L’agenda mondialiste de la Chine


Par Kerry Bolton – Le 16 janvier 2016 – Source katehon


La Chine moderne, une création de Wall Street

La Chine s’apprête enfin à faire une déclaration sans équivoque en faveur de la mondialisation. Le président Xi Jinping fera justement cette déclaration mondialiste au Forum économique mondial de Davos, entre le 17 et le 20 janvier. Il est dit que cette rencontre de Davos sera axée sur la montée de la réaction antimondialiste incarnée par l’élection de Trump. Elle abordera probablement aussi la question de la montée du « populisme », de l’expression politique conservatrice d’un anti-mondialisme qui n’est pas aussi facile à récupérer que l’éventail « de gauche », comme l’a montré – une nouvelle fois – l’opposition gauchiste bouffonne à l’encontre de Trump.

Cette réunion de Davos fournira un jubilé aux ploutocrates états-uniens et à leurs hommes de paille, les USA étant représentés par le vice-président Biden et son secrétaire d’État John Kerry, à travers ce qui constituera probablement leurs dernières actions à ces postes.

Il semble que le président Xi se fera le chantre d’une « mondialisation inclusive », tout en dénonçant le populisme comme facteur de « guerre et de pauvreté ». Son agenda mondialiste pour Davos a été esquissé par Jiang Jianguo, à la tête du Bureau d’Information du Conseil d’État, qui a déclaré devant un symposium hébergé par l’Organisation mondiale du commerce à Genève, que le président Xi se rendrait à Davos afin de prôner le développement, la coopération et la mondialisation économique, dans le but de bâtir « une communauté humaine partageant une destinée commune ». 1 Jiang s’est expliqué :

« Avec la montée du populisme, du protectionnisme et du nativisme, le monde arrive à un tournant historique où une route mène à la guerre, la pauvreté, l’affrontement et la domination tandis que l’autre mène à la paix, au développement, à la coopération et aux solutions bénéfiques à tous. »

Le vice-ministre des affaires étrangères Li Baodong, au cours d’un point presse à Davos, a déclaré que « la Chine répondrait aux inquiétudes de la communauté internationale quant à la mondialisation, en avançant les dispositions de Pékin sur la façon d’aiguiller la mondialisation économique vers une plus grande inclusion ».  Li a affirmé que les critiques à l’encontre du protectionnisme commercial formulées à destination de la Chine étaient injustes. « Le protectionnisme commercial n’est dans l’intérêt de personne et mènera à l’isolement », a-t-il ajouté.

Nous avons ici la rhétorique élémentaire que les mondialistes emploient depuis longtemps. Les demandes supposées et les attentes d’une « communauté internationale » constituent un euphémisme pour désigner la « communauté internationale » des oligarques ainsi que « l’opinion publique » produite par leurs médias de masse. Procéder de la sorte au nom de « la paix, du développement et de la coopération » est révélateur de la manière dont la Chine reprend à son compte les éléments de langage que les politiciens occidentaux ont utilisés depuis que les Quatorze Points de Woodrow Wilson ont assuré la promotion du « libre-échange » conçu comme un objectif de guerre au nom d’un « nouvel ordre mondial », ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui. Les expériences impériales depuis Alexandre Le Grand ont été justifiées au nom de la paix et de la coopération, et souvent en se référant aux « droits de l’homme » de nos jours. Les États-Unis ont participé à la Seconde Guerre mondiale dans les intérêts – une fois de plus – du libre-échange mondial (la mondialisation), comme la Charte de l’Atlantique de Roosevelt l’a ouvertement établi. La destruction de la Serbie dans le but de faire main basse sur les richesses minières du Kosovo via la mondialisation fut entreprise au nom de « la paix et de la coopération ». Il existe désormais un département kosovar de la privatisation. Ainsi donc, à travers l’histoire et ce jusqu’à nos jours, les expériences impériales, les guerres et les révolutions qui ont été menées à bien au nom de « la paix » devraient se poursuivre. La Chine rejoint le cercle des mondialistes et dévoile son véritable visage, maintenant qu’il se trouve un président élu des États-Unis d’Amérique qui a fait des déclarations indiquant que le commerce et les politiques étrangères mondialistes des USA pourraient être réorientés.

A présent que les intérêts sont définis selon des axes aux contours plus nettement tracés, la Chine est obligée de jouer franc jeu en tant que partisan majeur de la mondialisation. En effet, si Trump infléchit bel et bien le mondialisme, en dépit du poids considérable de sommités de la Goldman Sachs parmi ses conseillers économiques, la Chine apparaîtra comme le principal État promouvant la mondialisation, avec Soros, Goldman Sachs et Rockefeller pour lui tenir la traîne.

