La vanité du concept de domination totale et son coût


Par Bill Astore – Le 14 octobre 2026 – Source Blog de l’auteur

L’étrange vanité de l’exceptionnalisme américain est l’ambition décomplexée d’une domination à spectre totale. L’idée est la suivante : l’Amérique doit dominer dans tous les domaines de conflits potentiels, terre-mer-air ainsi que l’espace et le cyberespace et tout autre domaine que vous pouvez imaginer, car c’est la seule façon pour les Américains de se sentir vraiment « en sécurité ». Une telle vanité a un prix élevé, car les dépenses du Pentagone atteignent 1 500 milliards de dollars par an. Mais l’argent n’est pas le plus important. Le plus important est l’état de guerre constant (et les préparatifs pour encore plus de guerre) qui caractérise la politique étrangère américaine depuis 1945. Ainsi que l’érosion de la liberté individuelle et l’appauvrissement des classes moyennes et ouvrières américaines du fait que l’argent s’écoule vers les fabricants d’armements au service d’une ambition impériale sans bornes.

Il y a une caractéristique divine à cette ambition, l’idée que l’Amérique doit être omnipotente, dominant tous les domaines de la guerre, et omnisciente, balayant toutes les données partout, dans une quête sans vergogne d’un pouvoir mondial avec l’exercice sans vergogne de ce pouvoir meurtrier contre des peuples ayant généralement la peau brune ou noire et donc traités comme inférieurs.

En exagérant à peine, on peut dire que le gouvernement américain projette du pouvoir partout et n’aide les Américains ordinaires nulle part. La destruction est favorisée par rapport à la construction. Enrichir les déjà riches est le but, même si les pauvres sont appauvris.

Le contribuable américain, autrefois connu sous le nom de citoyens, est saigné pour des systèmes d’armes inutiles (ICBM Sentinelles, bombardiers nucléaires B-21, Golden Dome), des guerres indésirables (Vietnam, Afghanistan, Irak, Iran) et une structure impériale de projection de force qui garantit pratiquement que la violence sera sans fin. Cette structure impériale, avec son objectif de tout contrôler, de tout connaître, de tout dominer, est soutenue par les Démocrates et les Républicains. Les personnes osant critiquer cette structure impériale, présentes dans les deux partis mais en petit nombre, sont attaquées et systématiquement maintenues à la marge.

Rien de tout cela n’est nouveau. Au début des années 1960, le sénateur George McGovern, pilote de bombardier décoré pendant la Seconde Guerre mondiale, s’était opposé à la poursuite de la “surpuissance” nucléaire et avait appelé à des réductions substantielles des dépenses de défense et au réinvestissement dans les infrastructures civiles. À l’appui de cette initiative, il citait l’avertissement du président républicain Dwight D. Eisenhower de janvier 1961 contre le complexe militaro-industriel. L’initiative de McGovern a été rapidement abandonnée alors que l’administration Johnson intensifiait sa guerre désastreuse en Asie du Sud-Est.

Près d’une décennie plus tard, alors que l’Asie du Sud-Est était ravagée sinon vaincue, McGovern exhortait ses concitoyens à “rentrer à la maison”, pour mettre fin à la folie des guerres à l’étranger et des budgets militaires toujours croissants. Il a été largement battu par Richard Nixon lors de l’élection présidentielle de 1972.

Depuis cette défaite, le Parti démocrate a conspiré pour faire taire les candidats anti-guerres qui s’opposent à l’idée de domination impériale. Dennis Kucinich me vient à l’esprit ici. Même les appels modérés à la réforme de la part de candidats comme Bernie Sanders sont rejetés comme étant naïfs ou dangereux. Le résultat a été des Démocrates comme Obama, Biden, Hillary Clinton et Harris qui embrassent ouvertement les « bonnes » guerres (Afghanistan, pour Obama) et qui célèbrent avec enthousiasme la létalité militaire (Harris).

Parallèlement, le Parti républicain n’a jamais voté contre l’augmentation du budget militaire. Rares sont en effet les voix comme Ron et Rand Paul et Thomas Massie qui remettent en question la sagesse des guerres sans fin et leur impact négatif sur les droits et libertés.

