Par Max Blumenthal – Le 11 mars 2026 – Source Unz Review

Asif Merchant, accusé d’avoir dirigé un complot iranien, géré par le FBI, pour assassiner Trump
Le FBI a monté de toute pièce des complots pour convaincre Trump que l’Iran cherchait à le tuer, tandis qu’Israël et ses alliés dans l’administration exploitaient les peurs les plus profondes du président pour le maintenir sur le chemin de la guerre.
“Je l’ai eu avant qu’il m’ait eu”, a déclaré un président bouillonnant, Donald Trump, à un journaliste qui l’interrogeait sur ses motivations pour avoir autorisé l’assassinat du dirigeant iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le 28 février 2026.
Avec cette remarque spontanée, Trump révélait que l’anxiété suscitée par son propre assassinat aux mains d’agents iraniens avait influencé sa décision de lancer une guerre de changement de régime américano-israélienne qui a déjà fait des victimes américaines, provoqué des bombardements d’écoles et d’hôpitaux en Iran, des frappes de représailles iraniennes dévastatrices sur les bases militaires et les ambassades américaines, et une crise économique mondiale en cours.
Les craintes de Trump étaient fondées. Il a failli être tué à Butler, en Pennsylvanie, le 13 juillet 2024 par un étudiant de 20 ans nommé Thomas Crooks qui a réussi à tirer huit balles sur l’ancien président, lui coupant l’oreille et manquant sa tête d’un cheveu. Deux mois plus tard, un vagabond nommé Ryan Routh était arrêté après s’être caché pendant des heures dans des arbustes à l’extérieur du domaine de l’ancien président à West Palm Beach, en Floride. Routh a été repéré après avoir pointé un fusil d’assaut vers un agent des services secrets alors que Trump jouait au golf à 400 mètres de là.
Les responsables n’ont encore produit aucune preuve que l’Iran ait joué un quelconque rôle dans l’une ou l’autre de ces tentatives d’assassinat de Trump. Pourtant, depuis ces événements fatidiques, les conseillers de Trump alignés sur Israël, les services de renseignement israéliens et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lui-même ont fait des efforts extrêmes pour lier Téhéran à ces tentatives d’assassinat. Plus choquant encore est le fait que le FBI a monté de toutes pièces une série de complots d’assassinat, réussissant à convaincre Trump que l’Iran le chassait sur le sol américain avec des équipes hautement sophistiquées de tueurs à gages.
L’homme accusé d’avoir dirigé la plus importante de ces opérations, Asif Merchant, est actuellement jugé par un tribunal fédéral de Brooklyn, NY. Après que les États-Unis lui aient accordé un visa malgré sa présence sur une liste de surveillance terroriste, Merchant fut constamment accompagné d’un informateur confidentiel du FBI qui a lui-même dirigé le complot artificiel jusqu’à sa conclusion. Merchant n’a jamais eu la moindre possibilité de réaliser ses plans et ne semblait pas vraiment sérieux à l’idée de le faire.
Le journaliste indépendant Ken Silva le dit succinctement dans son livre d’investigation intitulé « Les complots d’assassinat contre Trump » :
Un examen plus approfondi de l’affaire Merchant révèle que finalement…c’était une opération d’infiltration hautement contrôlée du FBI qui n’a jamais constitué une menace pour Trump. Plus néfaste, les dossiers et les divulgations de dénonciateurs indiquent que Merchant a peut-être été le bouc émissaire dans une affaire totalement montée par les agents infiltrés.
Les autorités ont arrêté Merchant le 12 juillet 2024, la veille du jour où Crooks a tenté de tuer Trump à Butler. Quelques heures après l’assassinat raté de Butler, des agents du FBI interrogeait Merchant pour savoir si c’était l’Iran qui avait Crooks sous son contrôle.
À ce moment-là, Trump faisait toujours campagne pour être un « président de paix ». Sur les prospectus de sa campagne, il avertissait que son adversaire, Kamala Harris, “nous ferait surement entrer dans la Troisième Guerre mondiale« . Trump avait promis de résoudre la guerre entre l’Ukraine et la Russie en un jour et s’était distancé des Républicains pro-guerre qui cherchaient à provoquer un changement de régime en Iran.
Mais les éléments pro-guerre de l’entourage de Trump ont actionné de multiples leviers pour inverser les instincts anti-interventionnistes du président. Les milliardaires ultra-sionistes ont exercé une influence vitale et bien documentée sur la politique de Trump en remplissant son trésor de guerre pour financer sa campagne. Mais Trump est une personnalité erratique dont les petits griefs maintenaient ses collaborateurs dans un état perpétuel d’incertitude.
Ce n’est qu’en exploitant la vulnérabilité psychologique la plus profonde de Trump – sa peur de la balle d’un assassin – qu’Israël et ses relais dans son administration ont pu assurer leur influence sur le président, le maintenant sur le sentier de la guerre contre l’Iran.
Le piège de l’escalade des assassinats
Le 3 janvier 2020, alors que le commandant de la Force Qods du CGRI iranien, Qassem Soleimani, débarquait d’un avion à l’aéroport international de Bagdad, en route pour des pourparlers de paix avec des responsables saoudiens, un drone américain l’a tué avec un missile Hellfire. La frappe avait été ordonnée par Trump à la suite d’une campagne soutenue d’escalade militaire contre les iraniens orchestrée par son directeur du Conseil de sécurité nationale John Bolton et le secrétaire d’État Mike Pompeo.
Comme l’a rapporté le journaliste Gareth Porter pour The Grayzone, au moment où Trump a autorisé l’assassinat de Soleimani, Netanyahu prévoyait des frappes unilatérales contre l’Iran visant à entraîner les États-Unis dans un conflit direct. Trump a donné l’ordre de tuer le général sous la pression soutenue de Pompeo et Bolton, deux extrémistes pro-israéliens. Les deux anciens responsables de Trump soutenaient les Moudjahidin El-Khalk (MEK), financés par Israël et l’Arabie saoudite, une milice exilée semblable à une secte qui a perpétré de nombreux assassinats de responsables iraniens à la demande des services de renseignement israéliens.
En tuant Soleimani, Trump a mis les États-Unis sur une trajectoire de collision pour une guerre totale avec l’Iran, tout comme l’espérait Netanyahu. De plus, le président avait ouvert la porte à des représailles violentes contre lui-même et ses conseillers à la sécurité nationale.
Comme Trump s’est mis à craindre les agents du CGRI qui pouvaient se cacher à chaque coin de rue, il allait de soi qu’il était plus susceptible d’autoriser une guerre de changement de régime contre l’Iran. Et donc le FBI s’est mis au travail, concoctant une série de complots qui ont contribué à forger l’attitude belliqueuse de Trump envers Téhéran.
Amené par le FBI : le complot iranien visant à tuer John Bolton
Le premier grand complot iranien est arrivé en 2022, lorsque le ministère de la Justice a déposé des accusations contre un ressortissant iranien, Shahram Poursafi, pour avoir soi-disant embauché un tueur à gages pour tuer Bolton. Cependant, le tueur à gages s’est avéré être un informateur du FBI, et le complot avoir été en grande partie conçu par le Bureau lui-même. Poursafi, pour sa part, n’a pas pu être arrêté car il vivait en Iran.
Comme l’a rapporté le journaliste Ken Silva, l’officier du FBI qui a supervisé le complot fabriqué pour tuer Bolton, Steven D’Antuono, était le même fonctionnaire du bureau de Detroit qui comptait sur des informateurs rémunérés pour concocter le complot de 2020 par des membres de la milice de droite pour kidnapper la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer. Dans une décision de la cour d’appel fédérale de 2025, le juge a reconnu que les accusés dans cette affaire “ont raison de dire que le gouvernement les a encouragés à monter ce plan” pour kidnapper Whitmer. D’Antuono avait également supervisé l’enquête sur la pose suspecte de bombes artisanales au siège du Parti républicain et démocrate à Washington le 6 janvier 2021. Au cours de son enquête ratée, il a induit en erreur le Congrès en prétendant avoir reçu des preuves “corrompues”.
Bien que Bolton n’ait jamais été menacé par l’Iran, ce complot artificiel du FBI a commencé à alimenter la paranoïa parmi les vétérans de l’administration Trump. Pompeo croyait maintenant qu’il était lui aussi ciblé par des équipes d’assassins iraniens. Dans ses mémoires de campagne de 2023, « Never Give an Inch« , l’ancien directeur de la CIA y affirme que Poursafi avait payé 1 million de dollars à un tueur à gages pour le tuer.
