L’agenda mondialiste de la Chine


Par Kerry Bolton – Le 16 janvier 2016 – Source katehon


La Chine moderne, une création de Wall Street

La Chine s’apprête enfin à faire une déclaration sans équivoque en faveur de la mondialisation. Le président Xi Jinping fera justement cette déclaration mondialiste au Forum économique mondial de Davos, entre le 17 et le 20 janvier. Il est dit que cette rencontre de Davos sera axée sur la montée de la réaction antimondialiste incarnée par l’élection de Trump. Elle abordera probablement aussi la question de la montée du « populisme », de l’expression politique conservatrice d’un anti-mondialisme qui n’est pas aussi facile à récupérer que l’éventail « de gauche », comme l’a montré – une nouvelle fois – l’opposition gauchiste bouffonne à l’encontre de Trump.

Cette réunion de Davos fournira un jubilé aux ploutocrates états-uniens et à leurs hommes de paille, les USA étant représentés par le vice-président Biden et son secrétaire d’État John Kerry, à travers ce qui constituera probablement leurs dernières actions à ces postes.

Il semble que le président Xi se fera le chantre d’une « mondialisation inclusive », tout en dénonçant le populisme comme facteur de « guerre et de pauvreté ». Son agenda mondialiste pour Davos a été esquissé par Jiang Jianguo, à la tête du Bureau d’Information du Conseil d’État, qui a déclaré devant un symposium hébergé par l’Organisation mondiale du commerce à Genève, que le président Xi se rendrait à Davos afin de prôner le développement, la coopération et la mondialisation économique, dans le but de bâtir « une communauté humaine partageant une destinée commune ». 1 Jiang s’est expliqué :

« Avec la montée du populisme, du protectionnisme et du nativisme, le monde arrive à un tournant historique où une route mène à la guerre, la pauvreté, l’affrontement et la domination tandis que l’autre mène à la paix, au développement, à la coopération et aux solutions bénéfiques à tous. »

Le vice-ministre des affaires étrangères Li Baodong, au cours d’un point presse à Davos, a déclaré que « la Chine répondrait aux inquiétudes de la communauté internationale quant à la mondialisation, en avançant les dispositions de Pékin sur la façon d’aiguiller la mondialisation économique vers une plus grande inclusion ».  Li a affirmé que les critiques à l’encontre du protectionnisme commercial formulées à destination de la Chine étaient injustes. « Le protectionnisme commercial n’est dans l’intérêt de personne et mènera à l’isolement », a-t-il ajouté.

Nous avons ici la rhétorique élémentaire que les mondialistes emploient depuis longtemps. Les demandes supposées et les attentes d’une « communauté internationale » constituent un euphémisme pour désigner la « communauté internationale » des oligarques ainsi que « l’opinion publique » produite par leurs médias de masse. Procéder de la sorte au nom de « la paix, du développement et de la coopération » est révélateur de la manière dont la Chine reprend à son compte les éléments de langage que les politiciens occidentaux ont utilisés depuis que les Quatorze Points de Woodrow Wilson ont assuré la promotion du « libre-échange » conçu comme un objectif de guerre au nom d’un « nouvel ordre mondial », ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui. Les expériences impériales depuis Alexandre Le Grand ont été justifiées au nom de la paix et de la coopération, et souvent en se référant aux « droits de l’homme » de nos jours. Les États-Unis ont participé à la Seconde Guerre mondiale dans les intérêts – une fois de plus – du libre-échange mondial (la mondialisation), comme la Charte de l’Atlantique de Roosevelt l’a ouvertement établi. La destruction de la Serbie dans le but de faire main basse sur les richesses minières du Kosovo via la mondialisation fut entreprise au nom de « la paix et de la coopération ». Il existe désormais un département kosovar de la privatisation. Ainsi donc, à travers l’histoire et ce jusqu’à nos jours, les expériences impériales, les guerres et les révolutions qui ont été menées à bien au nom de « la paix » devraient se poursuivre. La Chine rejoint le cercle des mondialistes et dévoile son véritable visage, maintenant qu’il se trouve un président élu des États-Unis d’Amérique qui a fait des déclarations indiquant que le commerce et les politiques étrangères mondialistes des USA pourraient être réorientés.

