En mémoire de la Réalité


Par James Howard Kunstler – Le 11 octobre 2019 – Source kunstler.com

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Le Golem d’or de la grandeur s’est transformé en taureau fou, mode turbo, pour le rassemblement de ses fans à Minneapolis la nuit dernière, jurant et beuglant contre les picadors de la gauche qui ont planté leurs piques dans son cou pendant trois ans. Le décorum n’est pas le point fort de M. Trump, mais le taureau n’est pas envoyé dans l’arène pour négocier poliment sa vie. La fin des combats est toujours une mort certaine. Le taureau doit faire tout ce qu’il peut, avec sa nature, pour le contester.

C’est dans la nature de M. Trump de jouer le rôle d’une vedette de télé-réalité et, bien sûr, c’est dans la nature des émissions de télé-réalité d’être irréelles. C’est peut-être là le paradoxe dominant de la vie aux États-Unis de nos jours. Saturés d’irréalité, les spectateurs (aussi appelés « électeurs ») se débattent à travers un flot incessant de récits visant à les confondre, dans l’attente irréelle qu’ils peuvent donner un sens à des choses irréelles. Dans un endroit comme Minneapolis, un soir d’octobre, vous pouvez aller voir le film « The Joker » ou assister au rassemblement du Président – et en ressortir avec le même sentiment d’hyper-irréalité. Nous ne sommes plus la nation que nous prétendons être et nous ne le savons pas. Les Jokers sont fous et c’est de nous qu’ils se moquent.

C’est ce qui se passe en ces dangereux jours d’automne de ce 4ème tournant – The Fourth Turning. Il y a quelque chose qui mijote, et tout porte à croire que cela se produira là où peu de gens regardent en ce moment : le spectacle peu exposé de l’argent et des banques. Lorsque les choses commenceront à glisser dans cet univers alternatif, M. Trump sera propulsé dans le rôle pour lequel il a été choisi en 2016 : porteur de valises pour l’effondrement économique. Le ralentissement mondial de l’activité productive et commerciale mine un vaste réseau d’obligations financières douteuses régi par une sur-croissance de prêts qui ne seront jamais remboursés. Contrairement aux magnats de l’immobilier new-yorkais, le monde entier ne peut pas se contenter d’aller devant un tribunal de faillite et demander un nouveau départ. L’« exercice » est brutal et produit des traumatismes qui définissent les époques.

La nation a été trop préoccupée par la lutte politique dans la boue pour remarquer que la courbe de la dette américaine est devenue parabolique et qu’elle a accumulé 814 milliards de dollars de plus rien que depuis le mois d’août. Les caïds en mathématiques pourraient constater que cela représente près de 1000 milliards de dollars, soit 4 % du total de 22 837 milliards de dollars, en l’espace de quelques mois seulement. Ouahh ! (Merci Steve St. Angelo) Les tendances paraboliques ne finissent pas bien. Dans l’intervalle, la Réserve fédérale tente, comme à l’accoutumée, de « régler » les problèmes causés par les emprunts de mauvaise foi excessifs en accordant des prêts de mauvaise foi excessifs supplémentaires dans le cadre de ses opérations de pension (Repo) au jour le jour et en remaquillant des assouplissements quantitatifs qui n’en seraient pas. C’est dire où va le dollar : vers le cimetière des monnaies mortes au cours de l’histoire. Le résultat ressemble à une dépression inflationniste pour les temps à venir.

Cet événement tuerait l’industrie du pétrole de schiste et, avec elle, les perspectives de poursuivre le mode de vie que les Américains considèrent comme normal. Les producteurs de pétrole de schiste ne seront pas en mesure d’emprunter plus d’argent à un système bancaire paralysé, pour produire un type de pétrole qu’il n’est pas rentable d’extraire du sol. C’est à ce moment-là que l’Amérique commencera à adopter un style de vie médiéval. Ce qui est curieux dans cette vue d’ensemble, c’est la manière dont les inquiétudes suscitées par ces tensions économiques et financières imminentes s’expriment en politique comme une sorte de système d’alerte précoce. La folie de l’ère Trump – qui est répartie assez également entre les deux factions – représente l’incapacité de toutes les parties concernées à faire face aux mandats de la réalité, qui existent réellement malgré les illusions de notre zeitgeist [esprit de l’époque] de la télé-réalité immobilière.

La frénésie de destitution actuelle s’apprête à entrer en collision avec ces forces, ainsi qu’avec les activités jusque-là secrètes du procureur général Barr et de son adjoint, M. Durham. Quand cela se produira, M. Trump ne sera pas le seul taureau fou dans l’arène nationale, et la nation manquera cruellement de toréadors. Toute l’arène risque de s’effondrer avec un bon nombre de fans qui auront été encornés dans le chaos qui s’ensuivra. Comme je l’ai déjà dit, ne soyez pas surpris si les élections de 2020 n’ont même pas lieu. Les dommages institutionnels sont peut-être trop profonds.

L’histoire n’aime pas plus le vide que la nature, et ce à quoi nous sommes confrontés est un vide d’autorité que les États-Unis n’ont jamais connu auparavant. C’est la conséquence finale d’une société où tout va bien et où rien n’a d’importance. Mieux vaut vérifier ce en quoi vous croyez, et en qui vous croyez dans les jours à venir, et recalibrer [votre vie] en conséquence. Ce n’est pas une blague.

Too much magic : L'Amérique désenchantéeJames Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par jj pour le Saker Francophone

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