Derrière des slogans théoriques, la Chine est comme toujours mue par son propre intérêt. Tout en appliquant les principes d’une économie planifiée, elle exige que les autres États maintiennent leurs frontières ouvertes à l’écoulement de ses produits au rabais. En Nouvelle-Zélande par exemple, de l’acier chinois de piètre qualité a été récemment importé. Une enquête est actuellement menée sur le dumping de l’acier mais lorsque des questions sont soulevées, il en résulte toujours des craintes pour le commerce avec la Chine, par peur des représailles de cette dernière. C’est du « partenariat » et de la « coopération » tels que définis par la Chine ; l’autre « partenaire » doit toujours être subordonné. Cette exigence de subordination fait partie de la mentalité pluri-millénaire de la Chine, lorsque l’empereur était tenu pour le dirigeant du monde mandaté par les cieux. Cette mentalité impériale a substitué l’état à l’empereur. Le dumping de l’acier constitue un exemple concret de ce que la Chine entend par « mondialisation ». 2

L’omnipotent Henry Kissinger

Le vice-ministre des affaires étrangères Li a assuré dans le cadre du forum, que “les canaux de communication sont ouverts” entre la Chine et l’équipe de transition de Trump, mais a averti que programmer une rencontre pourrait s’avérer difficile. Une fois de plus, l’attitude se révèle dominatrice et méprisante en dépit des sourires, des poignées de mains et des costumes à l’occidentale. Quoi qu’il en soit, indépendamment de la politique de Trump, l’oligarchie états-unienne a toujours la garantie d’un contact influent auprès de la Chine par l’entremise de l’indéboulonnable Henry Kissinger. L’ancien secrétaire d’État, qui a été proche des intérêts oligarchiques et particulièrement de ceux de Rockefeller pendant la plus grande part de sa longue vie, n’a pas gaspillé son temps en assurant cette garantie indépendamment de Trump ; les relations de la Chine avec les mondialistes seront maintenues. Pourquoi la Chine aurait-elle besoin d’entretenir des relations diplomatiques formelles avec un gouvernement Trump, alors que les affaires continueront de suivre leur cours habituel via les escapades de Kissinger entre les plus hautes sphères des milieux d’affaires états-uniens et chinois ?

Kissinger, dont la soi-disant « diplomatie ping-pong » a introduit la Chine dans le système du commerce mondial au cours des années 1970, remplissait un objectif majeur des mondialistes, et en particulier des intérêts de Rockefeller, centrés autour de la commission trilatérale et du Council on Foreign Relations. Bloomberg News rapporte que Kissinger était à Pékin peu après l’élection de Trump, après avoir eu des discussions secrètes avec Trump le 18 Novembre. Kissinger a confié à CNN que « les gens ne devraient pas bourrer le mou à Trump sur des positions qu’il a prises pendant la campagne et sur lesquelles il n’insiste pas ». 3

Si préserver des emplois du mouvement de mondialisation, que Trump a clairement identifiée avec la Chine, n’est pas un but ultime pour le président élu, alors rien ne l’est. Il serait préoccupant que Trump ait indiqué à Kissinger que ses remarques sur la Chine et la mondialisation n’étaient que de la rhétorique électorale. Les nominations au cabinet en provenance de la Goldman Sachs n’incitent certainement pas à la confiance.

Kissinger a rencontré le président Xi, le remerciant pour « la nature de [sa] pensée et les objectifs de [sa] politique à long terme » ; Xi a pour sa part répondu qu’il était « tout ouïe » concernant ce que Kissinger a « à dire sur la situation mondiale actuelle et le développement futur des relations sino-étasuniennes ». « Personne ne pourrait le remplacer » a affirmé Gao. « Aucun autre États-unien ne pourrait susciter le même respect chez les dirigeants chinois ni avoir des échanges aussi honnêtes avec eux ».

Le reportage de Bloomberg établit que Kissinger a visité la Chine 80 fois depuis son voyage secret en 1971 (selon l’agence de presse officielle Xinhua) dans le but de restaurer les relations diplomatiques, et il a rencontré chaque dirigeant chinois depuis Mao. « La presse d’État le couvre de louanges à chacune de ses visites, le décrivant comme un vieil ami du peuple chinois ».

« Kissinger figurait au sein d’un panel d’experts états-uniens – comprenant l’ancien secrétaire du trésor Hank Paulson et Elaine Chao, désignée par Trump pour être la secrétaire d’État aux transports –  que Xi a rencontrés en février 2012 avant de prendre le pouvoir. Le groupe a fait savoir à Xi qu’une communication fréquente avec ses homologues US était plus importante que des visites formelles répétées, selon les dires d’une personne au fait de la visite, qui a demandé à demeurer anonyme en raison du caractère secret des discussions. »

Cela montre la façon dont la diplomatie mondiale fonctionne : au-delà du niveau gouvernemental formel, entre les oligarques et leurs ambassadeurs tels que Kissinger. On pourrait ajouter que le mondialiste républicain Paulson, soutien d’Hillary Clinton, a condamné le « populisme » de Trump, mais a récemment salué le choix de celui-ci en faveur de Steven Mnuchin pour le poste de secrétaire du Trésor, après avoir occupé le poste de PDG de la Goldman Sachs. 4

Brzezinski

Russophobe de longue date, Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter et, à la manière de Kissinger, proche, durant la plus grande partie de sa vie, des intérêts de Rockefeller, est également une figure majeure pour ce qui est de l’établissement de relations entre les USA et la Chine. Brzezinski a œuvré en tant que directeur fondateur de la commission trilatérale, mise en place par David Rockefeller dans le but de promouvoir les relations entre la Chine et les oligarques mondialistes. Dans une récente interview donnée au Huffington Post, Brzezinski a rappelé l’agenda mondialiste, ne manquant pas au passage de sonner l’alerte contre la propagation du « populisme » et la victoire de Trump. Tout comme Kissinger, Brzezinski demeure un acteur de premier plan dans la diplomatie internationale. Ses positions révèlent que les oligarques du monde occidental et la Chine sont en phase les uns avec les autres. Brzezinski s’avère aussi anti-russe qu’il est pro-chinois, lorsqu’il exprime la ligne qui a été abondamment relayée auprès des médias de masse, selon laquelle la Russie s’ingère dans les politiques intérieures, alors que cela fait longtemps que le National Endowment for Democracy est financé par les États-Unis dans ce but précis. Du fait de son rôle de négociateur de la politique états-unienne dite de la « Chine unique », Brzezinski fut invité à faire part de sa réaction quant au toupet dont Trump a fait preuve, lorsqu’il a accepté par téléphone les félicitations adressées par le président de Taïwan, suscitant ainsi l’indignation de la Chine. Comme à l’époque de la Guerre froide, les stratèges états-uniens continuent de voir la Chine comme un élément important pour endiguer la Russie :

« Le danger que je perçois est celui d’instiller de l’animosité dans cette relation primordiale pour la politique étrangère US, sans qu’il en résulte la moindre réalisation stratégique significative. Il n’est pas dans notre intérêt de nous mettre Pékin à dos. Il est nettement préférable pour les intérêts états-uniens que les Chinois travaillent étroitement avec nous, forçant ainsi les Russes à leur emboîter le pas s’ils ne veulent pas être laissés pour compte. Cette connexion confère aux États-Unis la capacité exceptionnelle de toucher le monde entier à travers une influence politique collective. (…) Un monde dans lequel l’Amérique et la Chine coopèrent est un monde dans lequel l’influence états-unienne est optimisée. Si nous mettons cela en péril par des agaceries stupides, qu’aurons-nous accompli ? 5

Brzezinski conçoit l’entente sino-étasunienne comme une « optimisation » du pouvoir des USA. Il lui a été demandé si les signes envoyés par Trump à la Russie seraient utiles pour endiguer la Chine, en tant que rival des États-Unis. Sa réponse est un « non » sans ambiguïté. Il considère les véritables pôles de puissance comme étant les USA et la Chine travaillant en tandem et constituant un « ensemble prédominant », tandis que la Russie s’en tiendrait à un rôle subalterne.

« La Russie ne constitue pas un rival pour les États-Unis, si l’on se base sur ce qu’elle peut offrir dans le cadre d’une relation avec la Chine. Les Chinois savent très bien que, quand bien même nous serions affaiblis, appauvris et déboussolés, l’Amérique est fondamentalement toujours la première puissance dans le monde et les Chinois sont eux aussi presque la première puissance. En conséquence, la Chine doit faire un choix. Si elle choisit d’être contre les États-Unis, elle finira par se trouver perdante. Il est plus que dans leur intérêt d’appartenir à l’ensemble prédominant. L’inverse est également vrai pour les États-Unis s’ils rejettent la Chine. »

Brzezinski recourt à la même logique pour justifier l’hégémonie mondiale des partisans de la mondialisation, telle qu’elle est désormais vantée par le président Xi à Davos ; seule cette suprématie sino-étasunienne est censée pouvoir garantir la stabilité du monde. La Russie compte pour du beurre. Elle peut être tenue en respect par les deux superpuissances hégémoniques. La Chine reprend à son compte le scénario rédigé par Kissinger et Brzezinski. Ce dernier poursuit :