La haine qui n’ose dire son nom – Point de vue d’un druide


Par John Michael Greer – Le 18 janvier 2017 – Source The Archdruid Report

Le silence des Blancs = l’acquiescement des Blancs

Au moment où les États-Unis s’acheminent lentement vers l’étape ultime du processus électoral et que la nouvelle administration se prépare à prendre les rênes du pouvoir de l’administration inepte qui l’a précédée, les inévitables hauts cris du camp perdant sont plus perçants que jamais. Il est vrai qu’à l’issue des élections américaines des dernières décennies, les deux partis ont toujours affiché un comportement de « mauvais perdant ». En 1992 et en 2008, les Républicains ne se sont pas mieux comportés que les Démocrates en 1980 et en 2000. Je crois toutefois qu’il est juste de dire que ce qui se passe à l’heure actuelle dépasse de loin les profondeurs déprimantes atteintes jusque‑là. Ce dont j’aimerais discuter ici c’est pourquoi il en est ainsi.

Force est d’admettre qu’il y a des tas de raisons pour lesquelles les Américains pourraient raisonnablement s’objecter aux politiques et aux nominations du nouveau président, mais il en a été de même de tous les autres présidents que nous avons eus depuis George Washington. De même, nos deux grands partis pratiquent depuis longtemps avec enthousiasme l’art raffiné de pousser des cris d’horreur devant le comportement de leurs rivaux, tout en s’excusant joyeusement de se comporter pareillement. Si le résultat des élections de novembre avait penché dans l’autre sens, par exemple, il est à peu près sûr que tous ceux qui fulminent contre Donald Trump pour avoir nommé des employés de Goldman Sachs dans divers bureaux fédéraux s’emploieraient à expliquer pourquoi c’était raisonnable pour Hillary Clinton de faire exactement la même chose, ce qui n’aurait pas manqué de se produire.

Cela dit, je ne crois pas que des divergences d’opinions raisonnables d’une part, et l’hypocrisie habituelle de la politique partisane d’autre part, expliquent la véhémence, le venin et la haine extraordinaires déchaînés contre la nouvelle administration par ses ennemis. Bien des facteurs pourraient être en cause bien sûr, mais je trouve qu’il y a un facteur prédominant qui ressort.

Pour être précis, je crois qu’une bonne partie de ce que nous observons est due au sectarisme de classe.

Certaines définitions sont probablement nécessaires ici. Le sectarisme peut être défini comme le fait de croire des choses affreuses à propos de tous les membres d’une catégorie de gens donnée, juste parce qu’ils appartiennent à cette catégorie. Le sectarisme racial s’en prend à tous les membres des races honnies. Le sectarisme religieux s’en prend à tous les membres des religions honnies. C’est comme ça pour toutes les vilenies collectives déplorables de l’histoire de l’humanité.

Proposer une définition théorique des classes sociales est un peu plus difficile, car les différentes sociétés établissent leurs barrières sociales et les font respecter de différentes façons. Aux États-Unis, l’exercice est grandement facilité d’une part par l’absence d’un système féodal amplement développé dans l’histoire de notre pays, d’autre part par la dépendance assez précise au privilège que confère la quantité d’argent que vous faites dans la société américaine moderne. Nous pouvons ainsi établir sans trop nous tromper qu’aux États-Unis, le sectarisme de classe est dirigé soit contre les gens qui font beaucoup plus d’argent que celui qui a un comportement sectaire, soit contre ceux qui gagnent beaucoup moins que lui. (Il y aurait évidemment bien des choses à rajouter à propos des classes sociales, mais pour les besoins de cet article, cette définition ostensible fera l’affaire.)

Les pauvres font-ils preuve de sectarisme envers les mieux nantis ? Tout à fait. Cependant, le sectarisme dirigé contre les échelons supérieurs de l’échelle sociale a aussi sa contrepartie qu’est le sectarisme dirigé contre les échelons inférieurs, qui se distingue par son ampleur et sa mesquinerie. Toutes les fois que les gens riches de ce pays s’indignent des horreurs de la lutte des classes, cela me fait sourire. La lutte des classes, c’est leur gagne-pain. La guerre en cours des riches contre les pauvres, et celle des riches classes moyennes et moyennes supérieures contre la classe ouvrière, créent et maintiennent de grandes disparités de richesse et de privilège dans la société américaine contemporaine. Ce qui dérange les riches et les mieux nantis dans la lutte des classes, c’est évidemment de penser qu’ils pourraient un jour être traités de la façon dont ils traitent tous les autres.

