Dommage collatéral des Panama Papers


Le droit à l’auto-détermination des micro-États du Pacifique…


Par Wayne Madsen – Le 18 avril 2016 – Source Strategic Culture Foundation


S’il était encore besoin de démontrer que la publication des soi-disant Panama Papers est un instrument de politique étrangère de trois des membres de la coalition de renseignement appelée Five Eyes, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, preuve en est l’immédiate condamnation du rôle joué par certains paradis fiscaux offshore du Pacifique, dans les montages financiers d’évasion fiscale fabriqués par la société Mossack Fonseca, un cabinet d’avocats panaméen accusé de soustraire des milliards de dollars à la vue des autorités fiscales du monde entier.

La première salve a été tirée en direction du territoire autonome néo-zélandais de Niue et l’État indépendant des Samoa, dont les noms sont apparus dans les fuites bien choisies des documents du cabinet d’avocats panaméen.

A cause des politiques paternalistes et néo-coloniales de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, de nombreux États du Pacifique Sud et des territoires autonomes n’eurent pas d’autre choix dans le passé, que de développer une industrie de l’évasion fiscale et des paradis fiscaux, dans le but d’attirer des capitaux dont ils avaient grand besoin, tirés des frais facturés pour la création de sociétés offshore. Et pourtant, ces paradis fiscaux se trouvent régulièrement sous le feu de la critique de leurs anciennes puissances coloniales.

L’État de Niue, qui ne peut espérer se lancer dans aucune nouvelle activité économique sans l’aide de la Nouvelle-Zélande, est devenu un centre international pour l’enregistrement de sociétés offshore, pour un tarif annuel à prix cassés de 150 dollars. Cette île-État, sous le joug de la Nouvelle-Zélande, est soumise à une exécrable desserte aérienne ainsi qu’à une mauvaise couverture internet pour ses citoyens. L’insistance grotesque de la Nouvelle-Zélande que Niue soit un territoire autonome fut révélée dans tout son ridicule, lorsqu’il a été prouvé que le Premier ministre de l’époque, Sani Lakatani, vivait à Auckland, tout en faisant semblant de gouverner Niue, et tout en touchant sa pension de caporal à la retraite de l’Armée royale de Nouvelle-Zélande.

Dans les faits, les micro-États du Pacifique furent contraints, par les mêmes États qui cherchent maintenant à restreindre leur autonomie et indépendance, d’instaurer des paradis fiscaux pour des sociétés-écran et d’ouvrir des comptes bancaires anonymes. Les deux territoires soi-disant autonomes de Nouvelle-Zélande, les Îles Cook et Niue, ont fait l’objet de critiques particulièrement virulentes de la part des États-Unis et de leurs laquais dans le domaine du renseignement, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

La Nouvelle-Zélande crie maintenant au scandale au sujet des opérations de Mossack Fonseca à Niue, au prétexte que l’agent officiel du cabinet d’avocats se trouve être la fille du Premier ministre en exercice, Toke Talagi.

Si la Nouvelle-Zélande permettait une réelle indépendance des Îles Cook et de Niue, ces États pourraient diversifier leur économie en établissant des liens commerciaux avec la Chine, la Russie, l’Inde et d’autres pays, sur des projets relatifs aux terres rares présentes dans le sous-sol sous-marin, des lignes aériennes régulières, des services de ferry à grande vitesse, et le développement d’une aquaculture durable. De plus, la possibilité qu’auraient ces États de recevoir des prêts à taux bas de la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres pays qui ne font pas partie intégrante de la toile bancaire occidentale, permettrait à l’artisanat local d’être vendu à l’étranger, grâce à un internet stable et à prix abordable, ainsi qu’à des plate-formes d’e-commerce.

A l’heure actuelle, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande empêchent, par des pratiques commerciales déloyales, le développement de lignes aériennes directes entre de nombreux micro-États du Pacifique. La régulation aérienne oriente le trafic civil et le fret aérien du Pacifique à travers les hubs d’Honolulu, Guam, Auckland, Sydney et Brisbane.

Les Îles Cook sont devenues un paradis fiscal célèbre à cause d’un montage compliqué, en fait une arnaque, réalisé par la Nouvelle-Zélande dans les années 1980. En 1992, un vendeur d’ordinateurs, Paul White, a acheté une caisse de vins dans laquelle se trouvaient 92 disquettes informatiques. Les disquettes n’étaient pas vierges, mais contenaient des documents sensibles.

Les disquettes avaient été jetées par inadvertance par la succursale néo-zélandaise de la Citibank. L’information bancaire contenue dans les disquettes indiquait l’existence d’un mécanisme financier d’évasion fiscale impliquant une entité des Îles Cook appelée EPI (European Pacific Investments), ainsi qu’un certain nombre de politiciens, incluant les dirigeants des partis nationaliste et travailliste de Nouvelle-Zélande.