A présent que les intérêts sont définis selon des axes aux contours plus nettement tracés, la Chine est obligée de jouer franc jeu en tant que partisan majeur de la mondialisation. En effet, si Trump infléchit bel et bien le mondialisme, en dépit du poids considérable de sommités de la Goldman Sachs parmi ses conseillers économiques, la Chine apparaîtra comme le principal État promouvant la mondialisation, avec Soros, Goldman Sachs et Rockefeller pour lui tenir la traîne.

Derrière des slogans théoriques, la Chine est comme toujours mue par son propre intérêt. Tout en appliquant les principes d’une économie planifiée, elle exige que les autres États maintiennent leurs frontières ouvertes à l’écoulement de ses produits au rabais. En Nouvelle-Zélande par exemple, de l’acier chinois de piètre qualité a été récemment importé. Une enquête est actuellement menée sur le dumping de l’acier mais lorsque des questions sont soulevées, il en résulte toujours des craintes pour le commerce avec la Chine, par peur des représailles de cette dernière. C’est du « partenariat » et de la « coopération » tels que définis par la Chine ; l’autre « partenaire » doit toujours être subordonné. Cette exigence de subordination fait partie de la mentalité pluri-millénaire de la Chine, lorsque l’empereur était tenu pour le dirigeant du monde mandaté par les cieux. Cette mentalité impériale a substitué l’état à l’empereur. Le dumping de l’acier constitue un exemple concret de ce que la Chine entend par « mondialisation ». 2

L’omnipotent Henry Kissinger

Le vice-ministre des affaires étrangères Li a assuré dans le cadre du forum, que “les canaux de communication sont ouverts” entre la Chine et l’équipe de transition de Trump, mais a averti que programmer une rencontre pourrait s’avérer difficile. Une fois de plus, l’attitude se révèle dominatrice et méprisante en dépit des sourires, des poignées de mains et des costumes à l’occidentale. Quoi qu’il en soit, indépendamment de la politique de Trump, l’oligarchie états-unienne a toujours la garantie d’un contact influent auprès de la Chine par l’entremise de l’indéboulonnable Henry Kissinger. L’ancien secrétaire d’État, qui a été proche des intérêts oligarchiques et particulièrement de ceux de Rockefeller pendant la plus grande part de sa longue vie, n’a pas gaspillé son temps en assurant cette garantie indépendamment de Trump ; les relations de la Chine avec les mondialistes seront maintenues. Pourquoi la Chine aurait-elle besoin d’entretenir des relations diplomatiques formelles avec un gouvernement Trump, alors que les affaires continueront de suivre leur cours habituel via les escapades de Kissinger entre les plus hautes sphères des milieux d’affaires états-uniens et chinois ?

Kissinger, dont la soi-disant « diplomatie ping-pong » a introduit la Chine dans le système du commerce mondial au cours des années 1970, remplissait un objectif majeur des mondialistes, et en particulier des intérêts de Rockefeller, centrés autour de la commission trilatérale et du Council on Foreign Relations. Bloomberg News rapporte que Kissinger était à Pékin peu après l’élection de Trump, après avoir eu des discussions secrètes avec Trump le 18 Novembre. Kissinger a confié à CNN que « les gens ne devraient pas bourrer le mou à Trump sur des positions qu’il a prises pendant la campagne et sur lesquelles il n’insiste pas ». 3

Si préserver des emplois du mouvement de mondialisation, que Trump a clairement identifiée avec la Chine, n’est pas un but ultime pour le président élu, alors rien ne l’est. Il serait préoccupant que Trump ait indiqué à Kissinger que ses remarques sur la Chine et la mondialisation n’étaient que de la rhétorique électorale. Les nominations au cabinet en provenance de la Goldman Sachs n’incitent certainement pas à la confiance.

Kissinger a rencontré le président Xi, le remerciant pour « la nature de [sa] pensée et les objectifs de [sa] politique à long terme » ; Xi a pour sa part répondu qu’il était « tout ouïe » concernant ce que Kissinger a « à dire sur la situation mondiale actuelle et le développement futur des relations sino-étasuniennes ». « Personne ne pourrait le remplacer » a affirmé Gao. « Aucun autre États-unien ne pourrait susciter le même respect chez les dirigeants chinois ni avoir des échanges aussi honnêtes avec eux ».

