Affaire Biden, une coïncidence ?


C’est bien quand le procureur ukrainien s’en est pris au sponsor de son fils que Joe Biden est passé à l’action


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 3 octobre 2019

L’implication de la famille Biden en Ukraine soulève de sérieuses questions que les médias n’abordent pas.

La première concerne la propriété de l’entreprise qui a engagé Hunter, le fils de Joe Biden, avec un salaire exorbitant pendant que Joe Biden dirigeait la politique américaine en Ukraine.

La deuxième question concerne le licenciement de Viktor Shokin, l’ancien procureur général de l’Ukraine. Trump accuse Joe Biden d’être intervenu en faveur du sponsor de son fils pour faire virer Shokin. La chronologie ci-dessous appuie cette affirmation.

Sur Naked Capitalism, Yves Smith a republié un article de Richard Smith, d’abord publié en 2014, sur la nomination de Hunter Biden au conseil d’administration de Burisma, un producteur de gaz ukrainien. Yves présente l’article ainsi :

Richard [Smith] a fait une plongée en profondeur dans la nomination douteuse de Hunter Biden et de Devon Archer, le lieutenant de longue date du secrétaire d'État, John Kerry, au conseil de Burisma Holdings. Richard a rapidement remarqué que Biden Jr. était payé très cher alors qu’il manquait d'expertise et qu’il n’avait pas investi dans l'entreprise... alors pour quoi était-il payé, exactement ? Oh, et Richard décrit aussi comment Hunter et son oncle James Biden ont eu des embrouilles financières avec des escrocs, dans le passé.

Mais le vrai mystère est que, d'après ce que l'on peut en déduire, Burisma est soit une société minuscule, soit simplement une société écran. Alors, qui est derrière ces gros salaires de directeurs ? Richard a trouvé des indices indiquant que Burisma appartenait à Privat Group, un conglomérat contrôlé par l'oligarque ukrainien Ihor Kolomoisky.

Burisma appartient officiellement à Mykola Zlochevsky, ancien ministre ukrainien des Ressources naturelles qui a – illégalement – délivré des licences pétrolières et gazières à des sociétés dont il était lui-même propriétaire. Mais la piste de Richard montre que Burisma a été vendue et rachetée avec l’aide de diverses sociétés écran et que le véritable propriétaire est probablement l’oligarque criminel et fan des nazis, Igor Kolomoisky.

La Deutsche Welle [DW], la télé publique allemande, note un candidat supplémentaire :

Fin 2013, [Zlochevsky] a nié posséder Burisma, et un employé de son bureau a déclaré qu'il avait vendu l'entreprise - mais aucune preuve n'a encore été apportée à ce sujet. Deux oligarques, Ihor Kolomojski et Viktor Pinchuk, ont été désignés comme nouveaux propriétaires potentiels. ...

DW n'a pas pu joindre Kolomojski pour des commentaires sur Burisma. Pinchuk a refusé de commenter, mais on dit qu'il entretient de bonnes relations avec le Parti démocrate aux États-Unis, et on pense aussi qu'il a été un ami de longue date de l'ancien président polonais Kasniewski.

Kasniewski a été, comme Hunter Biden et son ami Devon Archer, nommé au conseil d’administration de Burisma.

Kolomoisky est le sponsor de l’actuel président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Personne ne semble savoir à qui appartient vraiment l’entreprise. Son vrai propriétaire s’est caché derrière un groupe de sociétés écrans basées à Chypre et en Grande-Bretagne. DW dit que Zlochevsky a, en 2013, nié en être le propriétaire, mais plusieurs communiqués de presse de Burisma nomment et citent Mykola Zlochevsky comme propriétaire et président de Burisma Group. Serait-ce juste un homme de paille cachant un plus gros oligarque ?

Joe Biden lui-même s’est vanté d’avoir fait chanter le gouvernement ukrainien pour faire virer le procureur général « corrompu », Viktor Shokin :

Et je suis allé à Kiev pour la 12e ou 13e fois, je pense. J'étais censé annoncer une autre garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu de Poroshenko et de Yatsenyuk l'engagement de prendre des mesures contre le procureur de la République. Et ils ne l'avaient pas fait.

