Le populisme n’est plus à vendre


Par Tom Luongo − Le 16 novembre 2019 − Source Gold Goats’N Guns

Tom LuongoIl y a quelque chose que les oligarques non élus, que j’aime appeler la « Bande de Davos », détestent plus que tout : il semble qu’ils n’ont plus le pouvoir d’acheter les peuples.

2019-11-18_12h29_48Lorsque nous observons, dans le monde d’aujourd’hui, la pléthore de soulèvements populaires / populistes à la fois pacifiques et indisciplinés, nous voyons le même fil conducteur qui les traverse.

Les gens ne croient tout simplement pas que le système fonctionne pour eux. Quel que soit le catalyseur qui les a fait sortir de leurs canapés pour les envoyer dans les rues, ce fut la proverbiale dernière goutte du vase qui le fait déborder.

Et ils ne peuvent plus être achetés.

Nous approchons du premier anniversaire des manifestations de Gilets Jaunes en France. La taxe initiale de 0,25 € sur le carburant diesel, qui a provoqué le mouvement, est morte depuis longtemps. Le Président de la République française, Macron, a cru qu’il pouvait simplement jeter quelques restes à des paysans turbulents, sans prendre leur dernier quignon de pain, et que cela apaiserait les gens privés de leur avenir mais, plus important encore, de leur dignité.

Trois ans et demi se sont écoulés depuis le vote sur le Brexit et Nigel Farage [pro-Brexit] se bat toujours contre l’establishment du Royaume-Uni qui y est opposé. Cette semaine, à la demande des Tories [conservateurs du parti de Boris Johnson], il a retiré 317 de ses candidats aux élections, pour lutter contre un parlement largement opposé au Brexit, et les Tories ont réagi en tentant de soudoyer encore plus de ses candidats.

Le gros scandale n’est pas que les conservateurs aient essayé d’acheter Farage, ils essaient de le faire depuis des années et cela n’a pas fonctionné. À présent, ils essaient effrontément d’acheter son entourage pour refuser au Brexit Party tout siège au parlement de Westminster afin d’ouvrir la voie à une trahison ultime du Brexit.

Cela va bien au-delà du fait de faire passer l’intérêt du parti avant celui du pays. Il s’agit de protéger l’establishment politique de toutes les menaces intérieures, mais pas de celles de l’étranger : ce sont tous des fumiers globalistes néolibéraux.

Farage le sait et c’est la raison pour laquelle il a rendu publique cette information. On ne sait pas encore si le jury des électeurs répondra à cela et récompensera les candidats de Farage, en les envoyant siéger à Westminster, pour enfin changer la dynamique au cœur de la vieille capitale impériale de l’Europe.

Car il est beaucoup plus facile de corrompre une poignée de candidats que les centaines de milliers de personnes qu’ils représentent. C’est la raison fondamentale [et délibérée, NdT] pour laquelle les gouvernements représentatifs ne fonctionnent pas [dans l’intérêt du peuple, NdT].

C’est pourquoi elles [les démocraties représentatives] sont aussi néfastes que des oligarchies pyramidales non élues fonctionnant de haut en bas, quel que soit leur type – laïque, religieux, technocratique, communiste, démocratique.

L’Iran a atteint un point d’ébullition où les manifestations ont repris comme en 2009 et, comme en France, à la suite d’une hausse du prix de l’essence. Les gouvernements peuvent avoir toutes les ambitions territoriales qu’ils souhaitent mais, à un moment donné, ils doivent fournir les services de base que les citoyens attendent d’eux.

Il suffit d’attendre que le coût de la vie ici aux États-Unis augmente au point où les subventions gouvernementales ne pourront plus couvrir les coûts de base. Nous n’avons pas encore atteint ce point au niveau national et nous ne l’atteindrons pas au cours des quelques prochaines années, tant que le capital continuera d’affluer massivement aux États-Unis pour se réfugier, mais ça arrivera.

En effet, tant que cet afflux se poursuivra, nos maîtres au gouvernement ne comprendront pas à quel point nous les détestons. Ils veilleront à ce que la locomotive de la consommation continue à haleter assez longtemps pour maintenir l’illusion du contrôle, jusqu’à ce que les choses deviennent si chères ici que les gens se révolteront.

Au Chili, les manifestants en ont assez de la fausse privatisation corporatiste et de la corruption rampante des infrastructures de base du pays. C’est encore une révolte contre la fausse libéralisation des entreprises nationalisées. C’est la même chose que nous voyons partout en Occident.