Le reportage de Bloomberg établit que Kissinger a visité la Chine 80 fois depuis son voyage secret en 1971 (selon l’agence de presse officielle Xinhua) dans le but de restaurer les relations diplomatiques, et il a rencontré chaque dirigeant chinois depuis Mao. « La presse d’État le couvre de louanges à chacune de ses visites, le décrivant comme un vieil ami du peuple chinois ».

« Kissinger figurait au sein d’un panel d’experts états-uniens – comprenant l’ancien secrétaire du trésor Hank Paulson et Elaine Chao, désignée par Trump pour être la secrétaire d’État aux transports –  que Xi a rencontrés en février 2012 avant de prendre le pouvoir. Le groupe a fait savoir à Xi qu’une communication fréquente avec ses homologues US était plus importante que des visites formelles répétées, selon les dires d’une personne au fait de la visite, qui a demandé à demeurer anonyme en raison du caractère secret des discussions. »

Cela montre la façon dont la diplomatie mondiale fonctionne : au-delà du niveau gouvernemental formel, entre les oligarques et leurs ambassadeurs tels que Kissinger. On pourrait ajouter que le mondialiste républicain Paulson, soutien d’Hillary Clinton, a condamné le « populisme » de Trump, mais a récemment salué le choix de celui-ci en faveur de Steven Mnuchin pour le poste de secrétaire du Trésor, après avoir occupé le poste de PDG de la Goldman Sachs. 4

Brzezinski

Russophobe de longue date, Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter et, à la manière de Kissinger, proche, durant la plus grande partie de sa vie, des intérêts de Rockefeller, est également une figure majeure pour ce qui est de l’établissement de relations entre les USA et la Chine. Brzezinski a œuvré en tant que directeur fondateur de la commission trilatérale, mise en place par David Rockefeller dans le but de promouvoir les relations entre la Chine et les oligarques mondialistes. Dans une récente interview donnée au Huffington Post, Brzezinski a rappelé l’agenda mondialiste, ne manquant pas au passage de sonner l’alerte contre la propagation du « populisme » et la victoire de Trump. Tout comme Kissinger, Brzezinski demeure un acteur de premier plan dans la diplomatie internationale. Ses positions révèlent que les oligarques du monde occidental et la Chine sont en phase les uns avec les autres. Brzezinski s’avère aussi anti-russe qu’il est pro-chinois, lorsqu’il exprime la ligne qui a été abondamment relayée auprès des médias de masse, selon laquelle la Russie s’ingère dans les politiques intérieures, alors que cela fait longtemps que le National Endowment for Democracy est financé par les États-Unis dans ce but précis. Du fait de son rôle de négociateur de la politique états-unienne dite de la « Chine unique », Brzezinski fut invité à faire part de sa réaction quant au toupet dont Trump a fait preuve, lorsqu’il a accepté par téléphone les félicitations adressées par le président de Taïwan, suscitant ainsi l’indignation de la Chine. Comme à l’époque de la Guerre froide, les stratèges états-uniens continuent de voir la Chine comme un élément important pour endiguer la Russie :

« Le danger que je perçois est celui d’instiller de l’animosité dans cette relation primordiale pour la politique étrangère US, sans qu’il en résulte la moindre réalisation stratégique significative. Il n’est pas dans notre intérêt de nous mettre Pékin à dos. Il est nettement préférable pour les intérêts états-uniens que les Chinois travaillent étroitement avec nous, forçant ainsi les Russes à leur emboîter le pas s’ils ne veulent pas être laissés pour compte. Cette connexion confère aux États-Unis la capacité exceptionnelle de toucher le monde entier à travers une influence politique collective. (…) Un monde dans lequel l’Amérique et la Chine coopèrent est un monde dans lequel l’influence états-unienne est optimisée. Si nous mettons cela en péril par des agaceries stupides, qu’aurons-nous accompli ? 5

Brzezinski conçoit l’entente sino-étasunienne comme une « optimisation » du pouvoir des USA. Il lui a été demandé si les signes envoyés par Trump à la Russie seraient utiles pour endiguer la Chine, en tant que rival des États-Unis. Sa réponse est un « non » sans ambiguïté. Il considère les véritables pôles de puissance comme étant les USA et la Chine travaillant en tandem et constituant un « ensemble prédominant », tandis que la Russie s’en tiendrait à un rôle subalterne.