Jusqu’à l’an dernier, pour être témoin du sectarisme de classe qui est si courant dans les classes favorisées des USA d’aujourd’hui, il était pratiquement indispensable d’en faire partie, ou il fallait être assez futé pour se faufiler dans  leurs activités sociales, où elles laissaient libre cours à leur sectarisme. Depuis que Donald Trump est sorti des rangs des candidats du parti républicain au début de l’année dernière, toute réserve a disparu. Quiconque veut observer le sectarisme de classe des biens nantis à son meilleur aux USA aujourd’hui n’a qu’à écouter ce que leurs nombreux porte-voix publics disent à propos des gens qui ont élu Trump à la Maison‑Blanche.

Voyez-vous, cela explique pour une immense part pourquoi la présidence de Trump est tellement inadmissible aux yeux de tant d’Américains aisés : sa candidature, contrairement à celle de tous ses rivaux, était soutenue principalement par « ces gens-là ».

Il m’apparaît nécessaire de clarifier qui sont « ces gens-là ». Pendant la campagne électorale, et encore davantage depuis, les grands médias aux États-Unis semblent incapables de parler de « classe ouvrière » sans y ajouter les mots « homme » et « blanc ». La rhétorique qui en résulte va dans le sens que la fraction relativement petite des électeurs qui sont des hommes blancs de la classe ouvrière sont parvenus en quelque sorte tout seuls à donner la victoire à Donald Trump, malgré les efforts conjugués de tout le reste des électeurs.

Ce n’est évidemment pas ce qui s’est produit. Par exemple, une large majorité de femmes blanches de la classe ouvrière ont aussi voté Trump. Tout comme, d’après les sondages faits à la sortie de l’isoloir, environ le tiers des hommes hispaniques et environ le quart des femmes hispaniques. Il en va de même des autres blocs d’électeurs minoritaires à différents degrés, les électeurs afro-américains (les moins portés à voter Trump) lui ayant accordé plus ou moins 14 % de leurs votes. Additionnez le tout, et vous verrez que la majorité des gens qui ont voté Trump étaient loin d’être formés exclusivement d’hommes blancs de la classe ouvrière. Il ne faut pas oublier non plus le nombre impressionnant d’électeurs inscrits de toutes les races et de tous les sexes qui votent habituellement pour les candidats démocrates, mais qui sont restés à la maison ce jour-là par dégoût, privant ainsi Hillary Clinton du taux de participation qui lui aurait assuré la victoire.

Pourtant, les experts et les militants, qui se précipitent à tout moment sur leur clavier pour dénoncer la suppression des voix des femmes et des gens de couleur dans n’importe quel autre contexte, ont coopéré avidement à la suppression de leurs voix dans ce cas précis. Qui plus est, cette suppression a duré tout au long de la campagne. Ceux de mes lecteurs qui ont suivi la couverture médiatique de la campagne l’an dernier se rappelleront les déclarations convaincantes voulant que les femmes ne voteraient pas pour Trump à cause de ses paroles et de ses actes ayant outré les féministes, que les Hispaniques (ou les gens de couleur en général) ont dénoncé ses attitudes envers les immigrants illégaux du Mexique en les qualifiant de racistes, et ainsi de suite. Les médias ont repris ces déclarations comme des états de fait, ce qui explique entre autre pourquoi les experts des médias n’ont pas vu venir la victoire de Trump.

Dans les faits, un grand nombre de femmes américaines ne sont pas d’accord avec les féministes et les gens de couleur ne partagent pas tous l’avis des militants prônant la justice sociale qui prétendent parler en leur nom. À cet égard, puis‑je souligner à mes compatriotes du Gringostan que les termes « hispanique » et « mexicano-américain » ne sont pas synonymes ? Les ancêtres des Américains d’origine hispanique proviennent de nombreux pays différents. Ils ont une culture et une histoire bien à eux et ne forment pas un bloc électoral monolithique. (La communauté cubano-américaine de la Floride, pour ne citer qu’un exemple patent, vote souvent pour le parti républicain et a joué un rôle déterminant qui a permis à Trump de remporter dans cet État comptant parmi ceux possédant le plus de grands électeurs.)

Derrière la façade fabriquée par les médias, qui dépeignent les hommes blancs de la classe ouvrière comme les méchants qui ont livré le pays à Donald Trump, se cache une réalité bien plus conforme aux complexités de la politique électorale américaine, à savoir l’existence d’une coalition brinquebalante formée de différents blocs d’électeurs et de groupes d’intérêt, chacun ayant son propre lot de raisons de voter en faveur d’un candidat craint et détesté de l’establishment politique et des grands médias américains. Cette coalition regroupe une très grande partie de la classe ouvrière des USA. Bien que les électeurs blancs des deux sexes appartenant à cette classe aient été beaucoup plus portés à voter Trump que leurs semblables non-blancs, cela ne se résumait pas à une question de blancheur de la peau, ni de masculinité d’ailleurs.

C’était une question de classe sociale en très grande partie, et ce, non seulement parce qu’une très grande proportion des électeurs de la classe ouvrière ont donné leur appui à Trump, mais aussi parce que ce dernier a perçu ce mouvement dès le départ et qu’il a misé essentiellement sur le vote de la classe ouvrière pendant sa campagne. La casquette de baseball rouge qu’il portait toujours faisait partie du jeu. Pouvez-vous imaginer Hillary Clinton affublée d’un couvre-chef aussi prolo sans avoir l’air absurde ? Mais comme je le soulignais il y a un an, c’était aussi une stratégie délibérée de sa part de dire (et de tweeter) des choses poussant l’expertocratie libérale à le dénoncer. Le mépris et la condescendance dirigés contre lui, ses partisans de la classe ouvrière ne les connaissent que trop bien, leurs soi-disant supérieurs n’ayant de cesse de s’adresser à eux sur le même ton depuis maintenant des décennies.

Une bonne partie de l’opposition contre la présidence de Trump est d’ailleurs lourdement chargée du même mépris et de la même condescendance. On n’a qu’à penser, par exemple, aux affirmations à répétition selon lesquelles la seule raison pour laquelle les gens ont donné leur vote à Trump, c’est parce qu’ils sont des imbéciles racistes et misogynes, et ainsi de suite. (De nos jours, des termes comme « raciste » et « misogyne » proférés par les gens aisés sont souvent moins des insultes fondées sur la classe que des descriptions objectives d’attitudes.) La question que j’aimerais soulever maintenant est celle‑ci : pourquoi les gens aisés n’osent‑ils pas dénoncer ouvertement Trump comme le candidat de la populace puante ? Pourquoi choisissent-ils plutôt de reprendre la rhétorique de la politique identitaire en la tordant (et eux avec) en forme de bretzel ?

Ça chers lecteurs, c’est toute une histoire.

À la suite des convulsions sociales des années 1960, l’élite fortunée qui occupait les principaux postes de pouvoir aux États-Unis a proposé un marché tacite à différents mouvements prônant un changement social. Ceux d’entre les particuliers et les groupes qui étaient prêts à abandonner la lutte pour faire changer le système au profit d’une légère amélioration de leur sort à l’intérieur du système ont soudain commencé à recevoir des fonds des grandes sociétés et du gouvernement. Des leaders des mouvements en question triés sur le volet ont alors été invités à se joindre aux cercles de l’élite en tant que partenaires mineurs. Quant aux particuliers et aux groupes qui ont refusé ces flagorneries, ils ont été marginalisés avec le soutien de leurs pairs plus conciliants.

Si vous vous demandez pourquoi, par exemple, les militants exaltés à l’apparence négligée de groupes environnementaux comme le Sierra Club et les Amis de la Terre se sont transformés si rapidement en instruments d’habilitation des grandes sociétés sur leur trente-et-un bien subventionnés, vous savez maintenant pourquoi. C’est la raison aussi pour laquelle la plupart des organisations féministes connues ont cessé de s’occuper des préoccupations de la majorité des femmes, préférant « briser le plafond de verre », c’est-à-dire accorder à des femmes faisant déjà partie des classes privilégiées encore plus de privilèges qu’elles n’en avaient. La principale exigence imposée aux anciens radicaux intéressés par l’offre, c’était de mettre fin à leurs revendications de justice économique. La société américaine étant ce qu’elle est, cela voulait dire qu’ils devaient cesser d’aborder des questions d’ordre social.