La manipulation fiscale était aussi liée aux opérations de blanchiment d’argent de la CIA en Asie-Pacifique et dans les Caraïbes. Contrairement aux Panama Papers, qui ont été délibérément rendus publics par la CIA pour mettre dans l’embarras les dirigeants des États BRICS (Dilma Rousseff, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Xi Jinping et Jacob Zuma), les dossiers de la caisse de vin n’avaient pas vocation à être rendus publics. Paul White s’est rendu compte de la nature sensible de ces dossiers lorsqu’il fut victime d’un étrange accident de voiture, au cours duquel les disquettes ont disparu. Cependant, il avait été malin en partageant auparavant le contenu avec un journaliste néo-zelandais. Suffisamment d’information sur les opérations dans les Îles Cook ont été fuitées avant que le gouvernement néo-zélandais n’impose un silence radio total sur toute couverture médiatique de l’Affaire de la caisse de vin.

Après avoir épuisé ses ressources de phosphates, l’île-État de Nauru a perdu sa dernière source de revenus, l’industrie du guano, et a donc du se tourner, avec la bénédiction de l’Australie et des États-Unis, vers les services financiers offshore. Une fois que l’île est devenue le siège de quelques 400 banques, dont certaines avec des connexions à la mafia russo-israélienne et les trafiquants de drogue sud-américains, les États-Unis ont forcé la main du Président Bernard Dowiyogo pour fermer les banques. Les événements du 11 septembre ont accéléré la trajectoire de collision des États-Unis avec certains paradis fiscaux, incluant Nauru. Dowiyogo s’est rendu à Washington pour signer l’accord. Immédiatement après, il est tombé malade et décéda au cours de l’opération chirurgicale qu’il reçut à l’hôpital de l’Université George Washington. La CIA préfère ne pas laisser de traces derrière elle, de ses myriades de petits arrangements fiscaux à travers le monde. Et Nauru fut reléguée à servir d’hôte pour le goulag australien dans le style de Guantánamo, pour les réfugiés qui veulent émigrer en Australie.

Les fuites organisées de la société Mossack Fonseca, rendues possibles par George Soros et le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), deux entités financées par USAid et la CIA, jettent maintenant leur dévolu sur les Samoa, dont le vice-Haut commissaire à la mission diplomatique à Canberra, Luciano Fonoti, est accusé d’avoir aidé la société panaméenne à ouvrir des sociétés-écran aux Samoa. Une de ces sociétés est accusée de violation de l’embargo contre le gouvernement syrien. Peut-être que Samoa n’aurait pas besoin d’avoir recours aux services financiers offshore, si les États-Unis cessaient leur domination néo-coloniale sur le voisin oriental, le Samoa américain, un territoire qui devrait recevoir son indépendance et être autorisé à se réunifier avec son frère occidental, dans le but de créer une nation samoane unie et plus forte.

Les États-Unis, de concert avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël, conservent une approche paternaliste de leurs relations diplomatiques avec les micro-États du Pacifique. Israël est impliqué dans le sens où ces États votent systématiquement avec les États-Unis contre toute résolution pro-palestinienne à l’Assemblée générale de l’ONU. Tant que ces protectorats des États-Unis tels la Micronésie, Palau, les Iles Marshall et des protectorats comme Nauru, Tonga et les Îles Salomon, continueront de voter en faveur d’Israël et du sionisme, Israël peut utiliser ces alliés diplomatiques pour justifier ses actions.

Le peuple du territoire de Chuuk (Truk) est si mécontent de son statut de dépendance néo-coloniale sous le diktat de Washington et du gouvernement fantoche des États fédérés de Micronésie, qu’il parle publiquement de déclarer son indépendance des soi-disant Conventions de Libre-association (de leur acronyme anglo-saxon COFA, Compacts of Free Association), régies par les États-Unis.

Les États-Unis et les puissances coloniales de la région comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, utilisent déjà les révélations de Mossack Fonseca pour justifier leur plus grande ingérence dans les affaires internes des micro-États du Pacifique. L’Australie a révélé ses vraies intentions lorsqu’elle a aboli unilatéralement le statut autonome du gouvernement de l’île Norfolk, réduisant à néant par la même occasion son industrie de services financiers offshore et son industrie du jeu. Le gouvernement de Norfolk crie au scandale et prévoit de porter son cas devant les Nations Unies, où il trouvera de nombreux autres plaignants de la même région du Pacifique, de Rapa Nui (Île de Pâques) à Hawaii, en passant par les Îles Mariannes du Nord et Niue.

Wayne Madsen est journaliste d’investigation, essayiste et éditorialiste. Il est membre de la Société des Journalistes Professionnels et du Club de Presse National.

Traduit par Laurent Schiaparelli, édité par Wayan, relu par Diane pour Le Saker Francophone

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

Une réflexion au sujet de « Dommage collatéral des Panama Papers »

Les commentaires sont fermés.