L’arrogant sultanat ne pourra pas survivre à un conflit avec ses voisins


Par Moon of Alabama – Le 29 avril 2026

Hier, les Émirats arabes Unis (EAU) ont déclaré qu’ils quitteraient l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). C’est un divorce qui aura probablement de graves conséquences pour le bien-être des EAU.

C’est une importante décision, qui a pris du temps avant d’être prise et qui n’est pas une conséquence de la guerre actuelle d’USrael contre l’Iran.

L’OPEP, de concert avec d’autres pays producteurs de pétrole (OPEP+), s’est toujours efforcée de maintenir les prix du pétrole stables en limitant ce que chacun de ses membres produira. Les pays producteurs avaient reconnu qu’inonder les marchés de pétrole entraînerait une baisse de son prix et une baisse de leur revenu global. Maintenir la production trop faible et le pétrole trop cher encouragerait les consommateurs à utiliser d’autres sources d’énergie. La politique de l’OPEP et de l’OPEP+ était donc d’optimiser la production afin qu’elle puisse assurer une sécurité à long terme pour les approvisionnements ainsi que pour les revenus.

Avec la sortie des EAU, l’OPEP sera composée de 11 membres principaux : Algérie, Congo, Guinée équatoriale, Gabon, Iran, Irak, Koweït, Libye, Nigeria, Arabie saoudite et Venezuela.  L’OPEP + comprend en outre la Russie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, Bahreïn, Brunei, la Malaisie, le Mexique, Oman, le Soudan du Sud et le Soudan.

La décision des EAU est une victoire pour les États-Unis et son industrie pétrolière. Comme l‘affirme un article d’opinion du WSJ :

La fracturation du schiste américain a atteint l’objectif stratégique de longue date de Washington de limiter le contrôle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole sur les prix du pétrole. Le cartel se fracture, les Émirats arabes unis annonçant leur sortie mardi. C’est une autre victoire de politique étrangère pour l’énergie fossile américaine.

Les Émirats Arabes Unis se sont frottés pendant des années aux quotas de production par pays de l’OPEP qui visent à limiter l’offre mondiale et à faire grimper les prix du pétrole. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes Unis sont les deux producteurs pivots du cartel qui ont une capacité excédentaire pour augmenter leur production, Abu Dhabi étant capable de produire 1,4 million de barils par jour de plus que le quota de l’OPEP.

Abu Dhabi est riche et dispose d’importantes réserves financières. Elle n’a pas besoin d’une production de pétrole plus élevée pour survivre.

Les raisons de son divorce avec d’autres producteurs de pétrole arabes sont plus profondes (archivées) que les trous de forage :

Ces dernières années, les responsables émiratis ont parlé de l’importance de poursuivre leurs propres intérêts économiques, s’irritant des quotas fixés par l’OPEP qui réduisaient leur production de pétrole.

Ils ont approfondi leur alliance avec Israël, tandis que d’autres gouvernements arabes gardaient leurs distances ou s’en éloignaient davantage.

Au Yémen, les Émirats ont soutenu une insurrection armée, provoquant la colère des dirigeants saoudiens, qui soutiennent le gouvernement là-bas.

Et dans la brutale guerre civile au Soudan, où l’Arabie saoudite et l’Égypte soutiennent le gouvernement, les Émirats soutiennent le groupe paramilitaire rival. Les responsables émiratis ont toujours nié avoir envoyé des armes au groupe rebelle soudanais, les Forces de soutien rapide, malgré de nombreuses preuves du contraire.

Le fossé entre l’Arabie saoudite et les Émirats qui se développe depuis des années et s’étend jusqu’aux plus hauts niveaux des deux gouvernements.

Le prince Mohammed d’Arabie saoudite et le dirigeant émirati, Cheikh Mohammed bin Zayed, étaient autrefois des partenaires proches, unissant leurs forces en 2015 pour combattre les rebelles houthis au Yémen, mais ils ont depuis considérablement divergé, poursuivant des visions différentes pour l’avenir du Moyen-Orient qui sont entrées en conflit les unes avec les autres. Cette rupture a éclaté à la vue du public en décembre, mais semble s’être durcie pendant la guerre avec l’Iran.

Alors que les responsables arabes du Golfe réfléchissent à la manière de répondre à l’Iran, les Émirats ont pris des mesures pour rompre leurs liens culturels et économiques de longue date avec le pays. L’Arabie saoudite, qui a fait face à des attaques moins nombreuses et moins dommageables, a fermement condamné l’Iran, mais a soutenu les efforts menés par le Pakistan pour trouver une solution diplomatique à la guerre — une initiative avec laquelle les Émirats ont gardé une certaine distance.

Les responsables émiratis ont exprimé à plusieurs reprises leur mécontentement à l’égard des organisations multilatérales arabes et islamiques, laissant entendre qu’ils auraient préféré une position plus ferme contre l’Iran.

Pendant des années, les Émirats étaient restés au sein de l’OPEP “par déférence envers l’Arabie saoudite”, a déclaré Mme Diwan. Les nouvelles de mardi indiquent clairement que « ils ne s’en remettront plus aux dirigeants saoudiens ».

Et c’est là que réside le problème …

Les EAU comptent quelque 10 millions d’habitants dont seulement 12% sont nés Émiratis. Les autres sont des travailleurs indiens, pakistanais et autres invités qui pourraient partir à tout moment.

L’Arabie saoudite compte 33 millions d’habitants.

Aller à l’encontre de plusieurs politiques majeures de son grand voisin est une entreprise à haut risque. Alors que les EAU peuvent en général espérer le soutien d’Israël et des États-Unis, il est hautement improbable que l’un ou l’autre intervienne si l’Arabie saoudite (avec le soutien pakistanais et/ou égyptien) décidait de se débarrasser d’un arrogant cheikh dans son voisinage immédiat. Ce ne serait probablement pas un conflit court ou facile, mais il ne resterait pas grand-chose des EAU si les Saoudiens allaient de l’avant. Le reste de l’OPEP et de l’OPEP+ resterait probablement là et applaudirait.

Comme Yves Smith dans Naked Capitalism le dit :

En l’absence d’expéditions hors du Golfe maintenant, cette décision n’a aucun effet immédiat. Les EAU veulent apparemment pomper librement quand ils le pourront. Mais cela suppose également qu’il existera encore des EAU lorsque le conflit prendra fin.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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