Par Dmitry Orlov − Le 26 Avril 2026 − Source Club Orlov

L’Europe a franchi une nouvelle étape dans son processus de deuil face à la perte subie face à la Russie. Cette perte est plus symbolique que réelle, et elle existe davantage dans l’esprit des Européens que dans la réalité. Ils ont fourni leurs stocks d’armes aux Ukrainiens ainsi que des sommes considérables (dont une grande partie a ensuite été détournée), et ils s’apprêtent désormais à y consacrer encore plus d’argent.
Pendant ce temps, « l’agression russe », qu’ils ont solennellement juré d’arrêter, progresse lentement sur ce qui est désormais, pour les Russes, un territoire russe occupé par l’Ukraine. Mais aujourd’hui, parallèlement à quelques gestes militaristes futiles (comme organiser des exercices de largage de bombes nucléaires sur Saint-Pétersbourg ou imposer un blocus naval à Kaliningrad), une nouvelle tendance se dessine : de plus en plus de responsables européens évoquent, d’une voix douce et posée, un « dialogue avec la Russie ». Quoi ?! Un dialogue avec l’agresseur ? Comment est-ce seulement envisageable ?! Qu’en est-il de la lutte contre les Russes jusqu’au dernier Ukrainien ?!
Et de quoi veulent-ils bien discuter avec les Russes ? Ce n’est sûrement pas du fiasco ukrainien — ce serait tout simplement trop embarrassant, sans parler du fait que ce serait futile. Le dialogue porterait sur le coût de l’énergie. L’énergie est un sujet épineux, surtout si vous êtes un homme politique européen. Elle n’a pas d’idéologie et refuse de suivre les discours officiels. Elle se présente sous forme de chiffres — plus précisément, de chiffres sur les factures que vous devez payer. Et lorsque ces chiffres doublent soudainement, l’idéologie et les discours officiels perdent rapidement de leur pertinence.
Mais la précipitation inconvenante à les abandonner doit être dissimulée derrière une façade rhétorique. Il faut d’abord beaucoup de déclarations bruyantes et une posture fière et déterminée. Puis, progressivement, la rhétorique s’adoucit à mesure que la question du « dialogue » s’insinue dans l’esprit du public européen. Les factures d’électricité doublées se cachent quelque part en arrière-plan, mais ne sont pas immédiatement présentées comme la raison fondamentale du changement de rhétorique, bien qu’elles expliquent mieux ce qui se passe que n’importe quelle analyse politique approfondie.
Note du Saker Francophone
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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.
Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.
Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone