Inflation : comment l’argent s’autodétruit


Par Doug Casey − Le 28 novembre 2019 − Source Internationel Man

Doug Casey

L’inflation survient lorsque la création de monnaie dépasse la création de la richesse réelle à laquelle elle devrait correspondre … Elle n’est pas causée par la hausse des prix, elle provoque plutôt celle-ci.

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L’inflation n’est pas causée par le boucher, le boulanger ou le garagiste, bien qu’ils soient généralement blâmés. Au contraire, en produisant de la richesse réelle, ils combattent les effets de l’inflation. L’inflation est le fait du gouvernement seul, puisqu’il contrôle seul la création de la monnaie.

Dans une véritable société de libre marché, la production est le seul moyen pour une personne ou une organisation d’obtenir légitimement des richesses. «Gagner de l’argent» n’est pas différent de «créer de la richesse» et l’argent n’est qu’un certificat de production. Dans notre monde, cependant, le gouvernement peut créer de la monnaie à un coût dérisoire et la dépenser à sa valeur maximale sur le marché. Si la fiscalité est l’expropriation de la richesse par la force, alors l’inflation est son expropriation par la fraude.

Pour provoque l’inflation, un gouvernement a besoin du contrôle complet de l’argent légal d’un pays. Cela a des implications les plus larges possibles, car la monnaie est beaucoup plus qu’un simple moyen d’échange. La monnaie est le moyen par lequel tous les autres biens matériels sont évalués. Il représente, de manière objective, les heures de la vie consacrées à l’acquérir. Et si suffisamment d’argent permet de vivre à sa guise, cela représente aussi la liberté. Il représente toutes les bonnes choses que l’on espère avoir, faire et prévoir pour les autres. L’argent est un concentré de la vie [matérielle].

À mesure que l’État devient plus puissant et doit fournir davantage de ressources à certains groupes, sa demande de fonds augmente. Le gouvernement préfère naturellement éviter d’imposer plus d’impôts, car les gens deviennent moins capables de – ou disposés à – les payer. Il enregistre des déficits budgétaires plus importants, choisissant d’emprunter ce dont il a besoin pour les combler. Lorsque le marché devient moins apte – ou moins disposé – à lui prêter de l’argent, il se tourne vers l’inflation en vendant des montants toujours plus importants de sa dette à sa banque centrale, qui la paye en imprimant davantage d’argent.

Lorsque l’offre de monnaie augmente, celle-ci perd de la valeur par rapport à d’autres éléments et les prix augmentent. Le processus est beaucoup plus destructeur que la fiscalité, qui dissipe simplement la richesse. L’inflation sape et détruit les bases permettant d’évaluer tous les biens les uns par rapport aux autres et d’allouer intelligemment les ressources. Il crée le cycle économique et provoque les affectations et les distorsions de l’économie qui en résultent.

Nous connaissons le vieil adage : «Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.» Personne n’a jamais dit que la vie devait être juste, mais en général, il n’y a pas de raison a priori pour que les riches deviennent de plus en plus riches. Dans une société de marché libre, les dictons tels que «Les gains de la première génération sont perdus à la troisième» ou «Un imbécile et son argent sont vite séparés», pourraient être une meilleure description de la réalité. Mais, nous ne vivons pas dans une société de marché libre.

Les riches et les pauvres ont tendance à se différencier à mesure que la société devient plus bureaucratique, mais pas à cause d’une loi divine. C’est une conséquence de tout système hautement politisé. Le gouvernement, pour paraphraser Willie Sutton, est là où l’argent se trouve. Plus le gouvernement est grand, plus les riches, et ceux qui le souhaitent, feront de leur mieux pour que le gouvernement se comporte comme il se doit.

Seuls les riches peuvent se payer les conseils juridiques nécessaires pour se faufiler entre les lois qui contraignent les masses. Les riches peuvent permettre aux comptables de trouver une voie à travers les failles des lois fiscales. Les riches ont le crédit pour emprunter et ainsi profiter de l’inflation. Les riches peuvent payer pour agir sur la manière dont le gouvernement déforme l’économie pour que les distorsions leur soient profitables.

Le problème n’est pas que les riches soient de mauvaises personnes – les pirates politiques qui les satisfont sont une question différente. Dans une société fortement régulée, fortement taxée et inflationniste, les riches ont fortement tendance à s’enrichir au détriment des pauvres, qui subissent les mêmes actes du gouvernement.

Toujours et sans exception, les économies les plus socialistes ou à planification centrale présentent la répartition la plus inégale des richesses. Dans ces sociétés, les sans-scrupules deviennent et restent riches grâce au pouvoir politique. Dans les sociétés libres, les riches ne peuvent s’enrichir qu’en fournissant les biens et services que les autres veulent, et à un prix abordable.