Ils ont dit qu'ils l’avaient fait ; ils se rendaient à une conférence de presse. J'ai dit, non, je n'y vais pas... ou, nous n'allons pas vous donner le milliard de dollars. Ils ont dit, vous n'avez aucune autorité. Vous n'êtes pas le président. Le président dit ; j’ai dit appelez le. (Rires.) J'ai dit, je vous le dis, tu n'auras pas le milliard de dollars. J'ai dit, tu n'auras pas le milliard. Je vais bientôt partir d'ici, dans six heures je pense. Je les ai regardés et j'ai dit : Je pars dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent. Eh bien, le fils de pute, il s'est fait virer. Et ils ont mis en place quelqu'un qui était solide à l'époque.

Plusieurs journaux ont affirmé que l’histoire que Biden a racontée s’est produite en mars 2016. Ce n’est cependant pas correct :

Biden ne s'est jamais rendu en Ukraine ce mois-là. Le président ukrainien de l'époque, Petro Poroshenko, s'est rendu à Washington en mars, mais seulement après que le procureur général, Viktor Shokin, eut été destitué par le parlement ukrainien.

Pourquoi cette confusion ? Parce que Biden a réussi à raccourcir des mois de diplomatie en quelques heures lorsqu'il a raconté l'histoire, des années plus tard au Conseil des relations extérieures.

Après le coup d’État du Maidan de 2014, parrainé par les États-Unis, le vice-président Joe Biden a dirigé la politique ukrainienne de l’administration Obama. Sa campagne contre le procureur général Shokin a commencé en septembre 2015 :

L'ambassadeur des États-Unis de l'époque, Geoffrey Pyatt, a donné le coup d'envoi de l'action en prononçant un discours, le 24 septembre 2015, dans lequel il fustigeait Shokin pour avoir "ouvertement et agressivement sapé les réformes" et "sapé les procureurs travaillant sur des affaires de corruption légitimes". Dans son témoignage devant le Comité sénatorial des relations étrangères le 8 octobre, Nuland déclarait : "Le bureau du procureur général doit être réinventé en tant qu'institution au service des citoyens ukrainiens, plutôt que de chercher à les arnaquer."

S’en est suivie une visite de Biden à Kiev en décembre. Le 7 décembre, il a tenu une conférence de presse avec Porochenko et a annoncé 190 millions de dollars pour "lutter contre la corruption dans l'application de la loi et réformer le secteur judiciaire". Il n'a fait aucune mention publique d’une garantie de prêt, mais en coulisse, il avait explicitement lié une garantie de prêt de 1 milliard de dollars aux efforts de réforme, dont le renvoi de Shokin, selon Colin Kahl, le conseiller de Biden pour la sécurité nationale à cette époque.

Le lendemain de la conférence de presse, il s'est adressé au parlement ukrainien pour dénoncer le "cancer de la corruption" dans le pays. "Le Bureau du Procureur général a désespérément besoin d'être réformé", remarquait-il.  ...
Biden a ensuite rencontré Poroshenko, le 20 janvier, en marge du Forum économique mondial de Davos (Suisse), où il a également insisté sur "la nécessité de continuer à faire avancer le programme anti-corruption en Ukraine", selon une déclaration de la Maison Blanche.

La campagne a été plutôt lente. Mais en février, les efforts de Biden pour faire virer Shokin se sont soudainement accélérés :

12 février : Biden s’est entretenu avec Poroshenko par téléphone. « Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur l’importance de l’unité des forces politiques ukrainiennes pour adopter rapidement des réformes conformes aux engagements pris dans le cadre du programme du FMI, notamment des mesures visant à éradiquer la corruption », a déclaré la Maison-Blanche.

16 février : Porochenko a annoncé qu’il avait demandé à Shokin de démissionner. […]

18 février : Un autre appel a eu lieu entre Biden et Poroshenko. […]

19 février : Porochenko a annoncé qu’il avait reçu la lettre de démission de Shokin. Il a quand même fallu l’approbation du Parlement, et Shokin n’est pas parti sans faire de bruit. Le même jour, Biden s’est entretenu d’abord avec Poroshenko et avec le premier ministre Arseniy Yatsenyuk. […]

16 mars : On rapporte que Shokin était de retour au travail après avoir été en vacances. […]

22 mars : Biden et Poroshenko se sont à nouveau entretenus par téléphone (….)

29 mars : Le Parlement ukrainien, par un vote de 289 voix contre 6, approuve la destitution de Shokin.