« La Russie ne constitue pas un rival pour les États-Unis, si l’on se base sur ce qu’elle peut offrir dans le cadre d’une relation avec la Chine. Les Chinois savent très bien que, quand bien même nous serions affaiblis, appauvris et déboussolés, l’Amérique est fondamentalement toujours la première puissance dans le monde et les Chinois sont eux aussi presque la première puissance. En conséquence, la Chine doit faire un choix. Si elle choisit d’être contre les États-Unis, elle finira par se trouver perdante. Il est plus que dans leur intérêt d’appartenir à l’ensemble prédominant. L’inverse est également vrai pour les États-Unis s’ils rejettent la Chine. »

Brzezinski recourt à la même logique pour justifier l’hégémonie mondiale des partisans de la mondialisation, telle qu’elle est désormais vantée par le président Xi à Davos ; seule cette suprématie sino-étasunienne est censée pouvoir garantir la stabilité du monde. La Russie compte pour du beurre. Elle peut être tenue en respect par les deux superpuissances hégémoniques. La Chine reprend à son compte le scénario rédigé par Kissinger et Brzezinski. Ce dernier poursuit :

« Pour insister sur la réalité stratégique que j’ai déjà soulignée, les USA et la Chine sont les puissances prédominantes dans le monde. Tout au long des années qui ont suivi la normalisation de nos relations et durant lesquelles nous avons travaillé conjointement, nous n’avons jamais œuvré à des fins malveillantes de guerre ou de conquête, mais dans le but de renforcer la sécurité et la stabilité nécessaires à chacun pour la poursuite de ses intérêts propres. Dans le monde d’aujourd’hui, la Chine ne peut dominer seule. Pas plus que ne le peuvent les USA. Pour le dire de façon plus précise, bien qu’en des termes pouvant sembler paradoxaux, si les États-Unis essaient de faire cavalier seul dans le monde en laissant de côté la Chine, ils ne seront pas à même de se maintenir. Si nous gardons cela à l’esprit, nous pouvons commencer à façonner, de façon progressive, un monde plus équilibré que le monde actuel, qui est très instable et imprévisible. Les intérêts à long-terme des États-Unis reposent fondamentalement sur le renforcement des liens que nous avons avec la Chine, et non sur la rupture brutale de ceux-ci pour d’éventuels gains à court-terme. »

Comment les mondialistes ont créé la Chine moderne

La « révolution populaire » en Chine était aussi bidon que les « révoltes spontanées » financées par Soros et la NED en Europe de l’Est et en Afrique du Nord. Bien qu’il ne soit pas question ici d’analyser de quelle manière les USA ont sabordé Chiang Kaï-Shek, ni de quelle façon Taïwan a entretenu pendant des décennies un système économique authentiquement autarcique sous le règne de Chiang, nous allons brièvement examiner par quel moyen les oligarques ont verrouillé la participation de la Chine à un système économique mondial. Dans un récit historique officiel du Council on Foreign Relations (CFR), Peter Grose explique :

« Le Council s’est sérieusement penché sur le problème de la Chine communiste dans les années 1960. Diverses publications du Council avaient commencé à développer l’idée d’une politique « des deux Chine » – la reconnaissance à la fois du gouvernement nationaliste de Taïwan et le gouvernement communiste sur le continent. Les auteurs du Council ont suggéré que cela pouvait pour le moins constituer une mauvaise orientation politique. Le professeur A.Doak Barnett a publié un livre précurseur pour le Council en 1960, La Chine communiste et l’Asie. Une étude majeure du Council portant sur les relations entre les États-Unis et la Chine débuta en 1964, l’année où la Chine fit exploser sa première bombe nucléaire ; le groupe se réunit de manière systématique au cours des quatre années suivantes. “Se satisfaire des relations actuellement au point mort avec les Chinois n’est pas faire preuve de sens politique”, déclara Robert Blum de l’Asia Society, le premier directeur du projet. “L’impatience états-unienne et le bouillonnement d’émotion politique empêchent souvent de planifier en amont pour gérer notre politique d’une manière persévérante mais souple.” 6

Robert Blum, l’analyste pour la Chine du CFR, est mentionné plus haut comme une éminence de l’Asia Society. Celle-ci fut fondée en 1956 par John D. Rockefeller III et demeure un acteur d’envergure pour ce qui est de l’entretien de relations économiques et diplomatiques avec la Chine au profit des grandes entreprises.