Que faut-il faire alors ? Bernie Sanders a appelé à une révolution politique, sûrement un appel correct, mais qui a été stérilisé par l’establishment des deux partis. Elizabeth Warren parle de « grands changements structurels« , mais c’est pour l’économie nationale ; sa politique étrangère est essentiellement la même que celle de Biden/Harris. Quelques Républicains réfractaires s’élèvent contre la guerre en Iran aujourd’hui, mais rares sont ceux qui appellent ouvertement à des réductions majeures des dépenses de guerre.

En bref, pouvoir choisir de sortir de la domination impériale, des guerre et des dépenses en armes colossale est peu probable. Beaucoup de gens (moi y compris) ont écrit des articles sensés appelant à des coupes sombres dans les dépenses militaires, mais les bonnes idées qui vont à contre-courant gagneront peu de terrain sans un mouvement fort et concerté les soutenant.

L’Amérique a désespérément besoin d’un mouvement de masse coordonné contre les guerres sans fin et les dépenses militaires massives, mais les “pouvoirs en place” continuent de doubler la mise pour déclencher encore plus de guerres et obtenir des dépenses de guerre encore plus massives. Ce même establishment continue de multiplier les ennemis des États-Unis. C’est peut-être l’Iran aujourd’hui, mais la Russie et surtout la Chine se profilent derrière, la Corée du Nord et d’autres États “voyous” étant tenus en réserve au cas où.

La pure folie et les dépenses massives de tout cela mèneront probablement à la fin de l’expérience démocratique américaine (bien qu’imparfaitement pratiquée). C’est une sombre conclusion, je sais, mais je suis peu optimiste car les moyens que l’Amérique utilise pour mener ses guerres injustes à l’étranger sont maintenant de plus en plus utilisés dans la “patrie” contre les dissidents présumés.

Rappelez-vous quand les « dissidents » étaient encore considérés comme des citoyens inquiets ? Rappelez-vous quand la guerre était considérée comme une mauvaise chose et que les dépenses en armes étaient considérées comme le moyen le moins judicieux de dépenser nos ressources ?

L’Amérique n’a pas besoin d’être un État guerrier ou dans un état de guerre constante. Une « majorité silencieuse » d’Américains ne veut clairement pas de guerres sans fin et veut ouvertement une vie meilleure pour ses enfants. Mais des jours meilleurs ne viendront pas si cette majorité reste silencieuse ou démobilisée.

Le principal obstacle

Comme Ike l’a dit en 1961, le principal obstacle est le complexe militaro-industriel (CMI), auquel il a ajouté le Congrès en tant que complice reconnaissant. En 65 ans, le CMI a considérablement accru son pouvoir et sa pénétration culturelle. Le terme MICIMATT indique la « communauté » s’est élargie au monde du renseignement, des médias, du monde universitaire et des groupes de réflexion. À cela, nous pourrions ajouter le monde du sport, Hollywood, les jeux vidéo et maintenant les milliardaires de la tech. Tous ces intérêts conspirent pour absorber des milliers de milliards de dollars des contribuables américains, ostensiblement au nom de la sécurité nationale, tout en menant ou en soutenant des guerres sans fin.

Ike a déclaré que seuls des citoyens alertes et bien informés, participant activement à la démocratie, pouvaient contraindre le CMI à freiner ses pires et plus grandioses ambitions. Malheureusement, c’est précisément pourquoi on ment constamment au peuple américain, en particulier à propos des guerres, pourquoi tant de choses sont cachées ou “classifiées”, et pourquoi les gens sont encouragés à laisser les experts militaires s’occuper de tout et à croire en eux.

Pire encore, l’idée même de citoyenneté active est maintenant dégradée ; le seul “devoir” qui nous reste actuellement est de voter. À voter Démocrate ou Républicain et à rejeter tout candidat tiers, qui pourrait être anti-guerre, comme non pertinent (et même anti-américain).

Notre sécurité ultime ne réside pas dans l’utilisation d’armes à feu, ou toutes autres armes, et une violence illimitée. Elle réside dans des institutions fortes attachées à la primauté du droit dans lesquelles des individus de caractère peuvent se lever et dénoncer les abus de pouvoir. Revient à la maison, Amérique, vers cette terre de générosité, d’espoir et de paix.

Soyez un citoyen alerte et averti. Et agissez en conséquence.

Bill Astore

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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