Guerre hybride 8. Beaucoup de problèmes en Tanzanie 1/2


Par Andrew Korybko – Le 20 janvier 2017 – Source Oriental Review

Hybrid Wars 8. Lots of trouble to TanzaniaLe dernier des cinq pays traditionnels de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) à analyser dans cette recherche est la Tanzanie, le membre sud-est du bloc. Longtemps reconnu comme un bastion de stabilité harmonieuse, malgré ses quelques 120 groupes ethniques et langues distinctes, la Tanzanie a également une histoire de leadership régional dans la lutte anti-coloniale et contre l’apartheid. Un pays de près de 50 millions de personnes, selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (ONU) sur les perspectives démographiques de 2015, qui devrait atteindre les 137 millions d’ici 2050, puis 299 millions au tournant du siècle prochain. Cela fait de la Tanzanie l’un des pays les plus dynamiques au monde en termes démographiques, ce qui pourrait laisser présager des défis majeurs dans les décennies à venir en matière de sécurité alimentaire, d’infrastructures physiques et sociales et de stabilité ethnique.

La Tanzanie pourrait néanmoins devenir l’une des plus belles réussites mondiales de ce siècle, surtout si elle maintient son taux de croissance du PIB de 6,9% prévu par le FMI et si elle demeure l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique. Il ne faut donc pas s’étonner que la Chine et l’Inde soient activement en compétition pour gagner en influence dans ce pays, la Chine construisant une multitude de projets d’infrastructure de connectivité tandis que l’Inde s’est déjà mise en position pour être le principal partenaire d’importation et d’exportation de la Tanzanie. Les deux pays sont également en lice pour une part de la production énergétique de cet État de l’Afrique de l’Est, soit 1,2 milliard de mètres cubes de gaz naturel offshore, qui devraient en faire un chef de file du GNL dans la prochaine décennie. Alors que les investissements de l’Inde sont principalement portés sur des entreprises commerciales et sont moins concrets à étudier dans le contexte de la théorie de la guerre hybride, ceux de la Chine se font principalement dans le genre de projets d’infrastructure qui constituent la base physique de cette recherche. Ils font également partie intégrante des nouvelles routes de la soie que la Chine construit sur l’ensemble du continent et serviront ainsi de point focal pour l’évaluation de leur vulnérabilité face à la guerre hybride.

L’autre variable principale qui sera analysée est la politique du gouvernement visant à dissuader la discorde identitaire et à maintenir la croyance de la population dans l’inclusion du patriotisme tanzanien. Si certains groupes ne se sentent pas équitablement parties prenantes dans le succès du pays, on peut prédire qu’ils deviendront exposés à des idéologies conflictuelles et violentes comme le salafisme et le séparatisme. Personne ne sait exactement ce que sont les statistiques religieuses de la Tanzanie, et le gouvernement ne fait pas officiellement le compte, mais les estimations varient largement de 35% de musulmans et 30% de chrétiens à 61% de chrétiens et 35% de musulmans. Néanmoins, en dépit des différences sur la taille de la population chrétienne de la Tanzanie, chaque estimation convient généralement que plus d’un tiers du pays est musulman et que ce groupe réside le plus souvent le long de la côte swahili historique et à Zanzibar. Beaucoup, dans ce dernier territoire, sont également favorables au parti d’opposition du Front civique uni (CUF), qui pourrait devenir un facteur de complication à long terme pour le parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM).

En s’efforçant de comprendre les complexités domestiques en jeu en Tanzanie et comment la théorie de la guerre hybride pourrait les prendre en compte pour manier ces variables dans la compensation des projets d’infrastructure de la Chine dans le pays, la recherche commencera par expliquer l’essence du gouvernement tanzanien et l’histoire du leadership régional dont jouit le pays. Après avoir saisi comment et pourquoi la Tanzanie est devenue un poids lourd régional, une enquête sera menée pour examiner les particularités nationales derrière le pourquoi de cet État à l’identité éclectique n’ayant jamais subi une période de conflit civil comme la plupart de ses pairs africains. L’aperçu tiré de cette section fera partie intégrante de la compréhension de la viabilité du scénario de guerre hybride pour un « choc de civilisations » fabriqué. Mais avant, l’étude exposera l’importance stratégique des projets chinois les plus importants menés dans le pays afin que le lecteur puisse comprendre à quel point une poussée de turbulences le long du littoral de la Tanzanie serait préjudiciable à ces investissements régionaux.

