Comment la Russie se prépare à la Troisième Guerre mondiale

How Russia is preparing for WWIII


Saker US

Par The Saker – Le 26 mai 2015 – Source thesaker.is

J’ai récemment publié un article dans lequel j’ai essayé de discréditer quelques mythes populaires au sujet de la guerre moderne. A en juger par de nombreux commentaires reçus en réponse à ce texte, je dois dire que les mythes en question sont encore bien vivaces et que j’ai clairement échoué à convaincre de nombreux lecteurs. Ce que je propose de faire aujourd’hui, est de regarder ce que la Russie est vraiment en train de faire, en réponse à la menace croissante de l’Occident. Mais d’abord, je dois définir le contexte ou, plus exactement, re-définir le contexte dans lequel la Russie agit. Commençons par examiner les politiques des Anglo-sionistes envers la Russie.

Les actions de l’Ouest

Tout d’abord la première sur la liste est, bien évidemment, la conquête par l’OTAN de toute l’Europe orientale. Je parle de la conquête parce que c’est exactement ce que c’est, mais une conquête réalisée selon les règles de la guerre du XXIe siècle, que je définis ainsi : 80 % d’information, 15% de militaire et 5% d’économie. Oui, je sais, les bonnes gens en l’Europe de l’Est ont tout simplement rêvé d’être subjugués par les États-Unis/OTAN/UE / etc. Et alors ? Quiconque a lu Sun Zi, peut comprendre immédiatement que ce désir profond d’être incorporé dans la race anglo-sioniste des Borg de Star Trek, n’est rien d’autre que le résultat d’une identité écrasée, un complexe d’infériorité profond et, par conséquent, une capitulation qui n’a même pas besoin d’être induite par des moyens militaires. Tous comptes faits, peu importe ce que les gens pensaient du but qu’ils atteindraient – ils sont maintenant sujets de l’Empire et leurs pays sont des colonies plus ou moins pertinentes à la frange de l’Empire anglo-sioniste. Comme toujours, l’élite compradore locale se rengorge maintenant avec fierté d’être – croit-elle – acceptée comme égale par ses nouveaux maîtres (pensez à Porochenko, Tusk ou Grybauskaite), qui lui donnent le courage d’aboyer contre Moscou derrière la palissade de l’OTAN. Grand bien lui fasse…

Deuxièmement, il y a la colonisation maintenant totale de l’Europe occidentale par l’Empire. Alors que l’OTAN avançait à l’Est, les États-Unis ont également pris un contrôle beaucoup plus profond de l’Europe occidentale qui est maintenant administrée, pour le compte de l’Empire, par ce que l’ancien maire de Londres appelait autrefois les «grandes gelées affalées d’invertébrés protoplasmiques» – les bureaucrates anonymes à la François Hollande ou Angela Merkel.

Troisièmement, l’Empire a donné son soutien absolu à des créatures semi-démoniaques, allant de al-Khattab à Nadezhda Savchenko. La politique de l’Ouest est limpide et simple à l’extrême : si la créature est anti-russe, nous la soutenons. Cette politique trouve son meilleur exemple dans la campagne de diabolisation de Poutine et de la Russie, qui est, à mon avis, bien pire et beaucoup plus hystérique que tout ce qu’on a vu pendant la Guerre froide.

Quatrièmement, l’Occident a opéré un certain nombre de mouvements militaires très inquiétants, y compris le déploiement des premiers éléments d’un système anti-missile en Europe de l’Est, l’envoi de divers types de forces de réaction rapide, le déploiement de quelques unités blindées, etc. L’OTAN a maintenant déployé en hâte des postes de commandement qui peuvent être utilisés pour soutenir l’engagement d’une force de réaction rapide.

A quoi aboutit tout cela ?

À l’heure actuelle, à pas grand-chose, vraiment. Oui, le mouvement de l’OTAN jusqu’aux frontières russes est très provocateur, mais surtout en termes politiques. En termes purement militaires, non seulement c’est une très mauvaise idée (voir le cliché n ° 6 dans cet article), mais la taille des forces réelles déployées est, en réalité, minuscule : le système antimissile actuellement déployé peut, au mieux, espérer intercepter quelques missiles (10 à 20 en fonction des hypothèses); quant aux forces conventionnelles, elles sont de la taille d’un bataillon (environ 600 soldats, plus le soutien). Donc pour l’instant, il n’y a catégoriquement aucune menace militaire réelle contre la Russie.

Alors, pourquoi les Russes sont-ils si clairement irrités ?

Parce que les mouvements actuels des US/OTAN pourraient bien n’être que les premières étapes d’un effort beaucoup plus vaste qui, après un certain temps, pourrait commencer à présenter un danger très réel pour la Russie.