Cela amènera une poussée du Chili vers des nationalisations de gauche et socialistes, qui susciteront des critiques primaires du capitalisme par des gens telles que Jeremy Corbyn et Bernie Sanders.

Et ce qui est triste, c’est qu’ils auront raison. C’est ce qu’ils ont fait avec les soins de santé aux États-Unis depuis des décennies : ils détruisent délibérément le marché des soins de santé en permettant aux pires excès des entreprises privées de s’épanouir dans un marché captif de réglementations cauchemardesques et d’extorsion obscène de richesses.

Ces systèmes sont tellement pourris que même des personnes raisonnables réclament une solution nationalisée pour améliorer la situation, du moins à court terme.

Pourquoi pensez-vous que les grandes entreprises de technologie agissent comme des seigneurs ouvertement pervers ? Parce qu’ils sont stupides ? Non, c’est parce que leur objectif à long terme est une régulation centralisée complète de la parole sur la place publique.

Et le seul moyen d’y parvenir et de le rendre durable est que les gens le réclament eux-mêmes. Les conservateurs s’agitent en vue d’imposer un contrôle sur Facebook et Google car ils sont maltraités par ces réseaux avec un parti pris évident.

C’est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle est que, même si nous sommes encore aux prises avec ces fausses dichotomies, ces choix de Hobson [genre la bourse ou la vie, NdT], nous savons fondamentalement, au niveau électoral, où sont les ennemis de la société civile.

Et c’est pourquoi la « Bande de Davos » devient nerveuse. C’est pourquoi ils soudoient les candidats du Brexit Party pour qu’ils s’effacent. C’est la raison pour laquelle ils intensifient le projet Peur sur les coûts économiques du Brexit, le changement climatique, les soins de santé privés et décrient les réductions d’impôt comme tyranniques.

Dans le même temps, ils continuent à essayer de nous acheter avec de l’argent bon marché, des marchés boursiers en hausse et des conditions de crédit plus faciles pour acheter des rebuts dépréciés, comme ces voitures neuves qui coûtent, pour beaucoup de gens, plus cher que leur maison.

Mais nous ne sommes plus à vendre.

Si nous étions encore à vendre, nous ne voterions pas avec persistance pour ces réformateurs populistes de la gauche, de la droite et du centre. Nous ne sombrerons pas dans le genre de discours politique toxique qui n’est intéressé que par le fait de marquer des points contre l’autre camp pour exprimer notre propre colère et notre dépossession.

Nous pourrions chercher des solutions. Mais nous ne sommes pas encore prêts pour cela. Nous ne sommes peut-être plus à vendre, mais nous ne sommes pas encore prêts à assumer la responsabilité de réparer ce qui est brisé.

C’est la raison pour laquelle nous entendons toujours des histoires sur des milléniaux  qui font la paix et vivent comme des rats dans des cages louées pour 800 dollars par mois plutôt que de créer assez de richesses pour trouver (soupir) un partenaire et pour (soupir) fonder une famille.

Mais ils savent, au fond, que ce n’est pas durable. C’est inhumain. Mais se blottir dans un trou à rats en l’appelant son « chez soi » est préférable à descendre dans la rue, pour le moment. Et leur dépression se tournera vers le nihilisme, si elle ne l’a pas déjà fait, et finira par exploser de la manière la plus laide.

Les gens ne sont capables de se vendre, de mener une vie épouvantable et de supporter la souffrance, que jusqu’à un certain point, tant qu’il reste un petit avantage comparatif entre continuer et se rebiffer.

Il y a peu, sinon aucun coût direct à voter contre le système qui vous ruine financièrement, émotionnellement et spirituellement. C’est pourquoi nous voyons arriver des choses comme Trump, le Brexit, la Catalogne et l’Italie.

Mais en fin de compte, voter ne suffit pas, surtout quand il est évident que si le vote devait changer quelque chose il aurait été interdit depuis des années … sauf que, faute de les interdire, ils ont changé les effets du vote en nous répétant sans cesse que nous avons mal voté, que nos élites vont réparer nos erreurs pour nous. Mais cela ne fonctionne plus. Et comme les incohérences inhérentes à ces institutions continueront d’occuper une place de plus en plus centrale au cours des prochaines années, nous verrons encore plus de soulèvements à travers le monde.

Espérons qu’ils resteront pacifiques. Que suffisamment de gens comme Farage et ses semblables diront simplement : «Non. Je ne suis pas à vendre.» Et que les électeurs, malgré leur cynisme, les croient.

Tom Luongo

Traduit par jj, relu par Kira pour le Saker Francophone

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