Le scandale de cyber-espionnage de la CIA révèle beaucoup de choses sur la stratégie des États-Unis


Par Andrew Korybko − Le 8 mars 2020 − Source cgtn.com

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Nul n’ignore que les pays s’espionnent les uns les autres, si bien qu’en surface, l’accusation émise par la société chinoise de cybersécurité Qihoo 360 selon laquelle la CIA a espionné la Chine au cours des 11 dernières années n’aurait habituellement pas soulevé beaucoup d’attention. Mais ce sont les détails qui rendent cette information des plus intéressantes. Si l’on en croit les informations qui en ressortent, cette société estime que l’agence de renseignements étasunienne a piraté en Chine des agences gouvernementales, des organisations de recherche scientifique, le secteur de l’aviation, et l’industrie énergétique.

Qihoo 360, pour en arriver aux conclusions et au scandale, a comparé les virus qu’elle a découverts avec les révélations sorties des publications Vault 7 sorties par Wikileaks quant aux outils d’espionnage de la CIA. Les découvertes qu’a fait la société confirment que les informations sorties par Wikileaks, l’organisation de défense de la transparence, étaient exactes, chose dont nul n’avait jamais vraiment douté, car Wikileaks n’a jamais rien partagé qui se fût révélé erroné. Néanmoins, cette observation apporte du crédit aux soupçons répandus à travers le monde selon lesquels la CIA espionne tout et tout le monde.

Une analyse des détails des affirmations de Qihoo 360 établit clairement que la stratégie anti-chinoise étasunienne est en fait tout à fait simple. De toute évidence, l’agence veut récupérer des informations confidentielles qui pourraient lui donner de l’avance sur ce qu’elle a déclaré constituer l’une de ses « grandes puissances rivales », mais ce n’est pas tout. Le ciblage d’agences de recherche scientifique, du secteur de l’aviation, et de l’industrie énergétique peut se décrire comme de l’« espionnage industriel », au sens où les États-Unis veulent voler les secrets commerciaux de la Chine pour en tirer un parti économique.

Voilà qui suggère fortement que les États-Unis craignent que leurs organisations de recherche, ainsi que certains secteurs de leur industrie, ne sont plus aussi compétitives que par le passé, chose qui n’est pas trop risquée à avancer, vu comment les sociétés chinoises voient leur renommée croître pendant que les entreprises étasuniennes ont tendance à voir leur aura diminuer. Selon toutes probabilités, la CIA comptait partager les informations qu’elle tâchait de récupérer avec les sociétés en place aux États-Unis, qu’elles connaissent les sources de ces informations, ou qu’elles les reçoivent au travers d’un courriel non sollicité, par exemple.

Répétons-le, il s’agit du comportement standard de toute agence de renseignement au monde, mais le simple fait que la CIA se voie accusée, preuves à l’appui, de ces actions, porte un impact plus puissant que si l’accusation visait quelqu’un d’autre. La raison en est qu’il continue d’exister une notion voulant que les sociétés étasuniennes pourraient supposément rester à niveau d’elles-mêmes, toutes choses égales par ailleurs, d’où la détermination avec laquelle Trump avait déclenché la « guerre commerciale » de son administration. Il est en train d’apparaître, désormais, que ce récit est tout à fait trompeur.

Il semble bien que certaines sociétés étasuniennes ont eu besoin des secrets commerciaux chinois pour rester dans la course, et cela réfute le mythe voulant qu’elles soient « naturellement » meilleures que leurs homologues étrangères. De fait, si l’on considère l’historique de la CIA sur des décennies et que l’on présume que ce n’était évidemment pas ici la première fois que cette agence pratiquait l’espionnage industriel, on en vient à se poser des questions telles que : combien de sociétés étasuniennes ont-elles eu besoin d’informations volées pour parvenir à la place qu’elles occupent à ce jour? On n’en connaîtra jamais la réponse, mais la question reste intéressante à évaluer.

En outre, les accusations émises par Qihoo 360 démontrent que les États-Unis s’emploient à mener les actions-mêmes qu’ils accusent régulièrement la Chine de pratiquer ; de quoi émettre des hypothèses sur le fait que les accusations anti-chinoises proférées d’une voix forte pourraient constituer avant tout une couverture de ses propres actions peu avouables. En outre, si l’on garde tout ceci à l’esprit, et que l’on considère l’influence dont disposent les États-Unis sur le récit mondialisé, au travers de leurs connexions avec de nombreux organes de presse de premier plan, on commence à distinguer comment ces affirmations anti-chinoises ne constituent guère plus qu’une tentative de conserver la mainmise narrative.

C’est pour cette raison que chacun devrait prendre au sérieux les accusations de Qihoo 360. Bien que le gouvernement chinois ait précédemment déclaré que les États-Unis avaient bel et bien tenté de l’espionner par le passé, c’est ici la première fois qu’une société privée a étayé ces affirmations, documents fuités de la CIA elle-même à l’appui. Dans l’ensemble, ce dernier scandale révèle beaucoup de choses quant à la stratégie embarrassante des États-Unis.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Kira pour le Saker Francophone

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