Au fur et à mesure que l’inflation empire, le gouvernement s’empresse de faire quelque chose, n’importe quoi, à ce sujet.

Les gens vont se joindre à des comités d’action politique, des groupes de pression et des partis politiques dans l’espoir de gagner du poids pour imposer leur volonté à l’ensemble du pays, manifestement pour leur propre bien.

Les solutions possibles du gouvernement incluront le contrôles des salaires et des prix, des crédits, des restrictions sur la mobilité de l’emploi, des contrôles sur le retrait d’argent de comptes bancaires, des restrictions à l’importation et à l’exportation, des restrictions sur l’utilisation des espèces pour prévenir l’évasion fiscale, la nationalisation et même la loi martiale, presque tout est possible. Aucune de ces « solutions » ne s’attaque à la cause première : l’intervention de l’État dans l’économie. Chacune ne fera qu’empirer les choses plutôt que les améliorer.

Ce que toutes ces solutions partagent, c’est leur nature politique ; pour qu’elles fonctionnent, elles exigent que certaines personnes soient obligées d’obéir aux ordres des autres.

Que vous-même, moi, ou un chauffeur de taxi dans la rue estimions qu’une solution est bonne ou non est sans importance. Tous les problèmes qui commencent tout juste à se manifester à la tête de la société – par exemple, un système de sécurité sociale en faillite, des banques ruinées protégées par le gouvernement fédéral, un système monétaire détraqué – étaient autrefois des solutions qui devaient sembler «bonnes» à l’époque, sinon elles n’auraient jamais été adoptées.

Le vrai problème n’est pas ce qui est fait, mais plutôt comment cela se fait : soit par le biais du processus politique, soit par celui du marché libre. La différence est celle qui existe entre la contrainte et le volontarisme. C’est aussi la différence entre être excité, frustré, se cogner la tête contre un mur, et prendre des mesures positives pour améliorer son propre niveau de vie, vivre sa vie à sa guise et, par son exemple, influencer la société dans la direction que vous aimeriez lui voir prendre – mais sans demander au gouvernement de pointer une arme à feu sur la tempe de qui que ce soit.

L’action politique peut changer les choses. Les Russes dans les années 20, les Allemands dans les années 30, les Chinois dans les années 40, les Cubains dans les années 1950, les Congolais dans les années 1960, les Sud-Vietnamiens et les Cambodgiens dans les années 1970, puis les Rhodésiens, les Bosniaques, les Rwandais et les Vénézuéliens aujourd’hui, sont parmi ceux qui ont certainement découvert cela. C’est seulement que les changements ne sont généralement pas très constructifs.

C’est la nature du gouvernement ; il ne crée pas de richesse, il répartit uniquement celle que les autres ont créée. Plus généralement, il dépense ou alloue mal la richesse, car il agit uniquement de manière politiquement productive pour lui – c’est-à-dire celle qui gratifie et renforce le pouvoir des politiciens – plutôt qu’économiquement productive – c’est-à-dire celle qui permet aux individus de satisfaire leurs désirs de la façon dont ils le souhaitent.

Il est irresponsable de baser votre vie sur ce que des centaines de millions d’autres personnes et leurs dirigeants peuvent ou ne peuvent pas faire. Être une personne libre consiste fondamentalement à être la cause de ses actions et de son destin et non la conséquence des actions des autres. Vous ne pouvez pas contrôler ce que les autres vont faire, mais vous pouvez vous contrôler vous-même.

Si vous comptez sur d’autres personnes, ou sur des solutions politiques, cela vous rendra probablement imprudent et complaisant, sûr de vous dans l’espoir qu’ils «savent» ce qu’ils font et que vous n’aurez pas à vous énerver, ni à vous inquiéter de l’effondrement de l’économie.

Note de l’éditeur : Que ce soit pour l’épicerie, les soins médicaux, les frais de scolarité ou le loyer, tous les coûts augmentent.

C’est une tendance bien établie qui s’accélère et qui approche maintenant d’un point de rupture.

Dans le même temps, le monde est confronté à une grave crise sur plusieurs fronts.

L'or est à peu près le seul endroit où se réfugier. L'or a tendance à bien se comporter en période de turbulences, à la fois pour la préservation de la richesse et pour les gains spéculatifs.

Dough Casey est un auteur à succès, spéculateur de renommée mondiale et philosophe libertaire, il a acquis une réputation bien méritée pour son érudition et sa perspicacité, souvent controversée, dans la politique, l’économie, et les marchés d’investissement.

Traduit par jj, relu par Camille pour le Saker Francophone

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