Ce qui est intéressant, c’est qu’une bonne partie des radicaux américains étaient déjà prêts à faire des concessions à ce chapitre. La nouvelle gauche des années 1960, tout comme la vieille gauche de l’entre-deux-guerres, était majoritairement marxiste dans ses fondements théoriques, donc déchirée entre la théorie marxiste et une des réalités de la politique américaine. Selon la théorie marxiste, la révolution socialiste est dirigée par l’intelligentsia radicalisée. Sa force de frappe pour faire tomber le système capitaliste, c’est la classe ouvrière. Sauf qu’elle forme un récif sur lequel se sont cassées des vagues et des vagues de militantisme marxiste qui ont été refoulées vers la mer, parce que la classe ouvrière américaine n’a aucunement le goût d’assumer le rôle historique mondial que lui assigne la théorie marxiste. Tout ce qu’elle veut, ce sont des tas d’emplois à temps plein et un salaire décent. Donnez-lui cela, et les militants révolutionnaires pourront s’époumoner tant qu’ils le voudront sans éveiller le moindre intérêt.

Mais de temps à autre, les classes aisées perdent cela de vue et tentent de forcer la classe ouvrière à subir de longues périodes de chômage et des salaires peu élevés, pour mieux empocher les gains. Cela finit toujours mal. Après une certaine période, la classe ouvrière prend tout ce qui peut lui être utile – Andrew Jackson, The Grange, le mouvement populiste, le New Deal, Donald Trump – et s’en sert pour frapper sur les classes aisées jusqu’à ce qu’elles comprennent le message. Ce qui pourrait paraître prometteur pour les révolutionnaires marxistes ne l’est cependant pas, parce qu’ils se précipitent inévitablement en disant « Mais non, vous ne devez pas vous contenter d’un tas d’emplois à temps plein et d’un salaire décent, vous devez mourir par dizaines de milliers dans une orgie de violence révolutionnaire pour que nous puissions prendre le pouvoir en votre nom ». Je laisse le soin à mes lecteurs de s’imaginer la réaction de la classe ouvrière américaine à ce genre de rhétorique.

La nouvelle gauche, tout comme les autres mouvements marxistes américains avant elle, s’était ainsi retrouvée amochée après s’être butée à une dissonance cognitive. Sa théorie était censée être infaillible, mais la réalité était tout autre. Pendant la majeure partie des années 1960 et 1970, les théoriciens de la nouvelle gauche ont tenté de s’adapter à la situation en proposant de nouvelles définitions de la « classe ouvrière » toujours plus complexes qui excluaient la véritable classe ouvrière, pour qu’ils puissent continuer de croire à l’inéluctabilité et à l’imminence de la révolution prolétarienne promise par Marx. Une fois que leurs efforts ont fini par sombrer dans l’absurdité, ils se sont tournés vers le concept fondamental de l’identité politique, aujourd’hui au cœur des revendications de la gauche, et qui repose sur la conviction que les seules divisions qui comptent dans la société américaine sont celles qui ont un certain fondement biologique.

La couleur de la peau, le sexe, l’ethnicité, l’orientation sexuelle, l’invalidité – voilà tout autant de divisions chères à la gauche américaine de nos jours, qui fait ainsi abstraction de toutes les autres divisions sociales, notamment les classes sociales. Comme la gauche domine le discours public aux États-Unis depuis de nombreuses décennies, la droite américaine s’est mise à en parler aussi. (Un rappel en passant au sujet des quatre derniers mots du paragraphe précédent : « un certain fondement biologique ». Je ne dis pas que ces catégories sont purement de nature biologique. Chacune d’elles est définie en pratique par une myriade de constructions et de présuppositions culturelles et le lien avec la biologie est davantage une indication de catégorie apparente qu’une définition. J’insère cette mise en garde parce que j’ai remarqué que bien des gens s’évertuent à ne pas vouloir comprendre ce que j’essaie d’expliquer ici.)

Les divisions énumérées ci‑dessus sont-elles importantes pour ce qui est du traitement discriminatoire qui existe aujourd’hui aux USA ? Bien sûr que si. Mais la classe sociale aussi a son importance. Lorsqu’on supprime la classe sociale comme facteur majeur de l’injustice subie aux USA, on en arrive à cette situation absurde où une femme de couleur qui touche un quart de millions de dollars par an, en plus de ses bénéfices comme courtière à New York, prétend être opprimée par un homme blanc de l’Indiana qui occupe trois emplois à temps partiel au salaire minimum et sans avantages sociaux pour pouvoir nourrir ses enfants. Les candidats politiques qu’elle appuie et les politiques économiques dont elle tire profit sont largement responsables de sa situation désespérée à lui.

En politique comme en physique, toute action provoque une réaction équivalente et opposée. Les absurdités comme celle que je viens de décrire entraînent inévitablement un contrecoup. La droite alternative (Alt-Right) qui a attiré sur le tard toute l’attention des politiciens et des experts au cours de la dernière année est en grande partie en réaction directe à l’identité politique de la gauche. Sans trop se tromper, l’Alt-Right peut être définie comme un réseau de jeunes hommes blancs qui ont constaté que tous les autres groupes identitaires du pays sont encouragés à se liguer pour défendre leurs intérêts à leurs dépens. Ils répondent en disant :   OK, nous pouvons jouer à ce jeu aussi ». Jusqu’à maintenant, il faut avouer qu’ils sont parvenus à se faire entendre.

Cela dit, dans l’éventualité improbable que des adorateurs du grand dieu Kek soient à portée de voix, j’ai un petit conseil qui, je l’espère, pourrait être utile. Ce n’est pas l’antisémitisme, la misogynie, les injures raciales et les autres offenses du genre qui amènent les libéraux américains aisés à piquer une crise de nerfs généralisée en vociférant des Donald Duck et en brandissant le poing. Il suffit de leur parler des privilèges que leur confère leur classe. Mais assurez-vous au préalable que votre maïs soufflé soit prêt, en ayant pris soin d’y ajouter du beurre et du sel, car je sais d’expérience que vous aurez droit à une montée de lait épique en l’espace de quelques secondes.

J’aimerais aussi offrir au reste de mes lecteurs un autre petit conseil qui m’apparaît utile. Puisque Donald Trump est devenu le 45e président des États‑Unis et qu’il a commencé à mettre en œuvre le programme qui l’a amené à la Maison Blanche, ce serait bien de trouver un moyen de faire la part des choses dans la profusion de signaux et de bruits de l’opposition. Quand vous entendez des gens soulever des objections motivées aux politiques et aux nominations de Trump, il s’agit probablement d’une dissidence mûrement réfléchie essentielle à toute apparence de démocratie qui mérite d’être prise sérieusement. Quand vous entendez des gens critiquer Trump et ceux qu’il a nommés parce qu’ils font la même chose que ce que leurs rivaux auraient fait ou ce que leurs prédécesseurs ont fait, il y a des chances que ce soit dû à l’hypocrisie habituelle de la politique partisane. Vous pouvez alors rouler des yeux et poursuivre votre chemin.

Mais quand vous entendez des gens s’écrier que Donald Trump est l’enfant illégitime d’une aventure d’un soir entre Ming l’Impitoyable et Cruella d’Enfer, qu’il déblatère en russe en faisant rôtir des enfants sur le barbecue, que tous ceux qui ont voté pour lui doivent être des membres en règle du parti nazi qui détestent la race humaine et d’autres discours haineux excessifs du genre qui a la cote auprès des intellos en ce moment, vous avez affaire, chers lecteurs, à un phénomène aussi omniprésent et tabou aux USA d’aujourd’hui que ne l’était le sexe dans l’Angleterre victorienne. Ce que vous entendez, c’est la voix du sectarisme de classe, de la haine qui n’ose dire son nom.

John Michael Greer est l’ancien grand archidruide du Ancient Order of Druids in America , le dirigeant actuel du Druidical Order of the Golden Dawn et l’auteur d’une trentaine d’ouvrages portant sur différents sujets, dont le pic pétrolier et l’avenir de la société industrielle. Il vit à Cumberland, au Maryland, dans une vieille ville industrielle en briques rouges au centre-nord des Appalaches, avec sa femme Sara.

 Traduit par Daniel, relu par Catherine pour le Saker Francophone.

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