En outre, le genre de rhétorique vomi par l’Ouest est maintenant non seulement militariste et russophobe, il est souvent pur et simple messianisme. La dernière fois que l’Occident a eu une telle poussée de son vieux syndrome messianique, vieux de mille ans, la Russie a perdu 20 à 30 millions de personnes. Donc, les Russes peuvent être pardonnés s’ils apportent beaucoup d’attention à ce que la propagande anglo-sioniste raconte réellement à leur sujet.

Les Russes sont les plus consternés par la recolonisation de l’Europe occidentale. Il est loin, le temps où les gens comme Charles de Gaulle, Helmut Schmidt ou François Mitterrand étaient en charge de l’avenir de l’Europe. Malgré tous leurs véritables défauts, ces hommes étaient au moins des patriotes réels et non pas seulement des administrateurs coloniaux au service des États-Unis. La perte de l’Europe occidentale est beaucoup plus préoccupante pour les Russes, que le fait de voir maintenant les colonies ex-soviétiques en Europe de l’Est passer sous l’administration coloniale des États-Unis. Pourquoi ?

Regardez cela du point de vue russe

Tous les Russes voient que la puissance américaine est sur le déclin et que le dollar va, tôt ou tard, progressivement ou soudainement, perdre son rôle de réserve principale et de monnaie d’échange de la planète; ce processus a déjà commencé. Autrement dit – à moins que les États-Unis ne trouvent un moyen de changer radicalement la dynamique internationale actuelle – l’Empire anglo-sioniste va s’effondrer. Les Russes croient que ce que font les Américains est, au mieux, d’utiliser  les tensions avec la Russie pour relancer une nouvelle version dormante de la guerre froide et, au pire, commencer réellement une véritable guerre en Europe.

Ainsi, un Empire déclinant ayant un besoin vital d’une crise majeure, une Europe occidentale veule et incapable de se lever pour défendre ses propres intérêts, et une Europe orientale inféodée ne demandent qu’à se transformer en un champ de bataille massif entre l’Est et l’Ouest, avec une rhétorique messianique rageusement russophobe en toile de fond pour une augmentation des déploiements militaires à la frontière russe. Est-ce que quelqu’un est vraiment surpris que les Russes prennent tout cela très, très au sérieux, même si en ce moment la menace militaire est fondamentalement inexistante ?

La réaction russe

Examinons donc maintenant la réaction russe à la position de l’Empire.

Tout d’abord, les Russes veulent absolument s’assurer que les Américains ne donnent pas dans l’illusion qu’une guerre à grande échelle en Europe serait comme la Seconde Guerre mondiale, qui a vu le territoire américain ne souffrir que de quelques minuscules, presque symboliques, attaques de l’ennemi. Du fait qu’une guerre à grande échelle en Europe menacerait l’existence même de l’État russe et de sa nation, ceux-ci sont en train de prendre des mesures pour faire savoir sans équivoque que si cela se produisait, les États-Unis paieraient un prix immense pour une telle attaque.

Deuxièmement, les Russes font maintenant évidemment l’hypothèse qu’une menace conventionnelle de l’Occident pourrait se concrétiser dans un avenir prévisible. Ils prennent donc les mesures nécessaires pour contrer cette menace conventionnelle.

Troisièmement, étant donné que les États-Unis semblent être entêtés à mort pour déployer un système de missiles anti-balistiques non seulement en Europe, mais aussi en Extrême-Orient, les Russes prennent les mesures nécessaires pour à la fois détruire et contourner ce système de défense.

L’effort russe est vaste et complexe, et il couvre presque tous les aspects de la préparation des forces russes, mais il y a quatre exemples qui, je pense, illustreront mieux la détermination russe à ne pas laisser de 22 juin 1941 se reproduire [L’opération Barbarossa, invasion de la Russie par les forces nazies, NdT]

  • La re-création de la 1re armée blindée de la Garde (en cours)
  • Le déploiement du système de missiles opérationnels tactiques Iskander-M (fait)
  • Le déploiement de l’ICBM Sarmat (en cours)
  • Le déploiement de la torpille stratégique Statut-6 (en cours)

La re-création de la 1re armée blindée de la Garde

C’est difficile à croire, mais le fait est que, entre 1991 et 2016, la Russie n’a pas eu une seule grande formation (de la taille d’une division et plus) dans son district militaire occidental. Quelques brigades, régiments et bataillons qui ont été nominalement appelés une Armée. Pour le dire simplement, il est clair que la Russie ne croyait pas qu’il y avait une menace militaire classique de l’Occident et, par conséquent, elle n’a même pas pris la peine de déployer une quelconque force militaire significative pour se défendre contre une menace fictive. Par ailleurs, ce fait doit aussi vous dire tout ce que vous devez savoir sur les plans russes pour envahir l’Ukraine, la Pologne ou les pays baltes : c’est une absurdité totale. Cela a maintenant changé de façon spectaculaire.

La Russie a officiellement annoncé la remise en service de la 1re armée blindée de la Garde (une formation avec une histoire prestigieuse et très symbolique). Cette armée blindée de la garde comprendra maintenant la 4e division Kantemirov Guards Tank, la 2e division Taman d’infanterie motorisée, la 6e brigade de chars, la 27e  brigade Sébastopol d’infanterie motorisée et de nombreuses unités de soutien. Le QG de cette armée sera situé dans la banlieue Odinstovo de Moscou . Actuellement, l’armée est équipée de chars de combat T-72B3 et T-80, mais ils seront remplacés par le nouveau char révolutionnaire T-14 Armata, tandis que les véhicules de combat d’infanterie actuels et les véhicules blindés seront remplacés par les nouveaux APC et IFV. L’appui aérien de ces unités blindées sera assuré par des Mig-28 et des hélicoptères d’attaque Ka-52 1. Ne vous méprenez pas, ce sera une très grande force, exactement le genre de force nécessaire pour écraser une attaque des forces ennemies (à ce propos, la 1TGA [1re armée blindée de la Garde, NdT] était présente à la bataille de Koursk). Je suis certain que lorsque cette armée sera entièrement prête, elle deviendra la plus puissante formation blindée, partout, entre l’Atlantique et l’Oural (en particulier en termes qualitatifs). Si les tensions actuelles se poursuivent ou même s’aggravent, les Russes pourraient même augmenter le 1TGA pour en faire une armée de choc du XXIe siècle, avec une mobilité accrue et spécialisée dans la rupture en profondeur des défenses de l’ennemi.

Le déploiement du système de missiles opérationnels tactiques Iskander-M

Le nouveau système de missile tactique opérationnel Iskander-M est une arme redoutable sous tous ses aspects. Bien que techniquement ce soit un missile tactique à courte portée (moins de 1 000 km de portée, l’Iskander-M a une portée officielle de 500 km), il peut aussi tirer le missile R-500, qui a une portée opérationnelle intermédiaire (plus de 1 000 km, le R-500 a une portée de 2 000 km). Il est extrêmement précis, il a des capacités antimissiles avancées, il se déplace à des vitesses hypersoniques et est pratiquement indétectable sur le terrain (voir ici pour plus de détails). Ce sera le missile chargé de détruire toutes les unités et les équipement que les États-Unis et l’OTAN ont déployés à l’avant en Europe orientale et, si nécessaire, d’ouvrir la voie à la 1TGA.

Le déploiement de l’ICBM Sarmat

Ni la 1TGA, ni le missile Iskander-M ne menacent le territoire américain en aucune façon. La Russie a donc aussi besoin d’une arme qui peut semer la panique au Pentagone et à la Maison Blanche, comme c’était le cas, pendant la guerre froide, avec le célèbre RS-36 Voevoda (dénommé SS-18 Satan dans la classification des États-Unis). Le SS-18, l’ICBM le plus puissant jamais développé, était assez effrayant. Le RS-28 Sarmat (SS-X-30 selon la classification de l’OTAN) fait monter la terreur à un niveau totalement nouveau.

Le Sarmat est tout simplement incroyable. Il vole à Mach 20 (24 500 km/h). Il est capable de transporter 10 à 15 ogives MIRV à têtes multiples, qui seront délivrées avec une trajectoire dite déprimée (suborbitale) et qui restera manœuvrable à des vitesses hypersoniques. Le missile n’utilisera pas la trajectoire typique par le pôle Nord, mais sera capable d’atteindre toute cible partout sur la planète, par n’importe quelle trajectoire. Tous ces éléments combinés rendront le Sarmat lui-même et ses ogives, totalement impossibles à intercepter.

Le Sarmat sera également capable de délivrer le Iu-71, une ogive conventionnelle hypersonique conçue pour une frappe cinétique, qui permet de détruire une cible ennemie fortifiée dans un conflit non nucléaire. Cela sera rendu possible par la précision étonnante des ogives du Sarmat, dont nous savons maintenant, grâce à une fuite d’origine russe, qu’il a une CEP [erreur circulaire Sarmat MIRV CEPprobable] de 10 mètres (voir capture d’écran ci-contre)

Les silos de Sarmat seront protégés par une unique mesure de protection active, qui comprendra cent canons capables de tirer un nuage métallique de quarante mille projectiles de 30 mm à une altitude allant jusqu’à 6 km. Les Russes prévoient également de protéger le Sarmat avec leurs nouveaux systèmes de défense aérienne S-500. Enfin, le temps d’armement du Sarmat est inférieur à 60 secondes, grâce à un système de lancement très automat