Taïwan représentait un problème pour les mondialistes, dans la mesure où les USA avaient garanti la sécurité de la République.

Par conséquent le CFR élabora une solution dialectique, soutenant vraisemblablement une « politique des deux Chine » qui dans la pratique signifierait que Taïwan pourrait être abandonnée sans que cela soit trop flagrant.  C’est ce qui se produisit dès lors que les USA appliquèrent cette « politique des deux Chine », conçue des années auparavant au sein du CFR, dans le but de verrouiller l’admission de la Chine rouge parmi les Nations Unies et de mettre Taïwan sur la touche. L’approche du CFR consistait en une promotion graduelle du régime de Mao, allant de pair avec un dénigrement du « bouillonnement d’émotions » qui regimbait face à la liaison mondialiste avec la Chine. Quoi qu’il en soit, Grose est explicite en ce qui concerne l’attitude du CFR à l’égard de la Chine :

« Cela semblait être tout-à-fait le genre d’impasse politique dont le Council on Foreign Relations, libre de toute contrainte électorale ou partisane, était habilité à assurer la sortie. A mi-chemin du projet, le Council publia une étude de l’opinion publique intitulée Le peuple Américain et la Chine d’A.T. Stelle, qui parvenait à la conclusion inattendue selon laquelle les États-uniens étaient plus enclins que nombre de leurs représentants à forger de nouvelles relations avec la Chine. Cette étude soutenait que c’était à la seule faveur d’un flot continu de déclarations publiques hostiles, que les États-uniens étaient « disposés à croire le pire concernant la Chine communiste et eux [les Chinois] le pire nous concernant. »

Le CFR a remodelé la soi-disant « opinion publique » en « communauté internationale ». Le compte-rendu du CFR indique qu’ils étaient convaincus que le public serait réceptif à une politique prochinoise et à l’abandon de Taïwan. Grose poursuit :

« En 1969 le Council fit un résumé du projet sous le titre Les États-Unis et la Chine dans les affaires du monde, la publication survint juste au moment où Richard Nixon, un ennemi de longue date ouvertement déclaré, devint président des USA. (Quelques mois plus tôt, Nixon lui-même avait choisi Foreign Affairs pour en faire son forum dédié à l’étude approfondie via un regard neuf de l’Asie en général et de la Chine en particulier.) Se heurtant à un blocage ayant longtemps prévalu, le projet du Council traça les contours d’une politique des deux Chine fondée sur des analyses prudentes. Cette politique préconisait le consentement à l’appartenance de la Chine continentale aux Nations Unies et arguait que les États-Unis devaient “renoncer à la chimère d’un régime nationaliste qui serait le gouvernement officiel de la Chine.” »

Grose conclut en citant Kissinger et Cyrus Vance pour leur rôle charnière dans l’ouverture de la Chine rouge, qui a amorcé le processus qui fit de la Chine une puissance mondiale :

« Kissinger, agissant en tant que conseiller en matière de sécurité nationale de Nixon, partit pour une mission secrète en direction de Pékin en 1971, afin d’établir un contact officiel de nature exploratoire avec le régime communiste. Nixon en personne prit le même chemin en 1972. Le délicat processus de normalisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Chine aboutit en 1978, par l’entremise du successeur de Kissinger au poste de secrétaire d’état Cyrus R.Vance, un responsable de premier plan du Council avant et après son passage aux affaires d’État. »

A présent, le temps est venu pour les mondialistes de payer l’addition. Monsieur Xi se rend à Davos avec son boniment mondialiste, mais une ligne de démarcation a été tracée par les allusions de Trump à l’encontre de la Chine et de la mondialisation. Monsieur Xi confirme charitablement son consentement à ce que la Chine prenne sa place à la tête du processus de mondialisation. C’est la situation que les Rockefeller, Soros, Goldman Sachs et les coteries trilatérales ont longtemps appelée de leurs vœux en Amérique, en Asie et en Europe.