Cependant, Pompeo ne fournit aucun détail supplémentaire sur ce complot qui n’a jamais été mentionné dans les documents du DOJ accusant Poursafi d’avoir tenté de tuer Bolton. Selon ces affidavits, Poursafi n’avait envoyé que 100$ à la source humaine confidentielle du FBI avant que le DOJ ne clôture son enquête.
L’infortuné tueur à gages iranien a obtenu un visa spécial, présenté à un informateur du FBI
En avril 2024, alors que Trump lançait sa campagne présidentielle, un vendeur itinérant nommé Asif Merchant est arrivé du Pakistan à l’aéroport intercontinental George Bush de Houston, au Texas. Il a rapidement été signalé comme une « Personne d’intérêt qualifiée » qui avait été placée sur une liste de surveillance du Département de la Sécurité intérieure. Des agents d’une équipe de la Joint Terrorism Task Force (JTTF) du FBI ont ensuite découvert grâce à une fouille des appareils de Merchant qu’il s’était rendu en Iran, où vivaient sa femme et son fils adoptif. La question de savoir s’ils avaient reçu un renseignement d’Israël, qui fournit des tonnes de renseignements au FBI sur les visiteurs musulmans étrangers aux États-Unis, reste ouverte.
Selon des documents de la JTTF obtenus par le journaliste pro-Trump John Solomon, Merchant a été « libéré sans incident » et désigné comme “libre de voyager vers la destination souhaitée”. En fait, le FBI lui avait accordé une « libération conditionnelle spéciale d’utilité publique » qui, comme l’a expliqué Solomon « permettrait aux agents d’essayer de retourner Merchant en tant que coopérateur ou d’essayer de déterminer pourquoi il venait aux États-Unis et avec qui il pourrait travailler.”
Le lanceur d’alerte du FBI qui a fourni à Solomon les documents sur l’interrogatoire de Merchant à l’aéroport a comparé la “Libération conditionnelle Spéciale d’utilité Publique” au scandaleux programme “Fast and Furious”, dans lequel le ministère de la Justice du président Barack Obama avait facilité la livraison d’armes automatiques américaines aux cartels mexicains afin de surveiller soi-disant les activités criminelles des gangs.
Aussitôt que Merchant est entré aux États-Unis, le FBI lui a présenté un informateur confidentiel se faisant passer pour un partenaire commercial potentiel et opérant sous le pseudonyme de Nadeem Ali. L’informateur avait servi de traducteur pour l’armée américaine pendant son occupation de l’Afghanistan.
Bien que Merchant n’ait proposé aucun crime, le FBI a mis sur écoute une réunion entre lui et l’informateur, Ali, dans une chambre d’hôtel le 3 juin 2024. Là, Merchant a été enregistré en train de faire un supposé mouvement de la main mimant un “pistolet” en mentionnant une « opportunité » non spécifiée. Cet enregistrement granuleux d’une minute en caméra cachée est présenté comme la cheville ouvrière de l’acte d’accusation du DOJ contre Merchant.
Selon le FBI, Merchant avait décrit un complot très complexe qui nécessitait l’embauche de deux tueurs à gages, “vingt-cinq personnes qui pouvaient manifester pour faire une distraction, et une femme pour faire une reconnaissance”.
Pour cette extravagance élaborée d’assassinat de style flash mob, Merchant a été invité par l’informateur à débourser à peine 5000$. Le visiteur pakistanais n’avait cependant aucun moyen de récupérer une telle somme, ce qui soulève d’autres questions sur la préparation du complot. « Je ne pensais pas que j’allais réussir », déclarera plus tard Merchant au tribunal.
Pratiquement sans le sou, Merchant a été contraint de récupérer l’argent auprès d’un “associé” anonyme, selon l’acte d’accusation du ministère de la Justice. Ensuite, l’informateur du FBI l’a emmené dans un voyage sinueux de Boston à New York, où il aurait remis l’argent à deux autres informateurs du FBI se faisant passer pour des tueurs à gages. Le DOJ affirme que Merchant avait prévu de s’envoler pour le Pakistan le 12 juin, mais qu’il avait été arrêté à sa résidence ce jour-là.
Merchant interrogé sur Butler, gardé au secret
Le lendemain, Thomas Crooks, 20 ans, est arrivé à une foire à Butler, en Pennsylvanie, où l’ancien président Trump devait prendre la parole. Il a piloté un drone dans les airs pendant 15 minutes, arpentant la zone alors qu’il finalisait ses plans pour assassiner le candidat. Par une étrange coïncidence, le système anti-drone des Services secrets était hors ligne toute la matinée et dans l’après-midi, jusqu’à environ 15 minutes après que Crooks ait piloté son drone. Lorsque Trump est monté sur scène, Crooks a grimpé au sommet d’un toit situé à 130 mètres de distance et a tiré huit coups de feu sur le président, manquant sa tête d’un pouce, jusqu’à ce qu’un policier local riposte. Il a été tué par un tireur d’élite des Services secrets qui avait inexplicablement hésité à tirer pendant 15 secondes complètes.
Trente heures plus tard, des agents du FBI se rendaient à Houston pour interroger Merchant dans sa cellule de prison sur un possible lien iranien avec la tentative d’assassinat de Butler. Une source du FBI a déclaré au Washington Post que le Bureau “a pris la décision extraordinaire de l’interroger sans son avocat pour déterminer s’il connaissait Crooks”.
Les interrogatoires se sont poursuivis même après que Merchant a été transféré au centre de détention métropolitain à sécurité maximale de Brooklyn ; la même prison où Luigi Mangione, le tueur accusé du PDG de United Healthcare, est actuellement détenu. Là, il a été détenu dans des conditions difficiles à l’isolement, incapable d’interagir avec qui que ce soit d’autre que les gardes qui lui apportaient de la nourriture et ses avocats car, comme l’a soutenu Lisa Monaco, alors procureure générale adjointe, il pourrait utiliser des mots codés pour lancer d’autres complots d’assassinat. ”Il est apparu qu’ils pensaient que j’étais une sorte de super espion« , a expliqué Merchant plus tard.
Non seulement Merchant a été empêché d’appeler sa famille au Pakistan, mais il a été empêché d’examiner les enregistrements des conversations qu’il avait eues avec des informateurs infiltrés du FBI, car le ministère de la justice les avait catégorisés comme « sensibles ». En mars 2025, son avocat a protesté contre le refus répété des policiers américains de lui permettre de le rencontrer et d’examiner la plainte au palais de justice. Cela aussi était justifié sur la base de motifs spécieux de sécurité nationale.
Cependant, comme l’a découvert le journaliste Ken Silva, une note interne de la directrice du Bureau des prisons, Colette Peters, a confirmé que Merchant n’avait aucun contact avec des actifs du renseignement iranien aux États-Unis. “Les forces de l’ordre n’ont identifié aucun membre du CGRI associé à Merchant et opérant aux États-Unis qui pourrait continuer à orchestrer des actes violents”, a écrit Peters.
En effet, les seuls assassins iraniens avec lesquels Merchant semblait avoir interagi à l’intérieur des États-Unis étaient en réalité des informateurs infiltrés travaillant pour le FBI.
Merchant « n’a jamais été à deux doigts de réaliser » l’assassinat de Trump
Lors de son procès, le 4 mars, l’avocat de Merchant, Avraham Moskowitz, a pris la décision très inhabituelle de permettre à son client de se présenter à la barre. Merchant a ensuite présenté une version des événements qui contrastait fortement avec le récit qu’il avait fourni dans son récit initial au FBI. Par exemple, l’accusé a affirmé qu’il avait été contraint de participer au complot par un agent du CGRI, et a avancé un plan “pour peut-être faire assassiner quelqu’un” uniquement parce qu’il craignait pour sa femme et son fils adoptif en Iran.
Après son arrestation par le FBI, Merchant a déclaré qu’il avait engagé des discussions avec les autorités fédérales pour devenir lui-même un informateur, mais qu’elles avaient finalement échoué pour des raisons inconnues.
“Je ne voulais pas le faire si volontiers”, a-t-il insisté en ourdou, ajoutant : “Je ne pensais pas que j’allais réussir”.
Dans sa couverture du procès, le New York Times a conclu que Merchant “n’avait jamais été à deux doigts de réaliser le plan de son maître iranien”.
Mais en 2024, alors que la nouvelle de l’arrestation de Merchant se répandait, des personnalités adjacentes à Israël dans le cercle restreint de Trump ont exploité l’affaire pour exacerber l’anxiété du candidat face à la colère de l’Ayatollah.
Les forces alignées sur Israël mélangent Butler avec l’Iran
Trois jours seulement après que la campagne de Trump ait failli se terminer par la balle d’un assassin américain isolé à Butler, des responsables enfouis dans l’architecture de l’État de sécurité nationale ont pris des mesures pour se concentrer sur l’Iran.
“L’administration Biden a obtenu des renseignements ces dernières semaines sur un complot d’assassinat iranien contre l’ancien président Donald Trump, et ces informations ont conduit les Services secrets à renforcer la sécurité autour de l’ancien président, selon trois responsables américains au courant de l’affaire”, rapportait Ken Dilanian de NBC le 16 juillet 2024. (Dilanian avait été renvoyé de son précédent poste au LA Times après avoir été dénoncé le fait que le journal ait permis à la CIA d’examiner ses articles avant publication).
Les fonctionnaires anonymes faisaient clairement référence au complot que le FBI avait fabriqué autour de Merchant. Cette révélation n’était pas seulement une tentative cynique d’obscurcir la réalité du quasi-assassinat de Butler, qui a été menée par un Américain sans amis qui n’avait jamais quitté le pays. Cela suggérait également que le FBI était tellement concentré sur la concoction de complots iraniens sur le sol américain qu’il avait ignoré la longue traînée de commentaires YouTube laissés par l’assassin potentiel déclarant carrément son intention de tuer des politiciens et des policiers américains et ses espoirs de déclencher une guerre civile.
Bien que les dirigeants du FBI aient induit le public en erreur sur la nature du complot de Butler, affirmant à tort, par exemple, que Crooks ne communiquait pas avec les autres en ligne, ils n’ont jamais été en mesure de le relier à l’Iran. Cela a clairement frustré le représentant Mike Waltz, un proche allié de Trump siégeant au comité de la Chambre chargé d’enquêter sur le tir à Butler.
« Des complots en provenance d’Iran sont en cours. Et quand Biden ne dit rien, Harris ne dit rien, que le ministère de la justice essaie de l’enterrer, quel message l’Iran reçoit-il ? Ils comprennent qu’ils peuvent continuer à essayer d’éliminer Trump et n’en subir aucune conséquence”, fulminait Waltz sur Fox News en août 2024.
Faisant référence à l’opération Merchant fabriquée par le FBI, Waltz tonnait : “Vous avez de multiples complots d’assassinat de la part des Iraniens. Ce ressortissant pakistanais recrutait des femmes comme observatrices. Il avait recruté des tueurs à gages et avait versé un acompte. Il recrutait même des manifestants comme trompe-l’œil.”
À ce stade, Waltz était en route pour un court passage en tant que directeur du Conseil de sécurité nationale de Trump, où il aiderait à diriger une guerre ratée contre un allié de l’Iran, le mouvement Ansurallah au Yémen. (Waltz a été rétrogradé au rang d’ambassadeur des États-Unis à l’ONU après avoir accidentellement inclus le rédacteur en chef du magazine Atlantic et ancien gardien de prison israélien Jeffrey Goldberg dans une conversation téléphonique privée de l’administration où des informations classifiées sur les plans d’attaque américains contre le Yémen ont été partagées).
Tout au long de sa carrière, le lobby israélien et les alliés de Netanyahu avaient discrètement propulsé son ascension. Comme l’a fait remarquer Elliot Brandt, PDG de l’AIPAC, dans des commentaires privés révélés exclusivement par The Grayzone, Waltz était l’une des “lignes de vie” d’Israël au sein de l’administration Trump, car il avait été financé par le lobby israélien depuis qu’il s’était présenté pour la première fois au Congrès.
Pour Waltz et d’autres personnalités proches d’Israël entourant Trump, relier l’affaire de Butler à l’Iran semblait offrir une voie directe vers un conflit avec l’Iran. Comme l’a déclaré un haut responsable américain anonyme au Washington Post, si Téhéran avait été reconnu responsable de la tentative de Crooks de tuer Trump, “cela signifiait la guerre”.
Certains acteurs étrangers se sont également efforcé d’inciter les États-Unis à blâmer l’Iran pour Butler. À la fin de l’été 2024, le ministère de la Justice a reçu une alerte urgente de l’étranger qui reliait directement Crooks aux complots du CGRI pour tuer Trump. Selon le Washington Post, l’info est arrivée par une « source humaine confidentielle à l’étranger », presque certainement les renseignements israéliens.
Après une enquête approfondie, les responsables du ministère de la Justice ont décidé que le tuyau n’était pas crédible. “Rien de crédible ne le reliait à des complots iraniens”, a déclaré un responsable au Post.
Mais à la suite de la fusillade à Butler, les bavardages constants sur les menaces iraniennes imminentes avaient modifié de manière indélébile le point de vue de Trump. Les journalistes qui ont suivi Trump pendant la campagne ont décrit un sentiment palpable de panique de la part du candidat et de son entourage au sujet de tueurs à gages dirigés par le CGRI qui les traqueraient en permanence.
Des « vols fantômes » pour Trump déclenchés par des menaces imaginaires de missiles iraniens
Alors que Trump était déjà rongée par l’anxiété pendant sa campagne, le FBI a lancé une alerte qui les a plongés dans les profondeurs de la paranoïa.
Selon le Bureau, l’Iran avait placé des agents possédant des missiles sol-air à l’intérieur du pays. Cet avertissement douteux a incité l’équipe de sécurité déjà militarisée de Trump à prendre une mesure extraordinaire. Craignant que l’Iran ne tire sur le célèbre avion de ligne “Trump Force One“ à tout moment, Trump a été embarqué dans un « vol fantôme » appartenant à son copain de golf, le magnat de l’immobilier Steve Witkoff, tandis que le reste de son bureau de campagne voyageait à bord du jet principal.
La seule à rejoindre Trump dans cet avion secret était sa directrice de campagne, Susie Wiles, qui allait devenir chef de cabinet de la Maison Blanche, contrôlant l’accès et le flux d’informations vers le président. À l’insu du public, Wiles avait été une conseillère rémunérée par Netanyahu lors de sa campagne de réélection en 2020, consolidant son rôle de point de contact clé entre Tel Aviv et Trump.
Le journaliste Ken Silva a révélé que l’alerte du FBI qui a incité Trump à utiliser un “avion fantôme” était basée sur une tromperie cynique. Comme Silva l’explique dans son livre sur les complots d’assassinat entourant Trump, les enquêteurs fédéraux avaient découvert que Routh, l’assassin potentiel de Mar-a Lago, avait tenté d’acheter un lance-roquettes et aurait pu être en contact avec des ressortissants iraniens pendant son séjour en Ukraine. Le Bureau a probablement intégré ces informations dans le faux rapport qu’il a fourni au bureau de campagne de Trump, évoquant des agents imaginaires du CGRI portant des Manpad pour exacerber les craintes du candidat.
Une fois entré dans le bureau ovale, Trump a été encerclé par des conseillers alignés sur Israël et fermement attaché à la conviction que l’Iran avait tenté de l’éliminer pendant la campagne électorale. En tant que commandant en chef de l’armée américaine, il était déterminé à se venger.
Netanyahu manipule Trump avec l’affaire Butler
Le 15 juin 2025, quelques jours après avoir lancé une guerre non provoquée contre l’Iran, Netanyahu s’est adressé à Fox News pour manipuler Trump afin qu’il se joigne à l’assaut. Le dirigeant israélien semblait savoir exactement quelles vulnérabilités psychologiques exploiter.
« Ces gens qui scandent mort à l’Amérique ont tenté d’assassiner le président Trump à deux reprises », a déclaré Netanyahu, affirmant sans la moindre preuve que l’Iran était derrière la tentative d’assassinat de Butler et celle de Mar a-Lago.
“Avez-vous des informations selon lesquelles les tentatives d’assassinat du président Trump venaient directement d’Iran ? » a demandé Bret Baier, un animateur de Fox News visiblement surpris.
« Par procuration, oui. Grâce à leurs informations, oui. Ils veulent le tuer », a répondu un Netanyahu sûr de lui.
