Aubervilliers qui jouxte le QPV Curial-Cambrai pour les frères Kouachi. Côté Belgique, les frères Abdeslam et leurs complices viennent de Molenbeek-St-Jean, une commune populaire de l’agglomération de Bruxelles.

En plus d’une origine socio-économique similaire, ils sont souvent âgés d’une vingtaine d’années pour la plupart (la trentaine maximum) et ont quasiment tous un profil de délinquant/criminel multirécidiviste, ayant bénéficié pendant toute leur vie du laxisme et des failles de la justice pénale ; nombre de ces personnes auraient dû être en prison au moment de leurs attentats. D’ailleurs, la période entre le petit larcin et la radicalisation wahhabo-takfiriste a été clairement établie dans de nombreux cas avant la perpétration des actes terroristes, avec des profils systématiquement surveillés et fichés par de multiples services de renseignement (cf. Partie 1). Le dénominateur commun de tous ces zislamistes, toutes tendances confondues, peut être une frustration intense, d’origine très diverse, personnelle (traumatisme, injustice, etc.) et collective (vide idéologique contemporain, absence de lien social, etc.). Entre l’anomie, la drogue, le banditisme et la marginalité, ces jeunes personnes restent en quête existentielle d’identité, de valeurs et d’épanouissement. L’idéologie wahhabo-takfiriste combine habilement toutes ces notions en permettant une certaine réalisation spirituelle et sociale. La réislamisation des populations déracinées, issues de l’immigration (en majorité), est une démarche beaucoup plus identitaire que spirituelle.

C’est ce profil de post-adolescent paumé qui est manipulable à souhait par le wahhabo-takfirisme (abondamment financé par les fondations saoudiennes et qataries sur le sol français en toute impunité) et qui est surveillé, voire encouragé ou retourné par des services étatiques et para-étatiques. Ces terroristes sont finalement des purs produits occidentaux acculturés,
identitairement indéterminés et intégralement mondialisés. Le philosophe Alain Badiou dira à ce propos : «Les tueurs d’aujourd’hui sont en un certain sens de typiques produits du désir d’Occident frustré, des gens habités par un désir réprimé […]. Ils s’imaginent être portés par la passion anti-occidentale, mais ils ne sont que des symptômes nihilistes de la vacuité aveugle du capitalisme mondialisé, […] de son incapacité à compter tout le monde dans le monde qu’il façonne». Nous ne prendrons pas trop de risques en ajoutant que l’immigration peut être une violence déstructurante, tout comme le métissage de deux civilisations différentes. Ces phénomènes, spontanés ou non, ont plus de chance de produire des individus en perte de repère et d’identité, ce qui les rend de facto plus manipulables. Ces individus ne sont évidemment pas les seules victimes des lourdes conséquences de l’atomisation et de la déstructuration de la société.

Hier alcooliques, drogués, dealers, braqueurs, puis du jour au lendemain, ces jeunes gens se métamorphosent en intégristes religieux prêts à punir le monde entier peuplé d’infidèles. Cette transition grossière prend tout son sens dans le concept d’islamo-racaille : l’idéologie wahhabo-takfiriste récupère des comportements déviants en les revalorisant et les réorientant vers des objectifs précis. Face à la crise de sens de l’Homme moderne, la jeunesse déracinée est
perdue et plus encore si l’argent manque et s’il y a une incapacité à se réaliser (études, emploi, famille, etc.). Il est nécessaire de l’orienter dans la construction plutôt que l’inverse, mais des intérêts bien supérieurs à nos pauvres consciences manipulent les plus influençables. Cette instrumentalisation de la jeunesse est cruciale, car elle est la catégorie la plus flexible de par sa fougue, son manque d’expérience et son éloignement du principe de réalité. Nous l’avons également vu lors des Révolutions de couleur et des Printemps arabes. La jeunesse est le point commun à la quasi-totalité des combattants de la cause wahhabo-takfiriste (également à l’étranger), tandis que les théoriciens, clercs et cadres ont un âge plus avancé. Ceci s’ancre parfaitement dans notre époque puérile, où l’infantilisation générale organisée s’est érigée en norme valorisée.

