La guerre contre l’Iran. L’histoire genre bon flic/méchant flic autour d’une tentative d’assassinat USraélienne n’a aucun sens


Par Moon of Alabama – Le 3 juillet 2026

Il y a eu plusieurs arnaques genre bons flics/méchants flics mises en scène par les États-Unis et Israël vis-à-vis de l’Iran. Aujourd’hui, le Washington Post et d’autres ont publié une autre arnaque de ce type en publiant des articles disant que les États-Unis avaient averti l’Iran (archivé) d’un potentiel assassinat :

De hauts responsables américains craignent qu’Israël ait l’intention d’assassiner les principaux négociateurs iraniens pendant que l’administration Trump est en train de négocier un accord à enjeux élevés pour mettre fin à la guerre là-bas et rouvrir le détroit d’Hormuz, ont déclaré des responsables au courant de l’affaire.

L’objection de Washington à l’assassinat d’Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, et de Mohammad Ghalibaf, président du parlement du pays, était si aiguë que ce printemps, elle a pris la mesure extraordinaire de demander à des intermédiaires d’avertir l’Iran des objectifs d’assassinat d’Israël, ont déclaré les responsables.

Il est difficile de croire, comme le prétend l’article, que les États-Unis aient une quelconque réticence à tuer des responsables iraniens :

Dès le mois de mars, lorsque l’administration Trump a commencé à explorer des options diplomatiques pour mettre fin à la guerre, des responsables américains ont demandé à leurs homologues israéliens d’arrêter de tuer les dirigeants politiques iraniens, a déclaré un diplomate.

Le fait que des responsables américains aient ressenti le besoin de franchir une étape supplémentaire et d’avertir l’Iran que ses principaux négociateurs pourraient être tués démontre la tension dans les relations américano-israéliennes et l’influence limitée de l’administration Trump sur le gouvernement israélien, ont déclaré des analystes.

Dire que les Etats-Unis ont une « influence limitée » sur Israël n’a absolument aucun sens. Israël dépend à 100% de l’argent et de la protection des États-Unis. Les États-Unis ont utilisé plus de missiles de défense aérienne pour protéger Israël des attaques iraniennes qu’Israël lui-même n’en a tiré.

Il semble que le « haut responsable américain » qui a publié l’article, probablement le vice-président JD Vance, veuille présenter une image positive à l’Iran pour créer une atmosphère plus amicale dans les futures négociations.

Une histoire similaire (archivée) a été remise au NY Times. Cette version inclut des exagérations supplémentaires :

Craignant qu’une tentative d’assassinat israélien ne condamne les négociations, les États-Unis, selon certains responsables, sont allés jusqu’à demander à d’autres pays de la région d’avertir l’Iran de la possibilité qu’Israël puisse cibler les deux responsables.

En avril, M. Ghalibaf devait se rendre à Islamabad pour rencontrer le vice-président JD Vance. Mais les responsables iraniens de la sécurité craignaient qu’Israël profite de l’occasion pour assassiner M. Ghalibaf ou M. Araghchi et faire dérailler les pourparlers, ont déclaré les responsables.

Les Iraniens ont demandé des garanties aux États-Unis, par des intermédiaires pakistanais et qataris, qu’Israël ne mènera aucune opération secrète visant la délégation iranienne, ont indiqué les responsables.

Des avions de combat pakistanais ont escorté les avions iraniens transportant une délégation de plus de 70 Iraniens de la frontière iranienne à Islamabad et vice-versa à la fin de la session.

Mais sur le chemin du retour à Téhéran, une menace israélienne pour leur sécurité est apparue.

Les forces de sécurité iraniennes ont informé l’avion transportant M. Ghalibaf à Téhéran qu’elles avaient recueilli des renseignements selon lesquels Israël prévoyait d’attaquer l’avion et que deux avions de combat israéliens étaient entrés dans l’espace aérien iranien depuis sa frontière occidentale près de l’Irak, ont déclaré les deux responsables.

Mahdi Mohammadi, conseiller principal de M. Ghalibaf, qui l’accompagnait à Islamabad, a confirmé ce récit sur sa page de médias sociaux. L’avion a effectué un atterrissage d’urgence dans la ville de Mashhad, l’aéroport iranien le plus proche de la frontière pakistanaise, et la délégation iranienne a voyagé environ huit heures par voie terrestre pour rentrer à Téhéran, ont déclaré M. Mohammadi et les deux responsables.

Si les Iraniens étaient déjà préoccupés par la sécurité de leur délégation d’Islamabad, pourquoi les États-Unis auraient-ils dû les avertir en plus ?

L’affirmation selon laquelle des avions de combat israéliens étaient entrés dans l’espace aérien iranien pour attaquer un avion venant d’Islamabad à Téhéran n’a également aucun sens. La distance entre la côte ouest iranienne et Mashhad est de plus de 1 000 kilomètres (660 mi). Tout avion israélien essayant d’attraper l’avion de la délégation aurait dû faire le plein au-dessus de l’Iran. Seuls les États-Unis auraient pu fournir la capacité de ravitaillement nécessaire, mais ne le feraient pas dans l’espace aérien iranien hostile.

En réalité, je n’ai trouvé aucune mention de l’affaire sur le compte Twitter/X de Mahdi Mohammadi.

Mais l’histoire de l’atterrissage du vol iranien à Mashhad au lieu de Téhéran a été racontée par le professeur Marandi lors d’une émission du Juge Napolitano, le 15 avril.

Marandi souligne que c’est un éditorial du Washington Post (archivé) de Marc Thiessen, un ancien rédacteur de discours de George W. Bush, le 8 avril, qui avait appelé à l’assassinat des négociateurs iraniens :

Lancez un dernier barrage de frappes contre les dirigeants, éliminez les responsables iraniens qui avaient été épargnés pour pouvoir négocier. Il faut faire comprendre aux dirigeants iraniens que leur vie dépend littéralement de la conclusion d’un règlement négocié au goût de Trump. S’ils refusent de le faire, ils seront tués.

Le plan de tuer les négociateurs iraniens, qui sont revenus d’Islamabad les 11 et 12 avril, n’était donc pas un plan israélien mais un plan publié par un ancien responsable américain dans un grand média américain. Le plan a échoué parce que les Iraniens ont pris des mesures défensives.

Prétendre qu’il s’agissait d’une idée et d’une opération israéliennes que les États-Unis ont empêchées d’une manière ou d’une autre, comme le font maintenant le WaPo et le NY Times, n’a guère de sens.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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