Une semaine plus tard, Trump autorisait une série de frappes américaines sur les installations nucléaires iraniennes à l’appui de l’assaut militaire d’Israël. Bien que Trump ait arrangé un cessez-le-feu peu de temps après l’attaque, l’influence d’Israël sur son administration et sur sa psyché garantissait qu’un autre cycle de conflit beaucoup plus violent se profilait à l’horizon.
Dans un graphique promu par le compte Twitter/X officiel de la Maison Blanche le 21 juillet 2025, Trump laissait entendre qu’il avait commencé à renverser la vapeur : “J’étais le chassé, et maintenant je suis le chasseur”, a-t-il déclaré.
Israël prétend éliminer l’assassin potentiel de Trump en Iran
En mars 2026, Trump a repris sa guerre contre l’Iran. En quatre jours, l’assaut conjoint américano-israélien s’est, comme on pouvait s’y attendre, transformé en une guerre régionale ouverte à la suite de l’échec d’une première série de frappes de décapitation pour induire un changement de régime.
Dans l’après-midi du 4 mars, le “secrétaire à la Guerre” américain et ancienne personnalité de Fox News, Pete Hegseth, a juré de déchaîner “la mort et la destruction venant du ciel toute la journée” sur le peuple iranien.
Alors que son discours d’une violence caricaturale montait crescendo, Hegseth a publié une annonce dramatique : “Le chef de l’unité qui a tenté d’assassiner le président Trump a été traqué et tué. L’Iran a essayé de tuer le président Trump, et le président Trump a eu le dernier mot”.
Bien que Hegseth n’ait pas nommé le personnage, un journaliste israélien qui est l’un des sténographes préférés de Netanyahu, Amit Segal, a révélé qu’Israël avait assassiné un responsable du CGRI nommé Rahman Mokadam, censé être responsable de la direction d’un complot visant à tuer Trump. Mais encore une fois, les détails du complot ont révélé des traces du FBI, des informateurs confidentiels déguisés en “co-conspirateurs” et un témoin compromis.
En fait, le supposé plan d’assassinat que Mokadam était accusé d’avoir dirigé ne se concentrait pas initialement sur Trump. La cible aurait plutôt été Masih Alinejad, un expatrié iranien et militant pour le changement de régime sur la liste de paie du gouvernement américain. La seule preuve que Trump était une cible possible provenait des affirmations d’un trafiquant de drogue et escroc condamné nommé Farhad Shakeri, qui était également accusé. Shakeri a parlé au FBI par téléphone depuis l’Iran, fournissant des informations douteuses en échange d’une peine de prison réduite pour un associé anonyme aux États-Unis.
C’est au cours de ces entretiens à distance que Shakeri a apparemment affirmé qu’un responsable du CGRI lui avait ordonné de tuer Trump. Mais selon la plainte pénale du FBI contre lui, le nom de ce gestionnaire était « Majid Soleimani« , pas Mokadam.
L’agent du FBI qui a interviewé Shakeri a clairement reconnu le penchant de ce dernier pour l’affabulation, écrivant que « certaines des déclarations de Shakeri semblent vraies et d’autres semblent fausses ». Shakeri avait en effet menti tout au long de ses entretiens, mais l’agent a quand même conclu que « il semble » qu’il avait l’intention de tuer Trump, sans expliquer pourquoi il considérait ces aveux comme crédibles. L’allégation concernant un complot visant à tuer Trump était notamment absente de l’acte d’accusation du grand jury déposé un mois plus tard.
Après avoir tué Mokadam, le 4 mars, les Israéliens se sont directement adressés au président pour se vanter de leur soi-disant exploit et raviver son anxiété à propos des assassins iraniens.
Comme l’a noté Amit Segal « Trump en a été informé ces dernières heures par Israël« . Ce faisant, les Israéliens ont renforcé le sentiment de Trump qu’il avait été pris en chasse par l’Iran et qu’en menant cette guerre, il sauvait sa propre peau.
Comme par le passé, la Maison Blanche a publié une vidéo sur son compte officiel Twitter/X proclamant le triomphe de Trump sur les assassins iraniens :
J’ÉTAIS LE CHASSÉ, ET MAINTENANT JE SUIS LE CHASSEUR.
Thomas Crooks a peut-être raté de peu le crâne de Trump à Butler, en Pennsylvanie, mais Israël a bien trouvé le moyen de pénétrer dans la tête du président.
Max Blumenthal
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone