État défaillant


Par James Howard Kunstler – Le 9 avril 2018 – Source kunstler.com

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BEYROUTH, Liban − Quelques jours après que le président Trump a déclaré qu’il voulait sortir les États-Unis de Syrie, les forces syriennes ont frappé les faubourgs de Damas avec des bombes. Les secouristes ont déclaré qu’elles avaient relâché du gaz toxique.

« Trompez-moi une fois, honte à vous ; trompez-moi deux fois, honte à moi », dit le vieil adage. Ensuite, avancez prudemment à travers les champs de mines de la propagande, posés pour les crédules par des organes de presse aussi minables que le New York Times. Il y a d’excellentes raisons de supposer que l’État profond américain souhaite ardemment continuer à s’ingérer dans tout le Moyen-Orient. Le bilan jusqu’à présent montre que les instruments contondants de la politique stratégique américaine produisent un résultat cohérent : des États défaillants.

La Syrie était sur le point de tomber dans cette triste condition − provoquée par un afflux de maniaques djihadistes fuyant notre précédente expérience de déconstruction en Irak − lorsque les Russes sont intervenus avec une idée diamétralement opposée : soutenir le gouvernement syrien. Bien sûr, les Russes avaient des arrière-pensées : une base navale sur la Méditerranée, une influence élargie dans la région et une concession de Gazprom pour développer et gérer de vastes champs de gaz naturel près de la ville syrienne de Homs pour leur exportation vers l’Europe. Ce dernier aurait rivalisé avec celui du Qatar, un État soumis à l’Amérique, l’un des principaux exportateurs de gaz vers l’Europe.

Mais les États-Unis se sont opposés au soutien au gouvernement de Bachar al-Assad, comme ils l’avaient précédemment fait avec Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, ainsi que la présence initiale de la Russie. Ainsi, les États-Unis ont cultivé des forces anti-gouvernementales dans cette guerre « civile » syrienne, un mélange de psychopathes islamiques connus sous le nom d’ISIS (État islamique en Irak et au Levant) ; Daech ; al-Qaïda ; al-Nusra ; Ansar al-Din ; Jaysh al-Sunna ;  Nour al-Din al-Zenki et tant d’autres.

En fait, la politique américaine en Syrie après 2013 est devenue un exercice de tergiversation. Il était clair que notre soutien aux forces du djihad contre Assad a transformé les grandes villes syriennes en champs de ruines, avec des masses de civils prises au milieu et jetées comme autant de nourriture pour chiens. Le président Barack Obama a attiré l’attention sur l’utilisation des armes chimiques. Il était bien connu que l’armée syrienne avait des stocks de poisons chimiques. Mais les États-Unis savaient aussi que nos consorts djihadistes en avaient beaucoup eux aussi. Des incidents avec des atrocités chimiques ont été perpétrés par… quelqu’un… l’auteur n’ayant jamais été tout à fait clairement identifié… et la ligne dans le sable de M. Obama a disparu sous les tempêtes de poussière de l’équivoque.

Enfin, une mission conjointe de la Commission des droits de l’homme des Nations unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a été appelée pour superviser la destruction des armes chimiques du gouvernement syrien et certifiée comme achevée fin 2014. Pourtant, les incidents liés aux gaz empoisonnés se sont poursuivis − le plus notoire en 2017 lorsque le président Donald Trump a répondu à l’un d’eux avec une salve de missiles de croisière contre un aérodrome vacant du gouvernement syrien. Et maintenant, un autre incident à Douma, dans la banlieue de Damas, a provoqué des menaces de représailles de la part de M. Trump, quelques jours seulement après qu’il a proposé un retrait rapide de ce coin de pays.

À l’heure actuelle, le public américain a certainement acquis une certaine immunité contre les allégations d’actions néfastes à l’étranger (« armes de destruction massive » et autres). La phrase opérative dans cet article du New York Times est « … les forces syriennes frappent une banlieue de Damas avec des bombes. Les sauveteurs ont déclaré qu’elles avaient relâché du gaz toxique. »  Ouais, eh bien, est-ce vraiment clair si le gaz toxique était contenu dans les bombes, ou plutôt si les bombes larguées par l’armée syrienne ont fait exploser un dépôt d’armes chimiques contrôlé par des jihadistes anti-gouvernementaux ? Est-ce que cet amalgame de maniaques montre du respect pour l’ONU, la Convention de Genève ou tout autre organisme de droit international ? Comme dans beaucoup d’incidents antérieurs, nous ne savons pas qui est responsable − bien qu’il y ait de nombreuses raisons de croire que les partis au sein de l’establishment américain sont contre l’idée de M. Trump de quitter cet endroit et pourraient mitonner une raison bien pratique pour l’en empêcher.

Enfin, comment est-il dans l’intérêt de Bachar al-Assad de provoquer un nouveau tumulte international contre lui et son régime ? Je dirais que cela n’a pas le moindre intérêt puisqu’il est sur le point de mettre un terme à cet affreux conflit. Il n’est peut être pas un modèle de rectitude selon les normes occidentales, mais il n’est pas un déficient mental. Et il a un très bon soutien russe pour le conseiller dans ce qui a été jusqu’à présent un effort long et difficile pour empêcher son état de devenir défaillant − ou ou lui-même d’être détruit.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

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