L’anatomie du leadership tanzanien

La Tanzanie est incontestablement l’un des leaders dans cette partie de l’Afrique. Cependant, au lieu de simplement prendre cela pour acquis, il est utile que les observateurs sachent comme c’est arrivé pour qu’ils puissent apprécier à quel point une guerre hybride en Tanzanie changerait l’équilibre de la région. Voici les trois composantes qui sous-tendent le leadership tanzanien.

Géographique

La Tanzanie abrite avantageusement trois des Grands Lacs d’Afrique ─ Victoria, Tanganyika et Malawi / Nyasa ─ ce qui lui confère une forte influence sur ces ressources d’eau douce et sur leurs pêcheries. Peut-être pour cette raison, une grande partie de la population est concentrée le long de la périphérie du pays et dans le corridor de Dar es Salaam – Dodoma – Mwanza qui coupe à travers le centre du pays et relie l’océan Indien au lac Victoria. Une autre caractéristique unique de la géographie de la Tanzanie est que c’est le seul pays de la CAE à être voisin des quatre autres États traditionnels de ce groupe, sans compter bien entendu le nouveau Sud-Soudan.

Cela a doté le pays d’un potentiel d’infrastructure inégalé en servant de jonction connective pour le reste du bloc, un rôle qu’il est plus que désireux de jouer avec l’aide chinoise. Dans la même veine, il est également possible pour la Tanzanie d’utiliser sa position pour projeter ses forces de hard power / soft power, ce qui signifie que sa capacité de leadership attendue ne doit pas seulement être axée sur l’infrastructure. Il est peu probable que Dodoma recourra à des moyens forcés pour affirmer son leadership régional, mais il n’en demeure pas moins que c’est toujours une possibilité stratégique en cas de contingences imprévues, qu’il s’agisse de tensions entre États ou d’urgences humanitaires dans les États voisins (par exemple le Burundi).

Politique

Aucune analyse de la direction historique et actuelle de la Tanzanie ne serait complète sans mentionner l’ancien président Julius Nyerere. Le premier président du pays, Nyerere, a conduit pacifiquement l’ancienne colonie britannique du Tanganyika à l’indépendance et a ensuite modelé chaque facette de sa société au cours des décennies suivantes. Il était un anti-impérialiste irréprochable et un allié fiable de la Chine, deux caractéristiques qui complétaient la version du socialisme tanzanien qu’il appelait Ujamaa. Cette vision a mis en place une forme de centralisation étatique qui a conduit à la collectivisation et à la communautarisation, mais avec des conséquences économiques dévastatrices pour le pays.

Néanmoins, c’est plus tard que se révélera à quel point Ujamaa s’est révélé instrumentalisé dans la promotion du sentiment d’unité et de cohésion qui continue à prévaloir en Tanzanie. Cette idéologie a été exercée par le parti Chama Cha Mapinduzi du président comme un outil pratique pour construire une identité nationale inclusive. Mais encore une fois, Ujamaa ou cet État à parti unique n’aurait pas existé sans Nyerere, le père de la nation. L’héritage le plus durable de Nyerere ne réside pas seulement dans la façon dont il a changé son pays, mais aussi dans l’exemple qu’il a fourni à d’autres dirigeants africains en démontrant comment un visionnaire à l’ère de l’indépendance pouvait équilibrer le maintien de l’harmonie identitaire dans son État ultra-divers avec une politique étrangère robuste qui impliquait activement Dodoma dans les affaires de ses voisins.

International

La Tanzanie a pris une position frontale et centrale dans la géopolitique de l’Afrique australe lors de la Guerre froide, fonctionnant comme l’un des États en première ligne dans les luttes épiques contre l’impérialisme et l’apartheid. Nyerere était étroitement aligné avec le président Kenneth Kaunda de la Zambie voisine et, ensemble, ces deux dirigeants panafricains ont ouvert leurs territoires aux combattants régionaux de la liberté et ont grandement contribué à leurs campagnes de libération. Les relations fraternelles entre la Tanzanie et la Zambie ont constitué également la base du chemin de fer TAZARA construit par la Chine entre eux. Ce sera bien décrit en détail dans une section ultérieure. En ce qui concerne l’implication de la Tanzanie dans l’accueil des rebelles régionaux, elle a joué un rôle particulièrement important contre la minorité gouvernante de la Rhodésie (plus tard rebaptisée Zimbabwe), celle du Mozambique portugais et celle de la zone Amin de l’Ouganda, tout en soutenant simultanément le Congrès national africain lors de l’apartheid sud-africain. Pendant ce temps, la Tanzanie a également conçu le coup d’État aux Seychelles en 1977 et a