Le 31 mars, Poroshenko a rencontré Biden lors d’un voyage à Washington, et Biden a souligné que la garantie de prêt était subordonnée à la poursuite des réformes, au-delà de l’expulsion de Shokin.

Le 14 avril, Biden et Poroshenko se sont de nouveau téléphoné. Biden a félicité le président pour son nouveau cabinet et « a souligné l’urgence de la mise en place d’un nouveau procureur général (…) »

12 mai, Poroshenko nomme Yuriy Lutsenko comme nouveau procureur général.

Le 13 mai, lors d’un appel téléphonique, Biden dit à Poroshenko qu’il est heureux de la nomination de Lutsenko (…)

La campagne menée par Biden contre Shokin commença lentement, mais en février 2016, elle devint frénétique. Que s’était-il passé ? Est-ce que ça avait un rapport avec Burisma ?

La plupart des journaux américains le nient. Le Washington Post a écrit :

La principale allégation de Giuliani - selon laquelle Joe Biden aurait poussé à renvoyer le principal procureur ukrainien pour étouffer une enquête sur l'ancien ministre et propriétaire de Burisma, Mykola Zlochevsky - n'est pas fondée et a été largement contestée par d’anciens responsables américains et des militants anticorruption ukrainiens. ...

Pendant qu’il dirigeait Burisma, Zlochevsky était dans le collimateur des autorités ukrainiennes. En 2015, les procureurs avaient ouvert deux enquêtes sur l'ancien ministre de l'écologie - l'une sur des allégations d'enrichissement illégal et l'autre sur des allégations d'abus de pouvoir, de falsification et de détournement de fonds, selon des documents du bureau du procureur général examinés par le Wall Street Journal à cette époque. Zlochevsky a nié avoir commis des actes répréhensibles dans ces affaires. ...
Shokin - qui a fourni des informations sur Biden à Giuliani - a déclaré au Post plus tôt cette année qu'il pense avoir été évincé en mars 2016 parce qu'il enquêtait sur Burisma. S'il avait été autorisé à rester en poste, il aurait remis en question les qualifications de Hunter Biden en tant que membre du conseil d'administration, a-t-il déclaré, notant que "cette personne n'avait aucune expérience professionnelle en Ukraine ou dans le secteur énergétique".

Mais à l'époque, l'affaire Zlochevsky était en sommeil, selon d'anciens responsables ukrainiens et américains.

[Daria Kaleniuk, directrice exécutive de l'Anti-Corruption Action Center,] a rappelé comment elle et d'autres militants anti-corruption en Ukraine ont vivement critiqué Shokin pour ne pas avoir poursuivi l'enquête et espéré que son renvoi la relancerait.

Le New York Times fait une déclaration légèrement différente :

Les alliés de M. Zlochevsky ont été soulagés par le renvoi de M. Shokin, le procureur dont M. Biden avait demandé l'éviction, selon des personnes au courant de la situation.

M.Shokin n'enquêtait pas agressivement sur M. Zlochevsky ou sur Burisma. Mais les alliés de l'oligarque disent que M. Shokin utilisait la menace de poursuites pour tenter d'obtenir des pots-de-vin de M. Zlochevsky et de son équipe, ce qui rendait l'équipe de l'oligarque méfiante à l'égard du procureur.

Les comptes-rendus précédents sont incorrects. Shokin a vraiment enquêté sur Zlochevsky. Il a ouvert deux dossiers contre lui en 2015. Après cela, Biden et son équipe ont commencé à faire pression pour qu’il soit congédié. Shokin poursuivait agressivement l’affaire. Il l’a fait juste avant que la campagne de Biden contre lui ne s’emballe.

Le 4 février 2016, Interfax-Ukraine rapportait :

Les biens mobiliers et immobiliers que l'ancien ministre ukrainien de l'Ecologie et des Ressources naturelles, Mykola Zlochevsky, détient en Ukraine ont été saisis, selon le service de presse du Bureau du Procureur général de l'Ukraine (PGO).