Dans le cadre du terrorisme spectaculaire étatique, ce sont bien ces facteurs de précarité socio-économique, de fragilité identitaire et psychologique, couplés à une jeunesse pleine de rage dans une société en crise matérielle et spirituelle, qui permettent de manipuler des individus en leur donnant une alternative transcendante permettant de justifier leurs actes. Le tout pour servir une
cause d’ordre purement matériel (politique intérieure, géostratégique, etc.) qui les dépasse complètement.

L’histoire se répète : quelques cas antérieurs

S’il est possible qu’il y ait eu un agissement isolé d’un ou plusieurs États profonds dans les sujets et profils que nous avons développés en première partie, il est également possible qu’il n’y ait eu aucun agissement, précisément pour amener les conditions nécessaires à ce que la bêtise de certaines personnes tue des gens. À ce jour, il n’y a pas suffisamment de recul et de preuves matérielles pour pencher vers l’un ou l’autre, mais ces questions sont finalement secondaires,
car les conséquences restent les mêmes. La position la plus saine serait tout simplement d’admettre que nous ne savons pas qui sont les réels commanditaires de ces différents récents attentats, ni quels sont leurs objectifs profonds. Mais mettons en lumière ces faits récents avec ceux dont le recul a permis une investigation plus précise.

Rappelons avant tout que le travail du service de renseignements, est d’effectuer les opérations que l’on ne peut pas mener au grand jour. C’est bien pour cela qu’il doit agir sous couverture et que le secret est la matrice-même du renseignement. Ce qui veut dire que les dérives sont logiquement plus poussées, puisqu’il se caractérise par la dissimulation de ses activités réelles et l’occultation de la vraie nature des actes qui en découlent. Le service spécial travaille sur le terrain de la confusion, du clandestin et finalement de l’illégal, ce qui en fait un outil essentiel de l’État. À partir de cela, nous pouvons postuler que les acteurs du terrorisme spectaculaire connus de différents services de renseignement ont pu être approchés, engagés, manipulés, pour devenir des collaborateurs, à une certaine échelle. Les recrutements sous fausse bannière, qui consistent à engager des agents en les trompant sur la puissance qu’ils sont amenés à servir, sont fréquents dans le domaine du renseignement.

Prenons l’exemple de notre modèle à tous : Ze United States of America. Là-bas, le FBI dispose d’une armée grandissante d’informateurs infiltrés, qui sont largement accusés de pousser des personnes influençables à organiser des attentats. En effet, selon Le Monde, le FBI a «encouragé, poussé et parfois même payé» des musulmans pour les inciter à commettre des attentats sur le sol étasunien, au cours d’opérations montées de toutes pièces. Dans 30 % des
cas, l’agent infiltré aurait joué un rôle actif dans la tentative d’attentat. Agissant sous couverture et jouissant d’une immunité, un agent du renseignement peut aller jusqu’à désigner une cible et fournir de l’argent et des armes, en exerçant une pression sur une personne désignée pour qu’elle y participe. Le FBI cible principalement des personnes vulnérables, souffrant de troubles mentaux et intellectuels, pour les instrumentaliser. Bref, sous couvert de lutte contre le
terrorisme, le FBI le crée de toutes pièces, afin de maintenir une stratégie de tension justifiant par exemple l’État policier à l’intérieur et l’intervention armée à l’extérieur. À ce sujet, voir également le documentaire indispensable d’Envoyé Spécial sur France 2, qui accuse également le FBI de fabriquer de A à Z des complots terroristes sur le sol étasunien. Les cas d’un Mohammed Merah
et même d’un Salah Abdelslam par exemple, ressemblent étrangement à ce genre de manipulations. Mais c’est bien sûr inimaginable au pays des Lumières éteintes.

Sans entrer dans des détails trop complexes, nous pouvons rapidement évoquer d’autres affaires similaires. Prenons l’exemple du meurtre d’un soldat britannique à Londres le 22 mai 2013. Ce n’est pas vraiment un attentat en soi, mais nous l’assimilons à cette notion de terrorisme spectaculaire, vu qu’il a fortement mobilisé les médias et les esprits, probablement à cause du caractère islamique des meurtriers. L’un d’eux s’appelle Michael Adebolajo et il a dans le passé tout simplement été harcelé par le MI5 (le renseignement intérieur britannique), qui a tenté de le recruter après un voyage au Nigéria. Banal, quoi. Autre exemple, à propos des attentats du 15 avril 2013 au marathon de Boston, perpétrés par les frères Tsarnaev. Le FBI a tenté de recruter l’un d’eux (Tamerlan Tsarnaev), en lui proposant de devenir un informateur sur la communauté tchétchène et musulmane. Anodin également. Le journal russe Izvestia du 24 avril 2013 a aussi révélé que Tamerlan Tsarnaev avait antérieurement participé en Géorgie à un séminaire du Fonds pour le Caucase, une association paravent de la Jamestown Foundation créée par la CIA, ou au moins réputée proche.

Inutile d’approfondir la riche question du 11 septembre 2001, mais parlons tout de même rapidement de Khalid al-Mindhar et Nawaf al-Hazmi, qui faisaient partie du commando ayant précipité le vol American Airlines 77 sur le Pentagone. Ces deux hommes ont bénéficié de protections de haut niveau au sein de la CIA, de la section anti-terroriste du FBI de New York, de la Branche spéciale (service de renseignement de Malaisie), d’Omar al-Bayoumi (un agent saoudien présent aux États-Unis à l’époque), et de beaucoup d’autres acteurs. Cette étude a été traitée récemment par Le Point (N° 2258-2259, 17 décembre 2015) et a quelques années de retard sur l’ancien diplomate et universitaire canadien Peter Dale Scott (La route vers le nouveau désordre mondial, Demi-Lune, 2011), qui a minutieusement traité du sujet. Les protections offertes par Washington à Riyad, dans cette affaire du 11 septembre 2001, sont sans équivoque. L’Arabie saoudite a récemment menacé de vendre une grande partie de ses actifs étasuniens si le Congrès adopte la mesure permettant de poursuivre le royaume wahhabite devant les tribunaux nord-américains pour son rôle dans les attentats du 11 septembre 2001. À ce propos, nous attendons toujours les 28 pages classées secret-défense pour confirmer ces évidences largement étayées et sourcées, qui feront officiellement exploser en plein vol les ridicules conclusions de la commission d’enquête sur les arnaques du 11 septembre 2001.

Pour clore sur ce point, rappelons que des personnes appartenant à la haute administration politique française (dont des ministres) ont également protégé pendant plus de 20 ans (depuis les années 1990) des criminels recherchés par Interpol pour complicité dans des actions criminelles et terroristes (notamment membres des Frères musulmans : Habib Mokni, Salah Karkar, Tahar Boubahri, Anouar Haddam, Saïd Hilali, etc.) sur le sol français, selon le journaliste d’investigation Jean-Loup Izambert 2. Les conséquences actuelles du terrorisme trouvent leurs racines dans ces réseaux wahhabo-takfiristes implantés de longue date en Europe, avec la complicité des États profonds.

Des exercices de simulation d’attentats… pendant les attentats

Ce sujet est polémique et a des raisons de l’être, car il reste objectivement troublant. Ce thème est spécifique aux opérations spectaculaires de grande envergure, voyez plutôt. Selon Éric H. May, un ancien officier de renseignement de l’armée étasunienne, «la façon la plus simple de commettre un attentat sous faux drapeau est d’organiser un exercice militaire simulant exactement l’attentat que l’on veut commettre». Gardons cela à l’esprit le temps d’une chronologie rapide.

  • Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis : lors des détournements d’avions par des pirates de l’air, la défense aérienne étasunienne a été largement affaiblie par des opérations simultanées, des simulations de guerre et des exercices militaires. Par exemple, un exercice au National Reconnaissance Office près de l’aéroport Dulles, consistait à tester les réponses au cas où «un avion s’apprêtait à frapper un immeuble». Le Secrétaire à la Défense des États-Unis, Donald Rumsfeld, annoncera au Washington Post qu’un autre exercice miliaire important se déroula ce jour-là (le Global Guardian), en mobilisant énormément de moyens. Le Toronto Star révéla également qu’une autre opération, appelée Northern Vigilance, incluait également «des informations simulées, ce que l’on appelle un inject [une fausse entrée ou un spot fictif] sur les écrans radars». Au moins l’un de ces exercices impliquait des vols fantômes, ce qui a perturbé le temps de réponse des contrôleurs aériens et de la défense étasunienne, car les radars étaient remplis d’avions fictifs dans le cadre d’exercices. Il y a donc eu un chevauchement parfait entre les détournements réels provoquant les attentats connus et des exercices de simulation en cours 3.
  • Les attentats du 11 mars 2004 à Madrid : Ils ont coïncidé avec une simulation d’attaque terroriste.… la veille. Du 4 au 10 mars 2004, l’OTAN réalisait son exercice de gestion de crise annuel appelé CMX 2004. Au matin du 11 mars, près de 200 personnes meurent dans des attentats à Madrid. Selon El Mundo, «la similitude du scénario élaboré par l’OTAN avec les évènements survenus à Madrid fait froid dans le dos, et elle a impressionné les diplomates, militaires et services de renseignements qui ont participé à l’exercice à peine quelques heures plus tôt». L’article est consultable gratuitement sur le site de Belt Ibérica, une entreprise espagnole de conseil en sécurité globale et situations d’urgence. Aucune autre information ouverte n’est disponible, les données sont confidentielles. Nous avons déjà souligné le savoir-faire de l’OTAN dans les opérations Stay-Behind de la guerre froide, inutile d’y revenir.
  • Les attentats du 7 juillet 2005 à Londres : Peter Power, ancien officier de Scotland Yard spécialisé dans l’anti-terrorisme et directeur de Visor Consultants (une entreprise spécialisée en gestion de crise, sécurité stratégique, etc.), a décrit le 7 juillet 2005 même, dans une interview à ITV News, comment il avait organisé et conduit ce jour-là un exercice de simulation d’attentats pour le compte d’une société privée anonyme. L’exercice était basé sur des bombes synchronisées, explosant précisément dans les stations de métro où se sont produites les vraies explosions des attentats… qui se sont déroulés simultanément. Troublant, isn’t it ? Le MI5 avait malencontreusement abaissé le niveau de sécurité quant à la menace terroriste quelques jours avant les attaques. Aussi, selon The Guardian, le plus grand exercice anti-terroriste transatlantique, appelé Exercice Atlantic Blue, organisé par le Royaume-Uni et les États-Unis, a été effectué à Londres en avril 2005. L’exercice simulait des attaques explosives dans les bus et le métro londonien, trois mois avant les vrais attentats dans le même métro.
  • Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris : la simulation d’attaques terroristes
    effectuée par le SAMU de Paris le 13 novembre 2015 au matin, était très proche de la réalité qui surviendra dans la soirée (onze heures plus tard) selon Slate. Le scénario de la simulation était basé sur une attaque terroriste composée de trois équipes agissant simultanément sur treize sites, faisant au total 50 morts et 150 blessés. Le docteur Nicolas Poirot, responsable du SAMU de Paris, n’a pas manqué de souligner son malaise concernant ces coïncidences. À noter également que le plan de secours pour faire face à un afflux massif de blessés, a heureusement été actualisé à peine trois jours avant les attentats, selon Le Monde.

Dans la quatrième partie, nous étudierons les conséquences matérielles du terrorisme spectaculaire étatique. Quelles sont ses finalités en définitive ? Nous donnerons quelques pistes démontrant un renforcement du pouvoir exécutif, une centralisation des métadonnées mondiales, une centralisation du renseignement, un accompagnement de l’uniformisation euratlantique (TAFTA, CETA, etc.) et finalement une concentration du pouvoir étatico-privé.

Tout ceci au nom de la menace terroriste et de notre sécurité. Restez connectés.

Franck Pengam

Article précédent Article suivant

Notes

  1. Robert Baer, Sleeping with the Devil: How Washington Sold Our Soul for Saudi Crude, Three Rivers Press, 2004, p.140, 141 et 144.
  2. Loup Izambert, 56 – Tome 1 : L’État français complice de groupes criminels, IS Edition, 2015, p30 à 35.
  3. Peter Dale Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial : 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis, Demi-Lune, 2010, p.298 et 299.
www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

2 réflexions au sujet de « Le terrorisme comme outil de l’État profond: La politique intérieure [3/5] »

Les commentaires sont fermés.