La Chine a adopté le modèle libéral de développement économique de l’Occident. Il n’y a aucune contradiction entre le libéralisme et l’autoritarisme politique. On l’a vu avec l’avènement de la France jacobine de 1789, ainsi qu’avec l’empressement dont font preuve les démocraties libérales pour recourir aux bombes et aux armes au nom des « droits de l’homme ». Ce qui importe pour les mondialistes occidentaux, c’est que la Chine se « réforme ». Cette réforme a été menée bon train pendant des décennies, jusqu’à ce que la Chine rejoigne les USA au rang d’hégémon mondialiste ; la voilà alignée en paroles et en actes. D’un autre côté, ce que veut l’oligarchie concernant la Russie est très différent : un « changement de régime ». Il est hors de question de laisser la Russie tranquille, tant qu’elle n’est pas domestiquée dans le cadre d’un système économique international. La Chine constitue une porte dérobée vers la mondialisation pour la Russie. La relation russo-chinoise semble avoir tout apporté à la Chine, aux dépens de la Russie. Il convient de garder à l’esprit que le modèle des BRICS était une idée lancée par Goldman Sachs. 7

Tout aussi significatif bien que moins reconnu, le modèle libéral de développement économique du monde occidental adopté par la Chine est le produit d’une civilisation ayant atteint le stade terminal de la décadence. La Chine a recouru à une transfusion en provenance d’un organisme malade.

Le modèle économique libéral s’accompagne d’éléments de dégénérescence morale et culturelle concomitants. Le caractère politiquement autoritaire de la Chine a tenté de minimiser cette répercussion sur la Chine. Les empereurs, à travers les millénaires, ont aspiré à accommoder des influences étrangères modérées tout en préservant l’organisme culturel chinois de la décadence. Ils s’en sont montrés capables, en entretenant le nœud de la tradition chinoise, et en dépit des ascensions et des chutes cycliques de bien des dynasties, la civilisation chinoise s’est perpétuée. Mao a déployé les Gardes rouges au cours de la Révolution Culturelle, dans une tentative enfiévrée d’anéantir cette tradition. Récemment, le régime chinois a cherché à raviver quelque chose des traditions confucéennes et taoïstes de la Chine. Reste à savoir s’il s’agit d’autre chose que d’une tentative d’instrumentaliser la tradition afin d’asseoir l’autorité du régime.  La Chine fait d’ores et déjà face à des problèmes considérables liés à l’augmentation croissante du nombre de ruptures de mariages, alors que ce phénomène n’existait guère auparavant ; à ces problèmes s’ajoutent l’étalement urbain, une population vieillissante et d’autres complications caractéristiques d’une civilisation traversant un cycle de décadence. En outre, il faut ajouter les problèmes d’une économie de marché tels que la pollution et l’épuisement des sols. La Chine est, pour reprendre l’expression que les maoïstes se complaisaient à utiliser pour qualifier les États-Unis, « un tigre de papier ».

Kerry Bolton

Traduit par François, relu par nadine pour le Saker Francophone

  1. China; Xi to promote globalization at Davos, not war and poverty’, Reuters, 11 January 2017; http://www.cnbc.com/2017/01/11/chinas-xi-to-promote-globalization-at-davos-not-war-and-poverty.html.
  2. MBIE launches investigation into Chinese steel dumping’, Stuff Business Day, 23 December 20156; http://www.stuff.co.nz/business/87920079/MBIE-launches-investigation-into-Chinese-steel-dumping.
  3. China, Grappling With Trump, Turns to “Old Friend” Kissinger’, Bloomberg News, 2 December 2016, https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-02/china-grappling-with-trump-turns-to-old-friend-kissinger
  4. Former Hillary backer Henry Paulson hails Trump’s choice for treasury’, Newsmax, 30 November 2016; http://www.newsmax.com/John-Gizzi/john-gizzi-paulson-supports-steven-mnuchin/2016/11/30/id/761489/
  5. Nathan Gardels, ‘Brzezinski: America’s Global Influence Depends On Cooperation With China’, The World Post, Huffpost, 23 December 2016; http://www.huffingtonpost.com/entry/zbigniew-brzezinski-america-influence-china_us_585d8545e4b0d9a594584a37
  6. Peter Grose, Continuing The Inquiry: The Council on Foreign Relations from 1921 to 1996, New York, Council on Foreign Relations, 2006; ‘ ‘X’ Leads the Way’; http://www.cfr.org/about/history/cfr/index.html)
  7. K. R. Bolton ‘BRICS development bank an instrument for globalization’, Foreign Policy Journal, http://www.foreignpolicyjournal.com/wp-content/uploads/2015/07/150714-BRICS-Development-Bank-KR-Bolton.pdf
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