"Le PGO a déposé une requête au tribunal pour confisquer les biens de l'ancien Ministre ukrainien de l'écologie et des ressources naturelles, secrétaire adjointe du Conseil ukrainien de sécurité nationale et de la défense, Mykola Zlochevsky, notamment une maison de lotissement de 922 mètres carrés, un terrain de 0.24 hectares, une maison avec jardin d'une superficie totale de 299,8 mètres carrés, une maison avec jardin sur le territoire du district de Vyshgorod, une maison avec jardin de 2 312 mètres carrés, un terrain de 0,0394 hectares, une voiture Rolls-Royce Phantom, une Knott 924-5014 trainer," est-il écrit dans le rapport.

Le PGO précise que le tribunal a satisfait à la requête le 2 février 2016. ...

Zlochevsky est soupçonné d'avoir commis une infraction pénale en vertu de la partie 3 de l'article 368-2 du Code pénal de l'Ukraine (enrichissement illicite).

Le 2 février Shokin a confisqué quatre grandes maisons appartenant à Zlochevsky plus une Rolls-Royce Phantom et une « Knott 924-5014 trainer ». (Quelqu’un sait ce que c’est ?) Dix jours plus tard, Biden passe à l’action pour le faire virer. En l’espace d’une semaine, il appelle personnellement Poroshenko trois fois avec un seul objectif majeur : faire virer Shokin.

Le Washington Post a fait une fausse déclaration en disant que l’affaire Zlochevsky était « dormante ». Le directeur exécutif du Centre d’action anti-corruption financé par les États-Unis et l’UE a fait une fausse déclaration en prétendant que le procureur « ne poursuivait pas l’enquête ». Le NYT a répété cette fausse déclaration et a rajouté d’évidentes fausses déclarations faites par des « alliés » anonymes de Zlochevsky. Pourquoi les médias prétendent-ils que Shokin n’a rien fait contre Zlochevsky alors que les faits montrent le contraire ?

Zlochevsky avait engagé le fils de Joe Biden, Hunter, pour au moins 50 000 dollars par mois. En 2015, Shokin a commencé à enquêter sur lui dans deux affaires. À l’automne 2015, l’équipe de Joe Biden commence à faire pression contre lui. Le 2 février, Shokin s’empare des maisons de Zlochevsky. Peu de temps après, le camp de Biden passe à l’action avec Biden en personne passant des appels téléphoniques presque tous les jours. Shokin part en vacances alors que Poroshenko a menti en disant qu’il avait démissionné. Lorsque Shokin reprend le boulot, Biden reprend le téléphone. Une semaine plus tard, Shokin est viré.

Biden a eu le nouveau procureur général qu’il voulait. Celui-ci a fait son show et a ensuite classé l’affaire contre Zlochevsky :

M. Shokin a été remplacé par un procureur nommé Yuriy Lutsenko, que l'ancien vice-président Biden a appelé par la suite "quelqu'un de solide à l'époque". Les représentants de M. Zlochevsky se sont réjouis de ce choix et ont conclu qu'ils pouvaient travailler avec M. Lutsenko pour résoudre les problèmes juridiques de l'oligarque, selon des personnes au courant de la situation.

Même si M. Lutsenko avait initialement adopté une position ferme à l'égard de Burisma, dix mois après son entrée en fonction Burisma annonçait que M. Lutsenko et les tribunaux avaient "complètement clos" toutes les "procédures judiciaires et accusations en instance" contre M. Zlochevsky et ses entreprises.

L'oligarque, qui avait fui le pays à la suite des enquêtes menées par les procureurs précédents, a été retiré par un tribunal ukrainien de la "liste des personnes recherchées" et est retourné au pays.

Lorsque le vent politique de Washington a changé, le procureur général que Biden avait vanté s’est montré flexible :

Cette année, cependant, le bureau de M. Lutsenko a décidé de reprendre l’enquête sur M. Zlochevsky.

La chronologie ci-dessus semble appuyer l’affirmation de Shokin selon laquelle il a été congédié sur ordre de Joe Biden parce qu’il s’en était pris à Zlochevsky alors que celui-ci versait au fils de Biden une somme mensuelle très importante.

Le fait que les médias américains tentent d’obscurcir ou même de nier le sérieux de l’enquête de Shokin laisse planer le doute sur leurs autres affirmations au sujet de l’affaire Biden et de l’enquête de destitution en cours.

Je ne suis pas contre la destitution de Trump. Mais s’en prendre à lui parce qu’il pose des questions sérieuses sur la magouille de Biden en Ukraine n’est pas une façon productive de le faire. Ces questions doivent être posée et des réponses apportées.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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